La Fin des Temps - Khaine

De La Bibliothèque Impériale
L’histoire se répète, pour la plus grande joie des Dieux Sombres. Nous approchons de l’heure du dernier Phénix, lors de laquelle seul le pouvoir déclinant d’Asuryan pourra nous sauver de la soif inextinguible de Khaine. Le destin des Elfes repose désormais sur deux royaumes. Le premier est destiné à périr dans le feu et le sang, l’autre perdurera tant que j’aurai la force de le défendre. Les mortels deviendront les avatars des Dieux, car les héritiers d’Ænarion livreront l’ultime bataille, et libéreront la Faiseuse de Veuves de sa prison de pierre.
C’est la Fin des Temps.




LA CHUTE DANS LES TÉNÈBRES


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Loin sous les racines du Chêne des Âges, Ariel s’éveilla d’un sommeil troublé. Elle était trop lasse pour quitter sa couche de feuilles et de ronces. Le poison qui coulait dans ses veines la tuait à petit feu, et aucun de ses remèdes n’était parvenu à stopper sa progression.

Des Farfadets guère plus grands que des papillons de nuit voletaient entre les racines qui formaient le plafond de la pièce. Leurs lumières dansaient tandis qu’ils se chamaillaient. Les yeux d’Ariel s’accoutumèrent peu à peu à la pénombre, et elle finit par apercevoir la silhouette qui se tenait à l’entrée.

« Cela faisait bien longtemps que tu n’étais pas venue me rendre visite, » dit Ariel d’une voix aussi sèche que sa peau parcheminée.

« Une tempête terrible approche, » répondit Lileath. Elle entra dans la chambre. Les Farfadets s’enfuirent devant elle. « Il fallait que je te voie avant qu’elle éclate. »

« Les Dieux Sombres ? »

« Oui, et dans son ignorance, l’un des nôtres leur vient en aide. »

Ariel soupira.

« Le cycle recommence. Tu vas les affronter une fois encore ? »

« Oui, ainsi que ceux qui ont survécu. Nos enfants assument déjà le rôle des disparus. »

« Pour le meilleur, ou pour le pire ? »

« Pour le meilleur et pour le pire. »

« Je ne vivrai pas pour le voir. Mes forces m’abandonnent. »

« J’en suis désolée. »

Ariel l’entendit à peine.

« Je me souviens lorsque j’étais jeune, et perdue dans les ténèbres avec Ereth Khial pour seule compagne. Même dans ses bons jours, la Reine Pâle n’était pas une mère recommandable, et elle m’effrayait tout autant que l’obscurité qui nous entourait. Puis Asuryan est venu. Il portait Talsyn le Seigneur des Aigles sur son épaule. Il amenait le feu qui bannit les ténèbres et mes craintes. »

« Tu ne me l’avais jamais dit. »

« Mes plus anciens souvenirs sont tout ce qu’il me reste… » dit Ariel avec tristesse. « Les autres se sont évanouis. » Elle resta pensive quelques secondes. « Je n’arrive pas à comprendre ce qui m’affaiblit autant. Seule… »

« Seule une écharde de glace qui se serait formée dans les ténèbres avant la venue de la lumière d’Asuryan, et qui aurait été enterrée profondément sous cet arbre afin que personne ne la découvre, pourrait te tuer. »

Lileath avait parlé d’une voix neutre. Ariel frémit.

« Qu’as-tu fait, mon enfant ? »

« Ce qui devait être fait. Tu n’aurais jamais accepté mon plan. »

« Tu m’as assassinée ! » dit Ariel avec colère, cependant elle était trop faible pour réagir. « Me détestes-tu à ce point ? »

« Je t’aime comme ma propre fille, bien que tu sois mon aînée. Mais je pense avant tout à nos enfants. Je dois leur donner une chance de survivre dans les ténèbres qui approchent.  »

« J’aimerais pouvoir te croire. »

« Tu le peux. » Ariel sentit les mains douces de Lileath saisir ses doigts décharnés. « Quoi qu’il advienne, je combattrai aux côtés des mortels jusqu’à la fin. J’en fais le serment. »

Ariel ferma les yeux sans répondre, car elle ne parvenait pas à se convaincre de la véracité des dires de Lileath. Malgré elle, elle se rendormit quelque temps. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, Lileath était partie, et la pénombre avait cédé la place à la lumière. Une flamme blanche tremblait dans une coupe. Sa lumière était chaude et apaisante. Ariel observa le présent lénifiant de Lileath.

Les racines du Chêne des Âges gémirent, et une voix lui parvint de la surface.

« Mère, je t’en supplie, sauve-nous ! »

Ariel entendit un bruit de pas dans l’escalier qui descendait vers sa chambre et réalisa que tout n’était pas perdu. Il restait encore un espoir…

Le monde se meurt à petit feu. Morrslieb pend comme un fruit mûr dans les cieux saturés de Magie. Les épidémies et la folie se propagent dans le sillage de la guerre.

Des champions se dressent, parfois des lieux les plus inattendus. Dans l’Outre-monde, un esprit ancien s’éveille et étend sa volonté dans l’univers des mortels. Il était autrefois l’ennemi juré des vivants ; désormais, il pourrait jouer un rôle crucial dans leur survie. Dans l’Empire, un héraut est apparu. Peut-être est-il l’annonciateur du retour d’un Roi de jadis. Dans les montagnes, le roulement des tambours proclame qu’une prophétie gravée dans des ossements va s’accomplir, et qu’un ancien Chef de Guerre va redevenir un conquérant. D’autres ne tarderont pas à se faire connaître : des champions de la lumière et des ténèbres, de l’ordre et de la destruction, tous unis contre la faim dévorante des Dieux Sombres. Cependant, nul ne sait s’ils interviendront à temps.

Les bastions du Vieux Monde ont déjà commencé à trembler sous les coups de boutoir du Chaos. La Bretonnie, dévastée par une guerre civile récente, ne survit que grâce au retour du Chevalier de Sinople, qui n’est autre que le légendaire Roy Gilles le Breton. La Tilée, l’Estalie et les Principautés Frontalières ont été détruites pas les hordes d’hommes-rats qui ont jailli des entrailles du monde. Athel Loren se meurt, saccagée par les Hommes-Bêtes et empoisonnée par le même mal qui menace d’emporter sa Reine divine.

Dans le nord, les armées du Chaos marchent sur le Kislev et se jettent contre les défenses de l’Empire. Ces osts de pestiférés sont plus nombreux encore que lors de la Grande Guerre, et toute la force des fils de Sigmar risque d’être insuffisante pour les repousser. Un grand mur de pierre et de foi érigé par le sorcier Balthasar Gelt parvient pour l’heure à retenir ces hordes, mais il ne tiendra pas éternellement. Pire encore, ce n’est que la première des armées d’Archaon qui s’est lancée à l’attaque du Vieux Monde. Les terres du nord tremblent sous les pas de dizaines de milliers de sauvages et de traîtres, qui ont juré allégeance au Seigneur de la Fin des Temps. Les hommes de l’Empire cherchent de l’aide en vain, car les Nains se sont retranchés sous les montagnes, la Bretonnie n’est plus qu’un immense champ de cadavres et les Elfes doivent faire face à leurs propres problèmes.


En effet, Ulthuan est au bord de la destruction. Des Démons parcourent les dix royaumes, et l’absence du Roi Phénix se fait sentir cruellement. Caledor, le plus ancien et le plus puissant des royaumes Elfiques, s’est isolé des autres. Imrik, son Prince, est considéré comme un traître par ses pairs, mais Imrik refuse de faire amende honorable, bien que nul ne sache pourquoi.

Tyrion, l’héritier d’Ænarion, dirige les défenses des royaumes en l’absence du Roi Phénix, mais cette tâche pèse lourdement sur ses épaules : sa fille Aliathra est aux mains des Morts-Vivants, et sa bien-aimée, la Reine Éternelle Alarielle, a quitté Ulthuan pour une quête mystérieuse. L’humeur de Tyrion s’assombrit de jour en jour, pourtant s’il venait à faillir, les armées d’Ulthuan seraient incapables de s’organiser pour repousser l’ennemi.

Teclis, le frère de Tyrion, mène ses propres plans. Il est le seul à avoir rencontré le Roi Phénix au cours de ces derniers mois, c’est pourquoi beaucoup le considèrent comme le porte-parole du monarque. Rare sont les héros d’Ulthuan qui inspirent autant de confiance que Teclis, néanmoins il reste à l’écart des combats contre les Démons, car il a accepté une terrible vérité que bien peu d’autres acceptent de voir : une ère funeste approche, c’est pourquoi il œuvre à canaliser la Magie du monde pour donner la force aux mortels d’affronter les Dieux. À cette fin, Teclis est guidé par Lileath, la Déesse prophétesse, sans savoir que cette dernière poursuit ses propres buts.


Loin à l’ouest, le Roi Sorcier rumine sur son trône, à l’affût d’opportunités. Naggaroth est noyée dans le feu et le sang, cependant Malékith se moque des morts qui jonchent les rues. Comme toujours, son esprit est entièrement tourné vers Ulthuan. Il constate que la guerre ravage aussi sa terre natale détestée, et craint qu’on lui vole l’occasion d’accomplir sa vengeance. En effet, le Roi Sorcier sent lui aussi s’approcher l’aube d’un âge nouveau, et se doute qu’il tient là son ultime chance de détruire Ulthuan.

Toutefois, les pensées de Malékith dérivent également vers ceux qui sont à la fois ses serviteurs les plus proches, mais aussi les moins fiables. Au cours de ces derniers mois, Malus Darkblade n’a jamais caché ses ambitions. Alors que Naggaroth s’effondre, le Tyran de Hag Graef a pris soin de placer ses pions. L’heure de Malus approche, et Malékith sait qu’il fera tout pour lui dérober son trône. Et Darkblade n’est pas le seul problème du Roi Sorcier, car il n’a plus de nouvelles de sa mère, Morathi. Auparavant, celle-ci le conseillait régulièrement, et son silence est sans doute la chose la plus inquiétante parmi tous les événements néfastes qui menacent Naggaroth.


Les Elfes Sylvains d’Athel Loren ont découvert la même vérité que Teclis. Guidées par les visions de Lileath, les prophétesses ont vu la venue de Rhana Dandra, la fin de toutes choses. Néanmoins, avant que les ténèbres s’installent, les Elfes devront se battre contre les frères du Chaos, comme leur Dieux l’avaient fait jadis. Les Asrai savent que les Elfes doivent s’unir s’ils veulent réussir là où leurs ancêtres avaient échoué. Cependant, des rancunes anciennes, à la fois mortelles et divines, empêchent toute alliance, et la victoire semble impossible malgré l’aide de Lileath…


Ulthuan, joyau du Grand Océan ! Forgée a partir des ossements de Draugnir et déposée sur le firmament des mortels par la main divine d’Asuryan. Cependant, Asuryan n’avait pas anticipé l’avidité des Dieux Sombres. Slaanesh convoitait depuis longtemps les âmes des enfants d’Isha, et grâce a des paroles mielleuses, il convainquit ses frères de pénétrer dans le monde des mortels. Affaiblie par la guerre de Khaine, la cour d’Asuryan ne put lui résister. Elle fut chassée de ses palais divins, et cloîtrée dans des corps de chair, de feu et de sang. C’est ainsi que la colère de Khaine souilla le paradis, et la légende dit qu’il recommencera avant l’avènement de Rhana Dandra.


Chapitre I : LA FAISEUSE DE VEUVES - Hiver 2524 / Hiver 2525[modifier]

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Après des mois de combats, la bataille des Elfes contre les Démons était sur le point de s’achever.
Imrik, Prince Héritier de Caledor
Son coût avait été terrible. Lorsque les Démons s’étaient déversés des Montagnes Annulii, les Princes avaient rassemblé leurs armées, et les couleurs des dix royaumes étincelaient sous les reflets de la tempête magique. Chaque village, chaque domaine et chaque cité avaient été défendus avec une détermination stoïque qui aurait fait l’envie de toute autre nation de mortels. Hélas, les Démons étaient trop nombreux et étaient revigorés par les Vents de Magie, ce qui leur donnait la force de vaincre les meilleures défenses. Chrace avait subi l’essentiel des combats. Les Marches du Lion étaient devenues un cimetière à ciel ouvert, un champ de cadavres qui s’étendait aussi loin que portait le regard. La grande cité de Tor Achare n’était plus que ruines. Les autres royaumes s’en étaient à peine mieux sortis. Les horreurs qui étaient descendues des Annulii avaient ravagé d’innombrables villes, et laissé derrière elles des milliers de veuves, d’orphelins et de père accablés cherchant désespérément les cadavres de leurs familles dans les rues jonchées de morts. Ce n’était qu’à Nagarythe que la vie semblait suivre un cours à peu près normal. Sa défense avait été organisée par des combattants mystérieux qu’on ne voyait que rarement dans les autres royaumes. En effet, pour les Æsanar, ou Guerriers Fantômes, les Démons n’étaient qu’un envahisseur de plus à rejeter à la mer.
Tyrion, brandissant son Épée Runique Croc du Soleil
Alors que la guerre faisait rage, beaucoup de héros s’étaient distingués. Certains étaient des champions déjà connus : le Seigneur des Mers Aislinn, Ystranna d’Avelorn - première Demoiselle d’Honneur de la Reine Éternelle - et Caradryan de la Flamme, pour n’en citer que quelques-uns. D’autres naquirent dans le sang et le feu, comme le Prince Morvai de Tiranoc. Cependant, deux des plus grands héros d’Ulthuan manquaient à l’appel, et leur absence était durement ressentie par les Elfes. « Où est Finubar le Voyageur ? » se demandaient-ils. « Où est notre Reine ? » Nul ne le savait, ou alors, ceux qui étaient au courant n’en disaient rien. Le Roi et la Reine avaient disparu alors qu’Ulthuan était assaillie par les Démons, et certains murmuraient que leur absence était en partie responsable des malheurs qui s’abattaient sur les dix royaumes. Privée du commandement de Finubar et d’Alarielle, la Cour du Phénix ne tarda pas à sombrer dans les désaccords. Imrik de Caledor appelait à l’élection d’un successeur au Roi. Nul ne doutait qu’il convoitait le trône, toutefois il avait trop de partisans pour que ses prétentions fussent purement et simplement ignorées.

L’espoir reposa une fois de plus entre les mains du Prince Tyrion. Bien que son cœur fût accablé par d’autres soucis, Tyrion eut la préséance sur Imrik et reçut le commandement des armées d’Ulthuan. Les opposants se turent en voyant l’intégralité de l’ost de la Garde Phénix - les guerriers élus d’Asuryan - offrir leurs lames et leur loyauté à Tyrion. Furieux, Imrik fit sécession du reste d’Ulthuan à la tête de Caledor, cependant les neuf autres royaumes restèrent fidèles à Tyrion. De plus, un certain nombre de nobles de Caledor s’étaient désolidarisés de leur Prince, en clamant qu’il était plus important de défendre Ulthuan que les prétentions au trône de leur suzerain. Sous l’égide de Tyrion, et faisant preuve d’une cohésion bien plus grande que lors des saisons précédentes, les armées des Elfes renouèrent avec la victoire. Ainsi débutèrent les Guerres de la Reconquête.


Laissant Caledor se défendre seul, Tyrion se dirigea vers le nord depuis Eataine. Les Démons se dispersèrent devant sa bannière. Le Prince combattit comme un possédé, en faisant preuve d’une soif de violence sans limites. Il menait son ost dans des marches éreintantes, au point que même les Elfes les plus robustes s’écroulaient de fatigue. Chaque aube se levait sur une nouvelle bataille, et Tyrion était toujours à la pointe de l’assaut. Croc du Soleil scintillait en tranchant les têtes et les membres. Tandis que le Dragon de Cothique menait son armée vers le nord, il brisait les sièges et sauvait de nombreux villages. Pourtant, il semblait que Tyrion ne se réjouissait pas de ces victoires. Certains pensaient qu’il était enragé qu’Ulthuan subisse de telles destructions, d’autres que la soif de violence ne laissait plus de place à d’autres émotions dans son cœur. Seul Teclis connaissait la vérité : Tyrion craignait pour le destin de ceux qu’il aimait : la Reine Éternelle dont il était l’amant, et leur fille, Aliathra. Ce dernier secret était celui que Tyrion gardait le mieux, si bien que tout le monde pensait qu’Aliathra était la fille de Finubar, comme cela aurait dû être le cas. Aliathra se languissait dans les cachots de Mannfred von Carstein, et Tyrion brûlait d’aller lui porter secours, cependant il avait fini par céder aux exhortations de Teclis et était resté en Ulthuan pour la défendre. C’était Eltharion le Sinistre qui avait été envoyé afin de secourir Aliathra. Ainsi, si Tyrion était physiquement présent pour combattre à Ulthuan, ses pensées étaient tournées vers sa fille.

N’kari ravage Ulthuan !
Pendant que les Elfes remontaient vers le nord, Tyrion devint de plus en plus téméraire, et se jetait dans la gueule du danger. À Port Elistor, il combattit les Démons sur le seuil même de la faille dimensionnelle par laquelle ils se déversaient. Beaucoup de Gardes Phénix périrent ce jour-là, engloutis par la Magie brute en se battant aux côtés de leur Prince, toutefois Tyrion émergea victorieux. À Cairn Avon, il quitta la ligne de bataille et affronta seul un énorme Démon aux membres mécaniques, et l’abattit, non sans recevoir une profonde blessure en retour à cause des griffes de la bête. Suite à cette bataille, Teclis supplia son frère de laisser le temps aux guérisseurs de débarrasser son corps des poisons qui le corrompaient, cependant Tyrion ne l’écouta pas. Les armées des Asur combattirent alors pour libérer la Tour Blanche de Hœth. Tyrion avait désormais un visage aussi livide que celui de la mort, mais il mena tout de même la charge en chevauchant Malhandir. En dépit de ses blessures, aucun Démon du Chaos ne put s’opposer à lui, jusqu’à ce qu’il arrive devant les portes de la Tour Blanche.

Le siège était orchestré par son ennemi juré, le Démon N'kari. Ce dernier était un Gardien des Secrets, le Héraut de l’Anarchie, le Seigneur des Mille Complaintes. Il était une plaie dans le flanc d’Ulthuan depuis des millénaires, et pourchassait Tyrion depuis l’enfance de l’Elfe. Le monstre se détourna des portes en bois d’étoile défoncées pour lui faire face. N’kari s’était abreuvé aux tourments d’Ulthuan, si bien que sa silhouette brillait d’une aura de puissance à peine contenue. Même s’il n’avait pas été affaibli, Tyrion n’aurait pu espérer vaincre un tel adversaire, et aurait péri en même temps que les Chevaliers de Tor Andar si Korhil n’avait pas bondi pour désarçonner le Prince, avant de se dresser courageusement entre ce dernier et N’kari. Le Gardien des Secrets se moqua de l’audace de Korhil, cependant la Hache Chayal frappa en un éclair et lui trancha un bras, mettant fin à ses railleries. Malgré tout, Korhil n’aurait pas survécu si au même instant, Teclis n’était pas arrivé à la tête d’un régiment de Gardes Phénix, forçant N’kari à battre en retraite.

La Tour Blanche de Hœth fut libérée, et le royaume de Saphery fortifié pour prévenir d’autres attaques. Teclis se plongea dans l’étude de tomes datant de l’époque de Caledor le Dompteur de Dragons afin de trouver un moyen de bannir les Démons une bonne fois pour toutes. Pendant ce temps, Tyrion était forcé de rester en convalescence à cause de ses blessures, et il en profita pour tenter de se réconcilier avec Imrik. Toutefois, celui-ci refusa de le rencontrer, et congédia tous les émissaires qui lui rendirent visite. Ce refus plongea Tyrion dans une colère telle que pendant trois jours, personne, pas même Teclis, n’osa aller lui parler. Lorsque Tyrion se calma, il convoqua les Princes et leur jura qu’il bannirait Caledor de la Cour du Phénix jusqu’à ce qu’il supplie que Tyrion et les nobles lui accordent leur pardon.

Beaucoup furent perturbés par la décision radicale de Tyrion, et plus de la moitié des Princes de Caledor qui s’étaient ralliés à lui jugèrent qu’il était allé trop loin, et retournèrent dans leur royaume avec leurs troupes. Cette nouvelle trahison ne fit qu’attiser les feux de la colère de Tyrion. Celle-ci le rendait toujours plus déterminé, et paraissait même hâter sa guérison. Les Hauts Elfes voyaient la soif des combats revenir dans son regard, et se préparèrent à de nouveaux conflits. Ainsi, lorsque les osts d’Ulthuan reprirent leur route vers le nord, ils étaient telle une flamme purificatrice qui réduisait en cendre toute opposition.

Les Forces d’Ulthuan triomphent des Démons.
Une fois les Démons chassés d’Yvresse, des rumeurs se répandirent à propos de silhouettes voilées se rassemblant près des pierres gardiennes, et de guerriers se joignant aux combats de façon inattendue. Les patrouilles qui tombaient au crépuscule dans les embuscades des Démons, au milieu des Brumes Hurlantes, parlaient d’ost de Chevaliers dont les bannières rappelaient celles des temps anciens, et qui venaient les secourir avant de disparaître dès l’aurore suivante. À Athel Tamarha, Teclis fut témoin d’un tel phénomène lorsque des archers silencieux sortirent des frondaisons pour lâcher des volées meurtrières contre les Démons, avant de s’évanouir en fumée. Teclis vit qu’il ne s’agissait pas de cadavres animés comme ceux des nécromants, mais de guerriers de jadis réveillés par l’afflux de Magie, et qui participaient à la défense d’Ulthuan.

Lorsque les Guerres de la Reconquête atteignirent Avelorn, Tyrion avait recouvré toutes ses forces, mais il était toujours d’une humeur massacrante. Il n’avait eu aucune nouvelle d’Alarielle ou de Finubar au cours des derniers mois, pas plus que d’Eltharion. Croc du Soleil était devenue le symbole de son courroux, qui se déchaînait à chaque fois que l’épée frappait. Des milliers de Démons furent détruits, si bien que des dizaines de leurs osts furent renvoyés dans les Royaumes du Chaos grâce au courage et à l’acier des Hauts Elfes.

Pourtant, Tyrion n’était toujours pas satisfait, et brûlait de se venger contre N’kari. De plus, Teclis lui avait révélé que ce Gardien des Secrets servait de fanal aux Démons dans le monde des mortels, comme lors de ses apparitions précédentes. Si N’kari était banni, Teclis était persuadé de pouvoir tisser un sort qui viendrait à bout de l’essentiel de l’armée démoniaque. Ainsi, sur ordre de Tyrion, des cavaliers d’Ellyrion parcoururent Avelorn à la recherche du Démon. Finalement, après de nombreuses escarmouches et de longues traques, on informa Tyrion que N’kari s’était emparé de la Tour de la Lune et en avait fait un lieu de débauche semblable au palais blasphématoire de Slaanesh. Avant même que le messager eût terminé, Tyrion sortit de sa tente au milieu de la nuit et commanda à ses hérauts de sonner le rassemblement.

Tyrion, le Champion d’Ulthuan
C’est ainsi que débuta la Bataille de la Tour de la Lune, la plus titanesque des Guerres de la Reconquête. Des dizaines de milliers de Démons s’étaient rassemblés autour de l’ancien édifice, attirés là non pas par loyauté, mais par le désir de s’approprier une part du butin de N’kari. Le Seigneur de l’Anarchie avait capturé de nombreux esclaves depuis son retour dans le monde matériel, et leurs cris de terreur et d’agonie étaient des mets délicats pour les Démons. L’armée sous les ordres de N’kari était si vaste qu’il était certain de l’emporter. Néanmoins, dans son arrogance, il avait oublié que les Dieux Sombres n’étaient pas les seules divinités du panthéon, et que d’autres pouvaient encore exercer leur pouvoir. La Tour de la Lune était un temple dédié à Lileath, la Déesse des Rêves, et Teclis était un de ses trois champions à arpenter le monde mortel. La Magie qui imprégnait les pierres de l’édifice était donc au service de Teclis, et tandis que les phalanges des Hauts Elfes faisaient face aux premiers assauts des Démons, le sorcier en fit usage.

Répondant aux convocations de l’Archimage, des vrilles de lumières s’enroulèrent autour de la tour et des météores tombèrent des nuées fuligineuses dans les rangs des Démons. Un feu blanc se déchaînait à chaque impact. Il incinérait les Démons sans affecter les Elfes. Alors que les rejetons du Chaos reculaient, la Garde Phénix contre-attaqua. À sa tête chevauchait Tyrion, sans que personne ne puisse s’opposer à lui. Il se battit tel un Dieu de la Guerre, sans jamais faiblir. Le feu lunaire de Lileath ceignait le front de Teclis et formait une aura autour de sa lame, si bien qu’aucun Démon n’osait l’approcher.

Finalement, N’kari se retrouva face aux jumeaux. Il était un demi-dieu de souffrance et de désespoir, mais cette nuit-là, ses pouvoirs furent impuissants face à ses adversaires. Alors qu’il avançait à travers les rangs de la Garde Phénix, Teclis dévasta son corps avec le feu lunaire de Lileath. La chair du Démon noircit, et il beugla de rage et de douleur en chargeant l’Archimage, cependant Tyrion poussa son cri de guerre et éperonna Malhandir. Le Prince se pencha sur la selle pour esquiver les immenses pinces de N’kari, et Croc du Soleil le gratifia d’une profonde plaie à l’abdomen. N’kari attaqua de nouveau Tyrion, néanmoins la douleur le ralentissait, et Malhandir s’éloigna avant que le Démon Majeur puisse atteindre sa proie.

Les hallebardes de la Garde Phénix harcelaient N’kari. Leurs coups n’étaient guère efficaces contre sa peau à la résistance surnaturelle, cependant il fut forcé de reculer devant la Flamme d’Asuryan, non sans abattre une dizaine de guerriers silencieux. C’est alors que Teclis déchaîna une fois de plus son feu lunaire. N’kari vacilla. Voyant que son adversaire était en mauvaise posture, Tyrion chargea une fois de plus. Croc du Soleil s’enfonça dans les reins de N’kari, qui tomba à genoux en mugissant. La lame de Tyrion s’abattit et détacha la tête du Démon Majeur de ses épaules.

Tyrion n’eut pas le temps de savourer cette victoire, car les autres Démons haïssaient N’kari et ne s’émurent pas de sa destruction. Le Prince s’élança de nouveau au combat tandis que Teclis se frayait un chemin vers la tour, au milieu d’un contingent de Maîtres des Épées, afin d’emmener la tête de N’kari jusqu’à l’autel situé au sommet. Les Hauts Elfes qui combattaient dans la plaine levèrent des yeux étonnés lorsque la voix de Teclis résonna dans les cieux et que la lune se mit à briller de plus en plus intensément. Les Démons, sentant que leur fin était proche, hurlèrent à l’unisson au moment où l’Archimage prononçait la dernière phrase de son sort, et abattait son sceptre sur la tête tranchée pour l’empaler.

Le crâne se fendit et un roulement de tonnerre assourdissant parcourut les cieux. Il y eut un éclair de lumière aveuglant, et les témoins de la scène racontèrent plus tard qu’ils avaient vu la silhouette de Lileath apparaître au-dessus du champ de bataille. Un feu blanc jaillit de la Tour de la Lune et balaya les armées avant de s’étendre sur les terres environnantes. À son contact, les Démons étaient réduits en cendres, alors que les Asur sentaient simplement la caresse de leur Déesse sur leur peau, et sa voix rassurante.

Du sommet de la tour, Teclis constata l’effet de son sort. Celui-ci ne cesserait pas avant d’avoir atteint les rivages de l’océan, et anéantirait tous les Démons présents sur Ulthuan. Certes, ils finiraient par revenir, mais cela permettait aux Hauts Elfes de gagner un temps précieux. Il serra plus fort le Bâton-lune de Lileath. Il était désormais froid et inerte. Teclis sentait sa Magie bienfaisante s’étioler et la souffrance envahir son corps. Il s’écroula, et serait tombé dans le vide si deux Maîtres des Épées n’étaient pas venus le secourir. Le Bâton-lune glissa des doigts de Teclis. Cette fois, les Maîtres des Épées ne furent pas assez rapides, et il se brisa en trois morceaux lorsqu’il heurta le sol. Teclis regarda les fragments d’un air las, mais jugea que ce sacrifice en avait valu la peine.


« Pourquoi suis-je ici, Imrik ? » demanda Teclis, en espérant que son interlocuteur ne remarquait pas la souffrance qui étreignait sa voix. Le Bâton-lune de Lileath avait été réparé par les meilleurs artisans de Saphery, toutefois sa Magie s’était évaporée. La souffrance avait réinvesti le corps de Teclis, et même les potions les plus puissantes ne parvenaient pas à la chasser entièrement. Gravir les cinq cents marches de l’escalier d’albâtre menant à la chambre royale de Tor Caleda lui avait demandé un effort surhumain, néanmoins il savait qu’Imrik avait de bonnes raisons de l’avoir mandé. Le Prince Dragon n’avait jamais apprécié Tyrion ni Teclis, même avant leurs différends récents.

« Je vous prie de m’excuser, Maître du Savoir, » répondit Imrik sans paraître nullement désolé. « Je ne savais pas que vous étiez si amoindri. » Il fit un signe de tête aux deux Princes Dragons gardant l’entrée, qui s’écartèrent sans un mot.

La pierre blanche de l’escalier de Tor Caleda cédait la place à une grande caverne au plafond garni de stalactites et baignée d’air frais. Imrik s’avança à travers la pénombre et fit signe à Teclis de l’accompagner. Ce dernier eut un instant l’impression que le Prince Dragon hésitait.

« Quant à la raison de mon appel… je voulais vous montrer quelque chose. On m’a dit que vous seul pouviez comprendre sa signification. »

« Et qui vous a dit cela ? »

« Le plus illustre de mes ancêtres, Caledor le Dompteur de Dragons. »

Il n’ajouta rien, s’attendant à ce que Teclis réfute cette affirmation, mais celui-ci n’en fit rien. Lui aussi avait conversé avec Caledor au cours de ces dernières semaines, à travers les parois du Grand Vortex, et de toute façon, l’heure n’était pas à la controverse. Imrik était quelqu’un d’orgueilleux ; il était inutile de le contredire. Teclis avait déjà pris des risques en se rendant à Caledor. Si Tyrion l’apprenait, il en serait furieux.

« J’ai fait des rêves, » expliqua-t-il. Le bruit de ses pas montait en écho dans les ténèbres. « J’ai vu Ulthuan retrouver sa gloire d’antan. » Son ton se fit plus grave. « Il y a un mois, Lileath m’a rendu visite dans mon sommeil. Elle servait de messager pour mon ancêtre, et m’a guidé au cœur du Grand Vortex afin que je puisse l’écouter. Que pourrait signifier la présence d’une Déesse auprès de moi, et agissant au service du plus légendaire de mes ancêtres, à part le retour de la toute-puissance de Caledor ? »

Teclis ne répondit pas. D’après ce qu’il savait, Imrik avait compris exactement l’inverse de ce qu’il aurait dû.

Heureusement, il semblait que la question d’Imrik avait été rhétorique, car il poursuivit : « Mon ancêtre m’a dit qu’un grand changement arrivait, et que les haines et les amitiés de jadis ne devaient plus gouverner notre destin. Il m’a dit que si je voulais que notre peuple survive, je devais me détourner du passé et embrasser notre futur. »

« C’est un prix lourd à payer pour un Prince de Caledor. »

Imrik le foudroya du regard mais continua : « Le jour suivant, un vaisseau est arrivé de l’ouest. Il portait le symbole de Lileath sur ses voiles, et le Dragon de Caledor en tant que figure de proue. Il n’avait qu’un seul membre d’équipage, un Druchii qui se languit désormais dans mes geôles. La cale de ce navire contenait… voyez vous-même… »

Il mena Teclis dans une grande salle. L’Archimage décela les formes assoupies de Dragons, cependant son attention fut attirée par les innombrables œufs qui constellaient le sol, partout où se posait son regard.

« Il y en a des centaines, » souffla Imrik. « L’héritage d’innombrables générations. » Teclis vit une unique larme couler sur la joue du Prince.

« Qu’est-ce que cela signifie ? »

« Je pense que vous connaissez déjà la réponse. La Déchirure doit se refermer. La guerre sans fin va se terminer. »


SymboleDruchii.jpg
Alors qu’un Tyrion affaibli affrontait N’kari au pied de la Tour de Hœth, Naggaroth faisait face à ses propres ennemis. La férocité de la Horde Ensanglantée avait balayé les défenses septentrionales avant d’assiéger les plus grandes cités de Naggaroth. Valkia, qui commandait l’ost du Chaos, était tombée lorsque le Roi Sorcier avait mené personnellement l’assaut qui avait brisé l’encerclement de Naggarond. Toutefois, les champions de Valkia continuaient le combat au nom de Khorne, et on racontait même que la Reine du Carnage avait survécu à la colère de Malékith et qu’elle préparait une autre attaque. Kouran Main Noire, le Capitaine de la Garde Noire, pensait que Malékith aurait ordonné de traquer Valkia et de pendre sa peau écorchée depuis la plus haute tour de Naggarond, cependant, même si Kouran refusait de l’admettre, les motivations du Roi Sorcier semblaient plus motivées par le souci de survivre que par la vengeance.

En effet, Kouran n’avait jamais vu une invasion d’une telle ampleur assaillir Naggaroth. Chaque armée de Nordiques que les Druchii écrasaient était immédiatement suivie par une autre, sans que les pertes paraissent les affecter. Pire encore, le Roi Sorcier avait été absent au début de l’invasion, par conséquent ses lieutenants s’étaient comportés avec leur égoïsme habituel, et s’étaient contentés de défendre leurs propres domaines. C’est ainsi qu’une vaste horde de guerriers assoiffés de sang s’était aventurée vers le sud, aussi loin que Clar Karond, et avait mis la ville à sac. L’armée de Hag Graef de Malus Darkblade aurait facilement pu l’en empêcher, mais bien évidemment le Seigneur Bâtard ne s’était soucié que de ses propres intérêts.

Naggaroth brûle…
Partout, la même histoire se répétait. Les armées de Naggaroth étaient éparpillées, et refrénées par l’orgueil démentiel de leurs chefs. Har Ganeth était dévastée. Ses pierres maculées de sang voyaient s’affronter nuit et jour des guerriers pour lesquels seuls la gloire du carnage avait la moindre importance. Au début, Hellebron avait appelé à l’aide, mais lorsque ses missives successives étaient restées sans réponse, elle avait accepte cette bataille comme un don de Khaine. D’après ce qu’on rapportait, elle arpentait désormais les rues de sa cité et tranchait la gorge de tous ceux qu’elle croisait. Ebnir Écorchâmes, dont le titre était en péril suite à sa vaine défense de la Tour de Guet de Volroth, avait mené une armée dans la région des glaciers, dans le but de stopper l’afflux de Nordiques, et regagner ainsi l’estime du Roi Sorcier. Écorchâmes était mort en quelques heures aux côtes de milliers de ses soldats. Cette perte catastrophique mettait davantage en péril la survie de Naggaroth.

Bien sûr, il y avait des exceptions. Même au sein des Elfes Noirs, on comptait des individus capables de faire passer les intérêts du royaume avant les leurs. Lorsqu’une dizaine de chefs ce guerre de la Horde Ensanglantée avaient lancé leurs navires en direction de l’île glaciale de Karond Kar, Lokhir Cœur de Pierre et Drane Sang Noir avaient mis de côté leurs différends afin d’attaquer la flotte du Chaos. Ensemble, ils étaient parvenus à de bien meilleurs résultats que s’ils avaient œuvré séparément, et les envahisseurs furent en partie massacrés. Pourtant, le nombre de Nordiques était bien trop important, et pour chaque drakkar, deux autres parvinrent à accoster sur les rivages de la cité des esclaves. La ville aurait pu tenir bon si un séisme soudain n’avait pas creusé un brèche dans ses murailles. Au départ, cet événement fut interprété comme un désastre de plus en cette époque funeste, jusqu’à ce que les catacombes sous la ville soient envahies par des nuées d’hommes-rats. Bloqués entre la rage sanguinaire des guerriers Nordiques et la sorcellerie alimentée par Malepierre des Skavens, les défense furent rapidement submergés. Les cales de Sang Noir et de Cœur de Pierre s’emplirent en quelques heures de réfugiés fuyant la ville. Quant aux esclaves, ils furent abandonnés dans leurs cages, à la merci des envahisseurs.

Trois cités étaient tombées, mais trois autres tenaient encore bon. Naggarond put profiter d’une pause momentanée dans les combats, et Malékith se dirigea vers le nord à la tête d’une armée de plusieurs milliers de soldats. Morathi s’était enfermée dans Ghrond dès l’arrivée de la Horde Ensanglantée, sans prévenir les autres cités de la menace, et le Roi Sorcier était désireux de découvrir pourquoi elle avait agi ainsi. Kouran était aux côtés de son maître, et savait que c’était une mission risquée. Si Morathi était une traîtresse - et même si ce n’était pas le cas - elle connaissait des centaines de manières de torturer un insolent qui pénétrerait dans ses domaines. C’était pour cette raison que cette tâche avait d’abord été dévolue à Malus Darkblade, et c’était également pour cela qu’il s’était empressé d’aller guerroyer loin dans les terres. Suppliant Malékith de se montrer indulgent, il avait enfin mené son armée vers le sud et les ruines de Clar Karond, puis avait pris soin de mettre en scène le sauvetage des réfugiés, qu’il avait escortés jusqu’à la sécurité toute relative de Hag Graef : il préférait mille fois affronter des hordes de Nordiques avides de sang que d’encourir la colère de la Sorcière Suprême de Ghrond. En dépit de son mépris envers Darkblade, Kouran n’était pas certain qu’il aurait agi autrement s’il avait été à sa place. Bien sûr, en offrant un abri aux survivants de Clar Karond, Darkblade avait dans la foulée augmenté son influence au sein du royaume dévasté, et ce détail n’avait pas échappé au capitaine de la Garde Noire.

La chevauchée vers Ghrond était dangereuse, car les frontières de Naggaroth résonnaient encore des tambours des Nordiques. Un tiers de l’armée périt lors de ce voyage vers le nord, à cause du blizzard ou des lames cruelles des barbares. Malékith ne tint pas de conseil de guerre au cours de cette marche éreintante, si bien que même Kouran ne put deviner ses intentions exactes. Le Roi Sorcier paraissait parfois plongé dans une conversation, mais il murmurait comme à lui-même et ne s’adressait à aucun membre de son escorte. Kouran l’avait déjà vu ainsi, c’est pourquoi il ne s’en inquiéta pas. Il savait que beaucoup de choses lui échappaient, ce qui lui convenait, c’était même pour cette raison qu’il n’avait jamais convoité de rang supérieur à celui de Capitaine de la Garde Noire, afin de se protéger des machinations, cependant il était certain que son maître savait parfaitement ce qu’il faisait.

Le Roi Sorcier ne participa aux batailles livrées par son armée qu’une seule fois. Le reste du temps, il laissa ses vassaux se débrouiller seuls. À quarante lieues de Ghrond, sa force rencontra une horde du Chaos composée non pas de mortels, mais de Démons, attirés dans le monde matériel par le sang et les effluves de Magie. Un immense Buveur de Sang menait cet ost, et lorsqu’il s’approcha, une soif de sang terrible s’empara des rangs des Elfes Noirs. Les Druchii se ruèrent au combat sans se soucier de leurs vies. Ils jetèrent leurs boucliers et leurs arbalètes, et même les servants des balistes abandonnèrent leurs machines pour se joindre au massacre. Kouran, qui pourtant était toujours d’un calme immuable au combat, se jeta dans la mêlée en frappant sauvagement. Lorsqu’aucun Démon ne se trouvait à leur portée, les Elfes se retournaient les uns contre les autres. Toute l’armée aurait fini par être exterminée si Malékith, qui était le seul à ne pas être affecté par la soif de sang du Démon Majeur, n’était pas intervenu. Il s’envola sur le dos de Seraphon et s’approcha du Démon Majeur pour le frapper d’un trait de ténèbres. Il enfonça ensuite jusqu’à la garde la Destructrice - l’épée forgée par le Roi Sorcier lui-même - dans l’orbite gauche de son ennemi. Suite à la destruction du Démon, les Elfes Noirs retrouvèrent un semblant de discipline. La bataille fit rage de nombreuses heures encore, mais dès la disparition du Buveur de Sang, l’issue du combat ne fit plus le moindre doute. Suite à cela, on se demanda comment Malékith avait résisté à l’influence du Démon Majeur. Seul Kouran le comprit : l’âme du Roi Sorcier était si haineuse qu’elle débordait déjà comme une coupe trop pleine.

Finalement, Malékith atteignit Ghrond, ou plutôt, l’épais labyrinthe de ronces noires qui se trouvait là où la tour aurait dû se dresser. Les buissons s’étendaient sur des dizaines d’acres, et s’élevaient parfois si hauts qu’ils auraient surplombé les murailles de Naggarond. Ces ronces ressemblaient à une végétation ordinaire dont la croissance aurait été décuplée par la Magie, toutefois, lorsque l’armée s’arrêta à la lisière, les Elfes remarquèrent que les branches se mouvaient telle de l’eau, et se tendaient vers ceux qui approchaient trop près. Des squelettes étaient enchevêtrés dans ce hallier, et quelques cadavres frais étaient vidés de leur substance par des lianes noires qui s’enfonçaient dans leurs corps. Il n’était guère étonnant que l’envahisseur eût évité ce lieu.

Lorsque Malékith s’approcha, le mur de ronces s’ouvrit pour découvrir Drusala, une des Sorcières de Morathi. Elle était d’une beauté à couper le souffle, même selon les standards déjà surnaturels de la cour de Morathi. Des tiges d’aubépine tressaient ses cheveux et ondulaient comme les serpents d’une méduse. Elle s’adressa au Roi Sorcier avec déférence. Elle expliqua que sa venue était attendue, et que la royale Morathi, désormais l’incarnation de Hekarti, lui accorderait audience, à lui et à lui seul.

Tous ceux qui entendirent ce discours furent estomaqués à l’idée que la Sorcière Suprême se déclarât d’essence divine, sauf Malékith, qui avait autrefois osé dire qu’il était l’avatar de Khaine, et ce afin de s’assurer le contrôle des cultes de Furies. Il suspectait que les motivations de sa mère étaient similaires. Les Sorcières sombraient souvent dans la traîtrise, par conséquent Morathi devait s’assurer leur obéissance aveugle. Kouran protesta en entendant la demande de Drusala. Il savait qu’on ne pouvait pas se fier à Morathi, il en avait déjà fait les frais. Néanmoins, Malékith lui ordonna de se taire et accepta. Il descendit de Seraphon et emboîta le pas à Drusala. Les ronces se refermèrent derrière eux dans un bruissement funeste.


“Tu n’es pas une Déesse… »
La salle d’audience était somptueuse. Des étoffes dorées pendaient des murs, et des dalles en basalte poli recouvraient le sol, sous les riches tapis de pourpre.

Des statues en marbre représentant des Elfes au physique irréprochable étaient alignées le long des murs. Comme d’habitude, le regard de Morathi s’attarda sur ses préférées tandis qu’elle entrait. Combien de ces hommes auraient convolé avec elle s’ils avaient su le destin qui les attendait après ? se demanda-t-elle. Cependant, cela n’avait aucune importance. Tout comme elle, ils seraient désormais jeunes et beaux pour l’éternité. Ils devraient se sentir flattés d’un tel don, et honorés d’avoir été dignes d’attirer son attention !

Malékith était arrivé depuis quelques heures, toutefois la Sorcière Suprême n’avait pas résisté à l’envie de le faire attendre, même si elle lui avait fait servir un excellent vin tiré d’un tonneau volé en Avelorn pour le faire patienter. Elle nota qu’il ne s’était pas assis sur le siège qu’on lui avait présenté, et s’était à la place installé sur le trône de pierre-de-sang qui se trouvait à l’autre bout de la salle. Morathi chassa une pointe d’irritation. C’était un geste mesquin, et elle n’allait pas tomber dans le panneau en montrant un quelconque signe d’offense. Elle nota également qu’il n’avait pas touché au vin. Il était visiblement méfiant, cependant elle ne pouvait pas le blâmer. Elle hocha la tête pour le saluer - sans s’incliner, cela eût été un signe d’obédience - et s’avança vers lui.

« Vous venez de loin pour me parler, mon fils. Dois-je me sentir honorée, ou menacée ? »

« Je dois m’assurer qu’un de ces mondes revêt encore quelque importance à tes yeux, » répondit froidement Malékith. Morathi nota qu’il ne faisait pas l’effort de conserver le vouvoiement de respect dans cette conversation privée. « Souhaites-tu prendre ce siège ? » dit-il en indiquant celui qu’on lui avait proposé.

Il était hors de question pour Morathi d’être reléguée au rang de vassale devant son propre trône. « Je préfère rester debout, » rétorqua-t-elle. Elle était dans sa forteresse, et à son avantage, toutefois cela ne voulait pas dire qu’elle n’était pas prête à se mesurer personnellement à son fils. « Que signifie ta venue ? »

« Tu ne m’as pas prévenu de l’invasion des Nordiques, comme c’était ton devoir, » l’accusa Malékith en savourant chacun de ses mots.

« De plus, tu n’as pas participé à la défense de Naggaroth. Je devrais être furieux contre toi. J’avoue même que pendant quelques jours, j’ai caressé l’idée de te voir frémir sous le fouet. »

Le Roi Sorcier se leva et se mit à arpenter la salle, en s’arrêtant devant chaque statue pour l’examiner. Morathi pensa qu’il en reconnaîtrait peut-être certaines.

« À cause de toi, Naggaroth est au bord de la destruction. D’ici la fin de l’année, elle risque d’être une nouvelle ruine qui ira rejoindre les autres qui parsèment déjà ce monde. Néanmoins, j’avoue n’en éprouver nulle douleur. »

Morathi ressentit une colère irrépressible monter en elle. « C’est pathétique ! Tu fais honte à la mémoire de ton père ! »

« Loin de là. En fait, je compte même l’honorer comme jamais auparavant. Notre peuple a sombré dans l’oisiveté et la faiblesse. Ce n’est plus qu’un ramassis de citadins indolents, indignes de la destinée que je leur apporte. » Il se tourna vers sa mère et étendit les bras. « Maintenant, cette plèbe a été purgée de ses plus faibles éléments par les haches des Nordiques ; je t’en remercie, même si je sais que ce n’était pas le but que tu recherchais. Néanmoins, les survivants sont désormais des guerriers dignes de ce nom. Ils formeront l’armée qui ravagera Ulthuan, car ce n’est qu’en conquérant leur terre d’origine qu’ils auront une chance de survivre. Le trône des Dix Royaumes va enfin être mien ! »

« Je t’ai déjà entendu tenir de tels propos, » le railla Morathi.

« Certes, mais avant, je n’avais aucun allié. Or le Roi Phénix est mort, trahi par un de ses conseillers. » Il leva ses poings maculés de sang ayant séché depuis des jours. « Il a péri en couinant. J’ai arraché toute dignité de son corps avant de l’étrangler. »

« Les cinq Portes auront raison de toi, comme à chaque fois. »

« Oh que non ! Car je détiens les clés de ces forteresses. Elles m’ont été remises par leurs propres défenseurs. De plus, Ulthuan est attaquée, de la même façon que Naggaroth. Je ne doute pas que nos cousins survivront à cet assaut, toutefois ils n’auront pas l’intelligence d’en profiter pour se débarrasser des faibles. »

« Si ta victoire est assurée, qu’attends-tu de moi ? »

« Tu es ma mère, et en dépit de tes traîtrises, j’ai toujours du respect envers toi. Rejoins-moi avec tes armées, et je fermerai les yeux sur le passé. Tu seras de nouveau la Reine d’Ulthuan. Une Reine glorieuse, majestueuse et belle comme la nuit. »

Morathi soupira de dédain. « Tu réfléchis encore comme un mortel, alors que tu devrais aspirer à devenir un Dieu. »

« Tu n’es pas une Déesse… »

« Qu’en sais-tu ? La puissance d’Hekarti coule dans mes veines. Ma seule limite est mon imagination. Lorsque le Rhana Dandra, commencera rien d’autre ne comptera. »

« Tu n’es pas la première à parler de la Fin des Temps, cependant je reste sceptique. »

« J’imagine que c’est à cause de cet Archimage, » cracha Morathi. « Crois-tu que je ne l’ai pas entendu te parler pendant que tu cheminais ? De quels mensonges t’a-t-il abreuvé ? »

« C’est sans importance ! Il m’est utile, qu’il le veuille ou non. »

« Qu’en sais-tu ? »
« Évidemment ! Tu n’es pas du genre à te remettre en question. Regarde autour de toi ! Le monde hurle d’agonie, les cieux saignent, la comète à double queue brille dans le firmament, et tu cherches des preuves ? Les Dieux Sombres s’éveillent et vont nous engloutir ! »

« Dans ce cas, je les affronterai, à l’instar de mon père. Je ne vais pas les laisser me priver de mon legs. »

Morathi éclata d’un rire sardonique.

« Tu es un imbécile ! C’est la Fin des Temps ! Seuls ceux qui l’embrasseront survivront. Tu n’as pas l’étoffe d’un vainqueur, mais d’un vaincu qui blâme les autres pour ses échecs. Retourne comploter à Naggarond avant que le Chaos s’abatte. Je ne vais pas mettre mes forces au service d’un aveugle. »

Ce fut au tour de Malékith d’éclater d’un rire amer. « Et je suppose que pour ta part, tu vas te languir dans cette tour, telle une Princesse répudiée attendant le retour de son amant avant que les ténèbres l’engloutissent ? »

Comment était-il au courant ? « Tu ne comprends rien, » feula Morathi. Il devait savoir car il était en train d’errer dans les Royaumes du Chaos lors du moment de faiblesse de Morathi. C’était la seule explication : elle n’avait laissé aucun témoin vivant. « Il me reviendra. Je l’ai vu. »

« Comme c’est touchant. Et puis-je te demander ce que tu as vu concernant mon propre futur ? »

Morathi hésita. Elle savait qu’elle aurait dû se taire, toutefois elle ne résista pas à l’envie de prouver sa supériorité. Il lui suffisait de bien choisir ses mots.

« Si tu te rends à Ulthuan, tu perdras tout. Ton royaume, ta détermination, l’essence de toi-même. Tout ce qui fait de toi mon fils disparaîtra. Même ton nom n’aura plus de sens. Et je préférerais te voir mort que subir un tel destin. »

« Dans ce cas, je vais te dire adieu, » lâcha Malékith sur un ton méprisant. Elle savait qu’il cherchait le mensonge dans ses paroles, mais il n’en décela aucun, pas plus qu’il n’avait réellement compris pourquoi elle n’avait pas donné l’alerte.

Avant de prendre congés, Malékith ne résista pas à l’envie de lui lancer une dernière pique. « Ce n’est que par respect pour toi qu’en ultime cadeau, je te fais don de ta vie. Je n’oublie pas ta trahison, cependant tu ne mérites même pas que je te punisse. Tu es libre de te morfondre dans ta tour pendant que le monde change autour de toi. »



Nous allons abandonner Naggaroth !
Certains ne s’étaient pas attendus à ce que Malékith revienne vivant du dédale de ronces, et encore moins qu’il en ressorte d’aussi bonne humeur. Cependant, il revint bel et bien. De plus, le Roi Sorcier n’était pas seul. Une heure plus tard, alors que son armée levait le camp, le hallier s’ouvrit pour laisser passer les milliers de soldats formant la garnison de Ghrond. Ils étaient menés par Drusala, qui expliqua que ses guerriers et elle-même étaient un don de Morathi, qui s’en était voulu de ne pas avoir témoigné à son fils une loyauté et une hospitalité suffisantes. Malékith écouta en silence l’habile discours de Drusala, puis, hochant la tête, il ordonna à Kouran d’intégrer les nouveaux venus dans l’ordre de marche. Dans n’importe quel autre royaume, chevaucher auprès du général de l’armée eût été un honneur, et c’est là que se retrouvèrent Drusala et sa troupe. Cependant, à Naggaroth, cela indiquait simplement le manque de confiance flagrant que le Roi Sorcier témoignait à la Sorcière : là où elle se trouvait, Kouran serait en mesure de garder un œil sur elle.

Une semaine plus tard, Malékith rassembla les survivants du Conseil Noir à Naggarond. Sur les cent seigneurs et dames qu’il comptait à l’origine, il n’en restait que douze. Les autres étaient morts au cours des mois précédents, voire pendant leur tentative de rallier Naggarond en traversant les terres. L’un d’eux avait péri sous la lame d’un Assassin après avoir refusé de se présenter. Les survivants portaient tous les stigmates de batailles récentes, Hellebron plus que quiconque. Ses longs cheveux blancs étaient maculés de sang et de morceaux de chair. Même Ezresor, le maître espion du Roi Sorcier, avait été forcé de rougir sa lame durant les semaines précédentes, et s’était découvert un goût nouveau pour le meurtre. Évidemment, la Sorcière Suprême était absente. Elle était remplacée par Drusala, cependant personne au sein du conseil n’eut l’imprudence de faire des commentaires concernant l’absence de Morathi étant donné les circonstances.

Lorsque Malékith annonça son intention d’abandonner Naggaroth pour un ultime assaut contre Ulthuan, les réactions furent mitigées. Comme toujours, Kouran nota ceux dont l’enthousiasme laissait à désirer - ou était trop exubérant - en écoutant le décret de leur monarque. Malus Darkblade, en particulier, ne fit que peu d’efforts pour cacher son désaccord. Le Tyran de Hag Graef s’était taillé un chemin jusqu’au trône de sa cité, et renâclait à l’idée de l’abandonner. Néanmoins, il feignit maladroitement d’accepter de bonne grâce la décision du Roi Sorcier. Il aurait le temps de comploter plus tard, une fois le conseil terminé. Malgré tout, la plupart des autres membres furent conquis par l’ambition de Malékith, et Kouran savait bien pourquoi. Il n’était pas dans la nature des Druchii d’attendre à l’abri de leurs murailles. Ils se considéraient comme des prédateurs, et le monde était leur proie. Ils avaient tous compris que Naggaroth était perdue, ou qu’au mieux, elle ne serait plus que l’ombre d’elle-même pendant des siècles si elle survivait à cette guerre. Ils préféraient donc périr en conquérants plutôt qu’en assiégés, surtout pour défendre une terre qu’ils haïssaient profondément.

Ainsi, au moment où Teclis bannissait les Démons d’Ulthuan, le dernier ost de Naggaroth fit voile vers l’est. Ses navires étaient si nombreux que leurs voiles noires recouvraient l’océan. Derrière eux, Naggaroth brûlait. Les cités avaient été incendiées et les esclaves égorgés afin que les Nordiques n’aient plus rien à piller au milieu des décombres fumants. En dehors des quelques serviteurs de Morathi restés à Ghrond, les derniers Elfes Noirs du continent se trouvaient à Har Ganeth, et menaient la guerre immuable d’Hellebron contre la Horde Ensanglantée.

Quelques-uns à bord des Arches Noires regardaient les côtes de Naggaroth en éprouvant des sentiments mitigés, toutefois Malékith lui-même ne s’autorisa pas une telle faiblesse. Ulthuan occupait toutes ses pensées. La victoire ou la mort l’y attendait.

Massacre à la Porte de l’Aigle[modifier]

La Garnison de la Porte de l’Aigle[modifier]

La garnison de la Porte de l’Aigle est composée de vétérans de la guerre récente contre les Démons. Elle a été un bastion inexpugnable au cours de ce conflit, et un havre pour les garnisons des autres forteresses détruites par les Démons. Ses chefs se connaissent mal, car leurs forces ne se sont rejointes que récemment.

Shrinastor, Maître du Savoir de Hœth
Prince Yvarn de Meletan
Les Peaux Argentées
Les Serres de Tor Caleda
La Garde d’Eataine
Les Capes de Cendres

Prince Yvarn de Meletan
Yvarn commande la Porte de l’Aigle depuis cinq étés au moment où Darkblade attaque. Lorsqu’il a pris le commandement de la place forte, beaucoup de ses subalternes pensaient qu’il n’en avait pas l’étoffe, et qu’il manquait de l’expérience requise. Ces opinions n’étaient pas infondées : Yvarn est un lointain cousin du Roi Phénix et sa famille est très influente à la cour. Néanmoins, les doutes de la garnison se sont envolés au cours des Guerres de la Reconquête, lorsque l’ost du Seigneur de la Peste Septimus Rot menaça les défenses de la Porte de l’Aigle. La lance d’Yvarn fut la première à percer le cuir du Démon, car personne d’autre dans la garnison n’avait rassemblé avant lui suffisamment de courage pour s’attaquer à la forme scrofuleuse de Septimus.

Shrinastor, Maître du Savoir de Hœth
Ce Mage doté d’un fort mauvais caractère est si pénible à supporter quotidiennement que la garnison en vient presque à espérer la prochaine bataille, afin qu’il cesse un peu de se plaindre. En effet, le Maître du Savoir ne sert à la Porte de l’Aigle que par crainte du déshonneur qui s’abattrait sur lui s’il refusait. Comme beaucoup d’autres Archimages, Shrinastor est exaspéré de devoir abandonner ses études à la Tour Blanche, surtout pour aller perdre du temps à patrouiller avec le reste de la garnison. Néanmoins, même s’il est insupportable à vivre en temps de paix, Shrinastor s’avère inestimable lorsque la Porte de l’Aigle est assiégée, car il peut alors calmer sa frustration en projetant des traits de Magie destructeurs sur ses ennemis.

Les Peaux Argentées
Lorsque la nouvelle de la mise à sac de Chrace par les Démons a atteint la Porte de l’Aigle, le Prince Yvarn a offert aux Peaux Argentées la possibilité d’abandonner leur poste pour aller porter secours à leur province. Cependant, ces derniers ont décliné cette offre, en arguant que le vœu qu’ils ont prononcé à la Porte de l’Aigle est plus important que tout le reste. Après cela, ils sont devenus peu loquaces et taciturnes, et ont passé leurs journées à regarder vers l’ouest, à travers la passe. La nuit, ils se rassemblent autour de leurs feux de camp et entonnent de chants tristes. Lorsque leurs voix résonnent dans les cours de la Porte de l’Aigle, les autres membres de la garnison plaignent les prochains ennemis qui devront faire face à leurs haches.

Les Serres de Tor Caleda
Au moment de l’invasion des Elfes Noirs, il est rare que des guerriers de Caledor servent aux Portes, car Imrik a mis sa menace à exécution et a retiré ses troupes de toutes les provinces. Cependant, une poignée de régiments ont décidé d’aller à l’encontre des ordres de leur Prince, et ont fait passer en premier leur loyauté envers leurs frères d’armes. Les Serres de Tor Caleda en font partie. Leur désobéissance leur est d’autant plus douloureuse à vivre que leur régiment fut le premier levé dans la cité d’Imrik.

Les Capes de Cendres
Même si officiellement, aucun Guerrier Fantôme n’est rattaché à la Porte de l’Aigle sous le commandement du Prince Yvarn, on aperçoit presque quotidiennement les capes grises de ces combattants évoluer dans les roches qui bordent le nord de la passe. Peu après son arrivée, Yvarn a tenté de rencontrer les nobles Æsanar qui commandent les Capes de Cendres, mais ils se sont toujours esquivés sans dire un mot. Les éclaireurs d’Yvarn ont fini par découvrir un réseau de pièges dissimulés dans les rochers, et capables de déclencher des éboulements dans la passe au moindre passage.

La Garde d’Eataine
Une des trente légions d’Eataine est stationnée à la Porte de l’Aigle. Elle a été assignée au Prince Yvarn par décret royal. Ces guerriers sont si endurcis qu’on dit souvent que leur expérience dépasse celle de tous les autres combattants de la Porte de l’Aigle réunis. Toutefois, la Garde d’Eataine ne tire aucun orgueil d’une telle réputation. Au lieu de cela, ses guerriers acceptent sans broncher les missions les plus dangereuses et les plus ingrates, sans tenter de faire valoir une quelconque préséance sur leurs camarades. À chaque fois que la Porte de l’Aigle a été attaquée, la Garde d’Eataine a toujours été la première sur les murs, les lances pointées vers l’ennemi.

La Garnison de la Porte de l’Aigle

Prince Yvarn de Meletan
Prince Haut Elfe

Prince Marendri
Prince Haut Elfe

Prince Hodarn
Prince Haut Elfe

Amarkan le Masque
Noble Haut Elfe

Shrinastor
Maître du Savoir de Hœth

Les Astromanciens d’Eritann
Un conclave de Mages

Les Peaux Argentées
Un régiment de Lions Blancs

La Garde des Tempêtes
Quatre milices de Lanciers Hauts Elfes

Les Serres de Tor Caleda
Une milice d’Archers Hauts Elfes, deux
légions de Lanciers Hauts Elfes

La Garde d’Eataine
Une légion de Lanciers Hauts Elfes

Les Capes de Cendres
Trois maisonnées de Guerriers Fantômes

La Garde Saphir
Deux légions de Lanciers Hauts Elfes

Les Gardes de l’Ost
Une légion de Lanciers Hauts Elfes

Les Yeux de Morai-Heg
Trois grandes milices d’Archers Hauts
Elfes

La Guilde du Kraken
Trois équipages de Gardes Maritimes
de Lothern
, chacun doté de deux
Balistes Serres d’Aigle

Les Crocs Bénits
Deux griffes de Princes Dragons

L’Ost d’Argent
Un escadron de Chars de Tiranoc

Les Aigles de Gibrae
Un vol de Grands Aigles

L’Ost de Darkblade[modifier]

Bien peu d’Elfes Noirs ont connu le succès au pied des Grandes Portes d’Ulthuan, cependant Malus Darkblade est déterminé à en faire partie. En tout cas, il dispose des troupes adéquates sous la forme des survivants de Hag Graef et de Clar Karond, sans parler du contingent de Drusala originaire de Ghrond.

Malus Darkblade
Drusula, Demoiselle de Morathi
Les Chevaliers de la Griffe d’Ébène
Les Chevaliers des Ténèbres Brûlantes

Malus Darkblade
L’ambition a porté Malus Darkblade au sommet. Il n’y a pas si longtemps, c’était un paria. Aujourd’hui, il est un des plus puissants lieutenants de Malékith, et le chef d’une des plus grandes armées de Druchii qu’on ait vue depuis des siècles. Pourtant, le succès de Darkblade a eu un coût amer, car son âme est liée à celle du Démon Tz’arkan. Pour le moment, l’Elfe Noir est le maître de duo, toutefois le Démon ne cessera jamais de tenter de se libérer. De plus, Darkblade joue un jeu dangereux. Il sent le changement dans l’air, et pense que la détermination de Malékith vacille. Malus imagine déjà la couronne du Roi Sorcier reposer sur sa tête…

Irchi et Sratchi

Drusula, Demoiselle de Morathi
La relation entre Malékith et sa mère en est à son point le plus bas depuis des années, c’est pourquoi les soldats de Ghrond sont sur la réserve, et se mêlent peu aux guerriers des autres cités, sauf Drusala, qui ne paraît nullement concernée par la disgrâce de sa maîtresse. Elle va d’un feu de camp à l’autre, avec l’assurance et la grâce d’une panthère des montagnes. Elle répand les bienfaits d’Hekarti partout où elle se rend, et a même apporté des cadeaux pour les plus grands nobles, comme des amulettes ou des pendentifs. La plupart des Elfes Noirs pensent qu’elle tente de racheter les erreurs de Morathi, sans voir les enchantements qu’elle tisse discrètement autour d’eux.

Les Chevaliers de la Griffe d’Ébène
Cette bande de guerre à l’histoire longue et célèbre a juré allégeance à Malus Darkblade suite à la chute de Clar Karond. Ces Chevaliers n’ont pas versé la moindre larme suite à la destruction de leur patrie, en la traitant de repaire de fainéants et de traîtres, et en affirmant que son anéantissement ne faisait que confirmer leurs dires. Désormais, ils chevauchent à l’avant-garde de Darkblade, sans vraiment se rendre compte qu’il ne s’agit nullement d’un honneur, mais de la façon que leur maître a trouvée pour garder un œil sur eux. En effet, Darkblade se doute bien que leur précédent changement d’allégeance pourrait bien se reproduire de façon tout aussi subite.

Les Chevaliers des Ténèbres Brûlantes
Ces Chevaliers n’ont de la maisonnée Darkblade que le nom. Ils ne le servent pas par loyauté ou pour faire honneur à la tradition, mais parce qu’il paye grassement en espèces sonnantes et trébuchantes. Bien peu de ces cavaliers font partie de la noblesse d’ordinaire associée aux Sang-Froid. La plupart sont des vétérans de combats aussi bien à Naggaroth que sur Ulthuan, qui ont gagné leur héraldique et leur titre en le volant à des nobles de familles déchues, ou qu’ils ont assassinés au cours de l’ascension foudroyante de Malus. Ils compensent leur manque de sophistication et leurs origines populaires par un talent certain au combat, ce qui explique aussi pourquoi Darkblade leur accorde une solde aussi élevée.

Irchi et Sratchi
Ces Hydres colossales ont déjà dévoré un grand nombre de Nordiques, et Darkblade espère qu’elles vont se gaver des défenseurs d’Ulthuan avec encore plus d’entrain. Malgré tout, Darkblade est toujours amer d’avoir dû payer le prix fort pour ces monstres : il les a achetés quelques semaines avant le siège de Clar Karond, juste avant une chute vertigineuse des prix, lorsque les belluaires ont fui en masse vers Hag Graef et Naggarond.


L’Ost de Darkblade

Malus Darkblade,
le Tyran de Hag Graef

Tullaris le Porteur de Mort,
la Main de Khaine

Drusala
Sorcière Suprême

Karlzhost le Boucher
Dynaste Elfe Noir

Seetheran
Assassin Khainite

La Garde de l’Ossuaire
Une cabale d’Exécuteurs

Chevaliers de la Griffe d’Ébène
Cinq brigades de Chevaliers sur Sang-
Froid

Les Chevaliers des
Ténèbres Brûlantes
Quatre brigades de Chevaliers sur Sang-
Froid, un escadron de Chars à Sang-
Froid

Le Guet de Glace
Quatre légions d’Affrelances

Sentinelles du Poing de Givre
Deux légions de Sombretraits

Le Legs du Serpent
Deux légions d’Affrelances

Les Griffes Venimeuses
Quatre légions de Tristelames

La Brume Vaporeuse
Deux légions de Sombretraits

Les Pillards Sanglants
Un équipage de Corsaires des Arches Noires

Les Lames de Yorath
Deux équipages de Corsaires des Arches Noires

La Ménagerie de Raema
Six Hydres de Guerre, cinq Kharibdyss
et trois vols de Harpies

Irchi et Sratchi
Deux Hydres de Guerre

Les Seigneurs de l’Oubli
Quatre monteurs de Dragons Noirs de
diverses allégeances



L’ultime invasion des Druchii à commencer !
L’armada des Elfes Noirs vint de l’est tel un vent de tempête. Les navires de Lokhir Cœur de Pierre menaient l’attaque, et frappèrent les ports fortifiés de Tor Inra et de Merokai, sur les côtes de Tiranoc. D’anciennes tours de guet furent mises à bas par la sorcellerie ou englouties par des flammes mystiques. Le long des quais, de fiers Vaisseaux-Dragons brûlèrent avant de sombrer lentement dans les flots.

Le Prince Morvai, qui revenait à peine de la bataille de la Tour de la Lune, rallia les armées de son royaume et repoussa les Corsaires de Cœur de Pierre de la côte, mais il paya cher son courage, car au cours des combats désespérés de Tor Inra, la lame d’un Assassin l’empoisonna. Pendant trois jours, les guérisseurs de Tiranoc cherchèrent en vain un remède. C’est ainsi que Morvai, fils d’Eldyr, passa dans l’ombre. La lignée royale de Tiranoc reposait désormais entièrement sur les épaules de sa sœur Eldyra, qui était en train de voyager dans des terres lointaines. En dépit de la mort de Morvai, le peuple de Tiranoc se réjouit en croyant que le raid des Elfes Noirs avait été repoussé. Malheureusement, les attaques de Cœur de Pierre n’avaient été qu’une diversion afin d’attirer les défenseurs de Tiranoc vers le sud. Pendant que Morvai était inhumé dans le caveau de ses ancêtres, le véritable assaut débuta contre Tiranoc et Nagarythe.

L’attaque était menée par Drane Sang Noir. Sa flotte évita les patrouilles d’Ulthuan pour accoster. Alors que ses navires approchaient du rivage, les marins virent une vague de flammes blanches balayer les terres depuis l’intérieur. Quelques capitaines, qui ne se doutaient pas qu’il s’agissait du sort que Teclis avant jeté afin de bannir les Démons, pensèrent que ce feu était destiné à détruire leurs vaisseaux, et ordonnèrent de changer de cap d’un air paniqué. Cependant, les flammes se dissipèrent à quelques encablures du rivage, laissant les équipages indemnes et leurs bateaux intacts, et suscitant des quolibets des marins à l’encontre de leurs capitaines.


Peu de temps après, la flotte de Sang Noir débarqua une grande armée au niveau des Marches des Ombres. Le premier navire accosta au crépuscule, et avant minuit, les plages étaient hérissées de lances. Malus Darkblade avait reçu l’honneur équivoque de mener l’assaut initial. Le Tyran de Hag Graef savait fort bien que Malékith espérait qu’il trouverait la mort lors de cette attaque, une flèche plantée dans la gorge, cependant il n’en avait cure. Au lieu de cela, Darkblade voyait là une occasion inespérée. Il lui suffisait pour cela de remporter une victoire écrasante. Malgré tout, le Démon de son épée s’agitait. Malus avait de plus en plus de mal à le contrôler, et ses potions étaient de moins en moins efficaces. Toutefois, pour l’instant, Tz’arkan était silencieux, c’est pourquoi Darkblade en profita pour mener ses guerriers directement au cœur des terres de Tiranoc ravagées par les Démons.

Ils furent accueillis par des volées de flèches empennées de noir lorsque les Æsanar de Nagarythe se rassemblèrent afin de s’opposer à cette invasion. Cela ne perturba pas Darkblade, qui envoya ses cavaliers dans les collines pour traquer les tireurs embusqués, sans rien faire d’autre pour limiter les pertes : les Guerriers Fantômes n’étaient que des moucherons irritants. Même s’il perdait quelques dizaines de soldats, il en survivrait des milliers pour mener l’attaque. Les armées combinées de Hag Graef et de Clar Karond, ainsi que la garnison de Ghrond, étaient sous les ordres de Darkblade. La vitesse de l’assaut primait sur tout le reste, par conséquent Malus comptait bien arriver au pied des murs de la Porte de l’Aigle avant d’être intercepté par les osts de Tiranoc. Darkblade ne savait pas pourquoi Malékith avait choisi la Porte de l’Aigle plutôt qu’une autre, toutefois, il était déterminé à réussir.

Néanmoins, tous les Guerriers Fantômes n’étaient pas restés pour harceler les forces de Darkblade tandis qu’elles avançaient dans la passe de l’Aigle du Faucon. D’autres étaient allés avertir le Prince Yvarn qui commandait la Porte de l’Aigle de l’imminence d’une attaque. Par le passé, Yvarn se serait contenté d’attendre que les Elfes Noirs s’épuisent contre les murs de sa citadelle, cependant, cette tactique n’était plus envisageable. Même si la plupart ces gens d’Ulthuan ne le réalisaient pas, les grandes Portes d’Ulthuan avaient considérablement souffert au cours de l’invasion des Démons, notamment la Porte de l’Aigle. Des tours avaient été détruites, et la garnison avait souffert des flammes et des maladies. Pire encore, un Démon de la Peste colossal s’était jeté contre les défenses ouest, et avait créé des brèches dans six des huit murailles. Les réparations n’étaient pas encore terminées : le mur extérieur était en ruine sur près de trois cents mètres de long. Les remparts pouvaient être tenus, mais seulement si cette brèche était également défendue, toutefois les guerriers qui y seraient assignés seraient condamnés. C’est ainsi qu’Yvarn décida de défendre la brèche personnellement, à la tête de Garde d’Eataine, car il ne pouvait se résoudre à envoyer ses hommes à la mort sans encourir le même risque.

Le Prince Yvarn observa l’ost en approche et sut que tout était perdu. À sa droite et à sa gauche, un mur de boucliers d’à peine quelques rangs de profondeur s’étirait le long de la brèche. La victoire paraissait impossible. La Porte de l’Aigle avait fait face à des dangers mortels au cours de ces derniers mois, mais désormais, Yvarn savait qu’elle ne résisterait pas sans une aide extérieure.

Des cors de guerre sonnèrent et leur écho roula contre les parois de la passe montagneuse. Yvarn sursauta et se sentit honteux. Ses soldats avaient confiance en lui, comment pouvait-il les mener ainsi vers la mort ? Il chassa cette pensée, cependant elle continua de le ronger insidieusement. Si la Porte de l’Aigle était condamnée, pourquoi se sacrifier inutilement pour la défendre ?

Le sol se mit à trembler sous les pas lourds des Sang-Froid. « Fuis ! » criait une voix dans la tête du Prince. « Sauve-toi avec tes guerriers tant que tu le peux ! »'

Yvarn faillit abdiquer avant de retrouver sa détermination. Il se tourna vers les phalanges de la Garde d’Eataine pour les haranguer. Ses soldats le regardaient intensément. Il posa la main sur le pommeau de son épée.

Dès que sa peau toucha le métal, les souvenirs affluèrent. Son épée avait été maniée au combat par plus de cinquante générations de ses ancêtres. Elle avait été récupérée d’innombrables fois sur le cadavre de son propriétaire afin d’être transmise à son successeur. En cet instant, un feu nouveau naquit dans le cœur du Prince, alors que ces flammes avaient été soufflées par le désespoir au cours des derniers jours. Mais désormais, elles brûlaient de nouveau férocement. Yvarn se redressa et ses doutes s’évanouirent. Il vit l’armée des Elfes Noirs pour ce qu’elle était vraiment : un ramassis de malandrins et de coupe-jarrets indisciplinés et veules. Il ne déshonorerait pas ses ancêtres en reculant face à de tels ennemis.

« Préparez-vous » cria Yvarn à ses guerriers. Sa voix était froide et déterminée. « Aujourd’hui, nous allons nous battre pour le Phénix ! »


Les Elfes Noirs arrivèrent a l’aube. Ils ne tentèrent pas d’assiéger la place forte car Darkblade était bien trop pressé. Au lieu de cela, ils se précipitèrent vers la brèche. Les Chevaliers de Hag Graef menaient la charge, et talonnaient leurs montures reptiliennes sous la pluie de traits des défenseurs. Des centaines périrent avant d’atteindre le mur, cependant les survivants se contentèrent de railler la malchance et la faiblesse de leurs camarades. Darkblade chevauchait parmi eux, suffisamment en avant pour que tout le monde sache qu’il menait cette charge, mais légèrement en retrait, afin de s’assurer que la colère des Hauts Elfes s’abattait non pas sur lui, mais sur les premiers rangs. Les Chevaliers étaient suivis par des Corsaires, des Tristelames et des Affrelances des trois cités, ainsi que par les Hydres de Guerre de Clar Karond. C’était un ost d’une taille terrifiante. Il se rua vers la brèche, et vers la garde d’Eataine d’Yvarn qui attendait autour de son Prince dans un silence de mort.

Les Chevaliers de Hag Graef percutèrent les lignes ennemies à pleine vitesse. Leurs lances transpercèrent facilement les boucliers, puis les chairs des Asur. Les Sang-Froid rugissaient en déchirant les gorges et en arrachant les membres avec leurs gueules hérissées de crocs. Le sang était écarlate dans l’aurore naissante. Les Hauts Elfes aux robes maculées de rouge s’écroulaient sur les pierres. Partout sur la brèche, les phalanges de la Garde d’Eataine vacillaient sous l’impact. Les premiers rangs étaient massacrés, pourtant les autres tinrent bon. Les lances frappaient pour venger les camarades tombés, et touchaient l’ennemi avec une précision autant due à l’instinct qu’à l’entraînement. Les Sang-Froid étaient secoués de spasmes d’agonie, et leurs cavaliers étaient jetés au sol et finissaient souvent écrasés sous le cadavre de leur monture.

L’épée à la main, le Prince Yvarn fit honneur à ses ancêtres ce jour-là. Il abattit le chef de la Griffe d’Ébène, et captura leur bannière. Il sentit à peine la douleur lorsqu’un coup d’épée vit voler en éclats son bouclier et lui causa une grave blessure à la poitrine. Il entendait confusément des cris à la gloire de Khaine, puis comprit qu’il ne s’agissait pas de voix divines, mais de celles de ses soldats qui se précipitaient pour lui venir en aide.

De façon totalement inattendue, la première vague de Chevaliers dérouta subitement. Il n’y eut pas d’ordre donné par un officier, par de cor de guerre qui sonna la retraite ; les survivants tournèrent d’eux-mêmes les talons et fuirent à bride abattue devant le mur de boucliers. Malus Darkblade les traita de couards et les menaça des pires tortures qu’il pouvait imaginer, cependant les Chevaliers ne l’écoutaient pas. Finalement, le Tyran de Hag Graef s’enfuit avec ses serviteurs, car il n’avait aucune chance de l’emporter seul face aux Hauts Elfes. Le Prince Yvarn était blessé mais victorieux. Il commanda à ses hommes de se repositionner sur la brèche et de se préparer sans attendre à l’assaut suivant.

Encore beaucoup de sang allait couler de part et d’autre : la Bataille de la Porte de l’Aigle était loin d’être terminée.


Une haine éternelle fait face à une détermination sans faille.
L’assaut suivant ne se fit pas attendre. À peine les Chevaliers s’étaient-ils mis hors de portée des arcs longs des Hauts Elfes que l’avance du reste de leur armée les empêcha d’aller plus loin. Darkblade était muet de colère, pourtant il parvint à rallier enfin ses Chevaliers. Ignorant les traits de balistes qui volaient dans leur direction, le Tyran de Hag Graef traqua personnellement une dizaine de ses lieutenants et les décapita, avant de lancer leurs têtes dans les rangs des Tristelames et des Corsaires qui arrivaient. La soldatesque n’avait aucune amitié envers les Chevaliers, et se réjouit intérieurement de leur sort. Quant à Darkblade, il entendait Tz’arkan murmurer dans son esprit. Le Démon l’adjurait de le libérer, et lui promettait en échange de lui apporter la victoire. Comme d’habitude, Darkblade résista à la tentation.

Une fois l’ordre restauré, il poussa son armée à avancer, toutefois elle avait perdu son allant. Un assaut de cavalerie décisif aurait pu chasser les défenseurs de la brèche, mais son échec forçait les Elfes Noirs à suivre une tactique plus conventionnelle. Darkblade pouvait voir que les Asur avaient empilé les cadavres des Sang-Froid juste devant la brèche, afin de créer un obstacle de chair morte à portée des archers postés sur les murailles. Ce rempart funeste rendait impossible toute nouvelle charge de cavalerie. Il était temps pour l’infanterie d’entrer en action. Darkblade brandit son épée démoniaque pour faire signe à ses troupes d’avancer.

L’assaut suivant ne se porta pas uniquement contre la brèche, car Darkblade avait retenu la leçon. Au lieu de cela, la ligne de bataille des Elfes Noirs s’étala sur toute la largeur de la Porte de l’Aigle. Des éclairs noirs se mesuraient au feu blanc tandis que les Sorcières affrontaient les Archimages dans des duels magiques, chacun tentant de s’approprier les énergies surnaturelles en provenance des sommets montagneux. Des balistes aux traits chargés de noirs enchantements frappaient la Porte de l’Aigle et faisaient voler en éclats les poivrières et les créneaux. Des Corsaires lancèrent leurs grappins sur les remparts et se hissèrent le long des murs lisses, et faisaient des chutes mortelles en hurlant lorsque les défenseurs coupaient les cordes. Des Harpies volaient au-dessus du parapet de la muraille pour harceler les Hauts Elfes. Des Hydres percutaient les immenses portes en bois d’étoile cerclées d’argent enchanté. Des flammes magiques jaillissaient des meurtrières. Les Hydres périrent les unes après les autres, souvent en piétinant leurs maîtres sous l’effet de la fureur et de la douleur. Des Ombres chassaient les Æsanar dans les pentes rocheuses, avant de périr à leur tour, une flèche logée dans l’œil ou la gorge. Darkblade s’en moquait. Ce n’étaient que des ruses destinées à empêcher des troupes fraîches de renforcer la brèche. Des centaines d’Elfes Noirs étaient morts, cependant le Tyran disposait encore de milliers de troupes en réserve. Il les jetait au fur et à mesure contre la Porte de l’Aigle, comme un charbonnier enfourne des pelletées de houille dans un fourneau.

Les régiments de Tristelames et d’Affrelances se jettent sur les défenseurs de la Porte de l’Aigle.
Alors que le premier assaut s’était effondré au bout de quelques minutes, le second dura jusque tard dans la nuit. La profondeur des régiments de Tristelames et d’Affrelances était telle qu’il était impossible aux premiers rangs de battre en retraite. Les guerriers combattaient jusqu’à la mort, ou étaient frappés dans le dos quand ils se tournaient désespérément vers les boucliers de leurs camarades situés derrière eux, pour essayer de fuir. Pour les Elfes Noirs, il n’y avait que deux issues possibles : la victoire, ou la mort. Pour l’instant, cette dernière s’emparait de centaines de soldats, tandis que la première refusait de leur sourire.

Le Prince Yvarn avait mené ses guerriers hors de la brèche afin de former une ligne de bataille. Derrière eux, perchés sur les décombres et les pentes jonchées de cadavres, les archers portant les couleurs de Caledor étaient arrivés. Ils avaient fait passer leur loyauté envers la Porte de l’Aigle avant les querelles entre leur Prince et les autres royaumes. Leurs volées précises envoyèrent bon nombre d’Elfes Noirs dans les bras d’Ereth Khial. Yvarn et sa Garde d’Eataine continuaient le combat en dépit des pertes qui s’accumulaient. Près de la moitié des soldats du Prince étaient tombés, toutefois les survivants combattaient sans peur, et à chaque fois qu’un Hauts Elfe vêtu de blanc mourait, le chant guerrier de Khaine, étrange et magnifique, résonnait plus fort.

Alors que l’aube se levait, le deuxième assaut s’essouffla enfin. Les Elfes Noirs s’enfuirent en aval de la passe en abandonnant derrière eux les cadavres ensanglantés et fumants de leurs camarades. Darkblade était de nouveau en proie à une fureur terrible, et ordonna à ses lieutenants de rallier les troupes en vue d’une autre attaque. Le Tyran de Hag Graef ne parvenait pas à réaliser que les défenseurs avaient réussi à résister à un assaillant qui était pourtant dix fois plus nombreux. Il était hors de question que cette résistance s’éternise, car les armées de Tiranoc et d’Ellyrion devaient déjà être en train de converger vers la Porte de l’Aigle pour briser le siège. Darkblade devait s’emparer coûte que coûte de la forteresse avant leur arrivée, sinon tout serait perdu. Une fois de plus, il se demanda si cela ne faisait pas justement partie du plan de Malékith, cependant il chassa cette pensée.


Le troisième assaut débuta lorsque le soleil était à son zénith. Darkblade commandait l’attaque personnellement, et cette fois, il n’avançait pas au milieu des rangs, mais se détachait fièrement de la troupe, à côté de la bannière de Hag Graef. Ses plus fidèles vassaux des Chevaliers des Ténèbres Brûlantes l’entouraient, et ils étaient suivis par les guerriers de la propre maisonnée du Tyran. Il ne fallait plus faire dans la demi-mesure : l’élite de son armée allait écraser l’ennemi. Tandis que les Chevaliers des Ténèbres Brûlantes s’élançaient au galop, des formations de Corsaires avancèrent vers les portes, déterminés à récolter leur part de gloire lors cet ultime assaut.

Une fois encore, la tuerie commença bien avant que les lignes des Druchii atteignent les soldats d’Yvarn. Les cordes des arcs se détendaient dans des bruits secs et délivraient des volées de traits acérés. Les Archimages de Caledor invoquèrent des feux magiques qui dévalèrent les murailles et engloutirent les régiments d’Elfes Noirs, néanmoins ces derniers poursuivaient leur progression. Les cieux tourbillonnèrent quand les Astromanciens de Saphery déclenchèrent une pluie d’éclairs, toutefois les Sorcières de Drusala se tenaient prêtes, et les fourches électriques se dispersèrent avant d’atteindre les Chevaliers. Gloussant d’une joie maléfique, les Sorcières remodelèrent ces énergies en nuages d’où émergeaient des tentacules ondulants, et qui remontèrent le long des murs avant de ravager les remparts, ne laissant que des squelettes luminescents dans leur sillage.

Au bout de ce qui sembla être une éternité pour Darkblade, et alors qu’Yvarn trouva ce même laps de temps bien trop court, les Chevaliers des Ténèbres Brûlantes atteignirent les monticules de cadavres et les Hauts Elfes qui s’abritaient derrière. Quelques attaquants furent désarçonnés lorsque leurs montures s’empêtrèrent dans les monceaux de corps, mais pour sa part, le Sang-Froid de Darkblade l’amena au cœur de la formation adverse.

L’épée de Malus Darkblade fendit le casque et le crâne d’un autre lancier d’Eataine. Le Haut Elfe s’effondra, et Spite s’avança dans la mêlée. Sa gueule se referma sur la tête d’un chasseur de Chrace et Cothique.

« Libère-moi ! » susurra Tz’arkan dans l’esprit de Darkblade. « Je peux t’apporter la victoire. »

« Jamais ! » cracha Darkblade, même si une partie de lui voulait céder à la demande du Démon. Depuis combien de temps ne l’avait-il pas libéré ? Il ne s’en souvenait pas. Les jours interminables et les nuits sans sommeil lui avaient fait perdre toute notion du temps.

« Je pourrais t’y obliger… » persifla Tz’arkan. « Toutes ces souffrances, et la Magie qui déferle des montagnes : je m’y suis abreuvé, et tu ne peux plus me résister. »

« Dans ce cas, pourquoi demander ma permission ? » ironisa Darkblade.

« Je ne puis te combattre toi et nos ennemis en même temps, reconnut le Démon. Mais il me semble que tu as un peu le même problème… »

Au même instant, un concert de cors de guerre résonna à l’ouest. Leurs notes cristallines montèrent dans le ciel chatoyant. Les troupes de Tiranoc étaient arrivées plus tôt que prévu ; Malus avait échoué. Darkblade maudit Cœur de Pierre de ne pas les avoir retenues plus longtemps, et Malékith de lui avoir ordonné un assaut aussi hâtif. Et plus que tout le reste, il se maudit d’avoir obéi à la volonté du Roi Sorcier. Il n’avait plus le choix.

« Très bien. Je te libère. Nous allons les massacrer ensemble. »

Tz’arkan ne répondit pas, mais Darkblade sentit l’esprit du Démon se mêler au sien. Quelque chose n’allait pas, ce n’était pas comme d’habitude. Puis la douleur l’envahit, et les seules choses qu’il perçut furent ses propres cris.


Le Démon Tz’arkan enfin libre… pour peu de temps.
Darkblade s’était attendu à ce que ses Chevaliers dévastent les lignes d’Yvarn et pénètrent dans la forteresse. Après tout, les défenseurs étaient épuisés suite à une journée de combats ininterrompus, alors que ces nouveaux assaillants étaient composés de troupes fraîches. Cependant, à l’insu du Tyran de Hag Graef, des renforts étaient arrivés à la Porte de l’Aigle. Des Chevaliers d’Ellyrion avaient mis pied à terre pour rejoindre les remparts et faire pleuvoir la mort sur les Druchii. Un vol de Phénix était apparu. L’air était nimbé de flammes dans leur sillage. Ils dispersèrent les dernières Harpies qui harcelaient les plus hautes tours de la forteresse. Et pour couronner le tout, pas moins de trois régiments des chasseurs de Chrace s’étaient joints à la bataille. Leurs haches scintillaient alors qu’elles tailladaient les armures et les écailles des Sang-Froid.

Pour la troisième et dernière fois, l’assaut des Elfes Noirs s’enlisa. Le Prince Yvarn vit que les attaquants faiblissaient tandis que les cors de guerre sonnaient à l’ouest. Il murmura une rapide prière de remerciement à Asuryan. La Porte de l’Aigle était sauve.

Au début, les hurlements de Darkblade passèrent inaperçus au milieu du vacarme de la mêlée. Des centaines de combattants mouraient sous les coups d’épée, de lances et de haches, et bien peu avaient le loisir de s’intéresser à autre chose que leur propre survie. Mais lorsque les cris d’agonie de Darkblade montèrent crescendo, une terreur muette s’empara peu à peu des esprits de tous les Elfes, comme si des griffes invisibles lacéraient leurs âmes. Le Tyran de Hag Graef tomba de la selle de Spite. Sa peau ondulait comme la surface d’un liquide. Les combattants s’écartèrent prudemment de lui. Spite, quant à lui, fut sans doute encore plus sensé que les Elfes, et s’enfuit dès la chute de son maître.

Quelques instants plus tard, le corps de Darkblade émit des craquements sinistres, et ses hurlements se muèrent peu à peu en un grondement menaçant tandis que Tz’arkan remodelait le corps de son hôte selon une forme plus plaisante. Les os se tordaient et s’allongeaient, et les chairs se déchiraient dans des bruits immondes. Des pièces d’armure et des lambeaux de vêtements tombaient au sol tandis que la créature croissait lentement. Des cornes jaillirent de son front, et de nouveaux membres poussèrent depuis son tronc. Pendant un moment, l’Épée Warp de Khaine parut minuscule dans l’énorme poing du monstre, puis elle grandit elle aussi jusqu’à s’adapter à la nouvelle morphologie de son maître. Les Elfes aux alentours reculèrent d’horreur quand le Démon Tz’arkan rugit triomphalement.

Les Dragons de Caledor arrivent.
L’Épée Warp s’abattit sur les malheureux membres de la Garde d’Eataine tandis que les griffes du Démon coupaient en deux les Elfes Noirs qui passaient à leur portée. Cette trahison de Tz’arkan n’était pas préméditée, car elle avait été suscitée par une avidité soudaine et irrépressible. Tz’arkan avait envisagé de s’amuser en massacrant les ennemis de Darkblade, cependant les mêmes énergies magiques qui lui avaient permis de dominer l’esprit du Tyran de Hag Graef avaient également éveillé en lui une rage indicible. Entouré d’âmes elfiques succulentes, Tz’arkan s’était laissé emporter, et chaque Elfe qui tombait ne faisait que le faire sombrer un peu plus dans la démence. Les cris d’agonies le galvanisaient, et il sentait les Royaumes du Chaos tenter d’envahir le monde réel. Au départ, il résista, car il ne désirait pas partager son butin avec d’autres Démons, néanmoins une partie de son âme désirait laisser s’ouvrir une faille dans la réalité.

En constatant les dégâts provoqués par Tz’arkan, Yvarn sut qu’il devait être stoppé coûte que coûte. Les lances ne lui faisaient pas le moindre mal, et si les haches de Chrace semblaient plus efficaces pour percer son cuir épais, aucun des chasseurs qui les maniaient n’avait l’occasion de porter un second coup avant de périr. Yvarn prit son courage à deux mains et se jeta sur le Démon. Son épée runique scintilla comme l’astre solaire alors qu’elle frappait Tz’arkan à plusieurs reprises. Du sang noir jaillit de ses plaies et se mêla à celui de ses victimes ; Yvarn exulta en constatant que la bête pouvait être abattue, mais au même instant, une griffe bloqua sa lame et une autre se noua autour de son cou. Le Prince poussa un cri étouffé, puis la serre lui broya la nuque. Encore sous le choc de l’attaque, les survivants de la Garde d’Eataine battirent en retraite.

À l’arrière de l’ost des Elfes Noirs, des Chars de Tiranoc venaient d’arriver, et se ruèrent vers les formations désorganisées. Les pur-sang d’Amarath et d’Elindon filaient dans la passe. Des ordres sévères s’élevèrent de l’armée des Elfes Noirs afin qu’elle se tourne vers cette nouvelle menace. Les auriges lâchaient des grêles de flèches tout en galopant, et visaient les officiers au sein des rangs des Druchii. La panique se répandit lorsqu’ils tombèrent comme des mouches, et les manœuvres s’embourbèrent. Les Elfes Noirs tentèrent bien de riposter avec leurs arbalètes, mais leurs volées étaient trop précipitées, et elles survenaient beaucoup trop tard. Les Chars de Tiranoc percutèrent les régiments et broyèrent les os des Elfes Noirs sous leurs roues cerclées de fer.

Depuis son point d’observation sur un pic rocheux, Drusala vit les escadrons de Tiranoc s’éloigner pour se reformer alors que les Elfes Noirs parvenaient peu à peu à former une ligne de bataille. Leur charge avait été dévastatrice, toutefois l’étroitesse de la passe n’était pas à l’avantage des auriges, et les empêchait de contourner les flancs des Elfes Noirs. Néanmoins, Drusala était consciente que l’assaut contre la Porte de l’Aigle avait échoué. Entre les Phénix qui piaulaient en plongeant depuis les cieux et les efforts des Archimages, les Corsaires n’étaient pas en mesure de prendre pied sur les remparts, et même si le Démon avait repoussé les Hauts Elfes vers la brèche, il semblait désormais plus intéressé par le fait de massacrer les Elfes Noirs plutôt que de tenter une percée. Drusala comprit que les Elfes Noirs n’avaient guère d’espoirs. Cela aurait dû la satisfaire, car Morathi ne désirait pas que Malékith rencontre le succès sur les rivages d’Ulthuan, mais elle craignait pour sa propre vie.

Marendri de Caledor se trouvait dans l’antichambre de la Porte de l’Aigle lorsque les rugissements se firent entendre. Il y avait environ quarante autres Elfes avec lui : une dizaine de Princes Dragons et une trentaine d’archers de Tiranoc. Ils étaient chargés de protéger le système de poulies et de contrepoids qui permettait d’ouvrir les portes et de lever la herse.

« Vous les entendez ? » s’exclama Illian, le plus jeune des Elfes de Tiranoc. Il avait l’air soudainement joyeux, comme ses camarades. Ils étaient honorés que des Princes Dragons combattent à leurs côtés.

« Oui, je les entends, » confirma Marendri. Les archers étaient jeunes. Avides de se battre, mais inexpérimentés. Il les envia, car contrairement à eux, il sut qu’il avait définitivement perdu son innocence.

« Je vous avais dit qu’ils viendraient ! » exulta Illian.

« C’est vrai, » répondit doucement Marendri en observant les jeunes archers, afin de prévoir ses prochaines gestes. Il ne pouvait plus attendre. « Je suis désolé… »

« Quoi ? » s’étonna Illian juste au moment où l’épée de Marendri jaillissait de son fourreau et lui tranchait la gorge. Les cris apeurés des archers se mêlèrent à leurs hurlements d’agonie lorsque les autres Princes Dragons suivirent l’exemple de Marendri.

Des bruits de pas précipités résonnèrent au dehors. Marendri para habilement le coup d’épée du dernier guerrier de Tiranoc et lui accorda une mort rapide.

« Pourquoi ? » murmura le Haut Elfe dans son dernier soupir.

« Parce que je n’ai pas d’autre choix » répondit Marendri d’une voix lasse. Ses Chevaliers avaient déjà barricadé la porte de l’antichambre, afin de lui donner le temps d’agir. Il retira son épée du corps de sa victime, et se tourna vers les nombreux leviers qui permettaient d’ouvrir et de fermer les grandes portes de la forteresse.

C’est alors qu’un chœur de rugissements aussi anciens que les montagnes fendit les airs. Des cris de joie montèrent des remparts ; les Druchii regardèrent vers le sud et y virent la mort voler vers eux. Contre toute attente, Caledor était venu.

Les Dragons attaquèrent de façon impitoyable. Ils étaient nombreux, au point que leur ost faisait écho à ceux de l’époque d’Ænarion, car des centaines d’ailes battaient lourdement dans les cieux. Les cris de joie sur les remparts se muèrent en hurlements d’agonie lorsque les flammes inondèrent le parapet. Lorsque les défenseurs remarquèrent les ailes noires au milieu des membranes rouges et or des Dragons de Caledor, il était déjà trop tard. Les commandants tentèrent d’ordonner aux archers de prendre pour cible leurs anciens alliés, en vain. Les Princes Dragons de Caledor étaient les plus puissants guerriers d’Ulthuan, et leurs montures étaient presque invincibles. Les Dragons volaient à travers les grêles de flèches, et celles-ci rebondissaient sur leurs écailles et les armures magiques de leurs cavaliers. Leurs griffes dévastaient les remparts et précipitaient les Hauts Elfes vers la mort.

Les flammes réduisirent en ruines noircies les tours et les murailles. Les guerriers de Caledor de la garnison trahirent leurs frères et ouvrirent les portes de la forteresse. Les Druchii se ruèrent à l’intérieur, encore stupéfaits par ce retournement de situation. La Garde d’Eataine fut anéantie par les volées de flèches des archers de Caledor. Et au milieu de l’anarchie qui s’installait, Tz’arkan continuait de massacrer les guerriers de Darkblade.

À l’ouest, les chefs de Tiranoc virent les portes de la forteresse s’ouvrir et surent que tout était perdu. Et ce n’était pas le pire : même si cela paraissait impensable, Caledor avait trahi les autres royaumes d’Ulthuan et rallié le camp du Roi Sorcier.



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Si la chute de la Porte de l’Aigle fut un désastre pour les Hauts Elfes, elle marqua un triomphe pour leurs sombres cousins. Des milliers avaient péri contre les remparts de la forteresse, mais ce nombre était une fraction de ce qu’il aurait pu être.

À l’heure de la trahison de Caledor, les Hauts Elfes de Tiranoc avaient fui vers leurs terres ravagées. Des chars n’auraient jamais été de taille face à des Dragons, et les nobles de Tiranoc le savaient. Il n’y eut pas de poursuite. En effet, la charge de Tiranoc avait laissé les lignes Druchii en désordre, quant aux Cavaliers Dragons de Caledor, en dépit de leur changement d’allégeance, ils ne souhaitaient pas massacrer leurs voisins inutilement, et la plupart ne supportaient pas de se battre aux côtés des Druchii. Une fois que les derniers défenseurs de la Porte de l’Aigle eurent franchi le col vers Ellyrion, les Princes Dragons guidèrent leurs montures sur les hauteurs inaccessibles des montagnes, ne s’arrêtant que pour aider les quelques défenseurs Caledoriens de la forteresse à gagner la sécurité relative des pics.

La Sorcière Drusala ne tenait pas compte des Dragons. Comme les autres, elle avait été surprise à l’arrivée de Caledor, mais c’était déjà du passé et le futur l’appelait. Se déplaçant comme un fantôme dans l’anarchie, Drusala se rapprocha de la brèche ou Tz’arkan rageait encore. Une cage de lances Ghrondiennes encerclait le Démon, mais il n’avait pas abdiqué. La créature cherchait depuis longtemps à recouvrer sa liberté, et avait fauché de nombreuses vies dans sa tentative. Drusala était imperturbable. Les lances s’écartèrent d’un geste de la Sorcière, elle pénétra sur le sol jonché de cadavres démembrés et le cercle se referma derrière elle.

Tandis qu’une soirée sanglante faisait place à la nuit, une paix précaire s’installa sur le col de l’Aigle. Les Caledoriens restaient sur leur perchoir, le regard fixé sur les Druchii qui trimaient à sécuriser la Porte de l’Aigle pour leur compte. Les querelles entre alliés improbables étaient du domaine du possible, et n’avaient été mises en suspens que par la présence du Roi Sorcier au sein de la charge des Caledoriens. Malékith était redescendu dans le col une fois les défenses de la Porte de l’Aigle abattues, et avait alors annoncé sa nouvelle alliance. Il avertit que quiconque tenterait de blesser un porteur de la crête du Dragon Monde encourrait une exécution immédiate. Ainsi l’ordre était-il maintenu, sous la menace du meurtre.

Imrik n’entendit pas ces paroles. Parmi les siens, il observait l’agitation des Elfes Noirs depuis les hauteurs, bien qu’en vérité, il ne distinguât pas grand-chose de la scène. Ses pensées étaient sombres. Il n’avait pas voulu croire Teclis, et ne l’aurait pas cru si ses dires n’avaient pas fait écho à ceux du Dompteur de Dragons. Le Prince héritier de Caledor était fier de ce qu’avaient accompli ses guerriers, mais révulsé par leurs - par ses - actes. Les Princes de Caledor ne détestaient pas les Druchii autant que les fils de Tiranoc et de Nagarythe, mais leur aversion était néanmoins profonde. La nécessité de la trahison était une maigre consolation, et encore moins la possibilité que tout ait été prédestiné depuis la création du monde. Imrik ne s’enthousiasmait pas d’une vie en tant que pion sur l’échiquier du destin. Cependant, il refusait que son peuple périsse durant la Rhana Dandra, et Malékith était la clé de la victoire. Caledor combattrait de toutes ses forces, il n’y avait là rien de nouveau. Sa cause était honorable, se dit-il à lui-même, quoi qu’il puisse paraître aux autres.

À l’aube, Malus Darkblade rejoignit l’ost des Druchii. Son retour ne souleva guère de commentaire, car il y avait beaucoup d’agitation en cette heure. Kouran était arrivé depuis l’ouest, à la tête de plusieurs milliers de soldats, et des avant-gardes avaient déjà été envoyées en Ellyrion pour préparer la prochaine attaque. Malus se déplaça prestement à travers la forteresse capturée, et atteignit les salles où Malékith et ses généraux planifiaient la seconde phase de l’invasion. Drusala était présente, ainsi qu’Imrik, bien que ce dernier fût entouré d’une garde de Chevaliers à la livrée écarlate et affichait une expression de dégoût à peine voilée.

Le Tyran de Hag Graef s’inclina devant le Roi Sorcier et présenta ses excuses pour son absence durant la nuit, qui avait été motivée avait-il dit, par une poursuite effrénée de ses ennemis. Darkblade déposa la bannière de la Porte de l’Aigle aux pieds de son maître, un témoignage de sa loyauté. Nul ne réfuta les dires de Malus, car aucun de ceux ayant assisté à la transformation du Dynaste n’était encore en vie ; Drusala y avait veillé. Chaque fois, très peu avaient observé la véritable nature de l’apparition de Tz’arkan. Pour le moment du moins, le secret de Malus était préservé. Il sentit le regard insistant de Malékith tandis qu’il débitait sa prétendue histoire, sans que cela ne fasse choir son masque d’arrogance. Il était embarrassant que Tz’arkan ait pris le dessus sur lui, et plus encore qu’il soit redevable à un tiers pour avoir emprisonné le Démon et lui avoir remis la bannière Haut Elfe.

Depuis le fond de la pièce, Drusala observait avec amusement Malus Darkblade s’aplatir avec éloquence. En effet, elle jubilait tant à le voir faire que la superbe dont s’était parée la Sorcière depuis son départ de Ghrond s’était presque évanouie avant qu’elle retrouve sa contenance. Seul Imrik remarqua la légère fluctuation des traits de Drusala, et se demanda ce qu’il en retournait. Malékith ne perçut semblait-il rien d’anormal, car il remercia fermement Malus Darkblade pour ses loyaux services, et lui confia le commandement de l’une des trois armées qui partiraient le lendemain. Au matin suivant, les Elfes Noirs seraient à nouveau en marche.


Lamenoire s’accrocha au-dessous de la fenêtre, ses doigts agiles trouvant facilement prise sur les pierres, malgré le vent qui hurlait le long de la tour. Un véritable Assassin n’avait pas besoin de cordes ou de crampons. La pièce était vide, mis à part Malékith et ses deux hôtes, dont l’un était entré dans la tour à la tombée de nuit. Lamenoire ne pouvait rien voir, mais rien n’échappait à son ouïe.

« Plus vous parlez, » entendit Lamenoire dire le Roi Sorcier, « plus nous sommes convaincu que vous avez tenu conseil avec notre mère, qui s’imagine être la réincarnation de Hekarti. »

« Cela se peut, » répondit Teclis. « Peut-être a-t-elle toujours été. Est-ce si difficile à croire ? Nous savons qu’Isha et Kurnous vivent en Athel Loren. »

« Vous pensez donc que les Dieux marchent parmi nous ? »

« Pas tous, mais bien assez. Le cycle de l’histoire possède un élan qui surpasse même les rois. Volontairement ou non, nous allons répéter ce cycle comme ceux qui nous ont précédés. Qu’est-ce que la Rhana Dandra sinon l’écho de la dernière bataille de nos Dieux ? »

« Je suis Nethu. » La voix était celle d’Imrik, et son murmure portait une vérité soudaine. « J’ai ouvert une porte qui aurait dû rester close. »

« Dites plutôt que vous avez ouvert le chemin de la flamme, » corrigea Teclis. « Toutefois l’image est pertinente. Les actions de Nethu, en dépit de leur traîtrise, évitèrent un désastre, de même que les vôtres. »

Malékith parla ensuite d’un ton menaçant. « Votre assertion est-elle donc que nous ayons à jouer le rôle de Khaine ? »

« Non, votre voie n’est pas celle de Khaine. Vous avez prétendu être son vaisseau seulement car cela servait vos intérêts. »

« Alors qui ? » demanda le Roi Sorcier. « Qui d’autre est censé endosser le manteau du Destructeur ? »

« Khaine attend son heure. Vous connaissez l’histoire ; bien qu’il fût à l’origine de la Guerre des Dieux, il ne s’est pas montré tout de suite.

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Pour l’instant, il est divisé, piégé dans une prison de chair, d’esprit et d’acier. Ce n’est que lorsque ces trois éléments seront réunis qu’il s’éveillera. Votre voie est tout autre. »

À ce moment, Lamenoire entendit un cri strident tandis qu’une Harpie plongeait depuis le ciel. « Trop de bruit ! » maudit silencieusement l’Assassin. Il lâcha prise et glissa sur la paroi, tout en lançant une dague qui se planta dans la gorge de la bête ailée. Lamenoire stoppa sa descente et esquiva le corps qui chutait, puis il se hissa à nouveau près de la fenêtre en espérant que le bruit n’avait pas attiré l’attention.

Apparemment non.

« Impossible ! » cria Malékith, dont la voix résonna dans la nuit.

« C’est la vérité, » soutint calmement Teclis. « Voilà pourquoi la plupart ont sombré dans la démence. C’était le prix à payer pour cette trahison. »

« Laissez-nous, tous les deux ! » grogna Malékith. « Avant que nous oublions les services que vous nous avez rendus et que nous laissions notre Garde Noire se distraire avec vos os. »

On entendit des pas s’éloigner ; il semblait que l’audience était terminée. Lamenoire desserra sa prise sur le rebord de la fenêtre, et descendit le long de la tour à nouveau. L’Assassin se maudit d’avoir manqué ce qui s’était dit au moment de tuer la Harpie, mais se consola en considérant à quel point sa maîtresse serait intéressée d’apprendre ce que Teclis avait dit à propos de Khaine. Quelques instants plus tard, il se glissa à travers la fenêtre par laquelle il était sorti plus tôt.

La chambre était vide auparavant, ce n’était plus le cas.

« Je crois qu’il est temps de mettre un terme à vos acrobaties, » susurra Drusala, ses yeux violets luisant dans le noir. Lamenoire porta une main à sa ceinture. Il savait que même lui ne serait pas assez rapide.



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Khoril, Capitaine Chasseur des Lions Blancs
Les nouvelles voyageaient vite en Ulthuan, comme portées par le cri perçant des aigles. Tyrion, déjà accablé par les récents malheurs, refusa tout d’abord de croire à la trahison de Caledor. Pourtant, chaque messager arrivait au sud avec les mêmes nouvelles : que la Porte de l’Aigle était tombée avant tout sous le souffle enflammé des Dragons. L’humeur de Tyrion s’assombrissait à chaque récit, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus contenir sa colère. Quittant la cour, il traversa les rues de Lothern jusqu’à atteindre la tour du Roi Phénix, et exigea qu’on en brise la porte. Korhil Crinière de Lion, Capitaine de la garde personnelle de Finubar, objecta respectueusement tout d’abord, puis laissa promptement le passage lorsqu’il comprit la gravité de la requête de Tyrion. Le Capitaine recherchait lui aussi les raisons de l’absence de Finubar.

Ainsi furent enfin ouvertes les portes de la tour de Finubar, non grâce à la Magie, ni sous les coups de Croc du Soleil, mais avec la lame enchantée de Chayal, la hache à double tranchant de Korhil. Mû par la force du Capitaine, le fer frappa sans discontinuer les verrous enchantés et entailla le bois. Il fallut le plus clair de la journée, ce qui laissa Korhil éreinté, mais il n’accepta aucune aide. À chaque coup, le Capitaine était de plus en plus convaincu que quelque chose de funeste l’attendait derrière la porte, et que son labeur était une expiation pour une faute qu’il allait découvrir.

Tel fut le cas. Avec un craquement de bois des étoiles, les portes s’ouvrirent en grand. Tyrion sauta dans l’embrasure, Croc du Soleil au clair pour parer aux dangers d’une obscurité inattendue. Bien qu’exténué, Korhil ordonna aux autres Lions Blancs de surveiller l’entrée, et suivit le Prince dans la tour. Finubar fut facile à trouver, car l’odeur de la mort dans les ténèbres était entêtante. Tyrion découvrit le Roi Phénix dans les chambres supérieures devant le bassin de vision qu’il utilisait disait-on pour étendre sa conscience tout autour du globe. Il ne le ferait plus jamais. Finubar était mort depuis plusieurs mois, bien que d’une quelconque façon, les enchantements de la tour l’avaient préservé après son trépas. La dépouille était en lambeaux, brisée de façon indescriptible. Sa chair pâle portait des blessures profondes, les marques de serres griffues. Tandis qu’il était submergé par sa propre honte, Korhil ne se rendit pas compte que la rage de Tyrion, jusque-là capable de faire fondre l’Ithilmar, était devenue la plus froide des flammes.

Finubar fut conduit en sa dernière demeure le jour suivant, porté à travers la Mer des Rêves par des gardes de Chrace qui avaient échangé leurs fourrures blanches par des noires. Hélas, la cour du Roi Phénix savait qu’il n’y avait guère le temps de marquer le deuil. Peu après, Tyrion fut unanimement élu Régent d’Ulthuan ; si le royaume survivait une année encore, il traverserait les flammes pour devenir ce qu’il était déjà hormis le titre : le douzième Roi Phénix d’Ulthuan.


Les premiers jours de fonction de Tyrion furent marqués par ces temps de péril et son humeur noire. Il ordonna que les Princes Caledoriens en fuite soient emprisonnés à Lothern, de crainte de leur traîtrise. Il envoya des armées harceler les Elfes Noirs qui sévissaient en Ellyrion et en Avelorn. Tyrion voulait les affronter lui-même, comme maintes fois auparavant, mais la cour du Roi Phénix n’aurait pas approuvé de risquer son Régent sur le champ de bataille après la perte de son Roi. De tels arguments avaient gardé Finubar loin des Plaines du Finuval il y a longtemps. Tyrion s’irrita de cette logique, mais finit par l’admettre. Ainsi, Ystranna d’Avelorn et Caradryan de la Flamme menèrent les contre-attaques initiales au nom de leur Régent. Pendant ce temps, Tyrion apprenait la profanation d’Ulthuan à travers chaque dépêche et rumeur, au point de ne plus supporter qu’on lui adressât la parole.

Par-dessus tout, Tyrion fit appeler son frère, car il avait plus que jamais besoin de ses conseils. Toutefois, Teclis restait introuvable, et chaque messager infructueux qui revenait faisait empirer la colère de Tyrion. Une semaine après sa nomination en tant que Régent, Tyrion était seul, ses amis et sa famille étaient loin de lui, et ceux qui le servaient redoutaient plus sa colère qu’ils ne l’appréciaient. Seul Korhil ne le craignait pas, car il partageait le même fardeau. Le Capitaine était le seul à avoir conservé l’uniforme noir après l’inhumation de Finubar, et il avait teinté la Fourrure de Charandis en bleu nuit pour marquer son échec. Korhil comprenait que la cour du Roi Phénix avait tort de garder Tyrion loin du champ de bataille, car n’était-il pas leur plus grand héros ? Tandis que passaient les jours, ponctués par les rapports de batailles gagnées et les cités rasées, Korhil conjura le Prince d’oublier les souhaits de la cour et de faire route vers le nord.

Tyrion n’en fit rien, jusqu’à ce qu’il apprenne que le Roi Sorcier avait forcé le passage à travers la Porte de l’Aigle et qu’il cheminait vers le royaume de Chrace désolé au-delà. Le Régent prit soudain conscience que Malékith voulait attaquer l’Île Blafarde et tirer la Faiseuse de Veuves. Balayant les protestations de la cour, Tyrion rassembla enfin sa propre armée et vogua en direction du nord en empruntant la Mer des Rêves. Bien qu’il mit fin à son inaction, il n’en tirait guère de satisfaction. Alors qu’il se rendait à la guerre, son esprit s’attardait sur le sort de sa bien-aimée Alarielle et de leur fille, Aliathra.


« Restez où vous êtes ! » La voix d’Arahan fendit l’air sous les branches pourrissantes du Chêne des Âges. Elle suivait d’une flèche encochée l’intruse voilée qui avançait sur les feuilles moisies.

« Je ne veux aucun mal » dit calmement l’inconnue. Sa silhouette était fantomatique et fluctuait comme des langues de brume dans la brise matinale. Ses traits étaient cachés sous un voile qui laissait entrevoir des yeux noirs. Ses cheveux couverts d’un châle étaient couleur de fumée. La partie visible de son visage était celle d’une Elfe et sa silhouette gracile transparaissait sous une robe fine comme de la gaze.

« Ils disent tous cela, » rétorqua Næstra, en faisant le tour de l’arbre, son arc également levé à présent.

« Ils mentent tous, » ajouta Arahan. Elle ne se rappelait pas depuis quand elle et sa sœur gardaient l’arbre majestueux. Elle savait juste que leur mère, connue par certains sous le nom d’Ariel, et par d’autres sous celui d’Isha, dormait tandis que la Reine Éternelle tentait de la guérir.

« Je viens en amie, » insista l’inconnue, qui s’arrêta néanmoins. « Me connaissez-vous ? »

« Vous êtes la Dame de la Cime d’Argent, » répondit Næstra.

« Vous êtes Ladrielle, » reprit Arahan.

« Vous l’avez rendue malade. »

« C’est de votre faute si le Chêne se meurt. »

Ladrielle s’avança, ignorant les flèches pointées sur elle. « En êtes-vous vraiment certaines ? Je vois de nouvelles pousses. »

Arahan tourna les yeux vers la branche la plus proche. En effet, des feuilles vert vif étaient soudainement apparues parmi les noires. Dans une secousse, le sol près d’Arahan se déroba, révélant un escalier de racines qui plongeait sous le chêne. Une lueur en provint soudain, si vive que les jumelles durent protéger leurs yeux.

La Dame de la Cime d’Argent laissa éclater sa joie. Sa robe, jusque-là grise, prit une teinte bleu nuit, son châle glissa de ses épaules et son voile s’envola. Arahan distingua des étoiles briller dans la chevelure d’albâtre de la Déesse, et un croissant de lune luisait sur son front. Arahan avait vu ce visage il y a bien longtemps, car elle avait été façonnée avec la lumière de ces étoiles, tout comme Næstra avait été formée à partir des ténèbres qui s’étiraient entre elles.

« Lileath… » souffla-t-elle, s’attirant le regard réprobateur de sa sœur.

La Déesse rit de nouveau. « J’oublie que vous n’avez jamais vu par-delà le voile que Lileath et Ladrielle ne faisaient qu’une. » Elle rit.

« C’est un temps de renaissance. Sachez l’apprécier, car les ténèbres se rapprochent et je ne saurais prédire des jours à venir. »

La lumière déclina lentement. Une silhouette émergeait de la cavité, et entamait la montée des marches noueuses. Sa démarche hésitante gagnait en assurance à chaque pas. Lorsqu’elle atteignit le sommet de l’escalier, la lueur s’était entièrement évanouie, révélant une Elfe svelte vêtue du vert d’un printemps longtemps attendu.

« Dites-moi, » demanda Lileath, « qui voyez-vous ? » '

« La Reine Éternelle, » répondit Næstra avec une déception tangible.

« Je vois notre mère, » dit Arahan, après avoir regardé attentivement.

Lileath secoua la tête. « Elle est à la fois chacune d’elles et aucune… »

« Mais je suis entière pour la première fois depuis des millénaires, » trancha Alarielle. Elle ouvrit sa main et laissa tomber des fragments de rubis. « L’essence de la pierre protectrice a été libérée, réunifiée avec mon sang et l’esprit divin d’Ariel. J’ai été ressuscitée par l’une de celles pour qui les noms multiples et la duplicité coulent de source. » Son ton amer se durcit. « Nous devons convoquer le conseil. Beaucoup de travail nous attend. La dernière Guerre des Dieux est sur nous. »

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Les Gardes Maritimes de Lothern se lancent à l’assaut.
Tyrion parla peu tandis que la flotte traversait la Mer des Rêves. Korhil, toujours aux côtés du Régent par choix et par devoir, était certain de comprendre le fardeau qui pesait sur les épaules de Tyrion. Il n’arrivait cependant pas à expliquer pourquoi le Prince passait de longues heures dans la plus haute vigie de L’Épée de Khaine, à regarder fixement à l’est.

En vérité, Tyrion n’avait pas grand-chose à faire. L’armée qu’il avait levée à Lothern était la meilleure qu’il pouvait souhaiter, forte de ceux qui avaient combattu avec lui depuis le début de l’invasion Démoniaque. Ils connaissaient leur devoir et n’avaient nul besoin de réconfort. De même, la flotte était dirigée par le Seigneur des Mers Aislinn, le plus éminent amiral d’Ulthuan, connu de certains en tant que Héraut de Mathlann, Dieu des Mers et des Tempêtes. Korhil avait toujours pensé que ce titre n’avait qu’une portée poétique, mais le voyage nuança son opinion. Des nuages noirs et des eaux houleuses encerclaient les navires qui traversaient la Mer des Rêves, mais où que se rendaient les proues d’albâtre, le ciel était dégagé et les eaux calmes. En outre, chaque fois que Korhil regardait la mer, il jurait apercevoir des formes sombres se mouvoir au travers des eaux ballottées par la tempête autour de lui.

Tout au long du voyage, des Cotres Volants rapportaient des nouvelles du nord. Malékith avait dépassé les montagnes. La Princesse Ystranna avait traversé les ruines de la Porte du Phénix à sa poursuite, et combattu le Roi Sorcier dans les forêts Chraciennes. Malheureusement, ses forces avaient été surclassées, et contraintes de se livrer à des escarmouches sous la canopée. Malékith commandait une grande partie des armées Druchii, mais pas toutes. Malus Darkblade était resté au sud des montagnes en Ellyrion. Par chance ou à dessein, Korhil était convaincu de la seconde option, il faudrait balayer l’ost de Malus avant de poursuivre Malékith.

Ainsi lorsque la flotte de Tyrion accosta sur la baie d’Elrost, les digues étaient occupées d’un ost aux bannières noires. Korhil observait les défenses depuis le gaillard d’avant de L’Épée de Khaine, et la réalité lui sauta au visage. Il s’agissait d’une course, avec la Faiseuse de Veuve comme trophée. La garnison des fortifications côtières semblait légère mais suffisante pour retenir l’armée Hauts Elfes durant plusieurs jours.

Korhil soutint que la flotte devait poursuivre plus à l’est, et accoster sur les rivages d’Avelorn, mais Tyrion ne voulut rien savoir. Intimant au Capitaine de se taire, le Régent fit débarquer son armée. Il ne laissa même pas le temps aux vaisseaux d’Aislinn de pilonner les digues. Les Hauts Elfes mouraient déjà sous les traits des Balistes Faucheuses, et Korhil savait que le nombre de morts empirerait une fois que les Asur seraient à portée d’arbalète. Le Capitaine ne doutait pas que l’armée de Tyrion prendrait les murs, il craignait le coût exorbitant de la victoire. Korhil parla à nouveau mais se tut lorsqu’Aislinn renversa sa tête en arrière et émit une note magnifique. Korhil regarda l’amiral avec circonspection puis remarqua l’agitation des eaux du rivage.

Une par une, d’énormes silhouettes émergèrent, l’eau saline ruisselant sur leurs flancs. Les Wyrms des Mers avaient suivi la flotte durant des jours, poussés par leur instinct à escorter Aislinn, et surgissaient à présent à son appel. Les Elfes Noirs identifièrent instantanément les monstres comme une menace immédiate, et dirigèrent leurs tirs sur les béhémoths, sans grand succès. Les traits ricochèrent sur leurs écailles tandis que les bêtes passaient à travers les rangs qui s’assemblaient sur le rivage et se ruaient contre les digues. Alors que Korhil débarquait pour se joindre à l’assaut, il vit un Wyrm des Mers, des carreaux d’arbalètes fusant autour de sa tête, soulever une section de rempart et engloutir une demi-douzaine d’Elfes Noirs dans sa gueule. Lorsque Tyrion quitta le pont de L’Épée de Khaine, Aislinn fit un bref signe de tête et prépara la flotte à reprendre le large. En dépit des nombreuses phalanges de ses Gardes Maritimes au sein de l’ost du Régent, le domaine de l’amiral était la mer, pas la terre ferme.

Luttant à côté de la forme blessée d’un Phénix Cœur-de-Givre, luttait Caradryan, le Capitaine des Gardes Phénix.
Ce qui menaçait d’être une bataille longue et coûteuse s’acheva plus vite que Korhil l’aurait cru possible. Beaucoup de Druchii, leurs lignes et leur moral brisés, avaient fui tandis que les Hauts Elfes gravissaient les versants escarpés jusqu’aux remparts. Quelques Elfes Noirs luttèrent avec acharnement, en tenant des sections de la digue qui n’avaient pas été brisées par l’attaque des Wyrms des Mers. Ces zones furent nettoyées par le feu et l’acier, et leurs pierres ruisselèrent bientôt de sang. Le temps que toute résistance fût écrasée, des centaines de Druchii avaient été capturés. Toutefois, Tyrion n’était pas disposé à faire de prisonniers et ordonna qu’on les précipitât du haut des remparts. Ceux qui périrent sur les rochers furent chanceux ; les autres survécurent juste assez pour être dévorés vivants par les Wyrms des Mers. Lorsque l’ost de Tyrion prit pied sur l’intérieur des terres, l’air de la côte résonnait des cris d’agonie et du craquement immonde des os brisés.

Au-delà des murs de la Baie d’Elrost, les broussailles éparpillées de la côte donnaient sur les vastes plaines d’Ellyrion. De la fumée tourbillonnait mollement à l’horizon et marquait le passage des Elfes Noirs, chaque colonne s’avérant le bûcher funéraire d’une ville ou d’un village sur la route des Druchii. À chaque lieu qu’il franchissait, l’humeur des Hauts Elfes s’assombrissait. C’était une chose d’entendre parler d’une invasion, mais voir les ruines incendiées, et sentir l’odeur du charnier piquer ses narines était très différent. Tor Emyrath était de loin le pire spectacle qui s’offrit à leurs yeux. La deuxième plus grande cité d’Ellyrion avait été le joyau des plaines. À présent, c’était le refuge nauséabond des mouches où les morts gisaient là où le feu les avait rattrapés. Beaucoup de Chevaliers de l’ost de Tyrion étaient originaires d’Ellyrion, et demandèrent la permission s’enterrer les morts. Le Régent la leur refusa, craignant tout retard, et pressa son armée à dépasser la cité mortuaire. À partir de ce moment, les fils d’Ellyrion serrèrent leurs lances un peu plus fort, en murmurant des prières de vengeance à Drakira et à Khaine.

L’ost affronta un premier groupe de ravitaillement Druchii à quelques lieues au nord-est de Tor Emyrath. La plupart s’étaient égarés à cause de la Magie des plaines d’Ellyrion. Tous périrent, car Tyrion laissa enfin ses Chevaliers Ellyriens assouvir leur soif de massacre. Contre l’avis de Korhil, Tyrion chevauchait souvent avec les Patrouilleurs, et détrempait Croc du Soleil dans le sang Druchii. À chaque victoire, des têtes Druchii étaient piquées au bout des lances, en guise d’avertissement. Ellyrion n’était plus sans défense. Korhil réprouva ce comportement barbare, mais ne dit mot. L’humeur noire de l’armée ne l’avait pas épargné, et s’il avait dû arpenter les provinces de Chrace ravagées, son attitude aurait peut-être été semblable. Néanmoins, le Capitaine surveillait l’horizon. Ces groupes de ravitaillement signifiaient que l’armée de Malus Darkblade était proche. Korhil redoutait un piège, et que la témérité des Cavaliers Ellyriens précipitent toute l’armée dans la gueule du loup.

Alors que le crépuscule tombait le jour de la Houle du Couchant, les deux lunes déjà visible dans le ciel rougeoyant. L’ost de Tyrion traversa les basses Collines de Pyradon et descendit les étendues ensoleillées des Marches du Patrouilleur. L’instinct de Korhil ne l’avait pas trompé. Un piège avait été tendu, mais son ost n’en était pas la cible. En effet, parmi les escarpements engendrés par d’anciens volcans, un autre ost Haut Elfe luttait pour sa survie contre une armée Elfe Noire de plusieurs fois sa taille. Des îlots scintillants de blanc et d’argent luisaient dans une mer d’étendards sombres et de capes écailleuses, l’air scintillant autour d’eux tandis que des Archimages tissaient désespérément des enchantements protecteurs. Des Dragons Caledoriens se mesuraient à des Chevaliers Phénix dans le ciel, dans des gerbes de flammes. Au centre de la plaine, la bannière d’Asuryan flottait au-dessus du carnage. En dessous, luttant à côté de la forme blessée d’un Phénix Cœur-de-Givre, luttait Caradryan, le Capitaine des Gardes Phénix.

Korhil ne pouvait pas imaginer de quelle façon un guerrier aussi expérimenté que Caradryan avait pu être encerclé, car les Marches du Patrouilleur offraient peu de couvert et certainement pas assez pour abriter un ost Druchii de plusieurs milliers de soldats. Caradryan était pourtant en mauvaise posture et sans aide, lui et son armée seraient perdus. Tyrion avait conscience de cela, car Korhil vit le Régent murmurer quelque chose avant de se dresser sur ses étriers, Croc du Soleil pointé vers le ciel, le feu le long de sa lame luisant malgré le scintillement du soleil couchant. L’ost resta silencieux pendant un instant, espérant un discours inspiré ou un cri de guerre. Puis Croc du Soleil s’abattit et Malhandir devint une silhouette floue d’azur et d’or à flanc de coteau. Un battement de cœur plus tard, les Chevaliers de l’ost hurlaient leur cri de guerre en galopant dans le sillage du Régent. La bataille des Marches du Patrouilleur avait commencé.

La Bataille des Marches du Patrouilleur[modifier]

L’Ost de Tyrion[modifier]

Les guerriers d’Ulthuan ne se firent pas prier pour se joindre à la campagne de Tyrion dans le nord. Certains se firent un devoir de soutenir le Prince qu’ils avaient toujours considéré comme leur Roi légitime. D’autres étaient poussés par un désir de revanche. Tous se fiaient néanmoins à Tyrion pour leur apporter la victoire.

Tyrion, Défenseur d’Ulthuan
Korhil, Capitaine des Gardes Lions

Tyrion, Défenseur d’Ulthuan
Tyrion est à présent le régent d’Ulthuan, et les responsabilités pèsent sur ses épaules. Il ne ressent aucune peur à l’aube de la bataille, seule la colère suite aux ravages qu’a subis sa patrie. Même si les guerriers de Malus Darkblade étaient deux fois plus nombreux, Tyrion chargerait quand même au cœur de leurs lignes, afin d’infliger un juste châtiment au nom de toutes les pertes endurées par Ulthuan.

Les Chevaliers de Tor Emyrath

Korhil, Capitaine des Gardes Lions
Korhil arriva aux Marches du Patrouilleur consumé par la culpabilité pour la mort de Finubar. Sans Roi Phénix à défendre, le Capitaine des Gardes Lions se dévoua à assurer la protection de Tyrion. Pour Korhil, le Régent était à présent la seule personne pouvant préserver l’unité d’Ulthuan, et il était déterminé à ne pas faillir à Tyrion comme il le fit avec Finubar. Tyrion avait reconnu la loyauté de Korhil et lui avait confié une autorité dépassant celle du commandant de la garde rapprochée du Roi Phénix, faisant de lui l’égal des généraux d’Ulthuan.

Les Lances de Dabbarloc
Les Bénis d’Acharea

Les Chevaliers de Tor Emyrath
Les Patrouilleurs Ellyrien et les Heaumes d’Argent présents aux Marches du Patrouilleurs étaient tous parents avec les Hauts Elfes tués à Tor Emyrath. Ces Chevaliers étaient si consumés par le désir de vengeance qu’ils auraient suivi Tyrion à l’autre bout du globe. Les rubans sur leurs lances représentent chacun un proche massacré dans le saccage de Tor Emyrath, et leurs armes ont été bénies par un élu de Kurnous. Avec la bénédiction du Dieu Chasseur et Tyrion à leur tête, les Chevaliers de Tor Emyrath étaient au-dessus de toute peur.

Les Fils de Kalagan

Les Lances de Dabbarloc
Bien qu’Aislinn n’accompagnât pas Tyrion personnellement, il avait assigné six vaisseaux de Gardes Maritimes de Lothern au soutien de la campagne. Tous ou presque étaient issus des bataillons des Lances de Dabbarloc, qui avaient affûté leur maîtrise sur quatre continents. Les Lances de Dabbarloc tiraient leur nom d’un des fils de Mathlann, en l’occurrence, le Roi censé vivre dans les eaux de la Mer Intérieure. Selon la légende, Dabbarloc enveloppait ses ennemis d’une étreinte moite avant de les dévorer. Ainsi combattent les Gardes Maritimes qui portent son nom, en encerclant l’ennemi avant de le submerger.

Les Fils de Kalagan
Dans les légendes de Lothern, Kalagan était un puissant Dragon dont les ailes étaient faites d’eau, et qui rôdait dans les mers éclairées par les étoiles en quête de marins naufragés. Kalagan avait un grand appétit, mais épargnait parfois ceux qu’il jugeait dignes, et les guidait vers la terre ferme. Les Fils de Kalagan suivent la même voie que le Dragon, parcourant le champ de bataille à la recherche de ceux qui ont besoin de leur aide. Plus d’un Elfe a été sauvé d’une mort horrible par l’intervention des Cotres Volants des Fils de Kalagan qui dispersèrent l’ennemi avant de conduire leurs alliés blessés en sûreté.

Les Bénis d’Acharea
Les légendes de Chrace parlent d’une prêtresse vivant dans les bois profonds, et qui ne rencontre que les guerriers à la bravoure exemplaire. Pour de nombreux Chraciens, cela représente un défi irrésistible, aussi beaucoup de soldats d’élite périssent-ils dans les forêts sombres, dans l’espoir d’apercevoir Acharea. Néanmoins, ils sont nombreux à posséder la volonté et la force de rencontrer la prêtresse et de survivre. Même si chaque expérience est unique, tous ceux qui ont senti son toucher rentrent chez eux avec des sens et des compétences affûtés. La confrérie de guerriers luttant aux côtés de Tyrion était composée d’âmes telles que celles-ci, impatientes de tester le don d’Acharea à la bataille.


L’Ost de Tyrion

Tyrion,
Défenseur d’Ulthuan

Korhil,
Capitaine des Gardes Lions

Caradryan,
Capitaine des Gardes Phénix

Televor,
Maréchal des Mers Occidentales
Heaume des Mers de Lothern

Élus Révérés de Hœth
Un conclave de Mages

Cavaliers de Tor Emyrath
Trois osts de Patrouilleurs Ellyriens

Les Palatines de Tor Emyrath
Deux osts de Heaumes d’Argent

Les Frères des Plaines
Un ost de Patrouilleurs Ellyriens

Les Lances de Dabbarloc
Six équipages de Gardes Maritimes de
Lothern, chacun avec deux Balistes
Serre d’Aigles

Les Fils de Kalagan
Trois vols de Cotres Volants de Lothern

Les Bénis d’Acharea
Un régiment de Lions Blancs

Les Crocs de Chrace
Une légion de Lanciers Hauts Elfes

Les Lames Flamboyantes
Deux légions de Lanciers Hauts Elfes

Les Aigles de Telomor
Une légion de Lanciers Hauts Elfes

La Main d’Asuryan
Un ost béni de Gardes Phénix

Les Étoiles Assermentées
Une milice d’Archers Hauts Elfes

Les Crinières Immaculées
Trois régiments de Lions Blancs

Hérauts du Feu Éternel
Trois Phénix Spire-de-Feu

L’Ost de Malus Darkblade[modifier]

Ombre de sa gloire passée, l’Ost de Malus Darkblade demeurait un ennemi redoutable qui avait tracé un sillage de ruine à travers Ulthuan, et disposait d’assez de lames pour satisfaire la cruauté de son maître. Toutes les armées d’Ulthuan qui l’avaient croisé avaient été massacrées. Restait à voir comment Tyrion s’en sortirait.

Tullaris le Porteur de Mort
Le Couvent du Sang

Tullaris le Porteur de Mort
Le redoutable Tullaris le Porteur de Mort ne vint pas aux Marches du Patrouilleur sur ordre de sa maîtresse Hellebron. En effet, la Reine de Sang avait interdit à ses sujets, mis à part son espion, Lamenoire, de s’impliquer dans une guerre distante tandis qu’un massacre devait avoir lieu dans les ruines de Ghrond. Rares furent ceux à désobéir, mais Tullaris était poussé par un pouvoir plus grand que celui de sa souveraine. En effet ses rêves étaient hantés par la voix de Khaine, et l’Exécuteur ne pouvait pas plus ignorer la demande du Destructeur qu’empêcher le soleil de se lever. Alors que s’annonçait la bataille des Marches du Patrouilleur, Tullaris eut une étrange appréhension, celle d’un destin qui allait enfin s’accomplir, mais il ignorait sous quelle forme.

Les Poignards de Khaine

Le Couvent du Sang
Il y a longtemps, trois Sorcières fuirent le service de Morathi. Elles cherchèrent refuge auprès de son archirivale Hellebron, en offrant les plus grands secrets de la Sorcière Matriarche en échange de sa protection. Bien que la Reine de Sang fût tentée de remporter une victoire mesquine sur Morathi, elle ne fit pas confiances aux traîtresses et les renvoya auprès de leur maîtresse. De rage cette dernière grava les runes de domination de Khaine sur la peau d’albâtre des Sorcières rebelles, afin de s’assurer leur loyauté grâce aux chaînes ensanglantées du Dieu du Meurtre. Ces blessures ne guérirent jamais. Les membres des Sorcières sont toujours trempés de leur propre sang et le trio sert d’exemple abject de ce qu’il en coûte de trahir la maîtresse de Ghrond.

Les Lames Glacées

Les Poignards de Khaine
Ces derniers mois, Morathi investit beaucoup de ressources pour rallier les clans d’Ombres à sa cause. Les Poignards de Khaine ne furent pas les plus nombreux à se laisser séduire par ses promesses doucereuses, mais comptaient assurément parmi les plus cruels. La plupart des atrocités perpétrées à Tor Emyrath avaient d’ailleurs été leur œuvre, et tous ceux qui luttèrent aux Marches du Patrouilleur avaient précieusement conservé dans leurs possessions des pans de peau d’Elfes d’Ulthuan afin de les revendre plus tard à des individus avertis. Même en ces temps de mort, la peau immaculée d’un Haut Elfe peut atteindre un prix exorbitant, et les Poignards de Khaine sont déterminés à tirer profit de toute situation.

La Garde Ossienne

Les Lames Glacées
Les guerriers des Lames Glacées étaient fanatiquement loyaux à Morathi, mais ils n’avaient alors guère le choix. Chacun était un noble séduisant dont la loyauté avait été corrompue par les servantes de Morathi, et qui avait été attiré jusqu’à Ghrond. Une fois dans la Tour de la Prophétie, les promesses lubriques s’effacèrent, remplacées par des poisons glacés qui dépouillaient l’esprit, réduisant la victime à une marionnette en attente d’instruction. Seule Morathi et ses plus fidèles servantes connaissaient les mots qui commandaient aux Lames Glacées, car elles protégeaient jalousement le frisson d’un contrôle aussi absolu.

Les Sans-Voix

La Garde Ossienne
Les Exécuteurs de la Garde Ossienne vénèrent Tullaris le Porteur de Mort en tant que prophète de Khaine, à tel point qu’ils sont prêts à risquer le courroux d’Hellebron en le suivant en Ulthuan. La plupart des Exécuteurs tuent rapidement et proprement, mais la Garde Ossienne ne cherche qu’à mutiler, afin de disposer d’assez de prisonnier à l’issue de la bataille pour effectuer un sacrifice digne de Khaine. Ces rituels sont de grande ampleur, et nécessitent le massacre de centaines de victimes. Si l’ennemi ne peut en fournir assez, la Garde Ossienne n’hésitera pas à se tourner vers les blessés Elfes Noirs et les "convaincre" de servir la cause de Khaine.

Les Sans-Voix
Les salles supérieures de Ghrond sont réputées d’un luxe à perdre la raison, et seuls quelques individus de choix y ont accès. Encore moins nombreux sont ceux qui en repartent, et rarement de leur propre chef. Tel est le cas des Sans-Voix, les sentinelles qui veillent sur les salles supérieures. Leur silence a été assuré par le retrait de leurs langues, mais leur destin est bien plus enviable que ceux qui gardent les quartiers privés de la Sorcière Matriarche, qui sont également castrés et aveugles, et combattent seulement guidés par l’ouïe et le toucher.


L’Ost de Malus Darkblade

Malus Darkblade,
le Tyran de Hag Graef

Tullaris le Porteur de Mort,
la Main de Khaine

Drusala
Sorcière Suprême

Seetheran
Assassin Khainite

Le Couvent du Sang
Trois Sorcières

Les Chevaliers de l’Ombre de Feu
Deux brigades de Chevaliers sur Sang-
Froid
, une brigade de Chars à Sang-Froid

Les Chevaliers de la Griffe d’Ebon
Une brigade de Chevaliers sur Sang-Froid

Les Gardegivres
Trois légions d’Affrelances

Les Sans-Voix
Deux légions d’Affrelances

Les Lames Glacées
Deux légions de Tristelames

Les Sentinelles Amères
Deux légions de Sombretraits

Les Griffes Venimeuses
Deux légions de Tristelames

La Garde Ossienne
Une cabale d’Exécuteurs

Les Lames de Yorath
Un équipage de Corsaires des Arches
Noires

La Garde de Selek
Trois légions d’Affrelances, deux légions
de Sombretraits

Les Kraniophores
Deux légions de Tristelames, deux
légions de Sombretraits

La Ménagerie de Raema
Quatre Hydres de Guerre, trois
Kharibdyss et un vol de Harpies

Les Poignards de Khaine
Une tribu d’Ombres



L’Ost de Malus Darkblade…
… affronte l’Ost de Tyrion.
La charge de Tyrion était motivée par son instinct, non une quelconque stratégie, mais dans les prémices de la bataille, cela importait peu. Les premiers à ressentir sa fureur furent une bande d’Affrelances Ghrondiens. Ils étaient à quelque distance du cœur des combats, et servaient de garde du corps à l’une des servantes de Drusala qui projetait un feu noir. Les Elfes Noirs firent trop tard face à cette nouvelle menace, et les longues lances d’Ellyrion perforèrent les hauberts. La Sorcière entama un sort qui la ferait disparaître en sûreté, murmurant de ses lèvres parfaites, mais Croc du Soleil trancha sa tête prématurément, et les sabots de Malhandir piétinèrent son corps sur l’herbe dorée.

Les guerriers de Ghrond s’éparpillèrent comme la paille devant la faux et les Chevaliers d’Ellyrion les balayèrent. Il y avait des selles vides parmi eux, car les chevaux étaient avides de venger leurs cavaliers. Le vent soufflait en rafales au soleil couchant, hurlant par-dessus les cimiers, de sorte que les cris de guerre des Chevaliers sonnaient davantage somme le chant funèbre d’un mourant que comme la promesse des vivants de verser le sang.

Tyrion mena la charge contre un second régiment, qui portait l’Hydre de Clar Karond sur son étendard. Ces Druchii eurent le temps de dresser leurs boucliers, mais en vain. Tyrion était le châtiment incarné, et il s’enfonça dans les rangs des Elfes Noirs en projetant ses ennemis dans son élan. Tous les Chevaliers qui le suivaient n’étaient pas aussi chanceux. Plusieurs vidèrent leurs étriers lorsque le mur de boucliers plia sans céder. D’autres furent tirés au sol où des poignards cruels et des talons ferrés mirent fin à leur part de gloire aux côtés de Tyrion. Les Druchii souffraient davantage. Le second régiment fut mis en déroute comme le premier, et les Patrouilleurs massacrèrent les fuyards en jubilant.


Alors que grandissait l’obscurité, Caradryan luttait en silence comme toujours, les seuls sons accompagnant sa respiration étant le raclement du métal contre le métal et les cris de ses victimes. Autour de lui était réunie une grande compagnie de Gardes Phénix, tous aussi stoïques que lui. Caradryan n’était guère inquiet pour ses propres guerriers, mais grandement pour le reste de son armée. Il observait les lanciers de Chrace voler en éclat, ou être hachés par l’acier des Corsaires. Il avait vu une phalange de Saphery piétinée par des Chevaliers Druchii portant la bannière de Malus Darkblade. Si Ashtari avait été en état de se battre, Caradryan leur aurait porté secours, mais le Phénix était sévèrement touché et ne pouvait pas voler. Entravé par les blessures de sa monture, incapable d’offrir la moindre parole en raison de son vœu de silence, Caradryan luttait en attendant les renforts qu’il savait en chemin. Il ne mourrait pas aujourd’hui.


Plus loin au sud, parmi un groupe d’arbres blanchis par le soleil, les lances des Crocs de Chrace se mesuraient aux glaives des Exécuteurs appelés la Garde Ossienne. Les soldats en blanc luttaient avec toute la fureur des lions de leur royaume, frappant autant avec leurs boucliers et leurs hampes qu’avec le fer de leur lance. Par contraste, les Exécuteurs étaient d’une précision exemplaire. Chaque lame détrempée restait en garde pendant plusieurs secondes, ne s’abattant qu’au moment le plus propice pour fendre un bouclier ou décapiter un adversaire. Les trois premiers rangs des Chraciens étaient un fatras de corps mutilés, et les Druchii au masque sinistre s’enfonçaient encore.

Tullaris le Porteur de Mort était à la tête des Exécuteurs, la voix de Khaine le pressant à chaque coup qu’il portait. Son Draich se mouvait sans cesse, tournoyant d’une attaque parfaite à une autre. Une gerbe de sang récompensait chaque coup, sa lame tranchant sans effort les écailles d’Ithilmar et les heaumes d’acier. Un capitaine Chracien, son cri de défi aussi sauvage que le vent, abattit sa hache ancestrale sur Tullaris. L’Elfe Noir ne sembla pas remarquer son adversaire, son Draich fauchant toujours les lanciers. Ce n’est que lorsque l’arme ne fut qu’à une main de sa tête qu’il en tint compte. Son Draich décrivit un arc de cercle sans ralentir et coupa en deux le manche de la hache, ainsi que le crâne du capitaine dans le même mouvement. Tullaris fendit ses lèvres d’un sourire perfide alors que le cadavre touchait le sol. Le Seigneur du Meurtre festoyait.

Avec Tyrion au cœur des combats, il incombait à Korhil et aux autres capitaines de conduire le reste de l’ost à la bataille. Ils courraient, déterminés à ne pas laisser leur commandant impétueux se battre seul. Les Gardes Phénix et les Lions Blancs formaient le centre de la ligne, complétés par des Gardes Maritimes vétérans d’Aislinn sur la gauche, et de solides lanciers de Lothern à droite. Ils comptaient parmi l’élite soldatesque d’Ulthuan, et Korhil nota avec approbation que la vitesse de leur progression ne mettait pas sa ligne de bataille en désordre. Pourtant, Korhil n’était pas serein : le général Elfe Noir n’avait pas tenté de réorganiser ses forces pour accueillir les milliers d’Elfes arrivant sur son flanc. L’instinct de Korhil lui criait que quelque chose clochait, sans qu’il parvienne à en deviner la nature.


Minuit approchait et Drusala était assise sur le plus haut piton volcanique, peu troublée par la bataille sanglante. Elle n’avait pas suivi cet ost Druchii par nécessité, mais pour garder un œil sur Malus Darkblade, dont elle tenait le destin entre ses doigts graciles. Elle avait entendu, mais pas observé, le fracas des Chevaliers quelque part au sud-ouest, sans y prêter attention. Dans l’esprit de la Sorcière, de telles charges perdaient vite leur vigueur et remportaient rarement une bataille. Peut-être aurait-elle changé d’avis en voyant Tyrion à la tête de l’ost, mais tel n’était pas le cas, et Drusala, se concentrait sur la progression de l’infanterie. La Magie des plaines Ellyrion était plus ancienne qu’il était possible de le dire. Plus tôt, tandis que s’était approchée l’armée de Caradryan, elle avait réuni ce dédale de voies invisibles comme un tisserand enroule une bobine de fil, puis elle l’avait projeté, dispersant l’ost de Caradryan. À présent Drusala enfonçait ses ongles dans les voies cachées, et faisait éclater la ligne de bataille de Korhil.

Korhil ne ressentit aucune nausée tandis que le monde changeait sous ses pieds, rien ne lui sembla étrange ou surnaturel. Il se trouvait en tête de colonne, Chayal entre les mains, et l’instant d’après, une Hydre rugissante se tenait devant lui, avide de mordre dans sa chair. Un guerrier moins accompli aurait sans doute péri à ce moment-là, mais pas Korhil, le tueur de Charandis. Sa hache trancha une des têtes de la bête, et l’odeur entêtante de son sang emplit l’air. Les autres têtes sifflèrent de douleur et se tendirent vers le Capitaine des Lions Blancs, mais Korhil fut le plus rapide. Il se jeta au sol, glissa sous le monstre, et enfonça profondément le fer de Chayal dans le ventre de la bête.

Hurlant d’agonie, le monstre se cabra et Korhil roula à l’écart. Les têtes serpentines revinrent s’assaillir, toutefois, le Capitaine n’était plus seul. D’autres Lions Blancs se ruaient en avant, mais sur les centaines de Chraciens qui avaient suivi Korhil jusque-là, il n’en restait que quelques dizaines. Pour la première fois, Korhil se rendit compte qu’il était loin de là où il pensait se trouver. Au moins savait-il à présent comment Caradryan avait été encerclé, mais cette découverte ne l’aidait point.

À travers les Marches du Patrouilleur se produisait la même chose. La ligne de Korhil, si ordonnée et disciplinée, avait été éparpillée aux quatre vents tandis que les chemins d’Ellyrion se modifiaient. Les Hauts Elfes qui avaient cru voir l’ennemi en face se retrouvaient assaillis de tous côtés. Réalisant promptement leur péril, les sentinelles organisèrent leurs lanciers en cercles défensifs. Les boucliers furent plantés au sol et les hampes abaissées pour recevoir la charge. Nul n’exécuta cette manœuvre plus vite que les Gardes Maritimes de Lothern, qui libérèrent bientôt leurs flèches dans les rangs des Elfes Noirs.

La discipline sauva les Hauts Elfes du désastre, mais l’issue de la bataille demeurait incertaine, car les régiments d’Ulthuan ne se soutenaient plus les uns les autres. Seuls les Chevaliers de Tyrion, hors de portée de Drusala, chevauchaient librement.

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Malus Darkblade se précipite pour achever Tyrion.
Au cœur des combats, Malus Darkblade vit Tyrion et les Chevaliers d’Ellyrion faire voler en éclats une autre de ses troupes, et poussa un juron. Il avait pensé éliminer les forces pathétiques de Caradryan avec des pertes minimes, mais il n’en serait rien. Il connaissait Tyrion depuis longtemps, et savait que la tête du Prince était un prix inestimable, un de ceux que son Épée Warp, dont la taille avait été restaurée avec l’emprisonnement de Tz’arkan, pouvait se saisir. Quelle que fut la nature de l’enchantement de Drusala, elle avait non seulement confiné Tz’arkan dans les tréfonds de son âme, mais aussi lié les pleins pouvoirs du Démon à sa volonté. Malus sentait la force de Tz’arkan bouillonner dans ses veines, et il savait que même Tyrion ne pourrait se dresser devant une telle puissance. D’un cri, le Tyran de Hag Graef pressa Spite vers sa nouvelle proie, sans savoir que quelqu’un d’autre convoitait la tête du commandant Haut Elfe. Au nord, Tullaris le Porteur de Mort, le plus redouté des Exécuteurs de Har Ganeth, s’était lassé des phalanges de Chraciens. La voix de Khaine agitait son esprit, et lorsqu’il vit Tyrion, il sut immédiatement quel était son destin.

Les Lions Blancs de Korhil étaient regroupés dans l’ombre du corps de l’Hydre. Des traits d’arbalète fusaient autour d’eux, mais la plupart se plantaient dans la chair du monstre ou dans l’épaisse fourrure des Lions Blancs. L’acier étincelait tandis que les lourdes haches mordaient les écailles des capes des Corsaires ou brisaient les boucliers estampillés d’un crâne, mais Korhil savait qu’il serait bientôt submergé. Les Druchii étaient trop nombreux, et ses effectifs insuffisants. À mi-distance, il distinguait la bannière d’Asuryan, éclatante dans le ciel sombre. Le Capitaine des Lions Blanc prit sa décision. Il fendit le Corsaire face à lui, appela ses soldats à le suivre et s’engouffra dans la brèche, chaque coup le rapprochant de l’étendard scintillant du Créateur.

Une chose depuis longtemps enfouie aux tréfonds de Tyrion se libéra à ce moment…
Les cavaliers de Tyrion fatiguaient. Comme Drusala l’avait prévu, leur ferveur serait leur fléau. Tandis que les Patrouilleurs exténués dirigeaient leurs montures vers la sécurité d’une ligne de bataille Haut Elfe qui n’existait plus, les Chevaliers de Malus et les Exécuteurs de Tullaris se rapprochaient des fils d’Ellyrion comme les mâchoires du Dragon du Monde. Les lances transpercèrent les corps. Les Draichs hachèrent les destriers menu, puis terrassèrent leurs cavaliers. L’odeur du sang se mêlait au parfum de la terreur et à celui du fumier, mais les survivants poursuivaient le combat. Tyrion luttait à leurs côtés. Chaque coup de son épée fendait le casque d’un Exécuteur, ou envoyait un Chevalier sur Sang-Froid s’écraser sur l’herbe détrempée. Cependant, pris dans le vacarme des combats, le Régent ignorait les dangereux ennemis qui le traquaient.

Malhandir sentit avant Tyrion le danger représenté par Malus, et la noble monture se retourna pour que son maître soit face à son ennemi. Croc du Soleil para ainsi brutalement le premier coup de Malus Darkblade, l’Épée Warp de Khaine crissant contre la lame de Tyrion. Consumé par une frénésie sauvage, Malus frappa encore et encore. Tyrion parait chacun de ses coups, bien qu’il fût repoussé sur sa selle à chaque assaut. La force du Démon qui baignait Malus Darkblade était terrible, et le Régent dut réunir toutes ses forces éviter la morsure de l’Épée Warp. Spite dardait pour mordre Malhandir, mais le destrier Elfique était trop vif et les mâchoires du Sang-Froid claquaient à chaque fois dans le vide.

L’Épée Warp revint à la charge, mais cette fois, Tyrion ne tenta aucune parade ; il tira Malhandir de côté et le coup le manqua d’un cheveu sur sa droite. Déséquilibré, Malus bascula en avant. Croc du Soleil piqua sur lui, mais le Tyran de Hag Graef était trop rapide. Malus Darkblade se pencha en arrière sur sa selle, et le coup qui visait sa gorge lui entailla largement la joue gauche. Grondant, Malus porta instinctivement sa main à la blessure. Ce moment de distraction était tout ce dont Tyrion avait besoin. À son ordre, Malhandir bondit en avant et Croc du Soleil fondit droit vers le cœur de Malus Darkblade.

Ce fut à ce moment que la pointe du Draich de Tullaris le Porteur de Mort s’enfonça dans le dos de l’armure de Tyrion et mordit sa chair. Aucune lame ordinaire n’aurait pu porter pareil coup, et ainsi percer l’Armure Dragon d’Ænarion, mais le Draich de Tullaris était imprégné d’enchantement de meurtre, et ne souffrait aucune entrave à sa soif sanguinaire. Hurlant de douleur, le Prince se rassit pesamment sur sa selle.

Drusala entendit Tyrion crier et découvrit sa présence. La colère et la panique luttèrent pour régenter ses actions. Elle n’avait pas prévu cela. La Sorcière avait remprisonné Tz’arkan dans l’espoir que Malus lui serve d’arme contre Malékith, et la perspective de la mort de Tyrion lui déplaisait au plus haut point. Elle s’était complu dans la suffisance et le Prince Régent allait en faire les frais. Tandis que Malus et Tullaris se ruaient sur leur proie, l’esprit de Drusala évaluait et écartait toute possible intervention. Elle ne pouvait pas agir directement contre les assaillants de Tyrion, car cela signifierait son arrêt de mort pour trahison. Elle ne pouvait faire qu’une chose, et ce n’était pas sans risque. Serrant les dents, Drusala puisa dans le tumulte des Vents de Magie, et entama son chant.


Loin à l’est des côtes d’Ulthuan, sur une terre que les hommes nomment la Sylvanie, un rituel blasphématoire atteignait son apogée. Les serviteurs de Nagash, le Grand Nécromancien de Nehekhara, avaient œuvré longuement au retour de leur maître dans le monde des vivants. Beaucoup de sang avait été versé au service de leur cause, mais comme toujours, le plus important avait été gardé pour la fin. Alors que le pouvoir tourbillonnait et convergeait, Arkhan le Noir ouvrit les veines de la dernière victime offerte en sacrifice et ajouta son essence à son labeur abject. Nombreux avait péri en tentant de la sauver, en vain. Ainsi mourut Aliathra, fille de la Reine Éternelle d’Ulthuan.

La mort d’Aliathra ne passa pas inaperçue, car son âme s’attarda dans les Vents de Magie avant que Nagash la consume. En Athel Loren, Alarielle s’interrompit en plein conseil des seigneurs et dames, son cœur noyé de tristesse. En Ulthuan, Tyrion sentit le trépas de sa fille alors que le Draich de Tullaris s’abattait sur son cou. S’il ressentit de la tristesse, ce fut le plus bref des instants, car une chose depuis longtemps enfouie aux tréfonds de son être se libéra à ce moment. Une détermination, plus noire et avide que Tyrion avait jamais connue, balaya son âme, chassant la douleur de ses blessures et la lassitude de ses membres. Avec un rugissement bestial, il esquiva le coup mortel de Tullaris et envoya l’Exécuteur au sol. Croc du Soleil perfora son armure, sa chair et sa moelle épinière. Le sang du Druchii était noir sous le ciel nocturne, et il jaillit sur les mains Tyrion tandis qu’il retirait sa lame.

Tullaris le Porteur de Mort était en train de mourir. Il n’en avait cure. La voix de Khaine était plus forte que jamais. Ce qui n’avait été qu’un murmure était à présent un timbre fort. Tullaris savait que seule sa dépouille mortelle périrait, que la meilleure part de lui-même irait livrer les guerres les plus terribles qu’il connaîtrait.

Une lueur bleue et dorée vacillait dans la vue déclinante de Tullaris, et il comprit que Tyrion était là, comme Khaine le lui avait dit. L’Elfe Noir sut qu’il n’aurait qu’une seule opportunité et rassembla ses dernières forces pour la saisir.

« Achève-moi, » souffla-t-il. « Libère-moi. Libère-toi. »

Tyrion cracha son déni, mais ne dit mot. Tullaris devait imaginer l’expression de son antagoniste, car il était désormais aveugle. Khaine lui adressa de nouveau la parole, et lui transmit les mots dont il avait besoin.

« Tu es faible, et tu te complais dans cette faiblesse. C’est ce qui a tué ta fil… »

Tullaris ne sentit pas le coup qui lui ôta la vie, mais une poussée euphorique traversa son âme tandis qu’il quittait sa prison mortelle. Enfin, il connaissait la vérité que Khaine avait tenté de partager avec lui toutes ces années, et elle était auréolée de gloire.



Malus Darkblade ne pleura pas la mort de Tullaris le Porteur de Mort, il ne se souciait que de voir Tyrion distrait. Le dos du Régent était exposé, son épée logée dans la tête de l’Exécuteur et Malus comprit qu’il ne devait pas gâcher une telle opportunité. Avec un cri triomphal, le Dynaste brandit l’Épée Warp, son tranchant visant à couper en deux le crâne de Tyrion, mais un battement de cœur avant de porter le coup, une douleur familière traversa son corps tandis que le charme de Drusala prenait effet. L’Épée Warp glissa des mains de Malus, tandis qu’il tentait de résister à l’influence du Démon, mais Tz’arkan ne serait plus jamais prisonnier du Tyran. Il jaillit de l’esprit du Dynaste comme un relent de bile, épais, étouffant et acide. Dans un ultime grognement, l’âme de Malus Darkblade vacilla, puis s’éteignit à jamais. Spite s’effondra sur le côté sous le surpoids soudain de son maître, dont le corps adoptait pour la dernière fois la forme démoniaque de Tz’arkan.

Depuis son point de vue avantageux sur les rochers, Drusala vit le Démon surgir et jurer dans une langue ancienne. Elle avait tenté d’endiguer la transformation à mi-chemin, laissant Malus tel un tas de chair vulnérable, mais le Démon s’était montré trop puissant. Une fois la porte entrouverte, il avait forcé le passage. Cependant, alors que Tyrion se tournait face au Démon, Drusala ne s’inquiétait pas pour lui. La rage transpirait du Régent, son pouvoir palpable malgré la distance. Plus que jamais, Drusala savait que ses derniers choix avaient été les bons.

Tz’arkan se libéra de la dépouille ravagée de Malus Darkblade, broyant le dernier vestige de l’esprit du Tyran. Son hurlement de satisfaction éclipsa l’agonie de Spite tandis que le Sang-Froid était écrasé sous des sabots Démoniaques. La Sorcière inconsciente l’avait libéré une fois de plus ! Mieux, Drusala lui offrait un Prince Elfique pour se repaître, et deux armées à dévorer ensuite. Puis, Tz’arkan regarda Tyrion de nouveau et il vit l’ombre qu’avait décelée Drusala. Criant de défi pour dissimuler sa peur soudaine, il se rua sur le Prince Haut Elfe.

Le Régent n’allait pas être une proie facile. Le sang de Tullaris le Porteur de Mort dégoulinant de ses gantelets, il lança Malhandir à la rencontre du Démon. Tyrion esquiva un coup de griffe, et tandis qu’il en appelait à l’ancien pouvoir de Croc du Soleil, la lame s’embrassa et sa lumière déchira les ténèbres. La chair de Tz’arkan prit immédiatement feu, les flammes ravageant sa peau cireuse. Le Démon tituba en poussant un cri si strident que les Elfes alentour s’écroulèrent au sol, les mains plaquées sur les oreilles. Seul Tyrion ne paraissait pas affecté, et fit reculer de Démon sous une rafale de coups qui l’entailla en une douzaine d’endroits d’où jaillit un ichor impie. Il y a quelques mois à peine, une telle créature aurait causé la perte du Prince, mais tous ceux qui pouvaient observer le combat comprenaient que Tyrion était un adversaire hors de portée de Tz’arkan. Les Elfes de toutes provenances s’écartaient du passage des deux protagonistes. Certains furent trop lents, et Tz’arkan les jeta sur le chemin de Tyrion, mais chaque fois, Malhandir esquivait adroitement les corps et portait son maître plus en avant. Tyrion brandissait deux armes à ce moment-là, car il avait ramassé l’Épée Warp de Khaine là où elle était tombée, et la lame maudite luisait sinistrement aux côtés du feu rageur de Croc du Soleil.

Tz’arkan se retrouva acculé contre les Gardes Phénix de Caradryan, qui se contentèrent d’aiguiller le Démon contre son poursuivant à l’aide de leurs hallebardes. Avec mugissement perturbant, Tz’arkan chargea Tyrion tête baissée, dans l’espoir de renverser le régent par la brutalité de son assaut. Tyrion ne réagit que lorsque le Démon fut sur lui. Avec un cri puissant, il propulsa ses deux épées devant lui. Tz’arkan poussa un dernier hurlement atroce lorsque les deux lames s’enfoncèrent dans sa poitrine, la violence de sa mort imputable autant à son ennemi qu’à lui-même. Tyrion tira Malhandir de côté lorsque le Démon s’écroula au sol dans son élan.

Comme pour marquer le trépas du Démon, la terre et le ciel tremblèrent. Au sud-est, des nuages se nimbèrent de flammes violettes. À l’insu de tous, Nagash venait de renaître et d’extraire la Magie de la Mort du Grand Vortex. Le silence s’abattit sur les Marches du Patrouilleur tandis que tous fixaient le ciel avec appréhension. La lueur violette émit une dernière pulsation, et un froid funeste figea l’air. Soudain, les morts commencèrent à se relever.


Les guerriers tombés, mais également tous ceux qui avaient péri aux Marches du Patrouilleur durant les millénaires passés, chancelaient à présent. La plupart étaient des Elfes, mais il y avait aussi des humains et des Peaux-Vertes. Seul Tz’arkan ne s’était pas relevé, car l’appel de Nagash était réservé aux dépouilles des mortels. Les vivants s’éloignèrent instinctivement des Revenants, même si ces derniers n’attaquèrent point au départ. Puis la Sorcière Druchii identifia une opportunité, et intima aux cadavres de tourner leurs armes rouillées contre les Hauts Elfes. Les Archimages de Saphery cherchèrent sans attendre à bannir la horde, mais des sorts efficaces depuis des siècles furent sapés de leurs pouvoirs. Les Hauts Elfes qui avaient vaillamment combattu jusqu’alors durent lever leurs armes contre d’anciens amis à présent avides de lacérer leur chair.


La hallebarde de Caradryan scintillait tandis qu’il fendait les cadavres aveugles. Vorallan avait été l’un de ses meilleurs gardes jusqu’à ce qu’un Corsaire lui tranche la gorge plus tôt dans la nuit, mais il ne pleurerait la tristesse double de la mort et de la souillure plus tard. Pour l’heure seule la survie importait. Le Capitaine sentit des doigts squelettiques agripper ses jambières et piétina durement. Le craquement qui suivit dessina un sourire sur ses lèvres. Il ne resta pas longtemps. Asuryan avait prédit ce jour il y a longtemps, et la pensée de temps plus lugubres à venir serra le cœur de Caradryan.

Un peu plus loin, le Capitaine vit Tyrion éparpiller des cadavres rongés par les vers, Croc du Soleil tranchant sans peine leurs armures rouillées. Le Régent se dressa sur les étriers de Malhandir et leva l’Épée Warp de Khaine, un halo de flammes sinistres au-dessus des yeux. Puis, d’une voix de stentor, le Régent prononça les mots qui avaient hanté les rêves de Caradryan aussi loin qu’il pouvait se souvenir.

« Défunts d’Ulthuan ! » cria Tyrion. « Je porte l’Épée Warp de Khaine, le Destructeur, le Meurtrier de Nations, celui qui fit de vous tous des cadavres. »

À ces mots, la horde de Morts-Vivants cessa de lutter. Les rangs silencieux de macchabées se figèrent, insensibles aux cris de la Sorcière Druchii.

« Je parle au nom du Destructeur, » poursuivit Tyrion, son timbre résonnant sur les plaines comme le tonnerre. « Je porte sa lame. Par droit de conquête, vous lui devez fidélité et votre allégeance est placée sous mon joug. Les ennemis de Khaine sont les miens, et mes ennemis sont les vôtres. Tuez-les tous. »

Avec un craquement strident, l’Épée Warp se réduisit en poussière. Tyrion se rassit sur la selle de Malhandir, et son halo prit la couleur du sang fraîchement versé. Cependant, les mots du Régent, et quelle que put être la Magie soudaine qui les avait portés, avaient atteint leur but. À l’unisson, les morts du passé se retournèrent et marchèrent sur les Druchii.

Alors que débutait la tuerie, Caradryan pria Asuryan en silence. Le Capitaine ne savait pas ce qui avait poussé Tyrion à agir ainsi, ni quelle Magie l’avait aidé. Asuryan n’avait montré à Caradryan que les conséquences, pas les causes, mais c’était suffisant pour le faire frissonner en pensant aux événements à venir, aussi inévitables que la nuit après le jour. Cependant, une bataille était en cours et la victoire à portée de main. Caradryan s’inquiéterait, mais seulement après le massacre.


Les Hauts Elfes et les Morts-Vivants massacrent les Elfes Noirs.
Malgré la perte de leur général, et les rangs de Morts-Vivants lâchés contre eux, les Druchii poursuivirent le combat. Leur haine envers leurs adversaires atténuait leur peur, et la malveillance guidait leur bras. Les morts manquaient de la vigueur et des capacités martiales qu’ils possédaient de leur vivant. Ils tenaient à peine leurs armes et ne se relevaient pas une fois terrassés. La plupart du temps, ils venaient s’empaler sur les lames des Druchii, sans chercher à se défendre. Des lames dentelées mordaient la chair livide et brisaient les os rongés par les vers, chaque victoire ponctuée par le grognement satisfait du Druchii qui en était l’auteur. Des milliers de Revenants s’effondraient, mais des dizaines de milliers qui restaient néanmoins submergeaient petit à petit les Elfes Noirs sous le poids du nombre. Çà et là, un Druchii était victime d’une lame rouillée. Plus encore étaient tirés par les pieds puis piétinés à mort par la horde implacable, ou engloutis sous la nuée de Morts-Vivants, et étouffés par leur chair moite.

Les Hauts Elfes succédèrent aux morts, toute trace de discipline balayée par l’influence de Khaine. Les Chevaliers d’Ellyrion, les Lanciers de Lothern et de Chrace, les Archers de la distante Saphery, tout se ruaient sur l’ennemi lames au clair. Tyrion chevauchait à leur tête, un halo pourpre sur le front. Croc du Soleil brillait intensément dans sa main droite. Ce n’était pas le désir de victoire qui motivait les Hauts Elfes, ni celui de vengeance pour leurs compatriotes tombés, mais une soif primaire de tuer. Durant les jours qui suivirent, certains se souvinrent avec honte de la poussée sanguinaire qui s’était emparée d’eux cette nuit-là, mais la plupart ne se rappelèrent que d’une brume rougeâtre et d’une jubilation indescriptible. Korhil fut pris de la même folie que les autres, sa hache mordant jusqu’à ce que sa fourrure soit trempée de sang Druchii et qu’il ne puisse plus tenir le manche de son arme. Seuls les Gardes Phénix furent épargnés par la démence, car Khaine n’avait aucune emprise sur les âmes dévolues à Asuryan.

Les Druchii finirent par céder. Au départ, quelques individus lâchèrent leurs armes pour rechercher une sécurité illusoire où ils pouvaient. Puis, comme un rivage balayé par la marée, l’ost Druchii vola en éclats et les Elfes Noirs s’enfuirent dans l’obscurité. Ainsi commença une poursuite longue et sanglante, les Hauts Elfes courant à travers les plaines, et les morts chancelant dans leur sillage. Caradryan les regarda faire. Les Elfes Noirs avaient été vaincus, mais le Capitaine des Gardes Phénix comprenait qu’il n’y aurait aucun vainqueur cette nuit-là.

Depuis sa cachette parmi les arbres, Drusala observait les Hauts Elfes frénétiques tailler l’ost Druchii en pièce. Elle frissonna, ni de froid ni de peur, mais d’appréhension. Pour la première fois depuis des siècles, elle sentit l’excitation bouillonner dans ses veines. Ses traits se modifièrent tandis que sa séduisante apparence faisait place à une nouvelle, puis la Sorcière quitta l’abri des arbres pour se joindre à la poursuite.

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Alors que l’aube se levait, le campement de l’armée de Tyrion se trouvait à la lisière des Marches du Patrouilleur. Le Régent avait voulu traverser rapidement les montagnes afin de se rapprocher du Roi Sorcier, mais ses commandants avaient insisté pour que les troupes puissent se reposer. Même Caradryan, qui était tout aussi muet qu’à l’accoutumée, avait manifesté son désaccord avec les intentions de Tyrion en secouant lentement la tête. Les guérisseurs allaient d’une tente à l’autre pour prendre soin des blessés, qui pouvaient ensuite bénéficier d’un sommeil réparateur. Pour sa part, Tyrion ruminait dans la pénombre, sous son pavillon.

Peu d’Elfes avaient des avis tranchés quant à la bataille de la nuit précédente, notamment à cause des morts qui s’étaient levés pour combattre dans leur camp. Était-ce l’Épée de Khaine qui lui avait donné ce pouvoir, ou son sang lui donnait-il une influence jusqu’alors insoupçonnée sur les défunts ? Nul ne le savait. Au moins les morts étaient-ils retournés dans l’au-delà dès la fin de la bataille. Les cadavres qui étaient encore debout à la fin de celle-ci s’étaient effondrés dès que les premiers rayons du soleil avaient illuminé les Marches du Patrouilleur, car Tyrion les avait alors bannis. Certes, les éclaireurs rapportaient que d’autres Morts-Vivants erraient dans les régions alentours, toutefois ceux qui avaient combattu pour les Elfes étaient pour l’instant retournés dans la tombe.

Korhil avait choisi de rester éveillé, et se trouvait aux côtés de Caradryan tandis qu’une aurore morne se levait. Il avait remarqué la surprise qui s’était dessinée sur les traits du Garde Phénix lorsque ce dernier avait constaté que les Asur avaient combattu sans hésiter auprès des Morts-Vivants. Bien sûr, Caradryan n’avait pas prononcé le moindre mot, cependant Korhil devinait sa préoccupation. La raison disait à Korhil que les actions de Tyrion étaient un affront à la tradition, et un péché à l’encontre de l’ordre naturel établi par Asuryan. Néanmoins, son instinct arguait le contraire, et affirmait que cela avait été un mal nécessaire. Par conséquent, le Capitaine ne savait plus que penser, et resta de longues heures presque aussi silencieux que Caradryan, car la pointe d’excitation qui était née dans son esprit le perturbait.


Dès les mâtines, de rapides Cotres Volants revinrent du nord afin d’informer Tyrion que pour l’instant, l’armée de Malékith s’était arrêtée elle aussi. Ystranna avait de nouveau attaqué le Roi Sorcier, cette fois avec l’aide d’un ost de Nagarythe venu de l’ouest. Les morts s’étaient également relevés lors de ce combat, toutefois ils s’en étaient pris aux deux camps. Sa ligne de bataille étant désorganisée par les cadavres ambulants, Malékith avait été forcé une fois encore de battre en retraite vers les montagnes.

Alors que midi approchait et que le ciel gris était chargé de nuages de pluie, Drusala pénétra dans le campement. Personne ne s’interposa, car elle avait pris l’apparence d’une archère des Sœurs d’Avelorn. Le fait qu’elle ne possédât pas d’arc n’avait aucune importance, car elle ne comptait pas faire illusion bien longtemps. À l’instar de Korhil, elle percevait la fébrilité ambiante, mais contrairement à lui, cette sensation lui était familière et la réjouissait. Drusala passait entre les tentes en sentant monter peu à peu cette fièvre enivrante apparue depuis la fin de la bataille. Finalement, elle atteignit sa destination. Celle-ci était clairement identifiable au cercle de Lions Blancs qui la gardait, et à la bannière ornée d’un Dragon Marin qui flottait à son sommet. Drusala murmura un enchantement pour passer inaperçue aux yeux des gardes et pénétra sous le pavillon en se dévêtant.


« Tu as tout de suite su qui je suis réellement, n’est-ce pas ? »
« Morathi »
L’intérieur du pavillon était plus sombre que la normale, comme si l’humeur de son occupant filtrait dans l’air et éteignait toute source de lumière et de joie. Drusala sourit en scrutant les ténèbres. C’était une sensation familière.

Elle perçut un mouvement, puis une main se plaqua sur sa bouche et une lame se posa sur sa gorge.

« Tu n’es pas celle que tu prétends être, » lui murmura Tyrion sur un ton menaçant. « Dis-moi qui tu es vraiment avant que je t’égorge. » Il desserra légèrement sa main afin de lui permettre de parler.

« Tu ne vas pas me tuer, » susurra Drusala.

« Vraiment ? »

La lame appuya contre sa peau et elle sentit un filet de sang couler le long de son cou. Néanmoins, elle ne paniqua pas. Elle avait déjà joué à des jeux plus dangereux.

« Non, sinon tu l’aurais déjà fait. De plus, je suis au fait de secrets que nul autre ne connaît. »

Tyrion retira son poignard et l’attrapa vigoureusement par l’épaule pour l’obliger à se retourner. En dépit des ténèbres, la Sorcière put voir clairement le visage de Tyrion. Il n’avait pas cette expression sévère la dernière fois qu’ils s’étaient rencontrés, cependant celle-ci ne faisait que lui donner davantage l’apparence de son ancêtre. Et un peu celle d’un autre, aussi.

« Quant à révéler ma véritable identité, tu la connais déjà, » souffla-t-elle. « Tu as tout de suite su qui je suis réellement, n’est-ce pas ? »

Ses lèvres esquissèrent un sourire. Les dernières bribes de ses artifices tombèrent comme les pétales d’une fleur. L’expression austère de Tyrion vacilla à peine. Se souvenait-il de ce baiser passionné, sur cet autel ensanglanté ? Ou allait-il appeler ses gardes ? Le danger était aussi enivrant que la présence de son corps, si près du sien.

« Morathi, » murmura Tyrion sur un ton glacial avant de s’approcher d’elle lentement.



Tyrion n’en ressortit pas avant la fin de l’après-midi. La pluie avait cessé, toutefois il devint rapidement évident aux yeux de tous que la fin du mauvais temps ne signifiait pas celle de la mauvaise humeur de Tyrion. La présence d’une sublime courtisane aux cheveux noirs à ses côtés ne semblait pas non plus le réjouir particulièrement. Lorsque Korhil répondit à la convocation du Régent, il ne reconnut pas cette demoiselle, qui se présenta humblement sous le nom de Riselle. De toute façon, Korhil n’osa pas la dévisager. Il savait que Tyrion était l’amant de la Reine Éternelle, cependant il ne manqua pas de remarquer les gestes et les paroles subjectifs que le Prince et la nouvelle venue échangeaient discrètement.

À la grande surprise de Korhil, Tyrion n’ordonna pas que l’armée se mette en marche, mais demanda qu’on trouve Teclis et qu’il se présente. Cela surprit les officiers, d’autant plus que la voix de Tyrion trahissait une colère que nul n’avait jamais entendue à l’encontre de son frère. Les Archimages s’empressèrent d’obéir, et envoyèrent des esprits élémentaires en tant que messagers sur les Vents de Magie.

Au crépuscule, un coursier d’ombres tourbillonnantes et chevauché par Teclis apparut au nord. Korhil accueillit le Maître du Savoir et le guida jusqu’au cercle de pierres en ruine d’Haladra, à quelques milles à l’est du campement. Alors qu’ils cheminaient, Korhil parla à Teclis de la bataille des Marches du Patrouilleur, et fut surpris en constatant le manque d’étonnement de l’Archimage. Cependant, Korhil aurait dû être interloqué par quelque chose d’encore plus troublant : en dépit de sa volonté d’aborder le sujet, il fut incapable de parler à Teclis de Riselle, pas plus qu’il n’était en mesure de se souvenir du visage de la courtisane.

Lorsqu’ils arrivèrent enfin aux pierres érodées d’Haladra, Teclis était épuisé. Les frondaisons de la Forêt d’Éther apparaissaient à l’est. Ce lieu oublié se faisait l’écho de l’atmosphère ambiante. Le cercle de statues avait presque totalement disparu, et seule l’effigie de Khaine défiait encore les éléments. Quant au cercle de pierres intérieur, il était en tout aussi mauvais état, et les quelques statues encore debout étaient recouvertes de lierre. Seule la sculpture d’Asuryan, avec son visage masqué, se tenait fière et intacte. Tyrion se trouvait dans l’ombre du Créateur, ses deux épées au fourreau, et enlacé par Riselle.

Korhil ne savait pas pourquoi Tyrion avait choisi Haladra pour cette rencontre, et ne comprit pas ce que signifiait le sourire triste qui passa fugacement sur le visage de Teclis. Korhil se trouvait là sur ordre de son Régent, et n’avait pas anticipé ce qui allait se passer. Lorsque Teclis approcha, Tyrion se libéra délicatement de Riselle et le salua sèchement. Les jumeaux s’observèrent en silence pendant quelques instants, comme s’ils savaient précisément ce qui allait se passer, sans toutefois le vouloir. Pendant une seconde, Korhil crut qu’Asuryan observait la scène, sa balance du jugement oscillant doucement, au gré de pensées des jumeaux. Ce fut finalement Tyrion qui brisa le silence.

Il parla avec colère, en pointant son frère du doigt. Il l’accusa de trahison, d’avoir comploté la mort de Finubar avec Malékith avant de l’aider dans sa guerre. Malgré tout, il semblait disposé à écouter ce que Teclis avait à dire pour sa défense. Korhil comprenait le dilemme du Prince. Néanmoins, quand Teclis parla, il ne fit que confirmer les dires de son frère.

En cet instant, les certitudes de Korhil s’envolèrent, car il réalisa enfin l’ampleur de la traîtrise de Teclis. Il ne remarqua pas le regard pénétrant de Riselle, qui observait toute la scène avec attention, et buvait les paroles des jumeaux comme s’il s’agissait d’un vin capiteux. Quand Teclis eut terminé, Tyrion le gifla avec son lourd gantelet. Le Mage, qui n’avait jamais été aussi robuste que son frère, tomba à la renverse, la bouche ensanglantée.


Teclis se releva péniblement, en s’appuyant sur son bâton. Sa bouche le faisait souffrir, comme si on avait planté des aiguilles à l’intérieur de ses joues. Il avait hésité avant d’accepter de rencontrer son frère, cependant il savait au fond de son cœur que ce dernier méritait de savoir la vérité.

« Et Aliathra ? » demanda Tyrion en dégainant Croc du Soleil et en posant sa pointe contre la gorge de Teclis. « Sa mort faisait-elle partie de ton plan ? Si tu ne m’avais pas dissuadé de la secourir, peut-être vivrait-elle encore ! »

Teclis cracha du sang et la douleur revint de plus belle. Même dans sa position délicate, l’Archimage pouvait déclencher au moins une dizaine de sorts différents capables d’inverser la situation, voire de tuer son frère sur le coup.

Il avait immédiatement reconnu Morathi malgré son déguisement, et sentait qu’il pourrait balayer aisément ses abjurations. Malgré tout, il se refusait à blesser son frère, même si son hésitation devait lui coûter la vie.

« Je suis désolé. C’était une nécessité. » dit-il calmement.

Le sort qu’il prononça passa inaperçu, noyé dans le cri de rage primale de son frère. Celui-ci brandit son épée, cependant le coursier de ténèbres de Teclis s’élançait déjà. La bête magique passa entre les jumeaux en un battement de cœur, et tandis que Croc du Soleil s’abattait, Teclis saisit la bride argentée et fut emmené dans la pénombre du crépuscule naissant. Derrière lui, Tyrion enrageait, condamné à voir son frère fuir face au juste châtiment qu’il était sur le point de lui infliger.



À proximité des ruines d’Haladra, à l’abri des bois qui recouvraient les Collines de l’Éther, Araloth d’Athel Loren regardait Teclis s’enfuir dans la forêt. Lui et ses deux compagnons n’avaient rien perdu des paroles qui avaient été échangées.

« Pourquoi ne pas m’avoir laissé intervenir ? » s’enquit Araloth. « Tu m’as fait venir depuis la Sylvanie, en m’empêchant de sauver Aliathra, en m’assurant qu’il fallait que je mette un terme à un mal plus grand encore sur Ulthuan. C’était à coup sûr le moment d’agir ! »

Lileath secoua la tête. Les étoiles dans ses cheveux brillaient dans les ombres du soir. « Sais-tu quel camp tu aurais dû favoriser, mon amour ? L’Archimage œuvre aux côtés du plus grand ennemi de son peuple, tandis que le Prince sombre dans les ténèbres de son héritage. Lequel mérite ton aide ? »

« Je n’en sais rien, » admit Araloth. « Cependant, toi, tu le sais ! »

« C’est vrai. Comme je sais bien trop de choses à propos des événements à venir, car je les ai déjà vécus. »

« Dans ce cas, pourquoi ne m’as-tu rien dit ? »

« L’heure n’est pas encore venue. Te maintenir dans l’ignorance me brise le cœur, toutefois tu n’imagines pas ce qui est en jeu. Bientôt, je te révélerai tout, mais pour l’instant, tu dois me faire confiance. Nos chemins mènent vers une voie différente de celle que tu imagines. »

Leur compagne intervint. « Dans ce cas, ne tarde pas. Je suis fatiguée d’attendre. »

Araloth jeta un regard désapprobateur à cette Elfe rousse qui avait osé parler sur ce ton à une Déesse. Il connaissait à peine Kalara, si bien qu’il était facile de croire que ses paroles amères étaient dues à son arrogance. Néanmoins, Araloth imaginait ce que cachaient ces traits impassibles, les pertes tragiques que Kalara avait vécues.

« Ne sois pas trop pressée, » dit tristement Lileath. « Car le temps est désormais notre denrée la plus précieuse. »

Araloth, Seigneur de Talsyn, favori de Lileath.
Tyrion continua d’invectiver les cieux pendant un long moment après la fuite de son frère, puis ses compagnons et lui finirent par partir. Alors que le bruit des sabots de Malhandir s’éloignait, trois silhouettes sortirent des frondaisons où elles s’étaient cachées.

Le premier étranger était Araloth, Seigneur de Talsyn. Il restait aux aguets même s’il savait que son faucon Skaryn volait au-dessus d’eux et l’avertirait du moindre danger. Il était accompagné par Lileath. Sa robe bleu nuit flottait dans l’air du soir comme la brume sur les champs de bruyère. Enfin venait Kalara. Elle était autrefois une prêtresse d’Isha, mais fut maudite pour avoir perverti une partie des Cavaliers Sauvages d’Orion, et devint une archère de l’ost d’Araloth. Le reste de l’armée était caché dans la forêt de l’Éther. C’était un des quelques endroits d’Ulthuan où émergeaient les tunnels des Racines du Monde. Sur le conseil de Lileath, les guerriers d’Araloth allaient suivre l’armée de Tyrion lorsqu’elle se dirigerait vers le nord, tandis que la Déesse et ses deux compagnons emprunteraient un autre chemin.

Alors que les voyageurs approchaient du cercle de pierres d’Haladra, Lileath prit la tête du groupe. Elle se déplaçait gracieusement à travers les ronces et le tapis de lierre, et s’arrêta quelques instants devant une statue brisée à son effigie. Elle poursuivit ensuite sa route pour se poster devant la statue d’Asuryan. Pendant un long moment, elle ne bougea pas et ne dit rien, perdue dans une prière silencieuse. Kalara, dont la patience était limitée depuis qu’ils étaient arrivés à Ulthuan, l’accusa de perdre du temps, cependant Lileath ne s’offusqua pas. Elle expliqua qu’elle aurait besoin de l’aide d’Asuryan dans les événements à venir, mais que le Créateur était trop faible pour entendre et répondre aux prières, sauf les plus sincères. Suite à cela, Kalara observa le silence, et s’assit sur un tas de pierres qui avait été jadis une statue de Morai-Heg.

Araloth, qui avait entendu Lileath parler de Dieux s’incarnant dans des enveloppes mortelles, demanda si Asuryan était parmi eux. Lileath réfléchit un instant, puis expliqua que c’était le cas autrefois, mais qu’Asuryan avait été victime d’une trahison. Désormais, il n’était plus mortel, ni totalement divin, cependant il les aiderait s’il en avait le pouvoir. Elle se tourna de nouveau vers la statue et poursuivit sa prière silencieuse. Skaryn arriva dans un bruissement d’ailes et vint se percher sur l’épaule d’Araloth.

La nuit succéda au crépuscule, et une lune grimaçante apparut dans le ciel. Pendant tout ce temps, Lileath se tenait toujours immobile, devant la statue, tandis qu’Araloth et Kalara devaient faire preuve de patience. À deux reprises, Araloth crut entendre quelque chose se déplacer non loin du cercle de pierres, et partit à chaque fois traquer l’intrus, sans succès. Il s’attendait à son retour à faire face aux moqueries de Kalara, cependant la maîtresse des clairières sut retenir sa langue. Une fois de plus, Araloth vit la tristesse de Kalara et se demanda pourquoi Lileath avait insisté sur sa présence.

Finalement, minuit arriva et Lileath cessa ses prières. Elle s’inclina une dernière fois devant la statue masquée et s’en éloigna. Au même instant, un feu surnaturel ceignit le front de l’effigie et s’écoula par ses bras tendus. La nuit froide fut bannie, et à la lueur des flammes, Araloth vit que les autres statues se reconstituaient. Le visage d’Hœth le Sage n’était plus fissuré. La beauté d’Atharti l’Orgueilleuse retrouva tous ses atours, tandis que les mains du terrible Eldrazor serraient de nouveau des lames cruelles. Quant à Isha et Kurnous, ils se retrouvèrent enlacés alors que Khaine les observait avec une jalousie évidente.

Puis le feu s’abattit telle la pluie sur les dalles de pierre devant Asuryan, et Araloth réalisa que les statues avaient disparu. Elles avaient été remplacées par des silhouettes fantomatiques, des échos de la cour divine du Créateur. Alors que le feu s’élevait dans le ciel, Araloth vit Hekarti murmurer à l’oreille de Khaine, qui dégaina une longue épée noire et se tourna vers Kurnous. Pendant quelques instants, Khaine combattit Kurnous pour s’emparer d’Isha. Les mouvements des Dieux étaient lents et exagérés, comme ceux d’acteurs sur une scène. Kurnous fut blessé et s’écroula, et sa silhouette se mua en flamme lorsque l’épée lui transperça le cœur. Khaine s’avança pour saisir Isha, mais celle-ci se jeta dans les flammes de son amant plutôt que de se laisser capturer. Hekarti et Atharti s’approchèrent pour réconforter Khaine, mais elles en vinrent aux mains pour tenter d’avoir la préséance auprès de leur amant.

Parmi tous les Dieux et toutes les Déesses, seule Lileath et son personnage de Ladrielle étaient absentes. Bien évidemment, la véritable Lileath se tenait au centre de la fournaise, bien que celle-ci ne la brûlât point. Alors qu’Atharti tombait sous les coups de sa sœur, Lileath fit signe à Araloth et à Kalara de la rejoindre dans le brasier.

Alors qu’Araloth entrait dans les flammes, la silhouette d’Asuryan, qui pour l’instant était restée immobile, s’anima. Tout autour de lui, les Dieux survivants levèrent un regard horrifié vers les cieux. Le feu mourait peu à peu, sauf autour de Lileath, et les ténèbres revenaient. Les spectres des Dieux survivants tentaient désormais de se protéger de coups invisibles avec les bras. Asuryan regarda Araloth. Le Créateur ôta lentement son masque, révélant un visage identique à celui du seigneur de Talsyn.

''« N’OUBLIE PAS. »''

La phrase roula comme le tonnerre au-dessus d’Haladra. Les uns après les autres, les Dieux tombèrent en poussière, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Lileath. Une ombre passa sur les ruines, et Araloth aperçut de nouveau le cercle de statues brisées.


Les ténèbres revinrent. Les statues étaient de nouveau glaciales et dénuées de vie. Araloth aurait pu croire que l’aura flamboyante autour de Lileath n’était que le fruit de son imagination, comme tout le reste. Puis il regarda Kalara. Son visage était émacié, et des larmes coulaient sur ses joues.

« Qu’as-tu vu ? » demanda-t-il.

« Des souvenirs… » répondit Kalara d’une voix tremblante. « J’ai vu un cerf qui courait, et un archer… et la preuve que les Dieux sont parfois cruels. »

Araloth attendit, cependant Kalara n’ajouta rien.

« J’ai vu les Dieux se faire la guerre, » déclara-t-il, « et autre chose… » Il secoua la tête, en essayant de comprendre la signification du visage d’Asuryan identique au sien. « Je ne sais pas vraiment ce que j’ai vu. »

« Tu as vu le passé, » expliqua Lileath. « La raison de ta présence ici. » Elle montra les flammes autour d’elle. « C’est une porte sur un futur possible, et elle va bientôt se refermer. » Elle tendit les mains vers eux. « Venez… »

Araloth regarda Kalara, qui acquiesça faiblement d’un hochement de tête. Ils entrèrent ensemble dans les flammes, et se retrouvèrent dans un monde tel qu’ils n’en avaient jamais vu auparavant.



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Lorsqu’Araloth et Kalara suivirent Lileath à travers le portail flamboyant, ils arrivèrent sur un affleurement rocheux dans le Bois des Rêves, que la plupart des autres peuples nommaient les Royaumes du Chaos. En dessous, à moitié cachées par une brume jaune et fétide, s’étendaient paresseusement les branches d’une forêt fétide. Lileath leur parla de la Déesse Shallya, et leur dévoila qu’elle était retenue captive au cœur du Manoir de Nurgle. Elle expliqua que Shallya devait être secourue, car elle était vitale pour la survie des humains, tout autant qu’Isha l’était pour les Elfes. L’heure était si grave que le destin d’Ulthuan importait peu si le reste du monde sombrait dans la maladie. Il fallait la sauver, maintenant ou jamais, car Nurgle était occupé à négocier avec ses frères à la Cour des Trêves, cependant il risquait de revenir à tout moment. De plus, il faudrait peut-être des mois pour que Shallya recouvre ses forces, alors que le temps leur était déjà compté.

Même si Lileath ne pouvait pas aider directement Araloth et Kalara, car elle ne pouvait pas courir le risque d’être capturée, elle leur insuffla autant de ses forces que possible, ce qui leur permettrait de survivre malgré la corruption du domaine de Nurgle. Avant de partir, la Déesse leur jura que le portail resterait ouvert là, sur le Pont des Fous, jusqu’à ce qu’ils reviennent. Puis elle disparut et les Elfes se retrouvèrent seuls.


Araloth et Kalara descendirent vers les bois. Bien peu auraient pu traverser cette végétation avec autant d’habileté, car ils étaient des Elfes Sylvains d’Athel Loren, et le Jardin de la Pourriture ressemblait en de nombreux points à une forêt, bien que vile et blasphématoire. Des vignes épineuses leur lacéraient les jambes et des insectes grouillaient à leurs pieds. Des fleurs aux couleurs vives exhalaient des vapeurs nocives, et des vesses-de-loup Démoniaques éclataient en projetant des nuages de spores jaunes. Des asticots se tortillaient sur le sol humide, et des essaims de mouches grasses bourdonnaient dans les branches. Les racines qui couraient sur la terre pelaient sous leurs pas et libéraient un mucus qui rongeait les semelles de leurs bottes. Les ruisseaux n’étaient pas d’eau vive, mais de pus blanchâtre, et il en émanait une odeur de charogne.

Parfois, Araloth et Kalara percevaient le son d’un cor ou le tintement d’une cloche, et se cachaient sous les frondaisons lorsqu’une vénerie de Démons passait sur le sentier. En d’autres occasions, ils furent sauvés par Skaryn, dont le cri perçant les avertit de se dissimuler pour éviter d’être découverts. Malgré tout, ils ne purent esquiver tous les ennemis. Il arriva que les Démons fussent trop proches, ou le sous-bois trop dangereux pour s’y cacher. Dans ces cas-là, les Elfes durent compter sur leurs lames.

À un moment lors d’une de ces escarmouches, Araloth s’aventura sous les branches d’un arbre au tronc grouillant de chenilles, et se retrouva embourbé dans une tourbière. Alors que le Seigneur de Talsyn luttait pour se dégager, Kalara tint en respect les Démons titubants, cependant le combat ne se termina réellement que lorsque l’arbre lui-même s’y joignit. Ses racines s’arrachèrent du sol mou, et ses branches s’emparèrent des Démons avant de les enfourner dans les énormes gueules garnies de crocs qui constellaient son tronc. En temps normal, il aurait sans doute également dévoré les Elfes, cependant la bénédiction de Lileath les protégeait. Quand Kalara réussit enfin à dégager Araloth, ce dernier s’aperçut que des sangsues au corps blanc et segmenté étaient accrochées à sa peau, et seules les serres de Skaryn purent les déloger.

Araloth et Kalara errèrent dans les bois pendant un temps impossible à déterminer. Il n’y avait ni soleil, ni lune afin d’indiquer le passage des jours et des nuits, et nulle étoile pour s’orienter. Il n’y avait qu’un ciel aux ocres tourbillonnantes, lourd de la puanteur de la putréfaction et des échos de rires déments. Les Elfes comprirent qu’ils s’étaient perdus sans avoir jamais aperçu le Manoir de Nurgle. Araloth priait sans arrêt Lileath de leur venir en aide, toutefois la Déesse de la Lune restait silencieuse.


Le Jardin de la Pourriture de Nurgle…
Après ce qui parut une éternité d’errances, Araloth et Kalara trouvèrent enfin de l’aide, non pas sous la forme de la Déesse, mais sous celle d’un érudit, qu’ils rencontrèrent au milieu d’une clairière bordée d’arbres morts. Ce n’était pas un Démon, mais un humain perdu dans un soliloque. Il tenait une plume dans une main, et un grimoire dans l’autre, et beaucoup d’autres ouvrages étaient accrochés sur son dos. Ils recelaient tous un immense savoir concernant les Royaumes des Dieux. À sa ceinture pendait une épée forgée par les Nains, dont les Runes scintillaient dans la lumière impie de la clairière. Ses yeux étaient cernés, et sa peau couverte de chancres, pourtant il souriait en se racontant des histoires joyeuses.

Au départ, il se méfia d’eux, estimant sans doute qu’ils représentaient un danger, mais il était avide d’écouter leur histoire, et leur offrit finalement de les aider. Tout comme eux, il était piégé dans les Royaumes du Chaos depuis ce qui lui semblait être une éternité, toutefois il semblait que les Dieux désiraient qu’il couchât par écrit ce qu’il apprenait sur cet endroit, car il avait le don de s’orienter comme il le désirait. Certes, sa présence était également une gêne, car il s’arrêtait régulièrement pour cataloguer tout ce qu’il observait. Pourtant, sans lui, les Elfes n’avaient aucune chance de trouver le Manoir de Nurgle, c’est pourquoi ils tolérèrent ses excentricités de bonne grâce, et le défendirent avec leurs lames lorsque cela s’avérait nécessaire.

Quelque temps après, les trois voyageurs arrivèrent devant une formation cristalline étrange. Elle s’étirait à travers les bois, parfois en surgissant du sol avant de former des arches par-dessus les arbres. L’érudit expliqua qu’il s’agissait en fait du domaine de Tzeentch, le Labyrinthe de Cristal, hanté par des âmes damnées. Alors que sa plume dansait sur une nouvelle page, Araloth aperçut un visage dans le cristal. Son expression changeait en fonction de l’orientation selon laquelle on l’observait.

L’Elfe entendit alors la voix de ce prisonnier portée par la brise. Il raconta qu’il était un Sorcier qui avait fabriqué une pierre magique capable d’ouvrir une faille entre le monde des mortels et celui des Dieux. Malheureusement, il avait été piégé lors d’un de ses voyages. Il supplia les Elfes de le libérer de sa prison, leur offrant en échange ses services. Araloth se méfiait, car il se doutait de la duplicité du Sorcier, cependant il demanda malgré tout à l’érudit s’il était possible de le secourir. Celui-ci confirma que c’était faisable, et leur montra comment fabriquer une corde avec les fils de leur mémoire, et l’attacher à l’entrée du labyrinthe pour en retrouver la sortie. C’est ainsi qu’Araloth et l’érudit pénétrèrent dans le dédale de cristal. Kalara resta à l’entrée avec Skaryn perché sur son épaule. Ses mains tenaient fermement la corde tressée avec les souvenirs qu’ils partageaient avec Lileath, et que même Tzeentch ne pouvait découvrir.

La folie assaillait Araloth à chaque pas. Les facettes du cristal lui montraient des bribes de passés qui ne s’étaient jamais produits, et de futurs impossibles, si bien que le Seigneur de Talsyn dut fermer les yeux et laisser l’érudit le mener à travers les couloirs scintillants. Des menaces et des promesses se bousculaient dans l’esprit d’Araloth, cependant il se raccrochait désespérément à la mémoire de Lileath, par conséquent les voix dans sa tête finirent par se dissiper. Au bout d’un temps terriblement long, Araloth et l’érudit trouvèrent le Sorcier. Il était prisonnier, retenu par une image déformée de lui-même. Celle-ci feula lorsqu’Araloth approcha, mais l’Elfe ouvrit enfin les yeux et frappa la créature avec sa lance, et la fit exploser en mille fragments.

Même depuis l’entrée du labyrinthe, Kalara pouvait entendre les murmures qui assaillaient Araloth, cependant elle ne leur prêta aucune attention. Son devoir envers Lileath était bien plus important que ce qu’Araloth pensait, et elle était déterminée à l’accomplir. Elle tint fermement la corde, jusqu’à ce que l’Elfe, l’érudit et le Sorcier sortent indemnes du dédale.

Le groupe se remit en route sans un mot. Araloth et Kalara étaient exténués par leurs errances, tandis que l’érudit était occupé à prendre des notes sur le labyrinthe tant qu’il s’en souvenait. Quant au Sorcier, il était distant et maussade. Il n’avait pas caché son mécontentement lorsque les Elfes lui avaient révélé leur destination, mais il avait tenu parole en les accompagnant.

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Une Bête de Nurgle atterrit lourdement sur les épaules du Chevalier.
Au bout de plusieurs heures, le groupe arriva dans une clairière où les branches des arbres s’agitaient. Le sol était recouvert d’un tapis de gros insectes aux mandibules cruelles. Au centre de la clairière, un Chevalier était couché par terre, retenu par des chaînes rouillées. C’était un géant, et son armure argentée brillait en dépit de la boue où il était vautré. Il ne parvenait pas à se libérer malgré sa force, et se débattait tandis que les insectes étaient sur le point de le submerger.[1]

Araloth demanda au Sorcier d’inonder la clairière de flammes sans pour autant blesser le Chevalier. Les deux Elfes purent alors s’approcher et briser ses chaînes. Celui-ci avait un accent étrange, toutefois sa gratitude était évidente. Il offrit son assistance, en expliquant que les Dieux du Chaos étaient ses ennemis jurés. Le groupe reprit sa progression à travers les bois. Il n’avait plus besoin d’éviter les groupes de Démons, car ces derniers furent rapidement vaincus par les flammes du Sorcier et par l’acier du Chevalier. Kalara se réjouissait, néanmoins le Chevalier lui rappela d’être prudente. Pour l’instant, l’attention de Nurgle devait être ailleurs, mais s’il les repérait, ils seraient perdus.

Araloth s’inquiéta de ces paroles, car il se doutait que c’était la dévastation que les maladies semaient dans le monde des mortels qui obnubilait Nurgle. Les compagnons accélérèrent le pas en dépit des protestations de l’érudit, qui les prévint que l’empressement était tout autant un ennemi que les Démons de ce royaume. Tandis que la compagnie passait sous l’ombre d’un grand arbre desséché, dans un lieu que l’érudit identifia comme le Jardin des Plaies, elle ne remarqua pas la silhouette perchée sur les plus hautes branches. Une pluie de feuilles mortes et de grosses chenilles trahit un mouvement dans le sommet de l’arbre, toutefois il était déjà trop tard. Une Bête de Nurgle atterrit lourdement sur les épaules du Chevalier et le fit chuter dans la boue. Ses pattes laissaient des traces noires et collantes sur l’armure étincelante. Le Chevalier se débattit pour tenter de se débarrasser du monstre, cependant celui-ci s’accrochait en gloussant, et en agitant joyeusement ses tentacules en constatant les vains efforts de son jouet.

Araloth et Kalara intervinrent en un éclair. L’épée et la lance des Elfes percèrent les flancs du monstre. Celui-ci poussa un sanglot d’incompréhension, et lâcha le Chevalier avant de rouler au sol, puis de se redresser en observant avec étonnement les armes des Elfes. Le Sorcier rit aux éclats, et l’érudit produisit une autre plume pour noter rapidement ce qu’il observait. Quant au Chevalier, il n’était blessé que dans son amour-propre, et se releva, l’épée brandie dans l’intention de décapiter son assaillant. Cependant, le Démon paraissait si perdu et confus qu’Araloth retint le coup du Chevalier et ordonna aux autres de ne pas intervenir. Le Chevalier protesta face à la réaction de l’Elfe, et le traita d’imbécile. Visiblement peu désireux de se battre, la Bête de Nurgle en profita pour s’esquiver en bondissant, et disparut dans le sous-bois.

Suite à cette attaque, Araloth accepta de ralentir le rythme, tandis que le Chevalier prit soin de vérifier les branches des arbres sous lesquels il passait. À de nombreuses reprises, Araloth sentit des yeux qui l’observaient depuis les frondaisons, néanmoins quand il tentait de débusquer cet espion, celui-ci disparaissait dans un bruissement. Il n’y eut pas d’autre embuscade en provenance du sommet des arbres, malgré tout les périls restaient nombreux : le groupe se retrouva pris dans une fondrière, et seul un sort de lévitation du Sorcier lui évita de mourir noyé dans la mare de pus. Un peu plus loin, les marais devinrent si vastes que même l’érudit ne sut plus quel chemin emprunter. Heureusement, Skaryn permit à Araloth de trouver un passage à travers les fagnes bouillonnantes. Finalement, ils aperçurent les murs en bois pourri du Manoir de Nurgle s’élever au milieu du marais. Les cinq voyageurs avaient enfin atteint leur destination.

En dépit de cela, Araloth restait circonspect, car des Démons volaient au-dessus du toit de l’édifice, si bien qu’il était impossible de s’en approcher sans être vu. Le Sorcier conseilla d’abandonner, et de retourner au Pont des Fous pour revenir dans le monde des mortels. Kalara s’y opposa fermement. L’érudit consulta ses notes, et s’aperçut que la pièce qu’ils cherchaient pouvait être atteinte par une entrée secondaire, à condition de parvenir à créer une diversion pour attirer l’attention des Démons. En entendant cela, le Chevalier tira son épée et dit adieu à ses compagnons. Il leur assura que sa réputation s’était répandue dans les Royaumes du Chaos depuis son arrivée, et qu’il allait attirer l’attention en défiant les Démons de la Peste de venir l’affronter.

Sans ajouter un mot, le Chevalier se dirigea vers le Manoir, en se déplaçant tout d’abord discrètement pour éviter que les Démons repèrent ses compagnons. Quand il se fût suffisamment éloigné, il lança son défi en beuglant, et en affirmant haut et fort que le Père des Épidémies était un harpagon obsédé par la propreté de sa demeure. Les Démons réagirent immédiatement, et plongèrent dans sa direction, dans l’intention de réduire au silence ce mortel qui avait osé insulter leur maître. Alors qu’Araloth observait la scène, le Chevalier tendit la main et une boule de feu bleu explosa au beau milieu du vol de Démons ailés. Puis le Chevalier vociféra d’autres insultes et s’élança sans hésiter à la rencontre de ses adversaires.

Les Porte-Pestes de Nurgle sont un véritable catalogue de toutes les contagions ayant ravagé le monde.
Déterminé à ne pas gâcher la diversion de son compagnon, le reste du groupe suivit l’érudit le long d’une clôture rouillée qui délimitait les jardins du Manoir, puis pénétra à l’intérieur par une porte de servitude. L’érudit les guida alors à travers des couloirs de guingois et branlants. Peu de Démons leur barrèrent la route, car la plupart avaient été attirés par le vacarme de la bataille au dehors, et le groupe évita ceux qu’il restait en se cachant furtivement dans les ombres.

Ils arrivèrent enfin dans une salle dont les dalles de pierre étaient recouvertes de paille, et au milieu de laquelle se trouvait un énorme chaudron où bouillonnait quelque liquide repoussant. Une cage était suspendue à un crochet rouillé dans un coin. Elle ressemblait en quelque sorte à une cage à oiseau, cependant elle était suffisamment grande pour accueillir une dizaine d’hommes. Elle était accrochée très près du plafond, par conséquent Araloth et Kalara ne purent atteindre sa porte verrouillée que grâce aux talents magiques du Sorcier.

Pendant que le Sorcier et l’érudit les observaient depuis le sol, Araloth s’accrocha aux barreaux de la cage et crocheta le verrou avec sa lance, mais lorsque la porte s’ouvrit, son cœur défaillit. La cage ne contenait pas la Déesse Shallya, comme Lileath l’avait annoncé, mais un Démon suppurant et perclus de maladies, similaire à ceux qu’ils avaient rencontrés dans le Jardin de la Pourriture, et qui ne se distinguait que par le bracelet d’argent autour du poignet de sa main droite. En cet instant, même la détermination d’Araloth vacilla : est-ce que le Lileath lui avait menti, ou avait-elle été trompée ? Pour sa part, Kalara versa une unique larme, car elle savait que l’heure qu’elle attendait et redoutait tout à la fois était arrivée. Elle murmura à Araloth de retirer le bracelet du Démon.

Bien qu’il ne comprit pas cette demande, Araloth s’exécuta, en prenant soin à ce que sa peau n’effleure pas les pustules et les ulcérations de la créature. Cependant, dès que le bracelet fut retiré, le Démon fut auréolé d’une lumière blanche pendant un battement de cœur. Lorsque le scintillement disparut, la créature s’était évanouie, et à sa place se trouvait le corps nu et immaculé de Shallya. La Déesse avait été libérée de sa servitude. Elle jeta un dernier regard à la pièce, lança un sourire de gratitude à l’encontre des deux Elfes et disparut dans un éclair aveuglant. Araloth et Karala avaient accompli leur quête.


Araloth se prépara à partir, toutefois Kalara ne bougea pas. Elle avoua tristement à son compagnon que son destin était de prendre la place de Shallya : Nurgle ne tolérerait pas la disparition de son sujet d’expérimentation, et n’hésiterait pas à rameuter tous ses Démons pour ramener Shallya s’il s’apercevait de sa fuite. Ce n’était qu’en assumant le rôle de la Déesse que Kalara laissait une chance à ses camarades de s’échapper. C’était ce que Lileath avait prédit. Ainsi, Kalara pouvait racheter la faute qu’elle avait commise envers les Dieux voilà bien longtemps.

Avant qu’Araloth puisse protester, Kalara s’empara du bracelet et le passa autour de son poignet. Immédiatement, sa peau se décolora, et des lésions apparurent sur son corps. Elle recula en titubant vers le fond de la cage, et finit par s’écrouler tandis que son frêle squelette ployait sous le poids de ses chairs bouffies. Ses cheveux tombèrent et ses vêtements se désagrégèrent ; ses ongles noircirent. Dans un croassement rauque, elle adjura ses compagnons de partir et s’affaissa au milieu des immondices de la cage. Le cœur lourd, Araloth fit signe au Sorcier de le faire redescendre. Celle qui était désormais le réceptacle des épidémies de Nurgle regarda partir ses compagnons d’infortune, cependant elle avait déjà oublié qui ils étaient.

Araloth et les autres quittèrent le Manoir discrètement, afin de ne pas attirer l’attention de ses gardiens. Alors que le petit groupe se faufilait au dehors de l’édifice, Araloth aperçut le corps brisé du Chevalier, qui était empalé sur une lance tordue devant l’entrée. L’Elfe s’aperçut que l’homme vivait encore, et il aurait tenté de le sauver si l’érudit ne l’avait pas retenu. Ce dernier exhorta l’Elfe à rester concentré sur sa mission, car de toute façon, les Démons ne pouvaient pas tuer le Chevalier : tôt ou tard, il finirait par prendre sa revanche. Telle était la nature des choses dans les Royaumes du Chaos.


Le retour fut bien plus facile que l’aller, et Araloth ne tarda pas à retrouver le Pont des Fous. En effet, le Jardin Putride était presque désert. Araloth fut horrifié à l’idée de ce que cela signifiait pour le monde des mortels. En arrivant, il constata que le portail de lumière de Lileath était toujours ouvert. Le monde matériel était à portée de main. Malheureusement, le Sorcier n’avait cure de la quête de l’Elfe, et avait uniquement accepté de l’aider en attendant l’occasion de revenir dans le monde réel. Et maintenant qu’il se trouvait face au portail, il déchaîna un feu magique contre l’Elfe. Des traits incandescents jaillirent de ses doigts et frappèrent Araloth, qui bascula dans le vide. L’agilité de l’Elfe lui permit de s’agripper in extremis au bord du précipice, mais la pierre friable commençait déjà à céder sous ses doigts. Voyant la détresse de son maître, Skaryn plongea des cieux pour lacérer les yeux du Sorcier, toutefois ce dernier invoqua un pilier de feu qui frappa le faucon de plein fouet. Araloth espéra que l’érudit lui viendrait en aide, cependant celui-ci se contenta d’ouvrir une nouvelle page blanche avant de coucher par écrit la scène dont il était le témoin. Le Sorcier esquissa un sourire cruel, et canalisa la Magie environnante en se préparant à lancer un sort fatal.

C’est à cet instant qu’une aide inattendue survint. La Bête de Nurgle qu’Araloth avait épargnée ne l’avait pas oublié. Comme tous les Démons de son engeance, elle était d’une nature amicale, et ne connaissait que des déceptions auprès des autres créatures. Après leur rencontre, elle avait suivi Araloth de loin, non pas par gratitude, mais simplement parce que l’Elfe avait été le premier être depuis des éons à lui témoigner autre chose que de la haine. Ainsi, la bête était convaincue qu’Araloth pouvait devenir son ami, et lorsqu’elle vit qu’il était menacé, elle bondit pour s’en prendre à l’agresseur. Le Sorcier ne la vit pas s’approcher, et eut à peine le temps de sentir son haleine fétide sur son cou avant de finir avalé tout rond.

Araloth parvint à se hisser en sécurité. Toutefois, et de façon compréhensible, il restait méfiant vis-à-vis de la Bête de Nurgle qui venait de le sauver. Celle-ci était ravie de voir que son nouvel ami était disposé à jouer, et sauta joyeusement dans sa direction. Dans son enthousiasme, elle faillit faire chuter Araloth derechef, et le gratifia de grands coups de langue baveuse. Cette fois, l’érudit sut comment réagir. Il ramassa un crâne qui traînait au sol, et l’agita sous le nez de la Bête de Nurgle avant de le lancer au loin, en direction de la pente. Le Démon hésita un instant, se demandant s’il y avait là une ruse quelconque, puis s’élança allègrement vers le crâne afin de le rapporter.

Araloth prit Skaryn dans ses bras et demanda à l’érudit s’il souhaitait revenir dans le monde des mortels, mais celui-ci refusa poliment : il avait encore beaucoup de choses à découvrir, et sans ajouter un mot, il suivit le chemin de la bête en fredonnant gaiement. Araloth jeta un dernier regard aux alentours, murmura un adieu à Kalara, puis passa à travers le portail magique. Le monde des mortels l’attendait, et avec lui la guerre qui le ravageait.



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Malékith était en colère ; Kouran ne le voyait que trop bien, comme le reste de l’ost de Druchii. Les corps éventrés de plusieurs de ses lieutenants avaient été exhibés aux yeux de tous afin que nul n’ignore sa contrariété. Les quelques succès rencontrés suite à la chute de la Porte de l’Aigle s’étaient terminés prématurément, et la progression de l’armée ralentissait de jour en jour.

Ystranna d’Avelorn, la plus influente des Demoiselles de la Reine Éternelle, s’était déjà opposée à Malékith lors de son assaut contre la Porte du Phénix. Lorsqu’elle s’était aperçue qu’elle ne pouvait plus tenir les montagnes, elle avait retiré son armée dans les bois qui s’étendaient aux pieds de celles-ci. Depuis, les Sœurs d’Avelorn harcelaient les Elfes Noirs à partir du couvert des arbres, et les incitaient à les poursuivre sous les frondaisons, dans la forêt infestée de Lions. Au début, plusieurs régiments avaient mordu à l’hameçon, toutefois aucun survivant n’était ressorti des bois. Ceux-ci étaient sillonnés de sentiers secrets et de bastions dissimulés, et grouillaient de guerriers Hauts Elfes avides de faire usage de leurs lances et de leurs haches. Les Démons avaient beau avoir ravagé Chrace, les survivants de son peuple continuaient de défendre leur royaume avec détermination.

Malékith avait finalement décidé d’écraser la résistance d’Ystranna au crépuscule. Des milliers d’Ombres envahirent Blancboulonne, leurs lames cruelles scintillant dans la pénombre. Les Dragons volaient en rase-mottes au-dessus des arbres, et déchaînèrent leurs flammes jusqu’à ce que des centaines d’acres de forêt fussent réduits en cendres. Malgré tout, les seuls corps découverts dans cette désolation étaient ceux d’Elfes Noirs, et les flèches continuaient de pleuvoir des zones intactes des bois. Pour couronner le tout, d’autres attaques provenaient désormais de l’ouest, car les guerriers des ombres de Nagarythe s’étaient joints aux combats.

Bizarrement, ces renforts faillirent sonner le glas des Hauts Elfes, car leur nombre augmentant, leur arrogance légendaire était revenue, et les guerriers qui se terraient dans Blancboulonne sortirent à découvert afin de porter le fer à l’ennemi. Leur assaut était si inattendu qu’il faillit réussir. Les régiments de Naggaroth s’étaient positionnés de façon à repousser un assaut en provenance de l’ouest, et se retrouvèrent attaqués sur deux fronts à la fois. Pendant quelques minutes fatidiques, l’ost des Elfes Noirs faillit s’effondrer, mais Malékith rejoignit la bataille à temps. Il enfourcha Seraphon et s’envola au-dessus de l’affrontement, puis canalisa la Magie de Blancboulonne afin d’ouvrir une immense faille dans le sol rocheux. Sans cesser de manipuler les énergies qui se déversaient des montagnes, il déclencha ensuite un blizzard et une pluie de météores. Les arbres, qui pourtant étaient morts depuis des mois, s’animèrent à son commandement. Leurs branches et leurs racines écartelèrent les archers qui étaient dissimulés au milieu de leurs troncs.

Malékith déchaîne sa fureur.
La bataille de Blancboulonne aurait dû se terminer de façon catastrophique pour les Hauts Elfes, car aucun de leurs Archimages n’était de taille à se mesurer au Roi Sorcier. Cependant, alors que la lune de la terreur était en train de poindre au-dessus des montagnes, les morts se levèrent. Ils étaient incontrôlés, et s’en prirent à tous les vivants, sans faire de distinction. Confrontée à un troisième ennemi, la contre-attaque des Elfes Noirs s’enlisa, et la charge qui aurait dû éradiquer les Hauts Elfes s’arrêta contre un mur de chairs mortes. Malékith aurait pu imposer sa volonté aux Morts-Vivants, toutefois il n’osa pas risquer de perdre sa concentration sur les sorts destructeurs qu’il était déjà en train d’invoquer.

Cela n’aurait rien changé. Ystranna devait faire face à la fois aux Elfes Noirs et aux Morts-Vivants, et fut forcée de se retirer. Les Elfes de Nagarythe s’obstinèrent quelques heures de plus, mais à l’aube, même eux avaient battu en retraite. Puisque ses adversaires les plus déterminés avaient été vaincus, Malékith renvoya les Morts-Vivants dans la tombe, mais ce faisant, il sentit l’esprit d’un autre effleurer le sien, et comprit que le temps lui était compté.


Le matin suivant, les survivants de l’armée décimée de Malus Darkblade rapportèrent qu’un nouvel ennemi approchait depuis le sud. Ils parlèrent avec inquiétude d’un ost presque aussi vaste que celui de Malékith, et qui marchait sous la bannière de Tyrion. Kouran comprit que la meilleure tactique consistait à battre en retraite vers l’Île Blafarde, en organisant un blocus pour maintenir Ystranna à distance. Il suggéra même ce plan à son maître, toutefois le Roi Sorcier le balaya d’un geste, et déclara qu’il refusait de partir en laissant une armée ennemie derrière lui. Kouran suspectait que c’était l’orgueil démesuré de son monarque qui lui faisait prendre une telle décision. Les rapports des éclaireurs indiquaient tous que la taille de l’armée d’Ystranna était au moins cinq fois moins importante que celle des Druchii : le Roi Sorcier refusait de se retirer devant un adversaire aussi insignifiant. Malgré tout, Kouran insista auprès de son maître, et parvint à convaincre Malékith de ravaler sa fierté.

Cette nuit-là, Kouran se rendit au campement de Caledor. Depuis la Porte de l’Aigle, les Princes Dragons avaient pris soin de rester à distance de l’ost des Druchii. Tout le monde ne partageait pas l’avis d’Imrik sur la nécessité d’une alliance, y compris au sein de ses propres Chevaliers. La haine qui opposait les deux races était toujours suffisamment forte pour faire couler le sang à la moindre provocation. L’ost de Dragons qui combattait aux côtés des Elfes Noirs ne le faisait que par loyauté envers son Prince, mais le poids de la trahison pesait lourdement sur les épaules d’Imrik depuis la bataille de la Porte de l’Aigle, et s’il était fier du rôle prépondérant que Caledor jouait dans la guerre, il était également triste que ce fût dans de telles conditions. Comme toujours, Imrik obligea Kouran à patienter. Le Prince souhaitait souligner ainsi son rang infiniment supérieur à celui du Capitaine. Les Princes Dragons étaient amusés de voir que Kouran était venu avec une escorte de cinq cents lances. Alliés ou pas, les Druchii ne se sentaient pas en sécurité dans le campement de Caledor, et ils avaient raison.

Les ordres de Malékith étaient couchés par écrit en termes respectueux, toutefois ils restaient impérieux. Les guerriers de Caledor devaient attaquer la force d’Ystranna et ses alliés de Nagarythe pendant que l’armée du Roi Sorcier se dirigeait vers le nord. Imrik lut la missive en silence. Jusqu’à présent, il avait réussi à ne pas rougir personnellement son épée, car il se raccrochait à l’idée que s’il ne versait pas le sang, son honneur serait intact. Il se doutait aussi que bon nombre de ses Chevaliers pensaient la même chose, et avaient jusqu’à présent évité de tuer leurs alliés ancestraux, en laissant les Druchii s’acquitter avec entrain de la sale besogne. Les Dragons - y compris Minaithnir, la loyale monture d’Imrik - n’avaient pas fait preuve d’une telle retenue, au point que le Prince se demandait si les reptiles n’étaient pas plus réalistes que leurs cavaliers sur la situation. Dans tous les cas, il était préférable d’imaginer que les Dragons avaient une bonne raison pour se retourner sans hésiter contre leurs anciens alliés. En revanche, si les guerriers de Caledor devaient combattre sans les Elfes Noirs, ils n’auraient pas l’occasion de retenir leurs coups, et de préserver leur honneur.

À en juger à l’expression moqueuse de Kouran, Imrik devina que le Capitaine était au fait de ses réticences. La main d’Imrik s’attarda sur le pommeau de son épée, et sans doute eût-il tué Kouran en dépit des conséquences si Teclis n’avait pas été là. L’Archimage rappela que Tyrion était tombé sous le charme de Morathi, et qu’il était désormais le réceptacle d’un sombre pouvoir. Comme il l’avait prédit, la malédiction d’Ænarion s’était emparée de son frère, et il était en train de devenir la réincarnation de Khaine. Il fallait empêcher Tyrion de prendre la Faiseuse de Veuves, même si cela signifiait que pour cela, l’arme devait tomber entre les mains de Malékith.

C’est ainsi que Caledor servit de bouclier à Malékith tandis qu’il entamait son ultime marche vers le nord. Des centaines de Princes Dragons s’abattirent sur Blancboulonne et déclenchèrent une des batailles les plus amères qu’Ulthuan eût connue au cours des derniers siècles. Les guerriers de Caledor combattaient avec une détermination issue d’une nécessité absolue, car Imrik leur avait dévoilé ses motivations profondes. Ses Princes furent donc impitoyables et repoussèrent les forces d’Ystranna dans un silence de mort. Les tactiques de harcèlement qui avaient si bien fonctionné contre les Druchii étaient inefficaces contre les forces d’Imrik, car il avait combattu de nombreuses fois pour Chrace, et connaissait les habitudes de ses défenseurs. Les bastions secrets furent incendiés par le feu des Dragons ; les lanciers de Caledor suivirent les sentiers cachés et abattirent les guerriers d’Ystranna qui tentaient de fuir.

Au moment où Malékith prenait pied sur l’Île Blafarde, Ystranna affrontait Imrik, à la tête des survivants de son armée. La Demoiselle savait qu’elle était condamnée, cependant elle tira flèche après flèche sur Minaithnir qui plongeait vers elle. Deux traits percèrent l’armure d’Imrik, mais ces blessures furent moins douloureuses pour le Prince que le coup de sa lance, qui transperça le cœur d’Ystranna. La mort de la Demoiselle sonna le glas de la résistance de Chrace.

Alors que le soir tombait, Imrik érigea seul le bûcher funéraire d’Ystranna, en refusant qu’on l’aide. Il brûlerait des jours durant. Comme les flammes dévoraient le corps d’Ystranna, Imrik murmura une prière à Asuryan, car il savait qu’un massacre pire encore était à venir.

La Bataille de l’Île Blafarde[modifier]

Les Gardes du Temple Maudit[modifier]

Lorsqu’il est devenu évident que les Elfes Noirs vont tenter une nouvelle fois de s’emparer de l’Île Blafarde, de nombreuses légions se sont dirigées vers le nord pour les en empêcher. L’île compte également ses propres défenseurs, des guerriers qui ont juré de défendre le site sacré depuis des générations.

Anaran et Anarelle
Alith Anar, le Roi des Ombres

Anaran et Anarelle
Lors de la bataille du Temple de Khaine, le commandement de l’armée des Hauts Elfes revient à Anaran et à Anarelle, les enfants d’Argalen, le plus jeune frère d’Eltharion. Ils sont les seuls à être au courant de la mort de leur oncle dans des terres lointaines, car son esprit leur est apparu au cours des nuits passées. Il leur a demandé non seulement de protéger Yvresse, mais leur a également remis les reliques familiales qu’il portait. Désormais, Anaran porte Croc d’Acier, alors qu’Anarelle possède le Talisman de Hœth. La tâche qui leur incombe est difficile, cependant les deux jumeaux sont déterminés à faire honneur à leur parent défunt.

Les Revenants de Khaine

Alith Anar, le Roi des Ombres
Alith Anar a assisté aux événements de ces derniers mois avec inquiétude. Il a déjà été témoin de maintes guerres entre son peuple et les Elfes Noirs, cependant cette fois, il sent que les choses sont différentes. Néanmoins, il a emmené de nombreux Æsanar sur l’Île Blafarde afin de la défendre. Il est évident que Malékith veut s’emparer de la Faiseuse de Veuves, et il est tout aussi évident qu’il faut l’en empêcher. Alith Anar ne souhaite pas diriger personnellement la bataille à venir, et préfère combattre plutôt que commander. Peut-être que cette fois, il parviendra à tuer son ennemi juré…

La Garde Argentée

Les Revenants de Khaine
Ce régiment a été formé dans le but d’empêcher les Elfes Noirs de conquérir l’Île Blafarde. Lorsque la nouvelle de la venue de Malékith s’est répandue, les Revenants ont accouru des quatre coins de l’île pour défendre le temple. Même s’ils refusent d’obéir à quiconque en dehors du Roi Phénix, ils sont prêts à se battre jusqu’à la mort.

Les Faucons Célestes

La Garde Argentée
D’ordinaire, ce contingent a pour tâche de défendre les Pierres Gardiennes de Tor Yvresse, car elles forment un réseau de monolithes aux pouvoirs formidables. Toutefois, l’arrivée de Malékith fait peser une telle menace sur l’Île Blafarde que le Conseil d’Yvresse a voté à l’unanimité l’envoi de cinq bataillons de lanciers et de deux bataillons d’archers pour renforcer les défenses du temple. Chaque membre de la Garde Argentée porte une armure fabriquée à l’époque de la fondation d’Yvresse, lorsque les Démons parcouraient librement les collines de ce royaume. Les premiers guerriers de la Garde Argentée avaient des armures enchantées afin de les protéger de leurs griffes, et si depuis, cette Magie s’est quasiment dissipée, il en reste une étincelle dans chaque broigne.

Les Chevaliers de Tor Gaval

Les Faucons Célestes
Ces guerriers sont des arpenteurs des brumes d’Yvresse, et sont liés aux héritiers d’Argalen, fils de Moranion. Lorsqu’Anaran et Anarelle ont décidé de défendre l’Île Blafarde, les Faucons Célestes affrontaient les monstres des Annulii à la frontière entre Yvresse et Eataine. Ils ont laissé les milices d’Eataine se débrouiller seules et sont partis à marche forcée vers le nord, si bien qu’ils ont atteint l’Île quelques heures à peine avant Malékith. Bien qu’épuisés par leur voyage, ils sont prêts à défendre les héritiers d’Argalen.

Les Chevaliers de Tor Gaval
D’ordinaire, les Princes d’Yvresse n’aiment pas combattre sur le dos d’une monture volante à cause des brumes de leur royaume, qui rendent tout vol très hasardeux. Cependant, il y a toujours des téméraires prêts à braver les conventions, et les Chevaliers de Tor Gaval en font partie. Ils passent leur vie à voler au milieu des brouillards d’Yvresse. Certains chevauchent des Griffons, d’autres des Grands Aigles, et quelques-uns ont acquis des Cotres de Lothern. Grâce à leur entraînement, on dit que les Chevaliers de Tor Gaval font partie des cavaliers ailés les plus doués d’Ulthuan.


Les Gardes du Temple Maudit

Anaran, Protecteur de Tor Yvresse
Prince Haut Elfe

Anarelle, Gardienne de Tor Yvresse
Archimage

Alith Anar, le Roi des Ombres

Essendrion
Archimage

Les Chevaliers d’Athel Tamartha
Trois osts de Heaumes d'Argent

Les Revenants de Khaine
Une légion de Lanciers Hauts Elfes

Les Faucons Célestes
Trois compagnies d’Arpenteurs des
Brumes (Archers Hauts Elfes)

La Garde Argentée
Cinq légions de Lanciers Hauts Elfes
et deux régiments d’Archers Hauts Elfes

Les Sentinelles de la Tombe Marine
Trois légions de Lanciers Hauts Elfes

Le Guet de Nord
Deux équipages de Gardes Maritimes
de Lothern
, chacun avec deux Balistes

La Bande des Spectres
Une maisonnée de Guerriers Fantômes

Les Austères
Deux maisonnées de Guerriers Fantômes

Les Yeux d’Isha
Un régiment de Sœurs d’Avelorn

Les Chevaliers de Tor Gaval
Cinq Princes sur Griffon, trois Heaumes
des Mers de Lothern sur Cotre Volant et
deux Nobles sur Grand Aigle

Les Seigneurs de Ciel d’Avelorn
Trois Princes sur Griffon

La Tempête de la Marée Haute
Deux escadrons de Cotres Volants

L’Épée d’Ænarion
Une légion de Lanciers Hauts Elfes

La Précision de Seldi
Une milice d’Archers Hauts Elfes

L’Ost de Naggarond[modifier]

Malékith n’est pas du genre à tolérer la présence de ses ennemis. Ceux-ci doivent être tués, d’une façon ou d’une autre. L’armée qui se rend sur l’Île Blafarde est constituée de guerriers de confiance, ce qui veut dire des soldats qui ont trop peur des conséquences pour tenter de trahir le Roi Sorcier.

Malékith

Malékith
Le Roi Sorcier est d’excellente humeur lorsqu’il arrive sur l’Île Blafarde, et considère que ses échecs des siècles passés ont été lavés par ses récentes victoires, même si elles n’ont été que mineures. L’alliance avec Caledor, bien qu’improbable, donne enfin à Malékith l’avantage dont il a besoin, et il est persuadé que la Faiseuse de Veuves va le rendre invincible. Malgré tout, cela ne l’empêche pas d’éprouver des doutes. Même s’il ne l’admettra jamais, le Roi Sorcier est perturbé par le fait d’avoir été dupé par Teclis, et se demande parfois s’il ne fonce pas droit dans un piège. Cependant, Malékith ne peut plus faire demi-tour, car Naggaroth a été anéantie. La bataille de l’Île Blafarde verra sa victoire finale ou sa mort !

Kouran
Les Seigneurs de l’Oubli

Kouran
Kouran est probablement le seul au sein de l’ost de Naggaroth à deviner les doutes de son maître, toutefois cela ne l’inquiète pas. Le Capitaine est persuadé que Malékith va bientôt accomplir son destin, et lorsqu’il y parviendra, ceux qui l’ont servi loyalement seront récompensés. Les désirs de Kouran sont simples : il y a des décennies, il a été manipulé et trahi par Morathi, et brûle depuis de se venger. Kouran ne doute pas que si Malékith remporte la victoire finale, il aura le droit de traîner Morathi enchaînée hors de sa tour, et de lui faire payer chèrement sa traîtrise.

Les Seigneurs de l’Oubli
Les chevaucheurs de Dragons qui combattent pour Malékith sur l’Île Blafarde ne proviennent pas de Caledor, mais sont des officiers supérieurs de la Garde Noire qui ont reçu le privilège de monter un Dragon Noir. Ils combattent en meutes, et éradiquent l’ennemi méthodiquement, régiment par régiment, ce qui leur permet aussi de partager la gloire de leurs victoires. Néanmoins, cela suscite des rivalités féroces entre les cavaliers, car chacun prétend toujours être celui qui a abattu le plus d’ennemis.

La Garde Noire
Jamais autant de Gardes Noirs n’ont été rassemblés sur un même champ de bataille depuis la bataille de la Plaine de Finuval, car depuis ce temps, une portion importante du contingent était assignée à la défense de Naggarond. Cependant, puisque la cité a été détruite et qu’elle est aujourd’hui envahie de Nordiques assoiffés de sang, toute la Garde Noire a pu se rendre sur l’Île Blafarde. Malékith est conscient des trahisons potentielles des soldats de Ghrond, et a positionné plusieurs légions de Gardes Noirs entre les guerriers de Morathi et le reste de ses troupes. Si trahison il y a, le Roi Sorcier peut compter sur la Garde Noire pour la noyer dans le sang.

Les Crânes des Âmes
La Garde Noire

Les Crânes des Âmes
Peu de régiments de Naggaroth survivent assez longtemps pour devenir légendaire, non pas à cause d’un manque d’adresse ou de détermination, mais parce qu’il faut bien que Malékith trouve des boucs émissaires à blâmer pour ses défaites. Trop souvent, les légions sont débandées suite à une campagne, et leurs guerriers répartis au sein d’autres formations, voire exécutés en guise d’exemple, tandis que leurs bannières sont brûlées. Néanmoins, les Crânes des Âmes ont pour l’instant réussi à échapper à la colère de Malékith, et ce d’une façon simple : si le regard furieux du Roi Sorcier se pose sur les Crânes des Âmes, leur commandant est traîné à ses pieds par ses officiers subalternes, et écope du châtiment. Bien évidemment, cela assure une rotation constante d’officiers au sein de la formation, mais permet aussi au régiment de perdurer. Malgré tout, le régiment ne manque jamais de prétendants à son commandement, car les Elfes Noirs méprisent le danger s’ils perçoivent l’opportunité de s’enrichir et de se couvrir de gloire.


L’Ost de Naggarond

Malékith, le Roi Sorcier

Kouran Main Noire,
Capitaine de la Garde Noire

Stromark
Assassin Khainite

Bannoth Chillgrasp
Assassin Khainite

Klorvach Shiverspine
Maître des Arches Noires

Les Draichs Funestes
Une cabale d’Exécuteurs

Les Sœurs du Silence
Un culte de Furies

Les Seigneurs de l’Oubli
Vingt-quatre Chevaucheurs de Dragons

Les Crânes des Fantômes
Deux légions de Sombretraits

Les Crânes de Fer
Deux légions de Tristelames,
une légion d’Affrelances

Les Crânes de Pierre
Deux légions de Sombretraits,
une légion d’Affrelances

Les Crânes des Âmes
Deux légions de Sombretraits,
une de Tristelames et trois d’Affrelances

La Garde Noire
Garnison des six tours de la Garde Noire

Le Manteau d’Ombre
Trois escadrons de Cavaliers Noirs

Les Chevaliers du Cœur Percé
Trois brigades de Chevaliers sur Sang-
Froid
, un escadron de Chars à Sang-Froid

L’Acier des Embruns
Deux équipages de Corsaire des Arches
Noires

Les Serres de Klorvach
Un équipage de Corsaire des Arches
Noires

Le Regard de Khaine
Six batteries de Balistes Faucheuses

L’Éclat de la Ruine Rouge
Un autel de Méduse Incarnate



Aucun lieu d’Ulthuan n’était plus funeste que l’Île Blafarde. C’était un endroit légendaire où s’étaient déroulés les massacres les plus terribles et les actes les plus glorieux. C’était là que se trouvait le Temple Khaine, érigé avant la venue du Chaos, là que les plus horribles batailles avaient eu lieu. Des ossements formaient un tapis sur les pentes des collines et sur les plaines. Il était si épais qu’on ne voyait plus le sol ou les rochers, et que par endroits, les arbres semblaient jaillir directement de l’ossuaire. Ces dépouilles étaient celles de guerriers qui avaient combattu au nom de Malékith ou pour le trône du Phénix. Certaines se trouvaient là depuis des siècles, d’autres depuis quelques semaines à peine, car la guerre pour le contrôle de l’Île Blafarde était éternelle.

Il n’y avait que dans cet endroit du monde que les morts ne s’étaient pas relevés. Le regard de Khaine était rivé sur cette île, et il gardait jalousement les corps de ceux qui étaient tombés en son nom. Nonobstant, l’Île Blafarde n’était pas dénuée de dangers pour l’ost de Malékith. Les Revenants de Khaine étaient d’amers guerriers de Nagarythe qui s’étaient dédiés au Destructeur depuis bien longtemps. Ils défendaient l’Île Blafarde face aux Elfes Noirs depuis des générations, et étaient prêts à donner leur vie pour leur devoir. De plus, ils ne combattaient pas seuls. Alors que la venue de Malékith paraissait évidente, de rapides navires de Cothique avaient amené des Elfes vers le nord afin qu’ils se joignent aux défenseurs. Désormais, une bonne partie des forces d’Yvresse formait une double ligne de bataille sur les collines. Leurs bannières étaient immobiles au milieu des brumes.

Au milieu de la pente se tenaient les soldats de Tor Yvresse. Les pointes de leurs lances et de leurs flèches scintillaient dans la lumière maussade. Bien peu étaient enthousiastes à l’idée d’affronter les forces du Roi Sorcier sans être commandés par leur seigneur Eltharion, mais ce dernier n’était plus que poussière désormais. La direction de l’armée revenait à Anaran et à Anarelle, les enfants du plus jeune frère d’Eltharion, Argalen. Ils étaient les seuls à être au courant de la mort d’Eltharion dans des terres lointaines, car son esprit leur était apparu, et leur avait remis les reliques de sa famille en leur demandant de protéger Yvresse. Dorénavant, Anaran portait Croc d’Acier, et Anarelle possédait le Talisman de Hœth.

Le flanc est des lignes d’Yvresse était sous la supervision des Arpenteurs des Brumes et des Chevaliers montés sur Griffon de Tor Gaval. Les énormes animaux feulaient tandis que l’ost des Elfes Noirs s’alignait. Ils avaient hâte de partir en chasse, néanmoins leurs cavaliers savaient qu’il eût été dangereux d’attaquer prématurément, et forçaient leurs montures à patienter.

À l’ouest, les guerriers taciturnes de Nagarythe aiguisaient leurs lames. Ils toisaient les rangs des Elfes Noirs, à l’affût de parents déchus qui deviendraient leurs cibles prioritaires. Certains récitaient les noms des maisonnées de Nagarythe ayant sombré dans l’ombre. Ces murmures menaçants ressemblaient presque à des intonations de sortilèges, et peut-être étaient-ils bel et bien imprégnés de Magie. Cependant, nul en dehors des Hauts Elfes de Nagarythe ne connaissait le véritable pouvoir d’un tel rituel. Les voix ne se taisaient qu’au passage d’une grande silhouette drapée de gris. Cet Elfe ne donnait pas d’ordres, de fait, il était silencieux. Toutefois, là où il passait, la détermination de tous les Asur se raffermissait.


Le Temple de Khaine s’élevait derrière la ligne de bataille des Hauts Elfes. Ce n’était pas un édifice bâti par des mortels, mais par le Destructeur lui-même. Il pouvait changer d’apparence selon l’humeur du Dieu de la Guerre. Parfois, il ressemblait à une immense ziggourat. À d’autres moments, c’était une caldeira remplie de sang, ou une ruine hantée par des ombres. La seule constante était son autel, et l’épée qui y reposait. Ce jour-là, le Temple de Khaine était une montagne de crânes qui se dressait sur la plaine jonchée d’ossements. Certains de ces crânes étaient sculptés à partir de la roche noire de l’Île, d’autres provenaient de guerriers morts depuis des éons. Des monolithes esseulés montaient ça et là vers le ciel. Leurs flancs crépitaient d’énergie magique. Même s’il n’y avait pas de mur à défendre, c’était là que les Revenants de Khaine allaient se battre.

Jusqu’à présent, cette campagne avait été caractérisée par la rapidité de ses affrontements, et l’assaut contre le Temple de Khaine ne fit pas exception. Les forces de Malékith formèrent une ligne de bataille prestement, par nécessité. L’arrière-garde des Elfes Noirs rapportait déjà que des escarmouches avaient lieu contre les éclaireurs de Tyrion. Malékith savait que les défenseurs du Temple seraient rapidement submergés. Kouran était déçu que Tyrion n’eût pas bifurqué avec son armée pour aller d’abord se venger d’Imrik, même si cela n’avait plus d’importance désormais. Quels que fussent les artifices imaginés par Teclis pour tromper le Roi Sorcier, Kouran ne doutait pas que son maître allait écraser l’ennemi. L’honneur de faire couler le premier sang était revenu à Kouran, qui devait mener l’assaut.

Obéissant à un geste du Roi Sorcier, les bannières de Naggarond se mirent en branle. Les bottes de Kouran éclaboussèrent les alentours quand il traversa le ruisseau qui coulait au pied de la colline où étaient rassemblés les défenseurs, et quelques instants plus tard, les premiers sorts et contre-sorts commencèrent à fuser entre les Archimages et les Sorcières, ainsi que les premières volées de flèches, qui s’abattirent sur les Elfes Noirs. Les blessés et les mourants tombèrent sans pousser de cris, car la Garde Noire ne connaissait pas la douleur, du moins, tant que son Capitaine marchait à sa tête. Lors de la seconde volée, une flèche atteignit Kouran à l’épaule, toutefois il ne vacilla même pas, et se contenta de briser la hampe avant de la jeter dédaigneusement au sol.

Il y eut un roulement de tonnerre et un éclair zébra le ciel. De la bruine ayant la couleur du sang commença à tomber. Kouran entendit les cors de guerre des Affrelances et des Tristelames qui emboîtaient le pas à la Garde Noire. Il accéléra. Aucun roturier n’atteindrait l’ennemi avant lui. Des dizaines de Guerriers Fantômes s’étaient positionnées dans les affleurements rocheux à l’ouest, et ils lâchèrent eux aussi des traits sur la Garde Noire. Les Elfes Noirs mouraient en nombre, et leur sang se mêlait à la pluie écarlate. Kouran donna un ordre, et une trentaine d’Ombres, qui jusqu’à présent étaient restées invisibles, se détachèrent de la Garde Noire et se dirigèrent vers les rochers. La volée suivante prit pour cible les Assassins lancés en pleine course, mais ils esquivèrent les traits sans ralentir. Une seule Ombre tomba, et les autres atteignirent les Guerriers Fantômes avant qu’ils puissent tirer de nouveau.

Rien ne se mettra en travers du chemin de la vengeance des Guerriers Fantômes.
L’escarmouche qui s’ensuivit fut aussi brève que meurtrière. Les lames tranchaient les gorges dans des geysers de sang. Les longues dagues paraient les épées avant de s’enfoncer jusqu’à la garde dans les armures d’écailles, puis les Assassins bondissaient vers leur victime suivante, sans cesser leur danse de mort au milieu des rochers. C’était un combat que les Guerriers Fantômes ne pouvaient remporter, pourtant ils refusaient d’abandonner. Ils se jetaient au combat et faisaient preuve d’une vaine bravoure. Ce n’est que lorsque la silhouette vêtue de gris descendit la pente rocheuse que l’affrontement bascula. Son épée runique luisait d’un feu bleuté, et même s’il était moins rapide que les Assassins, il était plus habile. Kouran le vit saisir à la gorge un Druchii en train de bondir sur lui, et lui fracasser le crâne contre un rocher. Ce faisant, sa capuche tomba en arrière et révéla un diadème d’argent dans lequel était enchâssée une gemme noire. Ce visage évoquait celui des Elfes de jadis, toutefois Kouran n’eut pas l’occasion de s’attarder sur cette vision, car la Garde Noire avait atteint l’ennemi. Il était temps qu’il fasse usage de sa hallebarde.
La Garde Noire percuta le centre des lignes d’Yvresse.
La Garde Noire percuta le centre des lignes d’Yvresse. L’arme de Kouran passa sous un bouclier et trancha la jambe d’un lancier, puis il se servit de sa pointe pour transpercer le crâne du soldat situé à gauche. Un troisième lancier attaqua, croyant avoir décelé une faille dans la garde du Capitaine, mais Kouran se contenta d’inverser sa prise sur la hampe de la hallebarde et frappa violemment son assaillant en plein visage. Les cris de l’Elfe furent étouffés par le bruit des os broyés. Kouran bondit par-dessus le cadavre, au cœur de la phalange adverse.

Les lanciers étaient en rangs serrés et ne pouvaient pas se tourner pour faire face au Capitaine, qui lui non plus n’était pas en mesure de manier convenablement son arme d’hast. Il n’en avait cure. Il avait survécu aux combats de rue de Naggarond, et aux rituels de sélection violents de la Garde Noire. Il dévia la lance d’un Haut Elfe avec son gantelet, et attira son assaillant vers lui avec son autre main. Avant que le lancier puisse se débattre, Kouran lui saisit la tête à deux mains et l’abattit sur la pointe de sa genouillère. Le sang gicla et Kouran laissa le corps s’effondrer. Enfin, les soldats de la Garde Noire émirent un son. Ce n’était pas un hurlement de douleur ou d’effroi, mais un cri de guerre repris en chœur par mille voix, et qui roula sur la pente de la colline comme un tremblement de terre. Même le Prince Anaran, qui se tenait au milieu des rangs de la Garde Argentée, sentit son courage vaciller. Néanmoins, le poids de Croc d’Acier lui rappelait son devoir, et il se ressaisit.

Ce n’était pas le cas partout. Les rangs des Hauts Elfes autour de Kouran se dispersèrent lorsque le régiment débanda. Les survivants gravirent la pente de la colline en direction de la bannière au faucon de Tor Yvresse. Le Capitaine de la Garde Noire renifla de mépris, puis récupéra sa hallebarde tombée au sol. Des guerriers de Naggarond avides de faire couler toujours plus de sang dépassaient la Garde Noire. Kouran jeta un regard méprisant à ces roturiers qui avaient brisé la ligne dans leur hâte de se rapprocher de l’ennemi. Il décida de les laisser se débrouiller seul face à la ligne suivante de défenseurs. La Garde Noire ne commettrait pas l’erreur de sombrer dans l’indiscipline.

Plus haut sur la pente, les Archers de la Précision de Seldi contemplaient le carnage et les lanciers qui remontaient vers eux. Ils avaient vu la Garde Noire triompher face à un adversaire bien plus nombreux. Le vent charriait l’odeur du sang, si bien que les archers perdirent leur sang-froid. Ils tournèrent les talons dès que les premiers Tristelames atteignirent leurs positions, cependant il était déjà trop tard. Des lames cruelles s’abattirent sur les dos des fuyards. Les plus chanceux moururent sur le coup, mais la plupart furent blessés et tombèrent au sol, et finirent piétinés impitoyablement par leurs agresseurs.

Anaran remarqua la fuite des archers, et la brèche qui s’ouvrait dans sa ligne de bataille. Il mena la Garde Argentée dans une contre-attaque. Les lanciers de Tor Yvresse ne coururent pas, mais avancèrent d’un pas décidé et aussi implacable que celui de la mort. Les Druchii s’étaient dispersés suite à leur charge inconsciente vers le haut de la colline, et ils n’étaient pas en formation pour recevoir l’assaut des lanciers. Ils tentèrent de leur échapper, cependant d’autres régiments avaient suivi l’exemple du Prince Anaran. Les Elfes Noirs se retrouvèrent pris entre les Elfes de la seconde ligne de bataille et les survivants de la première, qui, avaient là une opportunité de se venger de leur précédente défaite.

Des piaulements résonnèrent dans les airs lorsque les Chevaliers de Tor Gaval cessèrent de refréner leurs Griffons. Les lances de cavalerie et les serres dévastèrent les rangs des Elfes Noirs. Parfois, une lance ripostait en direction des cavaliers ailés, mais les Griffons plongeaient et reprenaient de l’altitude sans effort, ou refermaient leurs becs sur les hampes, et entraînaient leurs porteurs dans les airs avant de les laisser tomber vers leur mort. Les formations des Elfes Noirs se retrouvèrent isolées, et furent des proies faciles. Anaran saisit l’occasion et mena la Garde Argentée vers la plus grosse de ces bandes éparses.

Le jeune Prince se couvrit de gloire ce jour-là, et prouva qu’il était le digne héritier de Croc d’Acier. Les soldats qui combattaient à ses côtés depuis près d’une décennie étaient abasourdis par la férocité de leur Prince, tandis que son épée runique fracassait les crânes et les boucliers. Soudain, un Assassin bondit de derrière le mur de boucliers adverse. Un poison verdâtre coulait le long de sa lame. Anaran para instinctivement, et avec une agilité époustouflante. Le fort de Croc d’Acier brisa la dague de l’Assassin dans un tintement sonore, et ce dernier périt une seconde plus tard, quand la lame runique lui ouvrit l’abdomen de haut en bas.


Teclis se tenait en retrait des lignes des Druchii, et observait les combats en silence. Même s’il était diminué, il savait que sa Magie pouvait décider de l’issue de la bataille. Néanmoins, il savait aussi que ses talents devaient être préservés pour plus tard, pour le meilleur ou pour le pire. Teclis percevait la présence de son frère. Il approchait rapidement. Est-ce que Malékith avait conscience du peu de temps qu’il lui restait ?

Plus haut sur la colline, Anarelle manipulait les énergies magiques de l’Île Blafarde avec talent en dépit de son inexpérience. Un feu blanc jaillissait de ses doigts et réduisait les Elfes Noirs en cendres. Une bande de Tristelames folle de désespoir avait chargé la position d’Anarelle, toutefois elle ne se laissa pas intimider. Les voix des précédents possesseurs du Talisman de Hœth l’aidaient à invoquer ses sortilèges. Elle répétait les paroles qu’ils lui murmuraient, puis elle frappa dans ses mains, et le sol s’ouvrit devant elle. Des fragments de pierre furent projetés sur les Tristelames, et les précipitèrent en bas de la pente.

Au pied de la colline, Malékith vit que sa première vague d’assaut s’enlisait, et envoya la seconde. Des cors de guerre sonnèrent et toujours plus de Druchii avancèrent. Cette seconde attaque comptait des centaines de Sombretraits, avec des régiments opérant en binômes. Pendant qu’une formation progressait, l’autre assurait des tirs de couverture afin de repousser les Guerriers Fantômes et les arpenteurs des brumes dans les rochers.

Les Chevaliers Griffons se laissèrent tenter par cette proie plus dangereuse que la précédente et plongèrent des cieux. Ils furent accueillis par des grêles des carreaux d’arbalète, mais la douzaine de Griffons ne dévia pas de sa trajectoire. Un des monstres atterrit près de Kouran. Il avait été gravement blessé par les tirs, et ses réactions étaient ralenties. La Capitaine trancha la tête du Griffon d’un coup de hache, et laissa son cavalier à la merci de ses Gardes Noirs. Malgré tout, les autres Chevaliers de Tor Gaval attaquaient avec force, et les premières lignes de Sombretraits s’éparpillèrent face à eux. Hélas pour les fils de Tor Gaval, Malékith avait anticipé leur attaque. Alors que les arbalètes à répétition glissaient des mains sans vie des Sombretraits, des rugissement aussi anciens que les montagnes tonnèrent, et onze Dragons Noirs plongèrent des cieux, Seraphon à leur tête.

Les Chevaliers de Tor Gaval tentèrent de fuir face à l’assaut inattendu de Malékith, cependant il était déjà trop tard. Les Dragons crachèrent une fumée noire et huileuse sur les Griffons lorsqu’ils les survolèrent, et plusieurs nobles d’Yvresse périrent étouffés par ces vapeurs toxiques. Malgré cela, les survivants firent face à ce nouvel ennemi. Il y avait deux ou trois Griffons pour chaque Dragon commandé par Malékith, et les montures d’Yvresse étaient beaucoup plus rapides que les anciens reptiles. Les Chevaliers de Tor Gaval jurèrent de repousser ce mal ancien en dépit du risque.

Alors que les nobles d’Yvresse combattaient, une des Sorcières de Malékith cessa d’attaquer les troupes sur les pentes de la colline, et tourna son attention vers les cieux. Des paroles impies furent prononcées afin de plier la Magie de l’Île Blafarde à sa volonté. Les énergies noires scintillèrent et se solidifièrent autour des ailes des Griffons. La Sorcière referma ces filets de ténèbres sur ses proies, et les monstres furent précipités vers le sol en se débattant. Seraphon rugit triomphalement et les Dragons fondirent sur leurs proies.

Anarelle sentit la Magie de l’île se modifier, mais elle ne sut pas ce que cela signifiait jusqu’à ce que les voix du talisman lui expliquent comment tisser un contre-sort. Anarelle se concentra sur la Sorcière et répéta les mots qu’on lui disait. Elle percevait son incantation qui coupait les fils de Magie de l’Elfe Noire, et la panique qui s’emparait de celle-ci alors que le contrôle de son sort lui échappait. Alors qu’Anarelle terminait son incantation, elle vit le filet de ténèbres se détacher des mains de sa créatrice et se retourner contre elle. Un cri terrifiant résonna sur les pentes alors que le filet d’épines se refermait sur le corps de la Sorcière et le déchiquetait. Privé de sa jeteuse de sorts, le filet commença à se dissiper, et Anarelle ressentit une pointe de satisfaction impitoyable.

Dans les cieux, les Chevaliers de Tor Gaval perçurent l’étreinte du filet se desserrer et poussèrent leurs Griffons à se libérer avant l’arrivée des Dragons. Tous les animaux ne furent pas assez rapides, et ceux qui ne purent esquiver les vapeurs noires finirent mis en pièces par les serres et les crocs des reptiles. Malgré tout, bon nombre de Griffons échappèrent à la morsure cruelle du filet de ténèbres, et retournèrent au combat. Même s’ils avaient subi des pertes, les Chevaliers de Tor Gaval auraient sans doute remporté la suprématie aérienne si Malékith n’avait pas été là.

Le Roi Sorcier n’avait aucune intention de perdre davantage de temps, et combattait avec une férocité terrifiante. Il ne se souciait pas de préserver sa vie, et comptait uniquement sur son armure enchantée pour le protéger. Il tenait la Destructrice dans la main droite. L’arme tailladait aussi aisément le corps des Griffons que les armures en Ithilmar. De la main gauche, il manipulait les Vents de Magie. Chacun de ses gestes mettait en feu le plumage d’un des nobles animaux, ou ravageait le corps d’un Elfe avec d’anciennes malédictions. Nul ne pouvait se mesurer au Roi Sorcier, qui se délectait de son invincibilité.

Loin en dessous, Anarelle sentit l’air s’animer sous l’effet de la sorcellerie du Roi Sorcier, et demanda au talisman comment elle pouvait le contrer. Au début, les esprits défunts refusèrent, car ils savaient que le Roi Sorcier était un ennemi hors de portée d’Anarelle, cependant elle insista. L’attention des Archimages des Hauts Elfes était accaparée ailleurs, si bien que nul autre n’était en mesure de s’opposer à Malékith. Les voix murmurèrent alors dans son esprit le savoir dont elle avait besoin. Les mots anciens sortaient d’eux-mêmes de sa bouche lorsqu’elle parla. Quelques instants plus tard, les cris furieux de Malékith se firent entendre, car ses sortilèges se dissipaient comme de la fumée dans une rafale de vent. Le Roi Sorcier se désintéressa momentanément des Chevaliers de Tor Gaval, et rechercha l’imbécile qui avait eu l’audace de s’opposer à lui.


La bataille sur la pente de la colline n’était plus une affaire de tactiques, car elle avait dégénéré en un bain de sang. Les régiments des deux camps avaient été séparés de leurs camarades par la mêlée, et poursuivaient le combat jusqu’à ce que leurs nerfs lâchent ou que leurs forces s’épuisent. Les Assassins et les Guerriers Fantômes profitaient de l’anarchie, car ils étaient plus à l’aise dans ce genre de mêlée confuse. Bien des guerriers qui se pensaient en sécurité finirent avec une dague plantée entre les omoplates, ou avec une flèche plantée dans l’œil.

Un semblant de discipline régnait encore autour de Kouran de Naggarond et Anaran d’Yvresse, si bien que l’affrontement entre ces deux héros était inévitable. La Garde Noire avait trouvé en la Garde Argentée un adversaire digne de ce nom, car ces Hauts Elfes étaient des vétérans qu’Eltharion avait emmené jadis jusque sous les murs de Naggarond. Ces soldats ne ployaient pas face aux guerriers d’élite de Malékith, et les affrontaient fièrement. Lorsque leurs lances étaient brisées, ils dégainaient de courtes épées, voire s’emparaient de pierres pour se battre, car ils détestaient la Garde Noire et ce qu’elle incarnait du plus profond de leur être. Pour sa part, la Garde Noire combattait avec sa détermination habituelle, s’il en avait été autrement, cela aurait signifié qu’elle respectait, ou pire, qu’elle craignait son ennemi, et de tels sentiments n’avaient pas leur place dans le cœur de l’élite de Malékith. Les cris de guerre gutturaux de la Garde Noire se mêlaient aux défis lancés par les guerriers d’Anaran.

Ce dernier était exténué, néanmoins il combattait sans faillir. Il avait perdu le décompte du nombre de Druchii qui avaient péri sous sa lame, et celui de ses propres guerriers ayant mordu la poussière. Il n’y avait plus qu’une mêlée sans fin à remporter. Le Prince ne pensait plus à rien. Quand un adversaire se présentait, il le tuait. Finalement, un guerrier tête nue et au visage barré de cicatrices se planta face à lui. Anaran ne se douta pas qu’il affrontait Kouran Main Noire, mais cela n’eût rien changé. Croc d’Acier voulait faire couler toujours plus de sang, et le Prince s’avança sans hésiter en poussant un cri de colère et de défi à l’encontre de son adversaire.

Kouran remarqua que la mêlée se faisait moins dense. Il se retrouva seul au milieu d’un cercle de lances d’Yvresse pointées vers lui. Le seul Garde Noir qu’il pouvait voir gisait mort sur le tapis d’ossements.

Il fit volte-face et s’aperçut qu’il n’y avait pas de lances pointées dans son dos, mais décela les heaumes impassibles et les arcs des Guerriers Fantômes. Devant eux se trouvait la grande silhouette grise qu’il avait déjà distinguée au milieu des rochers. L’étranger avait retiré sa capuche, par conséquent Kouran le reconnut, ou tout au moins, il reconnut le guerrier que cet usurpateur prétendait être.

« Mhh… » maugréa Kouran en crachant sur le cadavre d’Anaran. « Es-tu vraiment le Roi des Ombres, ou simplement un autre Æsanar qui prétend reprendre le flambeau de sa légende ? »

« Que dirais-tu si nous le découvrions ensemble ? » répondit l’étranger en s’avançant.

La seule réponse de Kouran fut un coup de hallebarde vif comme l’éclair. L’attaque aurait dû trancher la main de son adversaire, mais ce dernier était rapide et esquiva. Kouran frappa trois fois de plus dans des gestes fluides, en vain.

Le cinquième coup eut encore moins de succès que les précédents. L’étranger ne se contenta pas d’esquiver, car il pénétra dans la garde de Kouran. Le Capitaine sentit une douleur fulgurante à la poitrine lorsque l’épée runique transperça sa cage thoracique.

Kouran tomba à genoux tandis que son adversaire retirait lentement sa lame. L’Elfe Noir ne remarqua pas sa hallebarde glisser de ses doigts engourdis, pas plus qu’il ne sentait le sang s’écouler de sa profonde blessure. En revanche, il entendit clairement les dernières paroles que lui adressa le Roi des Ombres.

« C’est le néant qui t’attend. Et ton maître ne va pas tarder à t’y rejoindre. »


Pendant des générations, Kouran s’était targué du fait qu’il n’avait jamais reculé devant un ennemi, mais cette fois, la férocité de l’assaut d’Anaran l’obligea à faire un pas en arrière. Il se baissa pour esquiver le coup d’épée du Prince, et frappa avec sa hallebarde, ce qui força son opposant à reculer à son tour. Deux membres de la Garde Argentée tentèrent de s’interposer, cependant la lame de Kouran les éventra en quelques secondes. Leurs entrailles fumantes se déversèrent au sol. Anaran contre-attaqua. Croc d’Acier chantait dans sa main, et Kouran fut forcé de reculer derechef. Une longue estafilade rouge lui barrait le front.

Poussant un grognement, le Capitaine abattit sa hallebarde. Anaran para mais ploya sous la force du coup. Kouran l’avait prévu, et avant même que la force du choc se fût dissipée, il donna un coup de pied violent à Anaran, au niveau du genou. Il y eut un craquement écœurant et la jambe de l’Elfe se brisa. Anaran tomba au sol en poussant un hurlement de douleur qui dessina un sourire sur le visage cruel de Kouran. Deux Hauts Elfes saisirent leur Prince par les épaules pour le traîner en sûreté, mais il était trop tard. La hallebarde de Kouran s’abattit une fois de plus, et les cris d’Anaran cessèrent lorsque la lame lui fendit le crâne.

« Rien n'est oublié. Rien n'est pardonné. »
Anarelle ressentit la mort de son frère jumeau au moment où Seraphon plongeait à travers le rideau de pluie. La douleur qu’elle éprouva la déconcentra au pire moment. Les sorts de protection qu’elle tenta de tisser se dissipèrent, et les avertissements criés par les voix du talisman ne firent que l’effrayer davantage. Alors que l’ombre du Dragon Noir la surplombait, Anarelle n’osa même pas crier. Les serres du monstre se refermèrent sur elle et la mirent en pièces, avant de jeter rageusement les lambeaux de chair ensanglantés sur la pente de la colline.

Teclis assista à la mort d’Anarelle sans s’émouvoir. Il y avait tant de cadavres qui s’étendaient à ses pieds qu’il n’était plus capable de pleurer la mort de quiconque. Le combat avait bel et bien tourné en faveur des Elfes Noirs, comme il l’avait prédit. Des groupes de guerriers d’Yvresse et de Nagarythe continuaient le combat, mais ils ne tarderaient pas à être massacrés. Seuls les Revenants de Khaine, les défenseurs sacrés du temple, se tenaient désormais entre Malékith et la Faiseuse de Veuves. Eux aussi seraient bientôt morts, Teclis n’en doutait pas, cependant combien de temps restait-il au Roi Sorcier ? Appelant à lui son destrier d’ombre, Teclis se drapa dans sa cape et chevaucha à travers le champ de bataille dévasté. Ce faisant, il perçut le son de cors d’argent au sud, et sut que l’armée de Malékith n’avait pas réussi à vaincre assez vite les défenseurs du temple.

Malékith perçut le son des cors alors que Seraphon reprenait son envol en direction des Chevaliers de Tor Gaval. Depuis son point de vue haut dans le ciel, le Roi Sorcier voyait ce que Teclis ne pouvait que deviner : les bannières de Lothern et de Chrace flottaient fièrement au sommet des collines, au sud du champ de bataille. Il distingua l’armure dorée du Dragon de Cothique au sein de l’ost, et comprit qu’il devait agir au plus vite. Il ordonna à Seraphon de l’emmener au sommet de la montagne de crânes, vers la relique qu’il convoitait. Il ne pouvait plus attendre que son armée extermine les Revenants de Khaine.


Caché sur les pentes rocheuses des collines à l’ouest, Alith Anar vit l’ombre de Seraphon passer sur lui. Il décida de saisir cette occasion que lui offrait Drakira, la Déesse de la Vengeance, et encocha une flèche. L’Arc de Lune se nimba d’une lumière blanche juste avant qu’Alith Anar tire sa flèche. Le trait fila droit vers l’immense silhouette noire qui se découpait dans les cieux nuageux. Le Roi des Ombres vit Seraphon tomber comme une pierre et, quelques instants plus tard, le sol trembla lorsque le monstre s’écrasa sur la colline recouverte d’ossements. Alith Anar appela à lui les Guerriers Fantômes des alentours et bondit le long de la pente. Même s’il tenait là une occasion inespérée, il savait que le Roi Sorcier de Naggarond ne serait pas un adversaire facile à vaincre…



Ashtari, le Phénix de Caradryan, était posé au sol. Il trépigna un peu tandis que son maître découvrait le champ de bataille qui s’étendait devant eux. Les pentes du Temple de Khaine grouillaient de silhouettes sombres. À cette distance, elles ressemblaient à des fourmis. Quelques bannières blanches flottaient sur la crête de la colline, mais elles étaient noyées au milieu d’une mer d’étendards noirs.

« « Nous arrivons trop tard, » déclara Korhil. Il avait prononcé ces paroles sur un ton purement factuel, sans laisser transparaître le regret de la défaite. Derrière lui, Riselle pouffa de mépris. Elle chevauchait sur la croupe de Malhandir, derrière Tyrion, comme elle l’avait fait depuis leur départ des Marches du Patrouilleur. Elle se laissa glisser le long du flanc de l’animal et mit pied à terre.

« C’est impossible, » dit-elle d’un ton glacial. « Nous n’en avons pas le droit. »

En cet instant, elle paraissait très différente de la femme soumise, presque servile, que Caradryan avait pu observer auparavant. Elle se tenait fièrement, et son regard était froid.

« Est-ce qu’Ulthuan abdique toujours aussi facilement ? »

Caradryan sentit que Korhil était offusqué, cependant Tyrion mit pied à terre avant qu’il puisse lui répondre.

« Que devons-nous faire ? » s’enquit le Prince.

Riselle se tourna vers Tyrion et prit ses mains dans les siennes. « Malhandir peut t’amener au temple rapidement. Il ne faut pas une armée pour brandir cette épée, seulement un bras fort et une volonté inébranlable. Il est temps pour toi d’accomplir ton destin, mon amour.  »

Korhil était visiblement perturbé. Il devait ressentir la même sensation désagréable que Caradryan, cependant celle-ci se dissipa aussitôt.

« C’est bon, allez-y, » dit Korhil à Tyrion. « Nous allons vous suivre aussi vite que possible. »

Tyrion acquiesça. Il enfourcha Malhandir et partit au galop.

Caradryan monta sur Ashtari, laissant Korhil commander l’armée. Le Phénix n’était pas aussi rapide que Malhandir, mais cela suffirait. Le moment fatidique que Caradryan attendait allait bientôt survenir.

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Morathi resta en retrait tandis que l’ost de Tyrion progressait vers les combats. Personne ne lui posa de question, mais cela n’était guère étonnant, car elle avait pris soin de tisser des enchantements si puissants qu’aucun esprit ne pouvait s’attarder sur elle pendant plus de quelques secondes. Seul Tyrion était immunisé à son sort, mais de toute façon, elle savait qu’elle n’eût pas été en mesure de dominer le Régent : il était trop semblable à son ancêtre.

Alors que la dernière bannière disparaissait derrière la crête de la colline, Morathi voyagea sur les Vents de Magie. Elle prononça un seul mot, si parfait que ses syllabes filèrent au-dessus du champ de bataille pour atteindre les oreilles de ses serviteurs qui combattaient au sein de l’armée de Malékith. Le Roi Sorcier ne le savait pas, mais un tiers de son armée était en réalité aux ordres de Morathi. Ces guerriers obéirent instantanément à l’adjuration de la Sorcière Suprême et retournèrent leurs lames contre leurs camarades.

Certains de ces traîtres étaient des guerriers de Ghrond, ceux qui avaient accompagné Drusala depuis la Tour de la Prophétie, mais ils n’étaient pas les seuls. Morathi savait que les soupçons de son fils se porteraient naturellement sur ceux qui portaient les couleurs de la Sorcière Suprême, c’est pourquoi elle avait pris soin d’étendre son influence. Alors que le futur s’était peu à peu révélé à elle, elle avait jeté son filet sur toutes les terres de Naggaroth. La loyauté des troupes de Malékith avait été achetée grâce à de l’or, ou avec des faveurs qu’elle seule était en mesure d’octroyer. Et lorsque cela n’avait pas suffi, elle avait tissé des enchantements. Les trésors de Ghrond avaient été distribués généreusement à Naggarond, et beaucoup d’Elfes Noirs avaient été envoûtés par un verre de vin, ou par les caresses d’une courtisane. Les poisons ne servaient pas uniquement à tuer leurs victimes. Même Morathi ne savait pas exactement combien de guerriers combattaient en son nom, tandis que leurs esprits se débattaient aveuglément dans les mailles de ses artifices. Pris entre les traîtres et l’assaut vengeur de Korhil, l’ost de Druchii encore fidèles au Roi Sorcier ne tarda pas à se désintégrer totalement.


Alith Anar bondissait entre les rochers. Beaucoup de Hauts Elfes survécurent ce jour-là parce que la lame du Roi des Ombres prit la vie de leurs poursuivants.
Alors que la tuerie recommençait, Malékith poursuivait son ascension de la montagne de crâne. Il avait entendu la voix de sa mère planer dans les airs, cependant il ne perdit pas de temps à se demander ce que cela signifiait. Seule la Faiseuse de Veuves importait. La flèche d’Alith Anar avait déchiré la membrane de l’aile gauche de Seraphon, et sa chute brutale avait été plus douloureuse encore. L’animal souffrait de fractures ouvertes, néanmoins il vivait toujours.

Tandis que Seraphon retrouvait ses esprits suite à l’impact, les Revenants de Khaine lancèrent l’assaut. Leurs lances visèrent les plaies béantes sur le corps du Dragon, cependant le feu noir de Malékith ne tarda pas à réduire en cendre les attaquants. Des flèches fusaient depuis la plateforme de l’autel, au sommet de la montagne de crânes, toutefois Seraphon utilisa son aile valide comme bouclier. D’autres lanciers approchèrent en poussant des cris vengeurs. Le Dragon se défendit, et les Elfes hurlèrent tandis qu’ils étaient projetés en tous sens, tels des pantins disloqués. Malékith tendit la main et les archers situés près de l’autel tombèrent raide morts, le corps lacéré par des griffes invisibles.

Pendant que Malékith affrontait les Revenants de Khaine, cinq autres individus approchaient du sommet. Le destrier d’ombre de Teclis filait au-dessus du champ de bataille comme un fantôme, sans être remarqué par les guerriers qui y combattaient encore. Plus bas sur la pente, Alith Anar bondissait entre les rochers. Il progressait à vive allure, car la vengeance l’appelait. Beaucoup de Hauts Elfes survécurent ce jour-là parce que la lame du Roi des Ombres prit la vie de leurs poursuivants, mais bien peu réalisèrent qui les avait sauvés. Tyrion était encore plus rapide que Teclis et Alith Anar, même s’il ne les voyait pas. Les Elfes des deux camps se poussaient de son chemin, car même les plus belliqueux des Elfes Noirs étaient terrifiés par l’ombre de mort qui cheminait avec le Régent, et nul n’osa le défier. À quelque distance derrière Tyrion, les grandes ailes d’Ashtari portaient Caradryan vers le temple.

Néanmoins, ce fut le cinquième de ces individus qui atteignit le temple en premier. Il venait de l’est, et s’était faufilé entre les monolithes qui couronnaient la colline. Presque tous les défenseurs s’étaient rués à l’attaque de Malékith, et l’intrus esquiva ou tua facilement ceux qu’il restait. En réalité, Lamenoire ne savait pas très bien pourquoi il se trouvait là, ni ce qu’il avait fait ces dernières semaines. Il avait entendu une voix murmurer dans son esprit, et lui avait obéi. Il s’était débarrassé de son costume de Garde Noir, et avait suivi la trace de Malékith, poussé par une volonté qu’il ne pouvait combattre ou nommer. Il rengaina sa longue dague, trouva une prise dans le monolithe le plus proche et l’escalada.

Entre-temps, l’affrontement entre Malékith et les Revenants de Khaine était sur le point de s’achever. Les Hauts Elfes n’avaient pas fui, même s’ils se savaient condamnés. Leur sang coulait sur les ossements qui jonchaient le sol, et maculait les énormes crocs de Seraphon. Seul leur chef Caradon vivait encore. Il se tenait droit et impavide face au Roi Sorcier. Il eut le temps de cracher une ultime malédiction avant que l’épée de Malékith le décapite. Le Roi Sorcier ordonna ensuite à Seraphon de l’amener jusqu’à l’autel.

Lamenoire bondit du monolithe juste au moment où le Dragon passait au-dessus de lui. Il avait de nouveau sa dague à la main, et sa cape battait au vent. La pluie rouge tombait dans ses yeux mais il ne se déconcentra pas. Le maître Assassin savait qu’il n’aurait qu’une seule et unique chance de réussir. L’armure du Roi Sorcier n’avait que très peu de points faibles, cependant il les avait repérés depuis bien longtemps. Même si le sang battait encore dans ses tempes suite au combat contre les Guerriers Fantômes, Malékith ne se laissa pas surprendre. Il perçut le souffle d’air déclenché par le saut de l’Assassin, et pivota sur sa selle au dernier instant. Si Lamenoire avait été au faîte de son talent, il aurait peut-être pu viser juste. Toutefois, la voix dans sa tête engourdissait ses sens, si bien que la lame destinée à s’enfoncer dans la nuque du Roi Sorcier ne fit que lui briser l’épaule.

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Le Roi Sorcier hurla et riposta instinctivement. Des vrilles de Magie Noire s’emparèrent de Lamenoire alors qu’il tentait de s’agripper au dos de Seraphon. Elles enserrèrent ses membres puis le précipitèrent au loin. L’Assassin atterrit au sol dans un bruit d’os brisés. Il se relevait à peine quand un trait de ténèbres de Malékith le frappa de plein fouet. Il fut projeté contre un monolithe, et sa tête heurta violemment la pierre noire. En cet instant, les enchantements qui contrôlaient les actions de Lamenoire depuis des semaines s’évanouirent. Il était venu à Ulthuan en tant qu’espion pour Hellebron, mais Morathi l’avait piégé à la Porte de l’Aigle, puis l’avait forcé à lui obéir. Néanmoins, cela ne servait à rien de se justifier auprès de Malékith. Lamenoire savait que le Roi Sorcier le tuerait de toute façon. Sa dague était toujours logée dans l’épaule de sa victime, et il avait perdu l’avantage de la surprise. Son seul espoir résidait dans la fuite.

Malékith préparait le sort qui allait mettre un terme à la vie de son assaillant, cependant le bruit de sabots annonça l’arrivée de Tyrion près de l’autel. Malékith se laissa distraire l’ombre d’un instant, et cela suffit à Lamenoire. Il contourna prestement le monolithe, et disparut dans les rochers au moment où des flammes noires inondaient l’endroit où il se trouvait encore un battement de cœur plus tôt. L’Assassin ne jeta pas de regard en arrière. Il avait beaucoup de choses à dire à Hellebron.


Lamenoire ayant fui, Malékith fit face à Tyrion près de l’autel. Ils n’échangèrent aucune parole, ni fielleuse, ni menaçante, car ils savaient tous deux que ce combat était à mort.

Tyrion frappa en premier. Malhandir bondit. Croc du Soleil s’anima et fila vers le cou de Seraphon. Le Dragon se cabra, mais il était déjà affaibli. La pointe de Croc du Soleil traça un sillon scintillant sur le cou reptilien, et un sang noir jaillit aussitôt. Seraphon balaya Tyrion avec son aile valide pour le désarçonner, cependant Malhandir esquiva habilement, et le coup, qui devait atteindre le cavalier et sa monture fit à la place tomber le casque de Tyrion.

Malhandir était en train de retrouver son équilibre lorsque Seraphon étendit son cou sinueux, conformément à son entraînement, afin de donner l’occasion à Malékith de frapper son adversaire. La Destructrice s’abattit mais Croc du Soleil la para, et riposta en transperçant la cuirasse du Roi Sorcier. Le sang gicla du torse de Malékith, néanmoins Seraphon mit son maître hors de danger. Malékith avait conscience qu’il n’était pas de taille à vaincre le Dragon de Cothique dans un duel à l’épée, surtout que le Régent semblait encore plus rapide que lors de leur dernière rencontre. Pire encore, le Roi Sorcier sentait que le poison de la dague de Lamenoire coulait dans ses veines, et la douleur de son épaule démise le ralentissait. Cependant, si Malékith n’était pas capable de vaincre Tyrion par les armes, il lui restait la Magie.

La gueule de Seraphon s’avança une fois de plus, et le Roi Sorcier pointa la Destructrice vers Tyrion, sans intention de le frapper. De nouveau, Tyrion fut trop agile pour se laisser piéger. Pendant que Malhandir contournait l’autel, le Prince brandit Croc du Soleil afin de déclencher son propre feu magique. Des flammes aveuglantes heurtèrent une colonne de feu noir au-dessus du réceptacle de la Faiseuse de Veuves. L’air surchauffé ondulait alors que les deux héritiers d’Ænarion luttaient pour la suprématie. Pendant un instant, il sembla que Croc du Soleil allait l’emporter, cependant elle n’avait pas été forgée pour gagner des duels magiques. Son feu doré s’épuisa rapidement, et les ténèbres engloutirent Tyrion et sa monture.

Malhandir hennit de douleur lorsque les flammes maudites le dévorèrent. Tyrion s’en sortit mieux, car l’Armure Dragon d’Ænarion le protégeait, sauf sa tête, puisqu’il avait perdu son casque. Ses cheveux prirent feu, sa peau noircit, toutefois il n’abdiqua pas. Ignorant une douleur qui aurait dû être insoutenable, il poussa sa monture à travers les flammes et abattit Croc du Soleil. Dans un ultime effort, Malhandir bondit par-dessus l’autel, et l’épée de Tyrion désarçonna brutalement Malékith.

Malhandir s’effondra, le corps fumant, mais Tyrion s’avança sans hésiter. Son visage était dévasté. Seraphon leva une griffe pour tenter de le frapper, cependant ses forces l’avaient abandonné car elle avait presque perdu trop de sang. Les serres retombèrent mollement le long de ses flancs avant qu’elle ne puisse frapper, et elle s’écroula.

Malékith s’était relevé. Son bras gauche était inerte et maculé de son propre sang. Le coup d’épée avait ouvert le ventre du Roi Sorcier, et des chairs brûlées qui n’avaient pas vu la lumière du jour depuis des millénaires ruisselaient de sang, qui dégoulinait ensuite sur les plaques d’armure tordues. Malékith était ralenti par ses blessures, et ne put que tenter misérablement de parer le coup suivant de Croc du Soleil. La Destructrice se brisa à l’impact. Le Roi Sorcier tenta d’invoquer son feu noir, mais ses blessures le faisaient souffrir atrocement et le déconcentraient.

Tyrion abattit l’épée sur le cou de Malékith. Le Roi Sorcier tomba à genoux lorsque son gorgerin se tordit sous l’impact, puis percuta violemment l’autel lorsque Tyrion lui décocha un coup de pied à la mâchoire. Le Régent regarda la flaque de sang qui se formait autour de la forme frémissante de Malékith, et tendit la main vers la Faiseuse de Veuves. L’épée maudite de Khaine avait un aspect différent selon celui qui la regardait. Lorsque Malékith l’avait contemplée des années plus tôt, elle avait eu la forme d’un sceptre, mais pour Tyrion, elle était la jumelle de Croc du Soleil, et elle s’adaptait tout aussi bien à sa poigne de fer. Tel fut le spectacle que vit Teclis lorsque son destrier magique l’amena près de l’autel quelques secondes plus tard.


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« Tyrion, ne fais pas ça ! » cria Teclis. Il paraissait désemparé sous la pluie battante.

Tyrion ne semble pas l’entendre. Ses doigts serraient la Faiseuse de Veuves, et il la brandit.

Les ombres autour de Teclis s’allongèrent, et la pluie devint subitement glaciale. Un grondement de tonnerre roula dans le ciel, et un rire machiavélique éclata dans son sillage. Le sol se mit à trembler, et les crânes parurent frétiller joyeusement, puis un silence de mort s’installa. Le destrier d’ombre disparut, sa Magie dissipée par la proximité de la Faiseuse de Veuves.

Teclis sentit que les Vents de Magie refluaient.

« Je devrais être surpris de te trouver ici, » dit enfin le Régent en se tournant vers son frère, « cependant, tes actions ont cessé de me surprendre. » Ses lèvres noircies se fendirent en un sourire cruel alors qu’il taquinait du pied le corps inerte de Malékith. « Crois-le ou non, je suis content de te voir. Cette… chose, n’est pas encore morte, et je suis satisfait que quelqu’un soit témoin de mon triomphe, même si ce témoin est un traître. »

« Tu ne dois pas le tuer ! Si tu l’achèves, notre peuple est condamné ! »

« Notre peuple ne faiblira pas tant que je serai là pour le guider, » dit Tyrion en riant. « Ou tout au moins, pour guider ceux qui le méritent. La guerre qui vient éclipsera toutes les autres. »

« Tu réalises ce que tu dis ? Ces mots ne sont pas les tiens. C’est notre malédiction ! C’est la folie de Khaine ! »

Mais alors qu’il parlait, Teclis savait que son frère serait insensible à ce qu’il disait, tout comme l’avertissement de Caledor le Dompteur de Dragons n’avait pas atteint les oreilles d’Ænarion. Quelque chose d’ancien et de terrible les épiait. Il avait simplement besoin de quelques instants de plus…

« Il n’y a nulle folie. Les Dieux Sombres s’éveillent. Notre peuple est trop faible pour les affronter, mais je vais le reforger en quelque chose de plus fort. »

« C’est Morathi qui t’a fait croire cela ? Elle se sert de toi ! » Sa voix était chargée d’émotion.

« Vraiment ? Dans ce cas, en quoi es-tu différent d’elle ? » Il brandit la Faiseuses de Veuves. « Cela n’a plus d’importance. Aujourd’hui, notre ennemi de toujours meurt, et une nouvelle aube va se lever. »

La Faiseuses de Veuve s’abattit sur Malékith.


Le sort que Teclis avait préparé pendant que son frère parlait se déclencha. Tyrion cria de colère lorsque des entraves lumineuses s’enroulèrent autour de ses membres. Teclis s’agenouilla auprès de Malékith quelques instants plus tard. Le Roi Sorcier vivait encore, mais à peine, et il n’allait pas survivre bien longtemps.

Il y eut un crépitement terrible quand Tyrion se libéra de ses liens dans un éclair de lumière. Teclis rassembla hâtivement suffisamment de Magie pour relancer le sort, toutefois la Faiseuse de Veuves se mit à rougeoyer et à s’abreuver des énergies qui tourbillonnaient au sommet de la montagne de crânes. Teclis se servit alors des bribes d’énergie lumineuse pour faire apparaître un bouclier miroitant, cependant Tyrion passa le poing à travers et frappa durement son frère au visage.

Alith Anar observait la scène depuis les rochers à l’est. Il n’entendait pas les paroles qui étaient prononcées, et ne comprenait pas pourquoi les jumeaux se disputaient. Néanmoins, il voyait le corps immobile de son ennemi juré, prostré près de l’autel. Le Roi des Ombres se rapprocha peu à peu, et encocha une nouvelle flèche dans l’Arc de Lune. Il était déterminé à ce que Malékith périsse aujourd’hui.

Ashtari plongeait vers l’autel pendant que Caradryan contemplait la scène fatidique qu’il avait déjà vue en rêve des milliers des fois. En dépit de cela, il avait toujours espéré secrètement qu’elle ne se produirait jamais. Telle était la vérité qu’Asuryan lui avait montrée tant d’années plus tôt : les plus grands héros d’Ulthuan s’affrontant pour décider du sort de l’ennemi juré des Hauts Elfes. Et il revenait à Caradryan de décider de l’issue de ce combat.

Comme il l’avait déjà fait à plusieurs reprises au cours des derniers jours, Caradryan résista à l’envie d’échapper à son destin. Il devait se fier à Asuryan, ainsi qu’il l’avait toujours fait au cours de toutes ces années, même si cela devait lui coûter la vie. Ashtari passa à quelques mètres au-dessus de l’autel, et Caradryan bondit agilement, juste entre Tyrion et sa proie.


Le Régent rit sans joie. « Je n’ai pas besoin de votre aide, Capitaine, toutefois, vous pouvez immobiliser mon frère afin qu’il arrête de s’opposer à moi. »

Caradryan ne bougea pas. Tyrion comprit tout à coup de quoi il retournait.

« Suis-je donc entouré de traîtres ? ! » s’écria le Régent. « Ôte-toi de mon chemin ! »

Caradryan secoua lentement la tête. Il prononça alors son premier mot depuis des décennies : « Non. »

Tyrion rit amèrement. Il entama un demi-tour, puis fit brusquement volte-face en envoyant la Faiseuse de Veuves droit vers le cou de Caradryan. Au même instant, Alith Anar décocha sa flèche, qui fila vers le cœur de Malékith.


Caradryan aurait dû périr dans l’instant, comme Asuryan l’avait prédit voilà bien longtemps. Cependant, Asuryan était le Créateur. Il ne tirait pas les fils du destin. C’était l’apanage de Lileath. Elle seule pouvait influencer le futur, ainsi que les mortels qui bénéficiaient de ses faveurs. Lileath avait conféré à Teclis une grande partie de ses pouvoirs. C’était également elle qui avait fabriqué l’arc du Roi des Ombres. D’une certaine façon, l’Archimage et l’arme étaient de la même essence, c’est pourquoi Teclis ressentit la flèche d’Alith Anar bien avant qu’elle fût tirée. L’Archimage insuffla une partie de sa volonté dans le trait, et altéra très légèrement sa course. Cependant, la distance entre Alith Anar et sa cible était telle que cela suffit pour que le tir visant Malékith atteigne à la place la cuirasse de Tyrion, juste au-dessus du cœur. L’Armure Dragon résista à l’impact, mais sa force fit basculer Tyrion de la plate-forme de l’autel, et le précipita dans la pente avant que la Faiseuse de Veuves décapite Caradryan.

Caradryan ne bougea pas, car il avait eu la certitude de mourir. Les autres Elfes ne restèrent pas interdits bien longtemps. Le Roi des Ombres ne comprenait pas comment son tir avait pu rater sa cible, cependant il dégaina son épée et chargea vers l’autel, déterminé à accomplir avec l’acier ce que son trait avait raté. Teclis réagit également. La Faiseuse de Veuves était tombée dans la pente avec Tyrion, et sans la présence de l’épée près de l’autel, les Vents de Magie soufflaient de nouveau fortement. Teclis s’agenouilla près de Malékith et fit appel à Lileath.

Une lumière blanche inonda la plateforme, et recouvrit l’autel millénaire de sa caresse bienfaisante. Lorsqu’elle s’évanouit, Malhandir et Alith Anar étaient les seuls êtres vivants sur la plateforme. Teclis, Malékith, Caradryan - et même Seraphon et Ashtari - avaient disparu.



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Morathi s’aventura sur le champ de bataille. Les Elfes des deux camps reculèrent face à elle, car sa majesté brillait tel un soleil noir sur le champ de bataille tapissé d’ossements.
La bataille ne se poursuivit pas très longtemps suite à la fuite de Teclis. L’ost de Malékith était assailli aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Les vexillaires abandonnèrent leurs bannières, ou les détruisirent afin qu’elles ne tombent pas aux mains de l’ennemi. Seuls les survivants de la Garde Noire conservaient leur discipline. Elle était redevenue silencieuse, et transportait le corps de Kouran à travers le champ de bataille.

Même si les troupes loyales à Malékith avaient fui, le combat continuait. Les Elfes de Tyrion n’avaient aucune raison de faire de distinction entre les marionnettes de Morathi et les autres Druchii, et les attaquèrent férocement. Pendant quelques minutes qui parurent des heures, les uniformes noirs et blancs se mêlèrent sur les pentes de la colline, et le sang coula à flots. Korhil n’aurait pas pu mettre un terme à ce massacre, de toute façon il était envahi par la même frénésie que ses troupes. Quant à Tyrion, il était toujours blessé et inconscient, allongé sur la pente de la montagne de crânes.

Au début, Morathi observa ce regain dans les combats avec amusement. La Sorcière Suprême s’était toujours délectée en voyant le sang inonder un champ de bataille, surtout quand elle était directement responsable de la tuerie. Toutefois, au fil du temps, la gloire de ce spectacle diminuait. Elle avait décelé la Magie de Teclis à l’œuvre près de l’autel, et commençait à s’inquiéter de l’absence de Tyrion. Finalement, elle quitta son point d’observation depuis un bosquet d’arbres et s’aventura sur le champ de bataille. Elle n’avait pas adopté le déguisement de Riselle, demoiselle d’Avelorn, ni celui de Drusala la Sorcière, et affichait son vrai visage.

Les Elfes des deux camps reculèrent face à elle, car sa majesté brillait tel un soleil noir sur le champ de bataille tapissé d’ossements. Les ombres dansaient à son passage, et un halo de feu violet ceignait son front. En cet instant, Morathi était aussi belle et terrible que la mort, et nul n’aurait pu s’opposer à elle. Les cris de guerre mouraient sur les lèvres des combattants quand ils la voyaient, et ils restaient les bras ballants. La Sorcière Suprême se préparait à cet instant depuis longtemps, et elle avait tissé ses enchantements aussi bien autour des troupes de Tyrion que de celles de Malékith, malgré tout, elle était presque étonnée de voir la facilité avec laquelle ils succombaient. Il y avait un pouvoir à l’œuvre, un pouvoir qui lui avait accordé une partie de sa force.

Korhil se trouvait au cœur de la mêlée lorsque Morathi apparut, et il succomba lui aussi à son influence, mais dans son cas, la domination de la Sorcière Suprême n’était pas totale. Le Capitaine était conscient de la faim animale qui s’était emparée de lui au passage de Morathi. Ce n’était pas un désir charnel ; en fait, il ne parvenait pas à le définir. Il n’y serait pas parvenu même s’il avait été en mesure de parler. Il ressentait des pulsions, mais aussi un profond sentiment de liberté, comme s’il avait passé toute sa vie dans une cage et qu’aujourd’hui, on lui avait ouvert la porte. Une partie de lui-même voulait ramasser Chayal là où il l’avait lâchée, et tuer celle qui figurait parmi les plus terribles ennemies d’Ulthuan, cependant l’immense partie de son être voulait lui exprimer toute sa gratitude pour le sentiment de liberté qu’il éprouvait. Par conséquent, lorsque Morathi tendit gracieusement l’index dans sa direction, il la suivit sans hésiter.

Ils trouvèrent rapidement Tyrion inconscient sur la pente de la colline. Malgré cela, il serrait toujours fermement la Faiseuse de Veuves, si fort qu’il était impossible de la lui faire lâcher. Morathi perdit un peu de sa superbe pour la première fois de la journée, et ordonna qu’on emmène son amant. Tyrion fut emporté par une garde d’honneur composée aussi bien de guerriers d’Ulthuan que de Naggaroth. Korhil mena un groupe plus haut sur la montagne de crânes, mais il ne découvrit pas ce qui avait pu blesser le Prince. Malhandir se trouvait au sommet. Il était proche de la mort, et le Capitaine des Lions Blancs commanda qu’il soit emporté avec autant de déférence que son maître.

Morathi s’occupa de Tyrion toute la nuit. À la lueur de chandelles rouges, elle invoqua d’antiques sorts de guérison. Lorsque ceux-ci s’avérèrent inefficaces, elle usa de sorcellerie, mêlant sa force vitale à celle de Tyrion afin de partager le poids de ses blessures. Ceux qui passèrent près du pavillon virent des ombres danser sur la toile de la tente, et perçurent les gémissements de la Sorcière Suprême tandis qu’elle partageait les souffrances et les brûlures de son amant. Pourtant, nul n’osa la déranger, par conséquent personne ne vit le corps du Régent guérir peu à peu, ni Morathi arracher sa peau brûlée pour redevenir telle qu’elle était, comme un serpent se débarrasse de sa mue.

Le matin suivant, Morathi sortit de son sommeil et s’aperçut que Tyrion n’était plus là. Cela ne l’inquiéta pas, cependant, elle réalisa subitement que l’enchantement du jour précédent avait disparu, car elle avait consacré toute sa Magie à guérir son amant. Pendant un instant, elle craignit d’avoir agi de façon irréfléchie, et d’avoir mis ses plans en péril. Toutefois, lorsqu’elle entendit la voix impérieuse de Tyrion à l’extérieur du pavillon, elle sut que tout irait bien.


Depuis le sommet du Temple de Khaine, Alith Anar observait une scène irréelle. La plaine comptait aussi bien des Asur que des Druchii, cependant ils ne s’entre-tuaient pas, et étaient en adoration devant un guerrier en armure dorée. Le Roi des Ombres pouvait même voir certains de ses propres Guerriers Fantômes, des Elfes de Nagarythe qui avait juré de ne jamais trouver le repos tant que l’honneur de leurs ancêtres n’aurait pas été restauré, se tenir au milieu de la foule.

Si le Roi des Ombres n’avait pas vu ce spectacle de ses propres yeux, il ne l’aurait jamais cru. Le vent ne portait qu’une partie des paroles de Tyrion, mais ce qu’Alith Anar entendait suffisait à l’inquiéter. Le Régent disait que les univers des mortels et des immortels allaient être conquis par les Elfes. Le Roi des Ombres ne connaissait pas bien Tyrion, cependant il était au fait de ses exploits et pensait que son âme était pure. Désormais, les mots du Régent sonnaient comme ceux de Malékith, et Alith Anar se demanda s’il n’eût pas été préférable que Tyrion périsse la veille.

Il vit Tyrion se taire et une silhouette féminine approcher. Alith Anar reconnut immédiatement Morathi, et son humeur s’assombrit davantage. Il lui aurait planté une flèche dans la tête sur-le-champ s’il avait pensé qu’un tel risque valait la peine d’être pris : la pierre noire sur son front ne palpitait plus pour repousser l’enchantement de la veille, ce qui signifiait que son peuple n’était pas soumis à Morathi à cause de la Magie, mais de son plein gré.

Imrik, le Haut Prince de Caledor, chevauchant Minaithnir.
Le vent diminua et il put percevoir clairement les paroles de Tyrion : « Je porte l’armure d’Ænarion, ainsi que son épée. Son sang coule dans mes veines. Vous me devez allégeance ! » L’assemblée des Elfes répondit avec ferveur. Alith Anar sentit une sorcellerie ancienne se presser contre son esprit, et il sut qu’il devait partir s’il ne voulait pas y succomber. Il se faufila entre les rochers en essayant de chasser les terribles pressentiments qui l’envahissaient.

Lamenoire voguait déjà loin de l’Île Blafarde. L’équipage de Hauts Elfes avait préféré mourir plutôt que coopérer, mais le navire était suffisamment petit pour que l’Assassin le pilote seul. Comme le vent gonflait la voile latine, Lamenoire réfléchissait à ce qu’il allait faire. Il savait que la flotte de Lokhir Cœur de Pierre se trouvait à l’ouest, et supposait que l’amiral le laisserait passer vers Har Ganeth. Même si Lamenoire désirait se venger de Morathi, son devoir envers Hellebron était prioritaire. Celle-ci voudrait être tenue informée des plans de sa rivale, c’était certain. Et qui choisirait-elle comme arme pour sa vengeance, sinon son élève le plus loyal ?

Bien loin de là, Alarielle exhortait le Conseil d’Athel Loren à se préparer à la guerre. Sa tristesse - non seulement pour Aliathra, mais aussi pour Tyrion - était dissimulée sous son masque régalien. Au début, les seigneurs et les dames s’étaient méfiés d’elle, en dépit des enchantements d’Ariel qui la drapaient. Cependant, Næstra et Arahan avaient parlé en sa faveur, et Orion lui avaient juré allégeance, la considérant comme sa reine, par conséquent ceux qui éprouvaient des doutes avaient dû tenir leur langue. Malgré tout, peu de membres du conseil appréciaient leurs cousins d’Ulthuan, et ne voyaient pas pourquoi ils iraient verser leur sang pour eux. Alarielle partagea alors avec eux la même vision du futur que celle que Lileath leur avait donnée au pied du Chêne des Âges, et les objections s’évanouirent.

À Chrace, la veille d’Imrik cessa lorsque les dernières cendres du bûcher d’Ystranna s’envolèrent dans la brise. Quand il ouvrit les yeux, il eut l’impression que les arbres de la clairière s’étaient rapprochés, comme s’ils pleuraient eux aussi la mort de la Demoiselle d’Honneur. Il vit alors les silhouettes encapuchonnées au milieu des buissons, et dégaina son épée. Les Asrai tendirent leurs arcs, toutefois Araloth, qui était revenu du Bois des Rêves à minuit, ordonna à ses frères de baisser leurs armes et implora Imrik de rester calme. Il expliqua qu’ils avaient voulu assister au rite funéraire d’Ystranna, car elle avait combattu voilà fort longtemps pour défendre Athel Loren. En outre, Araloth révéla à Imrik que les Asrai partageaient sa cause, qui était celle de Lileath. Quand Imrik affirma qu’il ne servait que la volonté de Caledor Dompteur de Dragons, et pas celle de la Déesse, Araloth sourit, et lui expliqua que Malékith et Teclis avaient besoin d’eux au sud. Du moins, c’était ce que Lileath lui avait dit.

Imrik ne répondit pas immédiatement, car il réfléchissait aux conséquences de ses actes. Il ne croyait pas Araloth, mais il ne savait pas pourquoi. Il semblait que sa méfiance provenait de la citation du nom de Teclis, car il se doutait que l’Archimage lui avait caché beaucoup de choses. Finalement, Imrik consentit à accompagner Araloth à la tête de son armée. Il avait donné sa parole aussi bien à Teclis qu’à Malékith, et il ne comptait pas briser ce serment. Il quitta ensuite la clairière pour rassembler son ost. Araloth pria ses Tisseurs de Charmes d’éveiller les Racines du Monde, car leur destination était trop éloignée pour qu’ils l’atteignent rapidement, même à dos de Dragon…


La mer autour du Temple d’Asuryan était couverte de navires de guerre dont les voiles arboraient le Dragon de Lothern. Les équipages attaquaient les murs avec tous les sortilèges et toutes les machines de guerre à leur disposition. Teclis reconnaissait les navires d’Aislinn, la plus redoutable flotte d’Ulthuan.

Même depuis le cœur du temple, Teclis perçut des craquements sinistres tandis que la volée suivante s’abattait sur les murs. Un grondement pas si lointain lui indiquait qu’une nouvelle section des remparts s’était effondrée dans la mer. Quelques instants plus tard, des pas rapides sur la pierre signalaient que la Garde Phénix se précipitait pour défendre la brèche. Aislinn avait sûrement débarqué des Wyrms des Mers et des Gardes Maritimes, l’assaut était donc imminent.

Un concert de piaillements violents éclata. Teclis tourna la tête et vit un vol de Phénix arriver en planant au-dessus de l’eau. Des flammes rougeoyaient dans leur sillage. Elles engloutirent un Vaisseau Dragon, dont les voiles et les planches prirent feu instantanément. L’incendie se propagea sans que l’équipage parvienne à le maîtriser. Les archers des vaisseaux à proximité lâchèrent des volées sur les Phénix, mais ces derniers se séparèrent, puis se reformèrent et fondirent vers le navire suivant. Le Temple d’Asuryan avait encore de puissants alliés…

Teclis frémit lorsqu’un autre bombardement s’abattit. La folie s’était emparée d’Ulthuan à une rapidité effrayante. Désormais, son seul espoir résidait dans son ennemi juré, à condition qu’il vive suffisamment longtemps. Teclis tenta d’oublier le blocus de navires et se tourna vers l’allée en pente, en direction de Malékith et de Caradryan.

Depuis la bataille de l’Île Blafarde, Teclis s’était appliqué à soigner les blessures de Malékith, toutefois le poison de Lamenoire et la Magie de Croc du Soleil étaient une redoutable combinaison. Les plaies ne s’étaient pas refermées, et les os refusaient de se ressouder. Du sang coulait encore un peu de l’Armure de Minuit, cependant Malékith refusait de mourir, tout comme il repoussait l’aide de Teclis. Depuis leur départ du Temple de Lileath, il avait insisté pour marcher seul, même si Caradryan était toujours resté près de lui. Désormais, il boitait le long de la pente qui menait au sanctuaire. Chacun de ses pas laissait une trace de sang sur les dalles polies.

« Voilà une situation glorieuse ! » déclara Malékith d’un ton ironique. La pente trembla et il vacilla.

« Une situation insensée, plutôt, » le corrigea Teclis. Il était surpris par la capacité de Malékith à rester sarcastique en dépit de son état. Caradryan ne dit rien, mais la contrariété se lisait sur son visage.

Un trait de baliste enchanté traversa le mur et empala le Garde Phénix qui se trouvait derrière. Teclis tourna la tête, et vit les premiers grappins s’accrocher au parapet.

« Venez, il n’y a pas un instant à perdre, » dit-il.

Leur progression le long de la pente était affreusement lente, et chaque pas de Malékith était ponctué par le fracas de l’artillerie contre les murailles, ou par les rugissements distants des Wyrms des Mers.

Lorsque Teclis et ses compagnons eurent enfin atteint l’extrémité de la pente, la clameur de la bataille se faisait entendre tandis que la Garde Phénix tentait d’empêcher les guerriers d’Aislinn de prendre pied sur les remparts. Toutefois, Teclis savait que les attaquants étaient bien trop nombreux. Le temple ne tarderait pas à tomber.

« Il semble que votre plan soit sur le point d’échouer, Mage, » se moqua Malékith alors qu’ils passaient les grandes portes du sanctuaire. Une vingtaine de Gardes Phénix les suivirent et refermèrent les portes derrières eux.

« J’avais prévu de vous amener ici sur-le-champ, » expliqua Teclis. Le souvenir de son échec le hantait.

« Mais je n’ai pas réussi à vaincre votre orgueil démesuré. Qui sait combien d’Elfes sont morts inutilement à cause de lui ? » Il inspira profondément.

« Maintenant, il ne nous reste plus qu’à espérer que vous serez suffisamment fort en dépit de vos blessures. Mon frère est devenu l’Incarnation de Khaine. Vous connaissez la légende. Seul Asuryan - ou du moins, son élu - peut vaincre Khaine.

« La flamme m’a déjà rejeté, pourquoi cela serait différent aujourd’hui ? » demanda Malékith.

« Elle ne vous a pas rejeté. Vous n’avez pas été assez fort. Asuryan a toujours désiré que vous succédiez à votre père. À votre avis, pourquoi tous les Rois Phénix ont bénéficié de la protection des plus grands Mages pour passer à travers les flammes ? Et malgré cela, ils sont tous devenus fous d’une façon ou d’une autre, pas seulement Æthis et Morvael. Même les Rois Phénix révérés ont fini dévorés par l’ambition ou par le remords d’avoir usurpé leur trône. »

« Quelle preuve avez-vous ? »

Teclis ne pouvait pas le blâmer pour ses doutes. Lui-même avait mis des mois pour se rendre à l’évidence.

« C’est ce que Finubar m’a dit. C’est pour cela qu’il a refusé de se battre au moment où son peuple avait le plus besoin de lui. Il était bon, mais le remords le rongeait, et l’empêchait régulièrement de mener les Asur à la guerre, car il avait conscience d’être l’héritage d’une tradition hypocrite. Il a accueilli la mort avec soulagement. »

Un nouveau son se mêla au vacarme de la bataille : les rugissements de Dragons. Teclis esquissa un sourire, car toute aide était bonne à prendre en ces heures sombres. « Imrik est arrivé, » déclara-t-il. « Vous pouvez lui en être reconnaissant, même si je doute qu’il accepterait des remerciements. »

« Même maintenant, alors que je n’ai plus le choix, vous tentez encore de me manipuler. » dit Malékith. Il semblait qu’il n’avait pas entendu le rugissement des Dragons ou les paroles de Teclis. Sa voix était lourde de colère, toutefois l’Archimage savait que c’était le courroux de quelqu’un acceptant peu à peu une terrible vérité, pas celle de quelqu’un s’offusquant d’un mensonge.

Ils arrivèrent dans la Chambre de la Flamme. Sur un signe de tête de Caradryan, les gardes s’écartèrent en ouvrant les grandes portes bardées de bronze.

À l’instar de tous les autres Gardes Phénix du temple, ils ne paraissaient pas étonnés par la présence du Roi Sorcier.

De l’autre côté des portes montait un grand escalier en marbres. La Flamme Sacrée brûlait à son sommet, sous un dôme pyramidal taillé dans un diamant colossal. Teclis savait qu’autrefois, les flammes étaient si vives qu’elles léchaient le plafond en diamant. Désormais, elles montaient à peine à la hauteur d’un Elfe.

« Pourquoi pensez-vous qu’Imrik se bat pour vous ? » demanda Teclis alors que les portes se refermaient derrière eux. « Pourquoi la Garde Phénix vous a-t-elle laissé pénétré dans ce saint des saints ? Pourquoi Caradryan était-il prêt à mourir pour vous ? Imrik a appris la vérité, tandis que la Garde Phénix l’a toujours sue. »

« Dans ce cas, pourquoi tant de ses membres marchent sous la bannière de Tyrion ? »

« Ils sont tombés sous la coupe de Khaine, comme tant d’autres. Ils savaient qu’en rejoignant Tyrion, ils partageraient sa folie, cependant ils étaient conscients qu’il s’agissait de leur destin, c’est pourquoi ils l’ont accepté. »

« Cette excuse est pathétique. »

« Ils se sont sacrifiés honorablement. Rejoindre la Garde Phénix, c’est être hanté chaque jour en sachant qu’on finira par échouer, et ce quel que soit le dévouement dont on fera preuve. » Teclis ferma brièvement les yeux. « Je n’aurais pas pu suivre une telle voie. J’ai besoin d’espérer, alors que la Garde Phénix ne connaît qu’une seule et terrible certitude. »

« Ce sont des faibles, » dit Malékith avec dédain, mais sa phrase se termina dans une quinte de toux sanglante. Il tituba, et serait tombé si Caradryan n’était pas venu le soutenir.

Malékith se débarrassa du Capitaine d’un air irrité. Il fit trois pas chancelants vers la flamme, puis s’arrêta. « Si je la traverse, tout ce pour quoi je me suis battu n’était qu’un mensonge… » dit-il d’une voix presque mélancolique.

Teclis attendit un moment avant de répondre, afin de choisir ses mots. « Regrettez-vous ce que vous avez fait ? »

« Non », souffla Malékith. Il se ressaisit. « Absolument pas. Je recommencerais s’il le fallait. »

« Dans ce cas, vous ne vous êtes jamais menti, et par ces paroles, vous prouvez que vous n’êtes pas plus méritant que tous ceux qui ont usurpé le trône. »

Il soupira. « Toutefois, vous êtes celui qu’Asuryan a choisi. Ce qui subsiste de notre Créateur vous attend dans ces flammes. Il reste peut-être un espoir si vous parvenez à supporter la douleur. »

« Et sinon ? »

« Sinon, la dernière étincelle d’Asuryan s’éteindra, et ceux qui survivront à la folie de Tyrion seront dévorés par les Dieux Sombres. »

Malékith ne répondit pas et s’avança dans les flammes. Pendant une seconde, il ne fut plus qu’une ombre noire au milieu d’un feu blanc. Puis il n’y eut plus que les flammes.

Et aussitôt, les hurlements commencèrent.

Malékith s’avança dans les flammes. Pendant une seconde, il ne fut plus qu’une ombre noire au milieu d’un feu blanc. Puis il n’y eut plus que les flammes.
Et aussitôt, les hurlements commencèrent.

Chapitre II : KHAINE RÉINCARNÉ - Hiver 2525 / Hiver 2526[modifier]

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Les mois passèrent, et la guerre d’Ulthuan devint encore plus acharnée. Peu savaient ce qui s’était vraiment passé au Sanctuaire d’Asuryan, seulement que le temple - en fait, l’île tout entière - s’était fendu et avait sombré dans la Mer des Rêves. Même le Seigneur des Mers Aislinn, dont les navires avaient bombardé le sanctuaire jusqu’au tout dernier moment, n’était certain que du fait que les Dragons de Caledor avaient cessé brusquement leur attaque. Un épais brouillard s’était formé comme l’Île commençait à se disloquer, et même les vigies de la flotte d’Aislinn n’auraient su dire si les Dragons avaient emmené le moindre assiégé. Aislinn en fut très courroucé, notamment parce que des centaines de ses soldats se trouvaient encore dans le temple quand il fut englouti.

Pendant un temps, les affrontements furent sporadiques. Tyrion, qui était toujours blessé, se remettait en Cothique. Les partisans du Prince poursuivirent les combats en son nom, mais Imrik contrait toutes leurs entreprises, au point que ceux qui haïssaient le Prince de Caledor pour sa trahison ne purent s’empêcher d’admirer son adresse. Néanmoins, il veillait à ce que ses forces n’entrent jamais en Nagarythe. Jusque-là, les Æsanar s’étaient tenus tranquilles, et Imrik ne tenait pas à forcer le Roi Fantôme à choisir un camp.

Malékith, le Roi Phénix…
Dans les semaines qui suivirent la Bataille de l’Île Blafarde, Imrik défendit sa patrie, mais parvint également à conquérir les provinces voisines de Tiranoc et d’Eataine. Cela plongea Aislinn dans une rage totale, car avec la perte de Lothern, il ne pouvait plus réunir sa flotte. Près de la moitié des vaisseaux de l’amiral étaient piégés dans la Mer des Rêves. Et grâce à cette conquête, les seigneurs marins de Naggaroth, eux, jouissaient d’une grande liberté d’action. Lokhir Cœur de Pierre et Drane Sang Noir avaient enfin l’opportunité de venger des siècles d’humiliation.

Ainsi les batailles les plus féroces ne furent pas livrées sur terre, mais en haute mer. Chaque anse était bondée de planches brisées, et chaque vague déversait son lot de corps lardés de coups sur les rivages sud d’Ulthuan.


La guerre continuait péniblement et les forces d’Imrik traversèrent Eataine vers le nord, jusqu’en Yvresse et Saphery. Yvresse fut abandonnée par les deux camps. Les Démons hantaient ses brumes magiques depuis toujours, et tandis que les Elfes luttaient pour le contrôle de la province, les rejetons des Dieux Sombres s’attaquaient sans discernement aux deux camps. Les forces d’Imrik et de Tyrion renoncèrent à Yvresse et son peuple ne pouvait plus compter que sur lui-même pour se défendre.

Malékith s’abattit comme la foudre, des flammes brillant dans son sillage.
À contrario, Saphery tomba rapidement, le feu draconique ayant raison de ses Archimages. Toutefois, la Tour de Hœth resta inviolée. Les Maîtres du Savoir décidèrent que la neutralité était la seule voie à suivre, et Imrik respecta leur choix. Même si leurs oreilles bourdonnaient des menaces et des suppliques, ils ordonnèrent que les grandes portes de la tour restent verrouillées, et prièrent pour avoir un signe des Dieux. Et ils ne furent pas les seuls. Alors que la guerre embrasait Cothique, la plupart des Princes d’Ulthuan se résolurent à défendre leur propre domaine et ne rejoignirent aucun camp.

Tout cela changea lorsqu’un Tyrion rajeuni reprit part au conflit. Il ne portait plus le titre de Régent, et se comportait comme le Roi Phénix. Quelques voix s’élevèrent, soulignant que le Prince n’avait pas traversé les Flammes d’Asuryan, mais la plupart des sceptiques disparurent, ou connurent un revirement d’opinion atypique et rentrèrent dans le rang.

En quelques semaines, Tyrion anéantit le travail de plusieurs mois. Imrik fut humilié à la bataille de Tor Yvresse. Le Prince Dragon perdit ses terres en Cothique quelques jours plus tard, et Tyrion marcha bientôt sur Saphery. Ce fut là, sur les berges du Lac Calliana, que le Roi Phénix autoproclamé et le Prince Héritier de Caledor finirent par s’affronter pied à pied. La Lance Stellaire d’Imrik toucha la première ; sa pointe enchantée perça une armure qui n’avait jamais failli. Cependant, Tyrion ne sembla même pas remarquer sa blessure. Sa riposte pulvérisa le bouclier d’Imrik, lui fit perdre conscience et vider les étriers. Imrik serait mort là, embroché sur la Faiseuse de Veuves tel un sanglier, sans l’intervention de trois chevaliers de sa maisonnée. Imrik survivrait pour combattre à nouveau, mais pas ses trois sauveteurs. Ils tombèrent en ce jour, ainsi que les Dragons qu’ils chevauchaient, démembrés par l’association du plus grand escrimeur et de l’arme la plus terrible d’Ulthuan.

L’issue de la guerre ne semblait plus faire de doute. Tyrion n’était pas seulement un bretteur exceptionnel, mais de surcroît, partout où il chevauchait, une sorte de frénésie guerrière s’emparait des Elfes qui combattaient à ses côtés. Morathi accompagnait son amant, un sourire sournois aux lèvres et la sorcellerie au bout des doigts. Elle ne jouait plus les serviles, mais se comportait comme l’égale de Tyrion - si ce n’est comme sa reine. Ils s’accordaient presque parfaitement l’un à l’autre. Une fois seulement ils se disputèrent, en Yvresse. Morathi y brisa des douzaines de bornes gardiennes, et monnaya les âmes capturées avec les Démons des brumes. Lorsque Tyrion l’apprit, il fulmina et massacra les Démons. La Sorcière Matriarche objecta avec véhémence ; Tyrion la jeta à terre, se pencha sur elle et murmura à son oreille alors qu’il lui serrait le cou. Personne n’entendit ce qu’il lui dit, mais Morathi ne chercha plus jamais à pactiser avec des Démons.


Suite à la défaite d’Imrik, Tyrion cessa inexplicablement son assaut. Affirmant qu’il n’y avait plus d’ennemi digne de son attention, il retourna en Cothique et laissa ses soldats continuer. La plupart furent leurrés par cette attitude, mais quelques-uns se demandèrent si la blessure qu’Imrik lui avait infligée n’était pas plus profonde qu’il n’y paraissait.

Quelle que fût la raison du retrait de Tyrion, le Prince passait de plus en plus de temps en privé avec Morathi, ou avec ses plus proches courtisanes. La rumeur évoquait toutes sortes de scandales, de sombres festivités, voire des chasses aux prisonniers. Le Prince Dalloran de Cothique s’opposa à ce qu’une telle traque ait lieu sur ses terres ancestrales. Il disparut peu de temps après, tandis que sa fille rejoignait la suite grandissante des demoiselles de compagnie de Morathi, et que ses deux fils occupaient un rang élevé à la cour de Tyrion.


Korhil, escortant Tyrion suite à la Bataille de l’Île Blafarde, assista à la plupart de ces événements, et le malaise qui germait en lui depuis la disparition de Finubar s’épanouit. Celui qu’il servait désormais n’était plus le Prince dont il se souvenait, mais le Capitaine des Lions Blancs n’y pouvait rien, et il était lié par le devoir. Ses pensées s’épuraient seulement lorsqu’il s’éloignait de Tyrion et de Morathi, et il s’efforçait alors de se convaincre que ce dont il avait été témoin n’était qu’un cauchemar éveillé. Korhil finit par chercher un prétexte pour ne plus se trouver en présence de son Prince ; il le trouva en se portant volontaire pour mener la campagne de reconquête de Lothern. Il échappa aux ombres de la cour de Tyrion en partant pour Eataine, où Chayal s’emploierait honorablement contre les forces de Lokhir Cœur de Pierre.

Au cours de cette campagne, Korhil prouva sa valeur à maintes reprises, aussi bien en tant que chef de guerre qu’en tant que guerrier. Des centaines d’ennemis périrent lors d’escarmouches pour le contrôle des basses collines d’Eataine, des milliers lors des batailles sur ses plaines venteuses. Grâce à la bravoure de Korhil, les Corsaires de Cœur de Pierre et leurs alliés de Caledor furent repoussés jusqu’au pied des murs de Lothern. Les jours passaient rarement sans qu’on entendit le fracas de l’acier contre l’acier résonner dans la vallée, ou le son des cors de Caledor rivalisant avec les chants de guerre d’Yvresse et de Saphery. La fumée des manoirs saccagés et des bûchers funéraires dérivait dans la brise. Des Dragons, dont la peau écailleuse était hérissée de hampes de flèches, gisaient à flanc de colline, aucun feu ne pouvant incinérer leurs cadavres.

La dernière grande bataille se livra donc devant les remparts de Lothern. Une victoire en ce point stratégique permettrait non seulement la réunification de la flotte d’Aislinn, mais ouvrirait également la voie à une attaque sur Caledor. Mais même cela ne réussit pas à attirer Tyrion loin du nord, et la tâche incomba donc à Korhil. Il assaillit les murs tandis que les navires d’Aislinn frappaient le port.

Or, tandis que les flèches sifflaient et que les sorts crépitaient sous un ciel rouge, Korhil vit que les défenseurs de Lothern ne portaient pas seulement les couleurs d’Imrik et de Malékith. Tous les royaumes d’Ulthuan sauf Nagarythe étaient représentés sur les murs : le vert d’Avelorn, le rouge d’Eataine et les bleus d’Yvresse et de Saphery. Il y avait même des Lions Blancs - la garde du Roi Phénix - qui coordonnaient la défense d’une cité qu’ils auraient dû tenter de libérer.

La première réaction de Korhil fut l’indignation. Comment tant de ses compatriotes avaient-ils pu se joindre à Caledor dans sa félonie ? Pourtant, un doute subsistait dans son esprit, né de ses expériences au côté de Tyrion. Mais le moment n’était pas à la réflexion, car un nouveau guerrier venait d’entrer dans la bataille.


Malékith s’abattit comme la foudre, des flammes brillant dans son sillage. Seraphon, dont les blessures étaient guéries, le portait au combat. L’épée Asuryath, forgée avec les éclats du Destructeur et plongée dans le feu du créateur, scintillait dans sa main, et les Chevaliers Dragons de Caledor le suivaient. Même de loin, Korhil voyait que le Roi Sorcier avait quelque chose de différent, que le pouvoir dont il était nimbé était plus sain qu’à l’accoutumée. Assurément, son arrivée ragaillardit les Elfes de Lothern. Les buccins sonnèrent, et un cri puissant monta du cœur de la cité. Les portes s’ouvrirent brusquement, et les défenseurs firent une sortie à la suite de Malékith. Les guerriers de deux nations longtemps séparées formaient un grand ost, uni sous la bannière du Phénix. Un tel spectacle n’avait pas été vu depuis des millénaires - peut-être même depuis qu’Ænarion avait affronté les Démons.

Il y eut un ouragan de battements d’ailes comme les Dragons plongeaient à l’attaque, et nombre des soldats de Korhil s’enfuirent, terrorisés. D’autres jetèrent leurs armes et tombèrent à genoux, submergés par la gloire de Malékith et la lumière d’Asuryan qui ceignait son front. Même s’il faudrait plusieurs heures sanglantes pour que son sort fût définitivement scellé, l’armée de Korhil était d’ores et déjà vaincue, et le massacre qui s’ensuivit fut à sens unique. Le temps que Korhil ordonne la retraite, plus de la moitié de ses guerriers avaient été tués ou s’étaient rendus, stupéfaits.


Teclis, Grand Maître du Savoir de la Tour Blanche.
Aislinn avait noté la situation délicate dans laquelle se trouvaient ses alliés, et mit fin à sa propre attaque lorsque le contingent de Korhil partit en déroute. Ainsi, tandis que certains des navires de l’amiral combattaient ceux des flottes Corsaires, d’autres attendaient près de la berge afin d’évacuer les troupes en fuite de Korhil. Malékith ne tenta pas de les poursuivre, et d’un commandement retentissant appuyé par un geste de l’épée, il ordonna à ses forces de faire halte quelques pas au-delà de la portée des balistes des Vaisseaux-Dragons. Alors que les derniers survivants se hissaient sur les ponts, les aéromanciens d’Aislinn invoquèrent les vents pour emporter les navires au large. Le regard de Korhil s’attarda sur le rivage, et il aperçut Imrik et Teclis au sein de l’ost victorieux. Mais Korhil était encore plus troublé par la dernière chose qu’il vit : Malékith marchant parmi les vaincus.

Quelques jours plus tard, Aislinn débarqua les survivants au port d’Islina, en Saphery, puis il remit le cap au sud pour continuer sa guerre personnelle avec les Corsaires. Pendant que l’armée battue pansait ses plaies, Korhil envoya des messagers au nord, pour signifier que la trahison était plus étendue qu’on ne le soupçonnait en Cothique. La réponse tarda à venir, au point que Korhil craignit pour la vie de ses hérauts.

Enfin, Korhil reçut de nouvelles instructions. On lui exigeait de lui qu’il emmène toutes les forces possibles auprès de Tyrion, non pour soutenir une nouvelle invasion d’Eataine - comme il le pensait -, mais pour marcher sur Avelorn. Le cœur de Korhil se glaça en entendant ces ordres, et il fut frappé par une vérité qui le rongeait depuis des semaines. Le Capitaine ne voulait pas retourner à la cour de Tyrion, se perdre à nouveau dans cette folie, même si tel était son devoir. Il finit par ouvrir les yeux sur ce que tant d’autres avaient vu depuis l’Île Blafarde : Tyrion n’était plus le sauveur d’Ulthuan. Pourtant, Korhil ne pouvait se résoudre à s’allier à Malékith. Le Roi Sorcier était le plus vieil ennemi d’Ulthuan, et la simple pensée de servir un tel individu était répugnante, quand bien même il aurait la bénédiction d’Asuryan.

Si Korhil haïssait le message, il eut de la sympathie pour le messager. Adranna, la fille du Prince Dalloran disparu, s’était noyée elle aussi dans la démence de la cour de Tyrion, mais chaque pas qui l’avait conduite au sud lui avait fait recouvrer un peu plus ses esprits. Sa mémoire lui était revenue quand elle rejoignit Korhil, et quelque chose la poussa à raconter son histoire au Capitaine.

Les frères d’Adranna avaient amené leur père enchaîné devant Tyrion, et reçurent titres et rang suite à son exécution. Lorsqu’elle protesta, elle fut offerte à Morathi comme un objet de distraction. La Sorcière Matriarche s’était régalée de remodeler l’esprit de la Princesse à l’opposé de son statut noble, mais l’identité d’Adranna avait refait surface. Percevant la réticence de Korhil, Adranna le supplia de revenir, afin de délier l’emprise de Morathi sur Tyrion. Adranna avança qu’elle avait préparé des sorts qui les protégeraient de la folie de la cour - le pouvoir de Morathi était diffus, et Adranna voulait exploiter cette faille. Saisi par la détermination de la Princesse, Korhil accepta.


À Lothern, l’arrivée de Malékith n’était pas aussi inespérée que Korhil le croyait. Le nouveau Roi Phénix avait émergé des ruines du Sanctuaire d’Asuryan avec une santé restaurée et un pouvoir démultiplié, mais ses épreuves n’avaient guère changé son caractère, et n’amélioraient en rien sa réputation auprès des Asur.

Pour faciliter la transition, Teclis tissa un charme autour de Malékith. Il entendait modifier son apparence afin qu’elle reflète mieux les héros lumineux que les Elfes avaient acceptés en tant que souverains, et non la figure brûlée et menaçante que présentait naturellement ce Roi Phénix. Ainsi paré, Malékith fut accueilli à Lothern avec, sinon de l’enthousiasme, au moins une adhésion circonspecte. En cela, l’appui de Teclis et d’Imrik fut inestimable, car beaucoup avaient appris à se fier à eux au fil des ans.

Teclis, en particulier, prit soin d’inventer des histoires narrant comment Asuryan et Khaine étaient les deux facettes d’une même pièce ; il raconta des légendes d’un âge ancien, au cours duquel Asuryan était le Dieu le plus sombre du panthéon et Khaine le seul rempart contre la folie. Ces fables, qui étaient secrètement archivées dans la Tour de Hœth aux dires de Teclis, étaient de purs mensonges. Néanmoins, nombre des Elfes présents à Lothern avaient grandement souffert de l’aliénation de Tyrion, et se jetèrent sur le premier prétexte pour croire que la venue de Malékith était due à quelque chose de plus glorieux qu’un pis-aller. Ainsi donc, Tyrion contribua plus que tout autre à asseoir Malékith sur son nouveau trône, malgré l’imperfection de la passation du pouvoir.

Malékith avait passé les semaines précédentes à regrouper ses Elfes Noirs : rassembler les survivants des armées du nord et les renforcer avec les guerriers des Arches Noires qui n’avaient pas encore pu goûter au sang d’Ulthuan. La plupart furent envoyés en Caledor et Tiranoc. Toutefois, plusieurs milliers d’entre eux avaient suivi Malékith à Lothern, et de nombreux Hauts Elfes voyaient leur arrivée comme une invasion.

Même l’onction d’Asuryan ne suffisait pas à atténuer des millénaires de haine et de terreur. En outre, l’anéantissement du Sanctuaire d’Asuryan pouvait facilement être interprété comme un acte délibéré, provoqué par quelque perfidie de Malékith. La présence d’Elfes Noirs ne fit rien pour rassurer la part des Hauts Elfes qui pensaient que la légende contée par Teclis n’était qu’une plaisanterie d’un goût douteux.

La contrariété et l’irritabilité de Malékith ne furent d’aucun secours. Il était habitué aux us de sa cour de Druchii, où menaces voilées et violence manifeste suffisaient à faire taire toute opposition. Ulthuan était bien différent, chaque noble croyant que son opinion avait assez d’importance pour justifier de gaspiller le temps du Roi. Sa patience - et Malékith en avait peu en réserve - était mise à rude épreuve, et échouait souvent. Seul le calme de Teclis ménageait la paix dans ces moments-là, car il était le seul que Malékith consentait à écouter, sans toutefois le reconnaître ouvertement.


Cependant, Teclis lui-même se mit à désespérer de l’avenir. Malékith avait été trop longtemps un tyran, et dans la même période, Ulthuan n’en avait connu aucun - voilà pourquoi il y avait peu d’espoir pour que ces deux-là s’accordent. Pourtant, Lileath avait affirmé à Teclis qu’un lien pouvait être noué, et c’était la seule chose qui entretenait encore la détermination du Maître du Savoir à tout faire pour que cela fonctionne.

Il n’en demeurait pas moins qu’après juste une semaine passée à Lothern, Malékith s’était aliéné une grande part de ses nouveaux alliés supposés. Certains des seigneurs et Princes qui s’étaient joints à Imrik suite à l’attaque de Tyrion avaient décidé de rompre cette alliance, et beaucoup d’autres étaient tentés de le faire. Même si les Elfes Noirs campaient à plusieurs lieues de Lothern, les forces alliées trouvèrent le moyen de déclencher des escarmouches. Chaque goutte de sang versé élargissait le fossé entre Malékith et ceux qu’il cherchait à gouverner.

Les Corsaires de la Vague d’Ombre mettent à sac l’avant-poste d’Allardin.
Les choses se précipitèrent un mois plus tard, quand l’avant-poste d’Allardin fut mis à sac par les Corsaires de la Vague d’Ombre. Drane Sang Noir, la capitaine de l’Arche Noire qui avait prouvé sa loyauté à de nombreuses reprises, plaida l’ignorance, mais cela n’empêcha pas Malékith de la condamner à mort, ainsi que trois échelons complets d’officiers de la Vague d’Ombre, en plus de ceux qui avaient mené l’assaut sur Allardin. Malékith espérait que ce jugement calmerait les esprits échauffés par ce raid, mais ce fut tout le contraire. Les Princes d’Ulthuan qui aurait volontiers tué Sang Noir de leurs propres mains un mois plus tôt virent la sévérité de Malékith comme la preuve qu’il ne méritait pas le trône.

La première tentative d’assassinat ne tarda pas à venir. Le Prince Torhaeron réunit les Lions Blancs de Finubar présents à Lothern, et attaqua le Palais de Saphir, où Malékith tenait sa cour. Ce projet était voué à l’échec : Caradryan était désormais le Capitaine de la garde personnelle du Roi Phénix, et Malékith était toujours escorté par plus de deux cents soldats choisis dans les rangs de la Garde Phénix et de la Garde Noire. Torhaeron trouva la mort sous la lame de Caradryan, et peu des conspirateurs s’enfuirent du Palais de Saphir. Mais les dégâts étaient faits.

Malékith bouillait de rage, et lâcha ses propres espions et assassins sur Eataine, avec pour ordre de ramener à Lothern tous les parents et relations des conspirateurs, pour y recevoir leur châtiment. Si le Roi Phénix était prêt à mettre à mort son plus fidèle amiral, c’était avec plaisir qu’il remplirait les canaux de Lothern de sang Asur.

Cet épisode conduisit enfin Imrik à défier l’autorité de Malékith. Des mots durs furent échangés devant le trône du Roi Phénix, des mots qui faillirent se transformer en coups. Imrik finit par capituler, marchant d’un pas vif hors de la salle, avec un masque de colère noire comme un ciel d’orage, et sous les menaces de Malékith.

Le fait que ces menaces ne furent jamais mises à exécution était entièrement à mettre au crédit des mots soigneusement choisis de Teclis. Mais cette fois, l’Archimage n’essaya pas d’apaiser Malékith ; il lui rappela sans ménagement à quel point il était redevable envers Imrik, et quelques autres. Comprenant peut-être qu’il ne pouvait pas se permettre de perdre l’appui de Teclis et d’Imrik, le Roi Phénix finit par céder, et annula ses ordres concernant les familles des conspirateurs. Cette modération forcée arriva trop tard pour l’Amiral Sang Noir, dont le corps décapité avait été jeté aux Hydres quelques jours auparavant. Toutefois, Imrik - et beaucoup de Princes avec lui - fut suffisamment rasséréné par le geste de Malékith pour qu’une entente fragile règne à nouveau sur Lothern, et que la guerre contre Tyrion puisse être traitée sérieusement.


Ailleurs, au nord, Korhil et Adranna arrivèrent à Duskwide, en bordure d’Avelorn. Le royaume était très différent de ce qu’ils s’en souvenaient. Les vieux arbres s’étaient gauchis, et les routes qui menaient au cœur de la province avaient disparu sous la végétation. Tyrion et Morathi étaient déjà là, escortés par un ost de lanciers de Cothique bien plus vaste que la force de Korhil.

Protégé par l’enchantement d’Adranna, Korhil vit enfin Tyrion tel qu’il était devenu. Le Prince, et les guerriers qui l’accompagnaient, était étrangement plus émacié, et la pupille de ses yeux rougeoyait. Alarmé, Korhil observa son propre reflet dans le fer de Chayal, et y trouva un visage plus hâve qu’à l’accoutumée.

Korhil fut surpris de constater que Tyrion ne semblait pas remarquer le malaise de son Capitaine. En outre, il ne fit aucune récrimination à propos de la bataille désastreuse de Lothern, et refusa de discuter des implications du retour de Malékith. Tyrion n’en avait que pour Alarielle, pensant qu’elle était retournée dans les tréfonds d’Avelorn, et souhaitant la rejoindre. Korhil était très confus. Il percevait l’excitation malsaine qui transpirait des mots du Prince, mais se demandait pourquoi tant de lances étaient nécessaires pour des retrouvailles, et pourquoi Morathi, qui affichait son petit sourire habituel, ne prenait pas ombrage du désir si flagrant de Tyrion.

Ce soir-là, Tyrion fit donner un luxueux banquet dans le plus grand manoir de Duskwide. Korhil trouva la chose déplacée en cette période troublée, et nota la crainte avec laquelle le propriétaire des lieux se pliait aux exigences de Tyrion. Mais le Capitaine n’en dit rien, ne sachant pas quoi en dire. Il vit Adranna jouer le rôle de la créature lascive et cruelle façonnée par Morathi, et remarqua que ses frères, Dalroth et Dannor, étaient aux petits soins de Tyrion, lui racontant des histoires d’une indécence calculée.


Le lendemain matin, l’armée - car c’était bel et bien une armée, malgré les dires de Tyrion - entra en Avelorn et se dirigea vers Withelan, où Alarielle avait établi sa cour. Les soldats voyagèrent pendant des jours dans la pénombre des frondaisons. Ce n’était pas l’Avelorn dont Korhil se souvenait. L’impression lui rappelait les forêts lointaines d’Athel Loren, où il s’était rendu à la requête de Finubar. Korhil ne vit pas âme qui vive, mais des ombres projetées par la lune qui se mouvaient comme de leur propre chef, et il se sentait toujours épié. Il semblait que le Capitaine ne fût pas le seul à nourrir des soupçons. Tyrion ordonna plusieurs fois de faire halte, et cria aux perfides guetteurs présumés de se montrer. Mais aucune réponse ne vint jamais. L’ost de Tyrion atteignit enfin Withelan. La forêt y était bien éclairée, les tentes de soie de la cour de la Reine Éternelle miroitaient à la lueur des lanternes et d’étincelles de Magie emprisonnées. Alarielle, dont la lumière brillait plus que toute autre, attendait au milieu de la clairière, et elle n’était pas seule.

La garde d’Alarielle, les Sœurs d’Avelorn, était alignée dans la trouée, arc en main. D’autres Elfes attendaient également : des archers vêtus de vert vif, et des chasseurs au casque orné de bois juchés sur des cerfs racés. Leur chef, Araloth de Talsyn, se tenait au côté d’Alarielle. L’imposante silhouette d’Orion se dressait un pas derrière elle, la lance rivée au sol. Le Dieu de la forêt tremblait d’une colère à peine contenue, et les chiens à ses pieds grognèrent quand Tyrion fit avancer Malhandir vers Alarielle. Et le sourire de Morathi ne s’effaçait toujours pas.


« Je suis venu vous chercher, ma reine, car tel est mon droit, et mon destin. »

Korhil se dit que le ton de Tyrion ne souffrait aucun débat, mais à l’évidence, les mots du Prince ne trouvèrent aucun écho favorable.

« Le Tyrion que je connaissais ne me demanderait jamais une telle chose, et l’exigerait encore moins en faisant prévaloir son droit, » répondit froidement Alarielle. « Autrefois, je me serais offerte à vous par amour, mais je ne me laisserai certainement pas traiter comme un vulgaire trophée. »

« Je suis le Roi Phénix, » la coupa Tyrion. « Me reniez-vous ? Reniez-vous votre peuple ? »

L’expression d’Alarielle s’adoucit, se muant en tristesse : « Khaine s’est engouffré dans le vide de votre âme. Vous n’êtes digne ni du trône, ni de moi. Je suis navrée. »

« Ulthuan est en guerre ! » cria le Prince en refermant les doigts de sa main tendue pour former un poing. « Le Roi Sorcier corrompt notre peuple ; notre seul espoir réside dans l’unité. Vous serez ma reine ! »

Tyrion éperonna Malhandir. Un léger bruissement se propagea dans la clairière comme les Sœurs encochaient leurs flèches. Orion grogna, mais se calma quand Alarielle leva la main. Le geste ne lui était pas destiné en propre.

L’éclat de la Reine Éternelle devint encore plus brillant. Des racines jaillirent du sol, et s’enroulèrent autour de Tyrion et Malhandir pour les enserrer. Le Prince renifla de mépris et fit mine de dégainer la Faiseuse de Veuves, mais il ne parvint pas à libérer son bras.

Tyrion n’était pas le seul à subir ce sort. Korhil fut également attaché par des racines, et il entendit l’agitation des autres Elfes qui se faisaient piéger de la sorte. En un clin d’œil, l’ost de Tyrion fut entièrement paralysé.

« Ici, en Avelorn, vous ne prendrez rien sans que je vous l’autorise, » dit Alarielle d’une voix dure qui coupa le vacarme ambiant sans effort.

Ce fut alors que Morathi se décida à parler : « En êtes-vous si sûre ? » demanda la Sorcière Matriarche, avant d’éclater de rire.


La Bataille de Withelan[modifier]

La Garde de la Reine Éternelle[modifier]

Après des millénaires de suspicion, les Elfes d’Avelorn et d’Athel Loren sont unis de nouveau. Comme il sied à une race si portée aux extrêmes, ce sont l’amour et la haine qui ont rendu possible cette réunification : l’amour d’Alarielle, et la haine des ténèbres qui s’abattent sur Ulthuan.

Orion, Roi des Forêts
Les Lances d’Orion

Orion, Roi des Forêts
Pour la première fois depuis maints et maints hivers, Orion ne s’est pas immolé dans le bûcher funéraire, car Ariel n’étant plus, il sait qu’il ne renaîtra pas avec le printemps. La part de Kurnous en lui est ravie, car il ne supportera pas de vivre longtemps sans sa bien-aimée, désormais absente de ce monde, hormis le fragment d’Isha qui subsiste en Alarielle. La part mortelle d’Orion est triste, consciente qu’après son trépas, les Asrai seront changés à jamais. Pourtant, les deux aspects de sa personnalité, l’ancien Dieu et le Prince elfique, partagent la même détermination. Orion se rend donc sans peur à Withelan, et son courage gonfle les cœurs de ses compagnons.

Seigneur Daith de Torgovann

Les Lances d’Orion
Les Lances d’Orion sont l’une des plus grandes parentèles qui doivent allégeance au Roi des Forêts en personne. Depuis des milliers d’années, ces chasseurs forment l’avant-garde de sa Chasse Sauvage, et chaque hiver, la dernière ligne de défense du Chêne des Âges. Certains sont des jeunes d’à peine quatre-vingt-dix ans, d’autres servent leur Roi depuis la trahison de Coeddil, voire se souviennent du terrible hiver qui vit la première manifestation d’Orion. Tous ont juré de combattre et de mourir à ses côtés, et ne redoutent aucune lame ni aucune sorcellerie tant que leur Roi a besoin d’eux.

Les Éperviers de Talsyn

Seigneur Daith de Torgovann
Quand Alarielle a annoncé son retour en Ulthuan, personne n’a été plus déterminé à l’accompagner que Daith, le maître forgeron. Beaucoup se sont étonnés de cette décision, en raison de la cécité et de l’infirmité de Daith. Toutefois, quelques-uns - Araloth de Talsyn, notamment - l’ont déjà vu se battre, et reconnaissent que les handicaps de Daith ne sont rien comparés à la volonté qui le pousse. La dernière chose qu’a faite Daith avant de partir a été d’ouvrir en grand les portes de sa chambre forte, pour faire don à ses compatriotes de toute la gloire de son armurerie. C’est ainsi que nombre des Elfes qui escortent Alarielle manient des armes telles qu’on en a jamais vu.

Sylve de Guerre de Durthu

Les Éperviers de Talsyn
Araloth, le Seigneur de Talsyn, a été le premier à apporter son appui inconditionnel à l’ascension d’Alarielle au rang de Reine d’Athel Loren. Ce vœu d’allégeance permet de s’attacher les services non seulement d’un des plus grands héros Asrai - qui était déjà le champion d’Ariel -, mais également des grandes parentèles de Talsyn. La plus éminente d’entre elles est celle des Éperviers de Talsyn, qui forment un ost combiné de cavaliers, d’archers et de lanciers dont les lames ont vaincu un nombre incalculable d’Hommes-Bêtes. Contrairement aux autres guerriers qui accompagnent la Reine Éternelle, ils ne redoutent pas d’affronter d’autres Elfes, car leur foi en Alarielle est aussi totale que celle qu’ils vouent à leur seigneur.

Les Filles de l’Hiver

Sylve de Guerre de Durthu
Les Esprits des Forêts d’Athel Loren ne sont pas venus en Ulthuan depuis très longtemps, et ne l’ont pas défendu depuis des temps encore plus immémoriaux. Ils ne se sont pas déplacés par loyauté envers la Reine Éternelle, comme les Asrai, mais parce que Durthu le leur a ordonné. Alarielle ayant dissipé sa démence du doyen des aïeux, celui-ci a commencé à entrevoir des aperçus de l’avenir : il a pu voir les dégâts irréparables que les serviteurs du Chaos causaient à la Trame. C’est pourquoi il a réveillé les titans d’écorce qui combattaient à ses côtés en des âges révolus Lorrenoc, Sidhendri, Talbornan et Givrioth -, pour lui servir de lieutenants dans une armée d’esprits comme on en a jamais vu depuis des siècles.

Les Filles de l’Hiver
La sororité d’Isha est considérée avec un mélange de peur et de mépris par les autres Asrai, car leurs actes et leurs motivations sont toujours nimbés de mystère. Lorsqu’elles se sont présentées de manière imprévue pour faire serment d’allégeance à Alarielle, la position de la Reine Éternelle s’en est trouvée renforcée de fait, l’événement suscitant toutefois le doute chez de nombreux témoins.


La Garde de la Reine Éternelle

Alarielle, Avatar d’Isha

Orion, Roi des Forêts

Araloth, Seigneur de Talsyn

Naieth la Prophétesse
Tisseuse de Charmes

Seigneur Daith de Torgovann
Seigneur Sylvain

Durthu, Doyen des Aïeux

Les Filles de l’Hiver
Un sabbat de Sœurs des Épines

Les Éperviers de Talsyn
Trois parentèles de Chevaliers Sylvains, cinq parentèles de Gardes Sylvains et deux parentèles de Gardes Éternels

Sylve de Guerre de Durthu
Quatre Hommes-Arbres Vénérables, six
Hommes-Arbres, six ronciers de Lémures et douze bruyères de Dryades

Les Lances d’Orion
Une grande chasse de Cavaliers
Sauvages de Kurnous
, trois parentèles
de Chevaliers Sylvains

Les Cavaliers du Vent de Skymark
Deux parentèles de Chevaliers Sylvains

L’Ost des Fougères
Une parentèle de Chevaliers Sylvains

La Garde de Daith
Une parentèle de la Gardes Éternelles

Les Sentinelles de Withelan
Trois régiments de Sœurs d’Avelorn

Les Cœurs de Chêne
Trois légions de Lanciers Hauts Elfes et
trois milices d’Archers Hauts Elfes

Les Invisibles
Une parentèle de Forestiers

La Garde Radiante
Un ost obligé de Heaumes d’Argent

Les Veilleurs
Trois parentèles de Gardien des Bois
Sauvages

L’Ost de Khaine[modifier]

Tyrion, et tous ceux qui combattent à ses côtés, ont succombé aux ténèbres. Khaine a désormais une influence totale sur eux, la Faiseuse de Veuves nourrissant leur décadence et leur vanité comme elle le fit jadis pour Ænarion. S’il y a encore du bien en Tyrion, il est profondément enfoui dans son âme en arrivant à Withelan.

Tyrion
Prince Dalroth
Les Griffes de Drakira
Adranna

Tyrion
Nombreux sont ceux qui voient dorénavant que Tyrion a changé, que des ténèbres plus insondables que toutes celles qu’il a combattues sont tombées sur lui. Bien des Hauts Elfes ont accueilli volontiers ce changement, croyant que la cruauté leur permettrait de gagner. Beaucoup d’autres ont été submergés par l’ombre grandissante de Khaine qui entourait le Prince, et ne se sont pas rendu compte que leur personnalité s’altérait en présence de la Faiseuse de Veuves.

Les Corneilles de Khaine
Les Chevaliers de Tor Alin

Prince Dalroth
Parmi les nobles de Cothique, peu se sont laissés absorber par l’ombre de Khaine aussi pleinement que le Prince Dalroth. Encouragé par son frère, Dalroth a trahi ses propres parents - en les livrant à Tyrion et à Morathi en échange de leurs bonnes grâces -, mais il a commis d’autres actes encore plus sinistres. Nombre de ses serviteurs ont trouvé la mort au cours de ses oraisons extatiques vouées au Destructeur, et le Prince rêve déjà des offrandes ensanglantées qu’il pourra lui faire à l’issue de la bataille.

Adranna
Fille aînée du Prince Dalloran, Adranna est la seule de sa fratrie à ne pas s’être totalement abandonnée à Khaine - et ce n’est pas faute de tentatives de la part de ses fourbes de frères. Adranna peut voir les destins possibles. Si elle est rebutée par l’idée de combattre pour le compte de Tyrion et de Morathi, elle sait que sa seule chance de survie - de même que pour Korhil, son allié et confident - réside dans sa loyauté feinte au faux Roi Phénix. Adranna tuera si nécessaire, mais ses regrets ne seront d’aucun réconfort pour les proches de ses victimes.

Les Griffes de Drakira
Vengeance est une valeur chère aux Elfes Noirs, et Drakira - la Déesse priée par tous ceux qui veulent être dédommagés - est donc invoquée par les Druchii de tous rangs. Les Affrelances de Ghrond appelés les Griffes de Drakira se considèrent comme l’instrument grâce auquel la Déesse des promesses non tenues voit sa volonté accomplie dans le monde des mortels. Ils ont trouvé en Tyrion un patricien qui ne manque pas de motifs de vengeance : son trône est contesté, et son frère, ses amis et même son amante l’ont trahi. Même sans l’ombre grandissante de Khaine qui amplifie leur soif de meurtre, les Griffes de Drakira ont bien assez de raisons de combattre.

Les Chevaliers de Tor Alin
La plupart des régiments de Cothique ont été entraînés par Tyrion, mais les Chevaliers de Tor Alin ont un lien particulier avec lui. La famille de Tyrion a possédé une terre à Tor Alin pendant des générations, et c’est dans les rangs des Heaumes d’Argent de la cité que le jeune Prince a parfait ses capacités. Et sans Tyrion, les traditions des Chevaliers de Tor Alin se seraient éteintes à l’occasion d’une bataille avec les Corsaires de Drane Sang Noir. Bien que de nombreuses années se soient écoulées, ce lien n’a fait que se renforcer. Les rares Chevaliers qui n’ont pas combattu avec le Prince ont été formés par lui, et tous suivront ses ordres sans hésiter.

Les Corneilles de Khaine
Alors que l’ombre autour de Tyrion s’épaissit encore, le nombre de Harpies en Ulthuan se multiplie dans la même proportion. Elles sont attirées par les massacres comme les mouches par les excréments, et leurs voix cruelles déchirent le ciel des ruines d’Anlec jusqu’aux frontières d’Eataine et d’Yvresse. Même dans les terres épargnées par la guerre de Malékith, la surveillance a été renforcée pour empêcher les vols de Harpies d’emporter enfants et infirmes. Les Corneilles de Khaine, quant à elles, ne se contentent pas de ce genre de menus repas, et suivent l’ost de Tyrion en quête de gibier plus succulent.


L’Ost de Khaine

Tyrion, Avatar de Khaine

Morathi, la Sorcière Matriarche

Korhil, Capitaine des Gardes Lions

Prince Geron
Prince Haut Elfe

Prince Dalroth
Prince Haut Elfe

Prince Dannor
Prince Haut Elfe

Adranna
Sorcière

Les Griffes de Drakira
Trois légions d’Affrelances

Les Chevaliers de Tor Alin
Quatre osts obligés de Heaumes d’Argent

Les Chevaliers de l’Ombre Ardente
Une brigade de Chevaliers sur Sang-
Froid
, et un de Chars à Sang-Froid.

La Compagnie Crinière-Pure
Deux groupes de Lions Blancs

La Ménagerie de Raema
Trois Hydres de Guerre, deux Kharibdyss

La Mort Stridente
Une troupe de Sœurs du Massacre

Les Élus de Mathlann
Deux légions de Lanciers Hauts Elfes et
deux milices d’Archers Hauts Elfes

Les Nautoniers de Tor Acoth
Une escadrille de Cotres de Lothern

La Garde Selekan
Trois légions d’Affrelances et deux légions
de Sombretraits

Les Kraniophores
Deux légions de Tristelames et deux
légions de Sombretraits

Les Sans-Voix
Une légion d’Affrelances

Les Corneilles de Khaine
Un vol de Harpies



Rares étaient les individus qui connaissaient le secret d’Ariel : la Reine d’Athel Loren avait jadis étudié la Magie Noire, sous la tutelle de nulle autre que Morathi, qui avait partagé son savoir en échange de sa vie. Toutefois, à l’époque, la ruse de la Sorcière Matriarche était déjà inégalable ; par le biais de ses leçons, elle planta une graine cachée dans le cœur d’Ariel. Cette corruption mena la Reine de Loren à la folie. Cette démence finit par passer, mais Ariel ne s’en débarrassa jamais totalement. La graine ténébreuse perdura dans la Reine Magicienne au cours de toutes les saisons qui suivirent, attendant l’appel de Morathi. Même si Ariel était morte, une part d’elle-même subsistait en Alarielle, de même que la graine. Et lorsque le rire de Morathi résonna dans la clairière, la coque magique s’ouvrit et des pousses impures germèrent dans l’âme de la Reine Éternelle.

« Écarte-toi, corniaud ! Alarielle est à moi. »

La voix de Tyrion était grave et sifflante, comme celle d’un serpent, se dit Araloth.

« Elle appartient à tous et à personne, » répondit-il. « Et tous ne connaissent déjà que trop bien les limites de votre respect. »

« Tu l’auras voulu, » cracha Tyrion, et la Faiseuse de Veuves bondit vers Araloth.

Tyrion était rapide - encore plus qu’Araloth l’avait supposé. Même s’il s’attendait à une telle attaque, il savait qu’il ne pourrait la parer ni l’esquiver. Alors que la pointe scintillante de l’épée de Khaine s’élançait vers son cœur, le temps sembla ralentir, mais ses membres étaient lourds comme du plomb.

Il y eut un mouvement flou à la droite d’Araloth, suivi d’un son métallique. L’estocade de Tyrion fut déviée quand la Lance de Kurnous heurta la lame de la Faiseuse de Veuves. L’instant suivant, il y eut un tonnerre de sabots, et Tyrion fut emporté au loin par la charge de la garde sauvage d’Orion.

Le Roi des Forêts ne se joignit pas immédiatement à la poursuite, mais s’agenouilla auprès d’Alarielle ; Araloth ne pouvait déchiffrer son humeur. Orion caressa la joue de la Reine du bout des doigts, puis leva la main distraitement pour rattraper sa fidèle lance.

« Veillez sur la Reine, » ordonna-t-il de sa voix grondante à Araloth. Orion se redressa, porta le Cor de la Grande Chasse à ses lèvres et les arbres tremblèrent jusqu’à la cime sous l’effet de sa fureur.

Araloth ignorait tout de ce maléfice. Il entendit seulement le cri d’Alarielle et la vit s’écrouler. Le Seigneur de Talsyn se porta au secours de la Reine avant qu’elle tombe, avant même que les racines qui enserraient l’ost de Tyrion se dessèchent et meurent. Alors qu’Araloth se penchait au côté d’Alarielle, les haros volèrent, suivis de près par les premières flèches. Araloth observait le fluide huileux et noirâtre qui suppurait des yeux et de la bouche de la Reine, quand des bris de bois et un beuglement de triomphe lui apprirent que Tyrion s’était libéré. Araloth se releva et se tourna pour faire face au Prince.

Malgré la situation qui dégénérait, Tyrion semblait presque calme. Il guida Malhandir vers Araloth, et ordonna au Seigneur de Talsyn de s’écarter. En guise de réponse, Araloth leva sa lance. Il ne se faisait aucune illusion quant à ses chances de vaincre Tyrion, mais il ne vacilla pas quand la mort vint le prendre.

Le cor d’Orion retentit dans la clairière, et d’autres cornes se joignirent à lui. Les notes intrépides dansaient dans l’air, éveillant une telle sauvagerie que les Demoiselles d’Honneur, habituellement impavides, sentirent leur sang bouillir. Les gardes de la Reine Éternelle bondirent en brandissant lances et épées. Les flèches étaient encochées et lâchées en pleine course, et sifflaient comme pour annoncer la mêlée imminente. Seul Araloth et un petit détachement de la Garde Éternelle luttèrent contre l’appel du cor. Leur devoir était d’emporter Alarielle dans les ruines situées sur les arrières de l’armée, où Naieth la Prophétesse guidait les actions de ses Tisseurs de Charmes.


La Bataille de Withelan ne fut pas la plus glorieuse de son temps, mais compta parmi les plus féroces. L’ombre de Khaine enveloppait Tyrion chaque jour un peu plus, et prêtait autant de force et de fureur aux suivants qu’à leur Prince. Toutefois, les Asrai qui étaient venus en Avelorn avaient voué leur vie à la Reine Éternelle, et ils se sacrifièrent volontiers pour la défendre. Les sororités guerrières étaient encore plus déterminées, car elles considéraient la Reine Éternelle comme une Déesse bien avant que leurs cousins éloignés ne l’aient décrété. Elles qui avaient déjà affronté les Démons mettaient leur expérience à profit contre les traîtres, sans regret. La plupart des sœurs supérieures pensaient depuis longtemps que la malédiction d’Ænarion ne faisait pas de Tyrion le meilleur consort pour leur Reine, et ce qu’elles virent en ce jour les conforta dans cette opinion.

Au centre de la clairière, Tyrion se battait comme une bête en cage. Il était cerné par les adeptes de Kurnous, mais leurs lances ne trouvaient aucune faille dans son armure, hormis l’entaille faite par Imrik, et le Prince veillait à ne pas la présenter. Le sang giclait comme la Faiseuse de Veuves s’abattait, encore et encore. Tyrion ne cessait pas de rager et de jurer, résolu à atteindre Alarielle. Les Cavaliers Sauvages tombaient et mouraient autour de lui, mais pas un ne chercha à fuir.

La Bataille de Withelan ne fut pas la plus glorieuse de son temps, mais compta parmi les plus féroces.
Alarielle, l’avatar d’Isha
D’autres maîtres des chevaux entrèrent en lice, ceux de Skymark et de Witherhold, dont les flèches étaient plus précises au galop que celles de bien des tireurs stationnaires. Puis vinrent les lances de la Garde Éternelle, et les haches des Rangers, dont les mines austères offraient un contraste saisissant avec les Danseurs bondissants qui les dépassèrent. Des silhouettes se faufilaient entre les arbres en lisière de la clairière : les Dryades traquaient des ennemis peu méfiants sur qui mettre les griffes. Plus loin, on distinguait des ombres plus imposantes, Durthu et ses lieutenants s’attaquant au flanc nord de Tyrion.

Voyant leur seigneur encerclé, les Chevaliers de Ghrond et de Cothique éperonnèrent leurs montures, mais leur charge fut dispersée tandis qu’Orion emmenait davantage de cavaliers dans la mêlée. Le Roi des Forêts se jeta sur les Chevaliers sur Sang-Froid, ignorant les serres et les lames qui labouraient sa chair. La Lance de Kurnous éviscéra trois Chevaliers en armure de plates et en jeta un autre à terre. L’Elfe Noir geignit un moment, sa chute lui ayant brisé les jambes, puis le sabot d’Orion s’abattit, pulvérisant les côtes du chevalier, et les cris se turent. Orion s’engouffrait dans la bataille pour s’approcher de son ennemi désigné. Mais tout comme Tyrion, le Roi des Forêts était entravé par ses adversaires. La distance qui les séparait n’était pas si grande, mais ils n’auraient pas pu s’affronter plus facilement que s’ils s’étaient trouvés de part et d’autre du Grand Océan.


Ce n’était plus une bataille d’arcs, mais d’épées. Les premières volées avaient prélevé un lourd tribut sur l’ost de Tyrion, mais à présent les boucliers se verrouillaient, et les flèches d’Avelorn et d’Athel Loren gaspillaient leur force sur le bois et l’acier. Korhil dirigeait le flanc sud, à la tête de ses soldats de Chrace, vétérans de sa campagne ratée. Adranna l’accompagnait, dont les sorts vacillaient entre ombre et lumière comme elle alliait son enseignement initial à l’art sombre que Morathi lui avait insufflé. Plus au nord, Dalroth et Dannor guidèrent les guerriers de Ghrond et de Cothique au milieu du carnage. Alors que Korhil s’efforçait de préserver son honneur écorné, les deux frères ne montraient aucune retenue. Rivalisant de cruauté, ils jetaient leurs soldats dans la mêlée comme le blé sous la meule, au mépris des vies dilapidées par leur témérité. Tandis que les cadavres de leurs sujets s’entassaient devant eux, le Prince Geron, le plus fidèle conseiller de leur père, essaya de tempérer la folie des frères. À la seconde tentative, Dalroth lui trancha la gorge avant de livrer son corps en pâture à un Kharibdyss.

La clairière trembla sous le choc des deux osts, les cris de guerre sauvages des Asrai offrant un contrepoint rugueux aux chants de bataille mélodieux des Asur. Seuls les guerriers de Ghrond restaient silencieux, comme d’usage. De toute façon, leur maîtresse était assez tapageuse pour eux tous.


Les éclats de rire de Morathi étaient telles des rafales de vent qui soufflaient sur tout Avelorn et au-delà. Bien que cette confrontation ne fût pas due à ses manigances, la Sorcière Matriarche était déterminée à boire le calice doucereux qu’on lui présentait jusqu’à la lie. Elle n’avait pas oublié son humiliation lorsque Ghrond était jadis tombé par la main des Asrai, et si elle ne pouvait plus mettre la main sur Ariel, elle allait exercer sa vengeance sur ses héritiers. Les Vents de Magie, si chauds et mielleux en traversant Avelorn, se pliaient aisément à la volonté de Morathi. Son rire prit la forme de mots exquis, dont le ton montait et descendait avec le flux et le reflux de la Magie canalisée. Le pic de l’incantation s’accompagna d’un craquement soudain et assourdissant.

Korhil sentit que l’air se figeait et vit le nuage ondulant de brouillard noir gonfler devant les doigts de la Sorcière Matriarche. Elfes et Dryades s’écartèrent de son chemin. Des segments de tentacules, gras et roses, jaillissaient de la brume, laissant des zébrures d’un vert vif partout où ils frappaient. La Capitaine vit une bande d’Asrai se désagréger comme le nuage l’engloutissait, et les guerriers lâcher leurs lances en tentant de s’évader. Tous n’y réussirent pas. Les plus lents disparurent, avalés par le nuage. D’autres poussèrent des cris de panique lorsque des tentacules s’enroulèrent autour de leurs membres pour les attirer dans les ténèbres suintantes. Korhil vit une Elfe être emportée alors qu’elle essayait d’aider un camarade, et un autre délivré par une flèche bien ajustée qui sectionna le tentacule autour de sa taille. Un sang vert s’écoula de la blessure et le nuage émit une plainte stridente, mais il continuait d’avancer, traçant un sillage d’herbe desséchée et laissant une armée de squelettes proprement débarrassés de toute chair.

Araloth rejoignit Naieth tandis que les mystiques de l’armée cherchaient à défaire la conjuration de Morathi. Le nuage noir approchait déjà du cercle des lanciers de Torgovann et des archers d’Avelorn qui protégeait le groupe de Naieth ; le temps n’était plus aux mesures subtiles. Araloth eut l’impression que la forêt gémissait comme Naieth tissait son contre-sort. Tout autour de lui, des feuilles qui étaient restées vertes depuis l’aube des temps se flétrirent et tombèrent. Des arbres qui avaient enduré le passage des siècles vieillirent jusqu’à être réduits en poussière comme on drainait leur énergie pour contenir le tourbillon de ténèbres. Dans un sifflement ténu, le vortex de noirceur se dispersa telle la fumée dans la brise, et des cris de joie montèrent des rangs Asrai. Trois sorciers s’écroulèrent, vidés de toute vie par le sort qu’ils avaient rompu, et Naieth s’agrippa pesamment à son bâton tandis que sa fidèle chouette voletait avec inquiétude près de sa tête.


Araloth déposa soigneusement Alarielle au sol, et Naieth appela d’autres Archimages à ses côtés. La Prophétesse plissa le nez de dégoût, mais assura à Araloth que le mal pouvait être purifié, avec le temps. Hélas, le temps était une denrée dont les Asrai manquaient cruellement. Alors même que Naieth préparait une bénédiction pour aspirer le poison de Morathi, un ululement monta de par-delà les lignes de Torgovann.

Des ennemis apparurent, qui riaient et dansaient en fendant les lignes de lanciers. Elles ne portaient pas d’armure, juste des masques dorés figurant les traits de Démons. Leurs mouvements coulants étaient d’une grâce incroyable, tandis que leurs fouets à maillons de chaîne frappaient pour trancher gorges et artères. Laissant Alarielle aux soins de Naieth, Araloth ordonna à son unité de se joindre au combat. Alors même que le Seigneur de Talsyn accourait, le centre du mur de lances se désintégra. Les assaillantes se ruèrent dans la brèche vers la Reine Éternelle avec un cri de triomphe, et Araloth sut qu’il ne pourrait pas s’interposer. Mais quelqu’un d’autre le pouvait. Marchant parmi les cadavres avec une assurance qui démentait sa cécité, Daith, le Seigneur de Torgovann à la chevelure blanche, lança un défi aux sœurs de Naggaroth. Araloth, dont les poumons le brûlaient encore suite à l’effort, entendit la gladiatrice en chef faire quelque commentaire insultant, puis vit sa tête rouler par terre, sectionnée par un coup parfait. Araloth n’avait même pas vu bouger la lame de Daith. Les autres guerrières masquées se jetèrent à l’assaut avant même que le corps de leur championne s’effondre. Elles fondirent toutes ensemble sur le vieil Elfe pour le faire ployer sous le poids du nombre et par leur adresse combinée. Vain effort.

« Ce n’est pas la première fois que je livre cette bataille, » souffla Daith comme Araloth le déposait à terre, « mais ce sera la dernière. »

Araloth fronça les sourcils : « Je ne comprends pas. »

« Ne sois pas triste. En te dressant entre Khaine et Isha, tu m’as délivré. Cette fois, je n’aurai pas à m’échiner à la forge pour payer sa rançon. » La voix de Daith se fit plus forte, plus déterminée, et il saisit le bras d’Araloth. « Il ne doit pas la reprendre, jamais plus ! »

« J’y veillerai, » promit Araloth au seigneur mourant, ne sachant pas quoi dire d’autre.

Daith ne sembla pas l’avoir entendu. « Vaul, m’appelait-on à l’époque, » murmura-t-il, « avant que les Dieux Sombres nous chassent des cieux. »

Araloth écarquilla les yeux. Daith vit son expression, et rit faiblement.

« Lileath t’a libéré de la toile du destin, pourtant, tu restes ignorant du cycle auquel elle t’a permis d’échapper, » s’amusa-t-il. « Elle a toujours été ma nièce préférée, mais fais bien attention à elle. Quoi qu’elle t’ait dit de ses plans, ils seront beaucoup plus complexes. »

« Je le ferai, » promit à nouveau Araloth, bien que son esprit bouillonnât encore sous l’effet des implications de ces révélations. Mais il importait peu, car Daith, Seigneur de Torgovann, n’écoutait plus.

Tandis qu’Araloth réduisait la distance avec les lignes de Torgovann, il se dit que même s’il atteignait l’âge vénérable de Daith, il n’égalerait jamais ses prouesses martiales. Alors que les attaques des Druchii masquées étaient sauvages et théâtrales, celles de Daith étaient mesurées et efficaces ; son épée ne se mouvait pas d’un cheveu de plus que nécessaire. Une contraction du poignet, et la pointe large de sa lame déviait un coup de fouet barbelé ; un revers, et la gorge d’une Elfe Noire était ouverte jusqu’à l’os. Les gestes de Daith étaient sans défaut, élaborés et fermes, au point de faire paraître ses adversaires maladroites. La brèche dans la ligne était large de quinze boucliers, mais Daith la tint.

La formation d’Araloth finit par combler la trouée. Daith pencha la tête vers Araloth et lui sourit. Les lances abaissées repoussèrent les dernières femmes masquées, mais non sans un dernier acte de représailles. L’une des gladiatrices, qui feignait la mort au pied de Daith, se redressa et planta une dague dans sa poitrine jusqu’à la garde. Avec un cri mêlant tristesse et colère, Araloth jeta sa lance pour abattre l’Elfe Noire. Découragées soudainement, les ennemies s’enfuirent, alors qu’Araloth rattrapait Daith dans sa chute.


Une clameur informa Araloth que les Elfes Noirs avaient retrouvé leur courage. Le Seigneur de Talsyn ramassa sa lance et retourna au combat.

Au nord, la bataille tournait en faveur du camp de la Reine Éternelle, les guerriers de Ghrond s’éparpillant devant la fureur de la Sylve de Guerre. Les phalanges de Cothique, plus disciplinées que leurs sombres cousins, maintinrent leur position, en vain. L’assaut des Esprits des Forêts était aussi lent et inévitable que la pousse d’une racine dans un rocher. Les lances se brisèrent contre une écorce épaisse, et les os rompirent sous le piétinement noueux des arbres animés. Les Elfes hurlaient de terreur comme des vignes hissaient haut leurs corps défendant, pour les projeter ensuite sur leurs camarades.

Pour contrer ce danger, Dalroth ordonna qu’on leur envoie la ménagerie de guerre de Ghrond. Les fouets claquèrent tandis qu’on aiguillonnait les monstres de Naggaroth sur le chemin des Homme-Arbres. D’énormes Kharibdyss, aussi balourds sur terre qu’ils étaient laids, glissèrent tels des serpents, en grinçant des mâchoires avec appétit. Des Hydres les suivaient de près, et les flammes qu’elles crachaient mordirent la chair des amalgames sylvestres.

Beaucoup périrent, consumés par le feu ou abattu par la Magie Noire, chacun d’eux emportant de nombreux ennemis avant de s’éteindre, mais Durthu était implacable. Aucune flamme ne prenait sur son enveloppe, et aucune griffe ne parvenait à la percer. Son épée runique traçait des arcs d’argent, et le sang impur des Kharibdyss se répandait sur l’herbe en grandes flaques bleues. Une Hydre se jeta sur lui, mais l’épée trancha deux têtes, et une troisième fut pulvérisée par l’impact d’un poing géant.


Le Chasseur…
… contre le Destructeur !
Au centre de la clairière, Tyrion finit par se libérer des Cavaliers de Kurnous. Le Prince ressemblait désormais davantage à un Démon qu’à un Elfe, avec son armure trempée de sang et son rictus frénétique. Il retira la lame de la Faiseuse de Veuves du corps de son dernier assaillant, puis éperonna Malhandir en criant de s’écarter aux Chevaliers qui encerclaient Orion.

Le Roi des Forêts luttait au sommet d’un monticule de corps ensanglantés aussi sinistre que celui que Tyrion laissait derrière lui. Les Elfes de Naggaroth et d’Ulthuan, les cruels Chevaliers de Hag Graef comme la fine fleur de Cothique, avaient péri par la Lance de Kurnous. Orion saignait par une douzaine de blessures légères, en plus de deux plaies béantes, mais sa force n’était pas amoindrie. Un limier était ramassé au pied de son maître, maculé de son propre sang et de celui du chevalier à qui il avait arraché la gorge. L’autre gisait, immobile, depuis qu’il avait reçu le coup de lance qui visait le cœur d’Orion.

Les Asrai qui assistèrent au combat d’Orion ce jour-là notèrent une détermination qu’ils n’avaient jamais observée chez leur Roi, malgré toutes ses renaissances. Aucun n’en connaissait la cause - sauf Alarielle, qui avait juré de ne pas en parler. Lorsque le cercle de Chevaliers qui entourait Orion s’ouvrit sur ordre de Tyrion, le Roi des Forêts ne fit pas défaut, et se jeta sur le Prince en poussant un cri féroce.

On n’avait rarement vu un tel combat depuis les jours d’Ænarion. Attaques et contre-attaques résonnaient alors que l’Épée de Khaine heurtait la Lance de Kurnous, faisant écho à une antique bataille céleste. Aujourd’hui comme jadis, Kurnous affrontait Khaine, et Isha était le prix. Aujourd’hui comme jadis, les mortels ne comptaient pas. Les Chevaliers de Tyrion, n’osant pas interférer, tournèrent leurs armes vers l’extérieur pour repousser les Asrai qui venaient au secours de leur Roi. Un nouveau cercle de corps et de sang encadra le duel divin, mais personne ne parvint à franchir la barrière de Chevaliers.

Orion sentait ses forces l’abandonner. La Faiseuse de Veuves avait entaillé sa chair en maints endroits, le feu qu’il contenait en lui depuis de longs mois était ravivé par la morsure de la lame. Quand la Lance de Kurnous cassa sous l’assaut de l’Épée de Khaine, Orion se redressa et saisit Tyrion par la gorge d’une main, et martela la cage thoracique armurée du Prince de l’autre. L’impact déforma le plastron doré d’Ænarion, et deux des côtes de Tyrion se rompirent. Une troisième céda lorsqu’Orion frappa son adversaire à nouveau, les lèvres du Prince laissant enfin échapper un cri de douleur.

La Faiseuse de Veuves arriva par le côté, guidée davantage par instinct que par dessein. Orion se baissa, mais sa corne fut quand même brisée. Le Roi des Forêts poussa un puissant beuglement en assénant un violent coup de tête à Tyrion, qui faillit vider les étriers. Orion en profita pour cueillir un fragment du fer de sa lance. Tandis que Tyrion se débattait, Orion planta l’éclat de métal dans le défaut qu’Imrik avait ouvert dans la cuirasse de Tyrion, et cassa la pointe dans la chair du Prince.

Cette action tarit les forces d’Orion. Il tituba en arrière, et sa peau luisait du feu qui brûlait en dessous. Ignorant le sang qui s’écoulait de ses propres blessures, Tyrion se redressa bien droit sur la selle de Malhandir. Il piqua des deux et abattit la Faiseuse de Veuves une dernière fois. Dans un ultime brame, Orion, Roi des Forêts, mourut. Bientôt il ne fut plus que cendre. Le cycle s’était achevé encore une fois, par la mort du Chasseur de la main du Destructeur. Tout ce qui restait de lui attendait que la Mère vint le reprendre.


Le dernier cri d’Orion ne fut pas ignoré. Au moment où il retentit, les yeux d’Alarielle s’ouvrirent brusquement, son réveil devant autant à ce hurlement qu’aux efforts de Naieth pour ranimer la Reine Éternelle. Éprise d’une énergie soudaine, Alarielle se leva pour voir Tyrion rassembler ses Chevaliers survivants. Ce n’était pas par hasard qu’elle avait choisi Withelan comme lieu de confrontation. Bien que la manœuvre de Morathi eût presque causé sa perte, Alarielle savait que la Sorcière Matriarche emploierait quelque vilenie, et qu’elle devrait faire confiance à ses suivants. Le coût était exorbitant, mais les triomphes faciles n’avaient plus cours - seulement la victoire à tout prix, ou la défaite.

Les ruines de Withelan n’étaient pas Elfiques. Elles étaient l’œuvre d’une antique et terrible puissance qui cherchait à dominer la Magie d’Avelorn, plus forte à Withelan que partout ailleurs, hormis le Val Gaéen. Les monuments s’étaient écroulés - car c’est le destin de tout ouvrage -, mais la réserve de pouvoir demeurait. Morathi ne pouvait l’employer, car c’était une Magie de lumière et de vie, les domaines de la Reine Éternelle, et à présent elle l’invoquait.

Le sol gronda lorsqu’un escalier en colimaçon en jaillit pour soulever Alarielle presque au-dessus de la canopée. En s’élevant, elle nota la consternation et la surprise sur le visage de Morathi, qui essayait vainement de contrôler la Magie libérée. Comme beaucoup avant elle, la Sorcière Matriarche n’avait pas vu en Alarielle un adversaire à sa hauteur, juste une nourricière et une protectrice. Aussi loin que remontaient les souvenirs d’Alarielle, on lui avait toujours servi cette attitude.

Quand les marches en spirale se stabilisèrent, Alarielle embrassa le champ de bataille du regard. Elle vit le sol calciné où Orion avait péri, le tas de corps où Daith avait combattu, les bannières de trois grandes nations d’Elfes qui s’affrontaient pour décider de son sort. Mais surtout, elle vit Tyrion à la tête de ses Chevaliers, qui creusaient un sillon de ruine parmi ceux qui osaient leur barrer la route.

La sorcellerie des Druchii ne doit pas être sous estimée !
La charge des Cavaliers de Kurnous
« ASSEZ ! »

Alarielle n’avait pas conscience de l’avoir dit tout haut, mais sa parole retentit dans toute la clairière. La Magie répondit à son appel en affluant du sol et en remontant les escaliers. Ses pulsations faisaient frémir le champ de bataille ; chevaux et Sang-Froid se cabraient quand elles les atteignaient, jetant les Chevaliers à bas de leur selle, et lorsque les cavaliers se remirent debout, le sortilège d’Alarielle s’empara d’eux. Leurs membres devinrent lourds et la souffrance déchira leurs âmes. Ils implorèrent la Reine Éternelle en levant les bras vers elle. Mais Alarielle n’avait plus de pitié en ce jour.

La peau des Chevaliers épaissit et se craqua sous l’effet de la Magie ; armure et tissu tombèrent en poussière. Leurs jambes devinrent des racines, qui plongèrent profondément dans le sol ; leurs bras suppliants se fendirent en branches poussant rapidement, et des feuilles d’un vert brillant jaillirent de leur chair noueuse. Il ne resta bientôt plus que Tyrion, protégé par l’Épée de Khaine. Le seul signe de l’existence de ses Chevaliers était les bijoux enchantés emmêlés dans les branches, et des motifs dans l’écorce qui évoquaient des visages tordus de douleur.

La majeure partie de l’armée de Tyrion aurait péri sans l’intervention de Morathi - bien qu’elle agît sans doute pour se sauver elle-même. Quand le raz de marée magique déferla sur le champ de bataille, la Sorcière Matriarche puisa dans ses propres réserves cabalistiques. Alors que les premiers rangs des phalanges de Tyrion se transformaient, elle prononça un mot interdit. Il n’y avait désormais plus trace de rire dans sa voix, seulement du désespoir.

Une vague de Magie Noire s’éleva sur l’injonction de Morathi, nourri non par la roche d’Avelorn, mais par les âmes corrompues des partisans de Tyrion. Elle heurta le sort d’Alarielle à quelques pas de la Sorcière Matriarche, et l’air se para de maintes couleurs là où les deux vagues se rencontrèrent. Une terrible plainte se répercuta dans la clairière ; la crête des sortilèges dansait comme une flamme. Puis, dans un choc assourdissant, les sorts implosèrent, le contrecoup éjectant Morathi du dos de Sulephet et jetant Alarielle à bas de son pinacle.

Morathi tomba à la renverse sur l’épais tapis herbeux de la clairière ; du sang lui coulait des yeux et des oreilles, et son âme noire se consumait de douleur. Ses demoiselles se regroupèrent autour d’elle et l’emportèrent au loin. Adranna était du nombre, et si elle en avait eu l’opportunité, elle aurait enfoncé une dague dans le cœur de la Sorcière Matriarche. Toutefois, la Princesse estima qu’il y avait trop de demoiselles loyales aux petits soins de leur maîtresse, ce qui compromettait ses chances de réussite. Sacrifier une vie pour débarrasser le monde de Morathi était une chose ; se sacrifier pour rien en était une autre.


À l’autre bout de la clairière, une grande lamentation monta tandis qu’Alarielle tombait, mais quelqu’un choisit d’agir au lieu de s’affliger. Ignorant les lances qui se fichaient dans son écorce, Durthu s’élança. Faisant preuve d’une grâce que peu lui connaissaient, il bondit sur le colimaçon. Il laissa tomber son épée pour s’agripper aux vieilles pierres, et rattrapa la Reine Éternelle au vol. La clairière eut un soubresaut lorsque Durthu lâcha sa prise et s’écrasa au sol, avec une Alarielle abasourdie dans sa poigne calleuse.

Alors que Durthu déposait doucement Alarielle, Tyrion éperonna dans le bosquet difforme qui était naguère ses Chevaliers, la Faiseuse de Veuves au clair. L’épée s’embrasa en pénétrant le flanc de Durthu, la blessure produisant une épaisse fumée noire. Elle brûlait Durthu comme jadis le feu des Nains, mais l’Homme-Arbre ne laissa échapper aucune plainte. À la place, il enroula ses doigts autour de la portion d’acier exposée et entreprit de retirer la lame divine de son corps. Pendant un court instant, Durthu et Tyrion furent figés dans un étrange tableau, aucun des deux ne voulant lâcher prise, le premier silencieux, le second enragé. Puis la bouche de Durthu craqua et émit un grognement, et l’épée fut soudainement extraite. Tyrion, qui n’était pas plus disposé à se détacher de son arme, fut arraché à sa selle et balancé sur un demi-cercle autour de la tête de Durthu. Le Prince - ainsi que l’Épée de Khaine - fut expédié au-dessus des phalanges de Cothique jusque dans les profondeurs du bois au-delà.

Le congédiement de Tyrion s’accompagna de bris de branches et du hennissement de Malhandir, qui partit en galopant à la recherche de son maître. Alors que l’écho des sabots du coursier s’éloignait, Durthu mit un genou à terre dans un craquement ; sa blessure se consumait encore. Alarielle, de nouveau sur pied, courut auprès de lui et posa les mains sur sa peau rugueuse : une lumière blanche scintilla au bout de ses doigts comme elle tentait de juguler les dégâts causés par l’Épée de Khaine.

Les Elfes de l’ost de Tyrion ne savaient pas encore que leur chef était toujours vivant. Ils ne virent que leur Sorcière meurtrie, leurs Chevaliers anéantis et leur Prince humilié. La frénésie quitta les yeux et les cœurs, et des cors pressants sonnèrent la retraite. Dalroth et Dannor furent parmi les premiers à tourner les talons, car les deux Princes avaient beaucoup appris de Tyrion en matière de cruauté, mais peu en bravoure. Korhil fut le dernier des commandants de Tyrion à partir, poussant ses soldats devant lui. En se faufilant dans la forêt, le Capitaine réalisa qu’il venait de connaître sa deuxième défaite en deux batailles. À sa surprise, il découvrit que cela ne le peinait pas le moins du monde.

Il apparut que Malhandir retrouva Tyrion à près d’une lieue dans la forêt de Withelan, et que le Prince était résolu à reprendre le combat. Toutefois, lorsqu’il vit les livrées de Cothique et de Ghrond passer près de lui, ainsi que le sombre cortège qui emportait Morathi loin du champ de bataille, il sut que seule la défaite l’attendait en ce jour en Avelorn.

Avec amertume, le Prince remonta en selle pour se joindre à la retraite.


Tyrion avait reçu un coup sévère, et n’osait imaginer ce qui serait arrivé si les suivants de la Reine Éternelle avaient décidé de le poursuivre. Le harcèlement des fuyards fut laissé aux Dryades, qui leur donnèrent la chasse jusqu’à la frontière de la province. La bataille avait épuisé les Elfes d’Athel Loren et d’Avelorn, qui devaient s’occuper de leurs propres morts. Les cendres d’Orion furent rassemblées dans une urne d’argent, et les morts emportés sur des litières de boucliers et de lances. Le corps de Daith fut escorté par une garde d’honneur de près de cinq cents Elfes. S’ils ignoraient le secret qui avait été révélé à Araloth, tous connaissaient la réputation et les actes du seigneur forgeron. La nuit tombait, et Alarielle éveilla les racines du monde pour que la procession retourne à Athel Loren.

Les seuls vrais vainqueurs de la Bataille de Withelan étaient les arbres nés de la chair des guerriers de Tyrion. Ils avaient été transcendés en une forme contemplative, plus sereine, dont les racines se nourriraient de l’humus de leurs anciens alliés, et leur feuillage se ferait toujours plus luxuriant au fil des saisons.

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Teclis s’avança prudemment sur le sable d’albâtre. La lune était basse, et les douces vagues de la Mer Intérieure reflétaient sa pâleur.

On distinguait la silhouette de la Reine Éternelle devant le littoral, ses robes de soie flottant dans la brise. Elle était seule, en quelque sorte. Sa garde avait perçu son besoin d’isolement, et s’était retirée à distance respectueuse. Néanmoins, Teclis savait qu’une douzaine de flèches au moins visait son cœur. Les Sœurs d’Avelorn ne prenaient pas leur mission à la légère.

Alarielle se tourna. Teclis s’inclina avec révérence, mais n’eut pas à aller au bout de la formalité.

« Pas de protocole entre nous, » dit doucement la Reine Éternelle. « Nous sommes parents - ou aussi proches que cela ne fait aucune différence. »

« Mon frère est venu ici, » dit l’Archimage de manière rhétorique.

« C’est tout ce que tu as à dire ? Tu as toujours été froid, mais je ne m’étais jamais rendu compte que cette réserve s’appliquait également à ton propre frère. N’es-tu pas attristé de voir ce qu’il est devenu ? »

« Je pourrais vous retourner la question. Votre esprit est lié à celui de Tyrion plus encore que le mien. »

Alarielle laissa passer un moment avant de lui répondre : « Il est tombé si bas. Jamais je ne l’aurais cru si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux. »

« La Malédiction d’Ænarion s’est mêlée à son sang, et Khaine règne désormais sur son cœur. Il n’est pas responsable de ce qu’il est devenu. »

« N’y a-t-il aucun espoir ? » Teclis nota que le ton d’Alarielle était sans appel, las et résigné.

« Pas dans cette vie, » répondit Teclis en fixant la houle tranquille. « Nous devons nous tourner vers d’autres pour trouver le salut. »

« Malékith, » soupira Alarielle. « Que n’ai-je vécu pour voir des temps si sombres ? »


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La Bataille de Withelan marqua un tournant dans la guerre. Les Asrai retournèrent à Athel Loren en emportant de nombreux morts au champ d’honneur, et rapportèrent les événements auxquels ils avaient personnellement assisté. Avant que le bûcher funéraire de Daith fût complètement éteint, on réunit un nouveau Conseil. Cette fois, il fut unanime : on allait enfin mobiliser toute la puissance d’Athel Loren.

En Ulthuan, Alarielle dépêcha sa garde de Sœurs dans les Dix Royaumes, pour faire part de la folie de Tyrion à chaque Prince et seigneur qui n’avaient pas encore choisi leur camp. La Reine Éternelle elle-même emprunta les racines du monde jusqu’à Lothern. Là, elle conduisit une procession solennelle sur la promenade du Palais de Saphir, et jura allégeance à Malékith. Araloth, qui accompagnait Alarielle dans son voyage, et qui fit l’objet de maints regards soupçonneux de la part des Elfes de Lothern, savoura sa revanche en voyant l’horreur que provoqua l’annonce de la Reine Éternelle. Le visage d’Imrik, notamment, était un masque de pierre. Néanmoins, même le Seigneur de Talsyn ne s’attendait pas à la déclaration suivante d’Alarielle : comme le voulait la tradition, la Reine Éternelle épouserait le nouveau Roi Phénix, aussitôt la guerre terminée.

Peu notèrent les subtilités de cette proclamation. Selon la coutume, elle aurait dû se marier avec Malékith juste après son accession au trône, et non à la fin d’une guerre qui pouvait encore durer très longtemps. Alarielle avait offert la légitimité à Malékith en échange de sa promesse de mettre fin à la menace de Tyrion, mais ce n’était pas tout. En tant que Reine d’Ulthuan et d’Athel Loren, ces fiançailles rattachaient les Asrai à leur race morcelée, unifiant les trônes Elfiques, chose inédite depuis des millénaires.

Bien sûr, Malékith saisit toutes les implications des paroles d’Alarielle, mais estima que cet arrangement lui coûtait peu, pour un grand bénéfice. Teclis comprit lui aussi le jeu auquel jouait Alarielle, et reconnut la stratégie que Lileath lui avait proposée quelques mois plus tôt. Pourtant, ni le Roi Phénix, ni le Maître du Savoir ne connaissaient les véritables sentiments d’Alarielle, aucun d’eux n’étant présent la veille dans les quartiers de la Reine Éternelle, lorsque la tristesse qu’elle contenait depuis si longtemps s’épancha en un torrent de larmes.

Suite à la déclaration d’Alarielle, Malékith tint conseil avec ses Princes et Dynastes. Aucun d’eux ne pouvait entrer armé dans la salle du conseil, car il y avait dans cette pièce des inimitiés vieilles de plusieurs générations, et voir cette alliance fragile défaite par une dague vengeresse était inadmissible. Le Roi Phénix s’amusa de constater que la plupart des nobles de Naggaroth acceptaient si promptement cette nouvelle situation - beaucoup plus facilement que leurs homologues d’Ulthuan. Les Elfes Noirs voyaient dans l’ascension de Malékith la preuve qu’ils avaient conquis Ulthuan, et attendaient avec impatience de pouvoir piller et massacrer dans les terres sous la tutelle de Tyrion.

Le lendemain matin, une armée quitta Lothern, sous les bannières de Naggaroth, d’Ulthuan et d’Athel Loren. Malékith et Alarielle chevauchaient en tête, la noirceur du Roi balancée par la lumière radieuse de la Reine.


Loin au nord, dans la cité de Tor Alin, l’humeur de Tyrion s’assombrissait de jour en jour. Son esprit était rongé par l’humiliation de Withelan, sa chair par le dernier coup d’Orion. Aucun chirurgien ni aucun Archimage n’avaient pu retirer l’éclat de lance, qui déclenchait un élancement de douleur à chaque inspiration. En outre, l’attitude du Prince était étrangement désenchantée depuis l’évasion de la Reine Éternelle. Morathi, craignant de perdre son emprise sur le cœur de Tyrion, lui offrit tout le réconfort dont elle était capable.


Morathi ne prêta pas attention à Korhil en passant devant lui pour entrer dans les quartiers de Tyrion. Pour elle, le Lion Blanc n’était qu’une brute, loyale mais manquant cruellement d’esprit.

Bien que le soleil couchant embrasât les basses terres de Cothique, Tyrion se tenait dans l’ombre, sa silhouette soucieuse se détachant devant un vitrail raffiné figurant la dernière bataille d’Ænarion.

Comme le Prince - non, le Roi - ressemblait à son ancêtre, songea Morathi. Cette pensée, comme toujours, faisait naître un sourire beaucoup plus doux que celui qu’elle affichait souvent. Ses pieds nus la portèrent sans bruit sur les dalles de marbre, auprès de Tyrion.

« Tu penses encore à elle, n’est-ce pas ? » lui demanda la Sorcière en lui caressant la joue du bout des doigts.

« J’ai besoin de légitimité, » dit-il, et sans la Flamme d’Asuryan, « seul un mariage avec la Reine Éternelle peut me l’apporter. »

Ce n’était pas toute la vérité, jugea Morathi. Tyrion avait beau soutenir le contraire, la fille anémique d’Avelorn avait toujours l’ascendant sur une partie de son cœur. Ou était-ce la jalousie qui le lui faisait penser, se demanda-t-elle ? Quoi qu’il en fût, la Sorcière savait qu’une opposition directe ne lui vaudrait rien.

« Alors tu l’auras, » souffla Morathi en se serrant contre lui. « Qu’Alarielle soit ta femme au grand jour. Je serai tienne dans l’ombre, comme avant, dans une autre vie. »

Au loin, le soleil commença à sombrer sous la ligne d’horizon, en projetant dans la chambre une lumière couleur de sang.

« En tout cas, » murmura Morathi, « la Reine Éternelle ne devra vivre que jusqu’à ce qu’elle t’ait donné un héritier. »


La discussion de Tyrion et Morathi ne fut pas aussi discrète qu’ils le supposaient. Korhil, sous couvert des enchantements d’Adranna, écouta l’essentiel de la conversation entre le Prince et la Sorcière. Quand Korhil entendit Morathi évoquer l’assassinat de la Reine Éternelle, il sut qu’il devait passer à l’action ; mais que pouvait-il faire ? Même si Adranna avait étendu sa protection à la plupart des soldats loyaux à Korhil, ils ne seraient jamais assez nombreux pour faire aboutir une mutinerie - une extrémité à laquelle le noble capitaine avait de toute façon du mal à se résoudre.

Korhil pensait que l’esprit de Tyrion était possédé, et il souhaitait libérer le Prince de l’influence maléfique qui s’était emparée de lui. Or, Korhil et Adranna ne s’accordaient pas sur l’origine du trouble de Tyrion : le Capitaine tenait Morathi responsable, alors que la Princesse affirmait que c’était la Faiseuse de Veuves qui l’avait corrompu.

Trois jours après que Korhil eut entendu Morathi suggérer de tuer la Reine Éternelle, le Capitaine retourna au manoir qu’il occupait avec Adranna, et le trouva plongé dans l’obscurité. Redoutant le pire, Korhil traversa les pièces Chayal en main. Il n’y avait aucune trace d’Adranna. Korhil craignait que Dalroth et Dannor - qui n’approuvait pas la proximité du Capitaine avec leur sœur - aient laissé libre cours à leur ressentiment. Naguère, la chose eût été impossible en Ulthuan, mais en ces temps incertains, il ne pouvait en jurer.

Korhil découvrit finalement Adranna inanimée sur un lit, une silhouette masquée et encapuchonnée penchée au-dessus d’elle. Chayal s’abattit, mais l’intrus se montra beaucoup plus rapide. Des doigts rigides frappèrent le torse de Korhil, et les mains engourdies du Capitaine lâchèrent sa hache. Alors que Korhil luttait contre la paralysie, l’ombre s’approcha de son oreille et entreprit de le pousser à la trahison.

Korhil entendit le martèlement des sabots et les éclaireurs à la cape noir corbeau…
La semaine suivante, Korhil quittait Tor Alin avant l’aube, accompagné des vétérans de ses Lions Blancs, en nombre suffisant pour faire face aux dangers des routes de plus en plus sauvages, mais assez insignifiant pour ne pas éveiller les soupçons.

Korhil avait toujours du mal à réaliser ce qu’il était en train de faire, d’autant plus qu’il y avait été incité par Lamenoire. Même au moment de conclure cet accord, il était alors prêt à refuser son offre - pleinement conscient que cela lui coûterait la vie -, mais Adranna le convainquit de l’accepter. Korhil voyageait à présent vers le nord, la Faiseuse de Veuves cachées sous sa cape, en suivant un chemin qui les menait vers le rivage, à un rendez-vous avec Hellebron, la grande prêtresse de Khaine.


Voler la Faiseuse de Veuves s’était révélé - étonnamment - facile. Lorsque l’épée n’était pas à la ceinture de Tyrion, elle reposait dans une crypte gardée par des Lions Blancs. Il avait fallu plusieurs jours de rotations pour qu’il n’y eût que des fidèles de Korhil. Le Capitaine était sûr que son subterfuge pouvait être découvert à tout moment, mais ce ne fut jamais le cas. Tyrion lui faisait pleinement confiance, et Morathi le croyait trop stupide pour constituer une menace.

Les gardes choisis par Korhil étaient restés en arrière, sacrifiant leurs vies pour entretenir l’illusion que l’Épée de Khaine était toujours là. Le Capitaine ne doutait pas qu’en dépit de cette précaution, l’absence de l’arme serait rapidement remarquée, et son groupe progressa aussi vite que possible vers sa destination.

Korhil avait peine à croire que Hellebron respecterait le pacte conclu par Lamenoire, et qu’elle détruirait la Faiseuse de Veuves. Son espoir - aussi ténu fût-il - était que Tyrion retrouverait ses esprits une fois séparé de l’épée. Bien entendu, donner une telle arme à Hellebron était risqué, mais Korhil estimait que la Reine de Sang ne saurait causer des dégâts pires que ceux que Tyrion avaient déjà provoqués.

Le Capitaine ne nourrissait pas tant d’espoirs quant à sa survie. Il savait que Hellebron le tuerait aussitôt qu’il lui serait devenu inutile. Aussi avait-il envoyé Adranna au sud, sur le dos de l’aigle le plus rapide de Cothique, tant pour la mettre hors de portée des représailles de Tyrion, que pour porter un message à Malékith. Korhil savait que son action constituerait, à tout le moins, une diversion utile aux ennemis de Tyrion, et il s’était rendu compte que Malékith était de loin le moindre des deux maux. En cheminant, Korhil en était venu à croire que la Faiseuse de Veuves était tout aussi fautive que Morathi, car il pouvait l’entendre murmurer à son esprit, l’inciter à massacrer. Malgré les enchantements d’Adranna, la voix résonnait fortement dans le crâne de Korhil, et chaque pas faisait l’objet d’un duel de volontés. Trop souvent Korhil faillit succomber aux promesses de la Faiseuse de Veuves, et il pria qu’on lui accorde la force de lui résister un peu plus longtemps.

Les marais de Cothique s’animèrent bien avant d’arriver en vue de la côte fouettée par les vents. Des citoyens en fuite signalaient de féroces Druchii qui tuaient tous ceux qu’ils croisaient. Korhil, exténué par le trajet, remit en question la sagesse de ses actes, mais conclut qu’il était bien trop tard pour douter. Lorsque le Capitaine aperçut les premières bannières de Har Ganeth entre les arbres épars, il s’était résigné. Hélas, au même moment, il entendit le martèlement des sabots dans son dos, et vit des éclaireurs à la cape noir corbeau galoper dans la brume marine. Alors que Korhil exhorta sa compagnie à presser le pas, un des cavaliers souffla dans un cor strident. Quelques instants plus tard, d’autres cors lui répondirent, tels des chiens qui aboyaient.

Les forces de Tyrion les avaient retrouvés.

La Rançon du Traître[modifier]

Une Alliance d’Ennemis[modifier]

Les destinées des Elfes se sont pour le moins embrumées. À peine quelques semaines plus tôt, accepter l’aide de Hellebron était impensable pour Korhil. Désormais, le Capitaine de la garde du Roi Phénix n’a d’autre choix que de s’allier avec la grande prêtresse de Khaine.

Hellebron, la Reine de Sang de Har Ganeth
Lamenoire

Hellebron, la Reine de Sang de Har Ganeth
Depuis quelques mois, Hellebron était satisfaite de son sort ; Naggaroth est peut-être ravagé, mais elle a pu combattre la Horde Sanglante, avec chaque fibre de son être, et un immense plaisir. Chaque jour était une orgie de massacres, et elle en a profité pleinement, sans se soucier des pertes parmi ses propres suivants. Elle a fini toutefois par se résoudre à abandonner les ruines de Har Ganeth aux Noorse|Nordiques et à s’embarquer pour Ulthuan. En s’emparant de la Faiseuse de Veuves, Hellebron espère non seulement accroître son influence et déjouer les plans de Morathi, mais également attirer Tyrion dans son camp.

Korhil, Capitaine des Gardes Lions

Lamenoire
En vérité, le sort de la Faiseuse de Veuves importe peu à Lamenoire, et la survie de Korhil encore moins. Deux choses l’intéressent à l’exclusion de tout le reste : plaire à sa maîtresse, et prendre un début de revanche sur Morathi pour son asservissement. Par ailleurs, la bataille imminente va enfin permettre au maître assassin d’employer ses talents contre des ennemis de valeur. Lamenoire a trop longtemps servi d’espion, et ses lames ont soif de sang. Elles en boiront plus que leur soûl dans les marais de Cothique.

Les Sœurs de la Ruine Chantante

Korhil, Capitaine des Gardes Lions
Curieusement, le dernier retournement de Korhil semble l’avoir délivré. Sa conscience était muselée par son devoir envers Tyrion, et il hésitait chaque fois qu’une occasion d’agir se présentait à lui. Désormais, il est tel un trait décoché par un arc de Chrace. Quelle que soit l’issue de la bataille, il sait qu’elle déterminera son legs à l’histoire, et il a hâte de le découvrir. Ses épaules sont libérées du poids des doutes des derniers mois ; sa destinée l’attend au bout de la route qui s’étend devant lui, bien qu’il ne puisse pas encore la discerner.

Les Briseurs de Lignées

Les Sœurs de la Ruine Chantante
Il y a beaucoup de chansons qui exaltent les triomphes de Khaine. Les Sœurs de la Ruine Chantante les connaissent toutes, et vont à la bataille en entonnant ces chants avec des voix stridentes et tranchantes comme des dagues. Certains refrains sont si puissants qu’ils peuvent paralyser les faibles, ou faire saigner leurs oreilles et leurs yeux. Ceux qui survivent n’en sortent pas indemnes, et sont condamnés à faire des rêves de sang et de mort toutes les nuits, jusqu’à ce que la folie les pousse à s’ôter la vie. Évidemment, ces cas sont exceptionnels, puisque les Sœurs de la Ruine Chantante laissent rarement à leurs victimes le temps de cauchemarder.

La Compagnie Crinière-Pure

Les Briseurs de Lignées
L’ost de Hellebron inclut de nombreuses cabales d’Exécuteurs, mais aucune n’est aussi redoutée que celle des Briseurs de Lignées. Même à Har Ganeth, où les infractions sont punies avec un fanatisme impitoyable, les chefs de cette cabale passent pour des zélotes, car en plus du transgresseur de la loi, ils ont pour habitude d’exécuter tous les membres de sa famille jusqu’à la troisième génération. Certains vont jusqu’à croire que Hellebron refuse de dissoudre les Briseurs de Lignées par peur de les offenser. La vérité, cependant, est que Hellebron se réjouit de leur zèle, car il lui a épargné de devoir éliminer elle-même nombre de ses opposants.

La Compagnie Crinière-Pure
Triés sur le volet par Korhil pour l’aider dans son forfait, ces Lions Blancs ont résisté à l’influence de Tyrion et de Morathi, tout comme leur Capitaine. Ils ne doutent pas de l’origine de leur force d’âme, et la mettent au crédit de la ténacité et du sens de l’honneur qui a toujours constitué le socle du code du guerrier de Chrace. Quand bien même, au moment où Korhil quitte Tor Alin pour se rendre au nord, la résistance de se compagnons doit bien plus aux protections d’Adranna qu’à une résolution innée. Chaque membre de la Compagnie Crinière-Pure comprend l’ampleur de la tâche qui l’attend, et est prêt à mourir pour la mener à bien. Comme Korhil, ils se tiennent en partie responsables de ce qui s’est passé, et cherchent l’absolution en délivrant Tyrion de sa folie.


Une Alliance d’Ennemis

Hellebron l’Ancienne,
Reine de Sang de Har Ganeth

Korhil, Capitaine des Gardes Lions

Lamenoire

Les Sœurs de la Ruine Chantante
Un culte de Furies

Les Vierges de Sang
Un culte de Furies

Les Crochegriffes
Un culte de Furies

Les Dagues des Ténèbres
Un culte de Furies

Les Briseurs de Lignées
Une cabale d’Exécuteurs

Les Sectionnés
Une cabale d’Exécuteurs

Les Fendeurs de Crânes
Une cabale d’Exécuteurs

Les Hellebronai
Deux légions d’Affrelances

Le Serment de Sang
Une légion d’Affrelances, une légion de
Tristelames et une légion de Sombretraits

La Compagnie Crinière-Pure
Un groupe de Lions Blancs

Sanctuaire du Massacre
Un Chaudron de Sang

Sanctuaire du Meurtre Mérité
Un Chaudron de Sang

Sanctuaire de la Repentance Rouge
Un Sanctuaire Incarnat

Les Conjurateurs de l’Âpre Nuit
Un sabbat de Conjurateurs du Feu Maudit

Les Conjurateurs de l’Ombre Infinie
Un sabbat de Conjurateurs du Feu Maudit

Les Filles de Khaine
Un vol de Harpies

Les Chasseurs de Morathi[modifier]

Il n’y a pas de meilleure preuve du glissement d’Ulthuan dans la folie que le fait que Morathi - souvent désignée comme la toute première Elfe Noire - est non seulement l’amante de Tyrion, mais également un chef de guerre à part entière. Les vieilles certitudes se dissolvent dans le sang.

Prince Dannor
Morathi, la Sorcière Matriarche

Prince Dannor
Peu d’Asur sont tombés sous l’influence de Tyrion et de Morathi aussi promptement que le Prince Dannor. Cadet imprévisible de sa fratrie, sa part d’héritage était limitée. Dannor a donc complote pour améliorer sa fortune, en provoquant l’exécution de son père et la disgrâce de sa sœur. Seul Dalroth - son frère aîné - a été épargné. Dannor rechignait tout de même à trahir toute sa famille, et il s’est convaincu alors que l’élimination de Dalroth n’était pas nécessaire. Toutefois, l’avidité est un puissant moteur, et pendant la traque de Korhil, Dannor imagine comment se débarrasser de son frère.

Kerrinath de Saphery

Morathi, la Sorcière Matriarche
Colère et soulagement se mêlent en Morathi à l’aube de cette bataille. La félonie de Korhil a été rapidement découverte, et ses complices éliminés, mais le Capitaine n’a laissé aucun indice quant à sa destination. Tyrion, jugeant que Korhil se rend dans les forêts d’Avelorn, emmène un groupe de poursuite à l’ouest. Morathi, qui s’y entend mieux en sournoiserie, suit son instinct et va au nord, escortée du Prince Dannor et de la garde de sa maisonnée. Ces soldats ont en effet passé suffisamment d’heures en compagnie des demoiselles de Morathi pour garantir leur loyauté, même en l’absence de Tyrion.

Les Lames de Hœth
Les Lances Corbeau

Kerrinath de Saphery
La voie du Maître du Savoir est pavée de tentations. Les Elfes sont naturellement prompts à l’obsession, et poursuivent leurs ambitions avec une opiniâtreté extrême, souvent au mépris du danger. Kerrinath ne fait pas exception, et a souvent connu le désaveu de ses homologues après s’être plongé dans l’étude d’arts interdits. Avec l’arrivée de Morathi en Ulthuan, il avait trouvé non seulement un défenseur de la sorcellerie, mais également un mentor - non pas que Morathi ait l’intention de partager plus qu’une fraction de son savoir.

Les Sentinelles d’Everast

Les Lames de Hœth
Bien qu’ils soient visiblement loyaux à Kerrinath, nombre de ces Maîtres des Épées désapprouvent la voie que leur maître a choisie. La plupart ont combattu à ses côtés assez longtemps pour savoir que sa curiosité s’aventure trop souvent dans le domaine du malsain. Néanmoins, le devoir passe avant tout, et les Lames de Hœth ont juré allégeance à Kerrinath. Les Maîtres des Épées se disent que s’ils abandonnent maintenant le Maître du Savoir égaré, personne ne pourra le ramener dans la lumière. L’entreprise sera vraisemblablement très ardue, si grande est l’emprise de Morathi sur Kerrinath, mais les chaînes forgées par l’espoir sont aussi solides que celles du désespoir.

Les Lances Corbeau
C’est parmi les Cavaliers Noirs des désolations du nord que l’influence de Morathi est la plus enracinée. Les Lances Corbeau sont l’un des cinq osts de patrouilleurs qui surveillent les étendues au nord des tours de guet de Naggaroth, guettant les dangers potentiels et les rapportant à Naggarond. Néanmoins, quand Morathi a prédit l’invasion de la Horde Sanglante, elle a suborné les Lances Corbeau afin de les faire rejoindre sa garnison de Ghrond, privant ainsi Malékith de leurs avertissements tout en renforçant sa propre position. Le sort qui a envoûté les Lances Corbeau est d’ailleurs si puissant que la plupart ne se souviennent pas de leur vie d’avant leur assujettissement.

Les Sentinelles d’Everast
Les Sentinelles d’Everast forment la garde du Prince Dannor. Au cours des décennies précédentes, leur chronique s’est enrichie de combats honorables contre les Corsaires de Naggaroth et les bêtes des Annulii. Mais ces jours glorieux ne sont plus qu’un souvenir - mais ne sont-ce pas ceux qui s’élèvent le plus haut qui font la chute la plus vertigineuse ? Comme beaucoup d’autres régiments de Cothique à la Fin des Temps, les Sentinelles d’Everast ont troqué le bleu ciel traditionnel de leur province contre les tons plus sombres arborés par les guerriers de Lothern et de Saphery. Ce changement reflète le choix de livrée de Tyrion, qui, bien qu’issu d’une famille de Cothique, a toujours porté les couleurs de Lothern, par respect pour Finubar le Voyageur.

Les Chasseurs de Morathi

Morathi, la Sorcière Matriarche

Prince Dannor
Prince Haut Elfe

Kerrinath de Saphery
Maître du Savoir de Hœth

Le Sabbat de Sang
Trois Sorcières

Les Lames de Hœth
Une garde d’honneur de Maîtres des
Épées

Les Lances Corbeau
Trois avant-gardes de Cavaliers Noirs

Les Sentinelles d’Everast
Quatre légions de Lanciers et une légion
d’Archers Hauts Elfes

La Garde Selekan
Deux légions d’Affrelances, deux légions
de Sombretraits

Les Kraniophores
Deux légions de Tristelames, deux
légions de Sombretraits

Les Sans-Voix
Une légion d’Affrelances

Les Chevaliers de l’Ombre Ardente
Une brigade de Chars à Sang-Froid

Les Émissaires de l’Abysse
Une brigade de Chars à Sang-Froid

Les Chevaliers de Tor Alin
Deux osts obligés de Heaumes d’Argent

Sanctuaire de la Ruine Rouge
Un Sanctuaire Incarnat

Les Fils Célestes du Sous-Monde
Une tribu d’Ombres

Les Frères de la Nuit
Une tribu d’Ombres



Chayal, la hache de Korhil, s’abattait encore et encore…
Alors que les Cavaliers Noirs dévalaient la pente, Korhil sut qu’il n’arriverait pas à rejoindre la sûreté relative des lignes de Hellebron à temps. Non loin au nord, les pierres éboulées du Sanctuaire d’Analdar se dressaient dans un vallon inondé. L’endroit offrait une piètre défense, mais c’était la seule à portée. Les Lions Blancs avaient franchi la moitié de la distance qui les séparait des ruines quand les Cavaliers Noirs les rattrapèrent au milieu d’une mangrove. N’ayant d’autre choix que de se battre, Korhil ordonna de faire halte et de contrer la charge.

Une poignée de Lions Blancs tomba, fauchée par les lances adverses. Néanmoins, le sol boueux avait réduit l’élan de la charge des Elfes Noirs, et la plupart de leurs coups furent déviés par les peaux de lion ou les plaques d’armure en dessous. Les haches de Chrace ripostèrent en taillant les coursiers. Des chevaux mutilés poussèrent leur dernier hennissement en s’écroulant dans la bourbe, et les cavaliers qui survécurent à la chute de leur monture eurent à peine le temps de voir arriver le second coup.

Pourtant, les Elfes Noirs déferlaient encore, une vague de capes sombres et de lances barbelées rongeant la compagnie de Korhil. Chayal s’abattait encore et encore, mais le Capitaine ne savait que trop bien que le combat n’était pas à son avantage. En fait, les Elfes Noirs n’avaient même pas besoin de tuer les Lions Blancs pour l’emporter, juste à les retarder suffisamment le temps que les renforts arrivent. La voix de la Faiseuse de Veuves s’éleva avec force, comme pour dominer les craintes de Korhil : elle le suppliait de la libérer, et le Capitaine s’aperçut que sa main était pratiquement sur la poignée de l’arme, avant de la retirer précipitamment. Qu’il vive ou qu’il meure, ce serait selon ses propres termes, et non en tant qu’esclave de Khaine.


Une autre vague de lances se brisa sur les Lions Blancs encerclés ; ce fut alors qu’une ombre glissa de la cime des arbres. Lamenoire avait suivi Korhil tout au long de la traversée de Cothique, et personne ne semblait l’avoir remarqué. L’assassin aurait pu prendre la Faiseuse de Veuves à tout moment, si Hellebron ne lui avait pas expressément interdit d’y toucher. Ainsi, bien que Lamenoire n’eût pas le droit d’apporter l’épée à sa maîtresse par lui-même, il ferait tout pour que Korhil survive pour s’acquitter de cette tâche.

Lamenoire se posa tranquillement sur la croupe d’un cheval en charge et verrouilla ses bras autour du crâne du cavalier, avant même que celui-ci ait noté sa présence. Dans la seconde suivante, l’assassin tordit la tête de sa victime d’un quart de tour. Il y eut un craquement vif, et l’Elfe Noir glissa de sa selle pour plonger dans le marécage. Le corps s’empêtra dans les jambes du cheval suivant, et son cavalier s’abîma lui aussi dans la vase. Lamenoire bondissait déjà sur le coursier devant lui. L’acier des shurikens scintilla dans les mains de l’assassin, et alla s’enfoncer dans les flancs de deux autres montures. Les chevaux se cabrèrent de douleur, et deux Elfes Noirs furent projetés en arrière dans leurs propres rangs, et se firent piétiner sur-le-champ. Les dagues de Lamenoire étaient dans ses mains lorsqu’il atterrit, filant vers la gorge d’un autre cavalier, qui s’écrasa dans une rangée de roseaux.

Certains Cavaliers Noirs s’étaient aperçus du danger. Des carreaux d’arbalète volèrent en direction de Lamenoire, mais les tirs étaient mal ajustés. Ce ne fut pas le cas de la riposte de l’assassin, et deux autres Cavaliers Noirs vidèrent les étriers avant que Lamenoire saute dans les branches. Du haut de son perchoir, il apprêta une paire de shurikens et chercha de nouvelles cibles.


Les Furies d'Hellebron se ruèrent au combat en s’époumonant, ignorant la vase à leurs pieds et les traits qui s’abattaient sur leurs rangs.
Korhil sentit, plus qu’il ne vit, la désorganisation des Cavaliers Noirs. Les lances, si bien ordonnées lors des précédentes charges, se désassemblaient, et les chevaux s’éparpillaient en tentant d’échapper à la mort qui rôdait dans leurs rangs. Le Capitaine ordonna à ses Lions Blancs de rompre le combat et de foncer au sanctuaire. Quelques Cavaliers Noirs s’élancèrent à leur poursuite, mais d’autres shurikens les cueillirent, et leur chasse tourna au chaos.

De son nid d’aigle, Lamenoire pouvait voir ce qui échappait à Korhil. Les basses collines étaient envahies de bandes de Cavaliers Noirs, attirés par le festin tels des charognards. Au sud, au-delà du coude de la rivière Eselli, il voyait les bannières de Cothique et de Ghrond qui avançaient dans la bruine typique de cette province. Morathi chevauchait au milieu de son ost, dont la cadence était probablement hâtée par ses sorts. Mais au nord, juste derrière le repli qui accueillait le Sanctuaire d’Analdar, le spectacle qui s’offrait à l’assassin était beaucoup plus glorieux. Une armée écarlate progressait le long de la pente douce, la silhouette barbelée de l’autel de Hellebron s’élevant bien au-dessus des plus hauts étendards. Lamenoire, voyant que le groupe de Korhil avait enfin atteint son refuge, s’autorisa un sourire. Sa mission était un succès, jusque-là. Il était temps d’accomplir sa vengeance.


Les armées se heurtèrent enfin, et les deux camps étaient déterminés à régler de vieux comptes.
Les affrontements furent d’abord sporadiques. Les forces de Morathi et de Hellebron étaient en ordre de marche, et elles perdirent beaucoup de temps lorsque les régiments pataugèrent dans le marais pour adopter des formations de combat. Les premiers chocs opposèrent les Cavaliers Noirs en maraude de Morathi et les ombres loyales à Hellebron. Les carreaux sifflèrent près des pierres du sanctuaire quand l’escarmouche éclata, le sol étant trop inégal pour que des cavaliers, même Elfiques, se risquent à une charge. Le groupe de Korhil se tint à l’écart et s’abrita derrière les pierres écroulées tandis que les corps s’affalaient dans la boue.

Les armées se heurtèrent enfin, et les deux camps étaient déterminés à régler de vieux comptes. Ghrond et Har Ganeth étaient rivales, tout comme leurs maîtresses, et les guerriers n’avaient pas besoin d’être encouragés à tuer. Même les Cothiqui combattirent avec une ferveur éperdue, l’ombre de Khaine demeurant sur eux malgré l’éloignement de Tyrion. Aucun Elfe des Mers ne combattit avec autant d’énergie que le Prince Dannor. Morathi, qui voulait garantir sa loyauté, l’avait captivé pendant la marche, tout en attisant son dégoût pour sa sœur, acoquinée avec un vulgaire Chracien. Si la majeure partie de l’ost de Morathi combattait pour elle, et pour Tyrion, Dannor était là pour tuer Korhil. Ainsi, la plus grande phalange marcha non pas contre l’armée de Hellebron, mais droit sur le sanctuaire des Lions Blancs.


La bataille était équilibrée. La force de Morathi était la plus nombreuse. Dannor avait embrigadé tous les groupes de milice qu’il avait croisés en chemin pour le nord, et les flèches des habiles archers de Cothique pleuvaient sur les soldats de Har Ganeth. Un autre ennemi se serait peut-être enfui sous un tel déluge de mort, mais les forces de Hellebron étaient les survivants de la guerre contre la Horde Sanglante à Naggaroth. Les guerriers étaient les Exécuteurs de Khaine, ou des conjurateurs cherchant à échapper à Slaanesh ; les guerrières étaient des Furies, des demoiselles du massacre. Ils ressentaient la présence de leur dieu, et le sang qui bouillait dans leurs veines était la preuve que la Reine de Sang les faisait bien combattre au nom de Khaine. Seules les Ombres n’étaient pas des élus du Dieu du Meurtre, mais lorsque le liquide infâme du chaudron de Hellebron se mit à écumer, leurs peurs disparurent aussi sûrement que celles de leurs alliés.

Les Furies se ruèrent au combat en s’époumonant, ignorant la vase à leurs pieds et les traits qui s’abattaient sur leurs rangs. Le sang gicla en traînées rouge vif sur leur peau pâle, mais les demoiselles de Khaine ne ressentaient ni la peur, ni la douleur. Les blessées chancelaient jusqu’à ce que celles qui venaient à leur suite les renversent. Les mortes tombaient sur place, le visage figé en un rictus sauvage tandis que la boue se refermait. Les Exécuteurs, quant à eux, avançaient à rythme régulier, chaque rang bien aligné, chaque lame impatiente de frapper. Peu de flèches trouvèrent une faille parmi eux, la plupart se brisant contre les cottes de maille et les masques en forme de crâne grimaçant.

Les Furies s’abattirent sur la phalange du Prince Dannor comme une tornade de lames. Les guerriers de Cothique abaissèrent les lances et verrouillèrent les boucliers, mais les promises de Khaine percutèrent la ligne au mépris du danger. Les lances frappèrent, embrochant la chair pâle, mais les Furies continuaient d’avancer, parfois en tirant leur corps empalé le long de la hampe jusqu’à s’épuiser. La plupart périrent avant d’avoir pu faire un autre pas, mais leur poids mort entraînait les lances vers le bas. Avant que les Hauts Elfes aient pu tirer une autre arme du fourreau, le rang suivant des Furies se précipita dans la brèche, leurs lames prêtes à s’abattre.

Khaine exige des sacrifices sanglants.
Tous ceux qui levèrent la main sur la forme dentelée du char furent hachés menu par Hellebron !
Le Prince Dannor s’en tint à son objectif malgré la débandade de sa phalange. Faisant preuve d’une rare ténacité et usant de menaces, il rallia quelques dizaines de lanciers au milieu de la déroute, et leur ordonna de se faufiler dans les épais roseaux jusqu’au sanctuaire. Quand les miliciens de Cothique atteignirent le sommet, Korhil envoya sa compagnie à leur rencontre, et l’Asur combattit l’Asur. Plus haut, au bord de la fosse de pierre où on jetait jadis les offrandes à Drakira, la Déesse de la Vengeance, Chayal se heurta à l’espadon du Prince Dannor.

La bruine se muait en pluie fine, et Morathi chassa une mèche de cheveux de devant ses yeux. Elle vit imploser la phalange de Cothique, et se contenta de renifler avec mépris. Ces guerriers médiocres étaient faciles à remplacer, et elle avait encore de nombreux soldats à sa botte. Des chars laqués de noir filèrent sur le sol rigide sur le flanc et percutèrent une masse de Furies hurlantes. Certaines des Har Ganethi se jetèrent sur le côté, mais beaucoup plus furent écrasées par des roues d’acier, ou réduites en pièces par des Sang-Froid grondants qui se repurent de leur chair exposée.

Plus à l’est, loin des broussailles ensanglantées du Sanctuaire d’Analdar, des Exécuteurs se taillaient un chemin dans un régiment de lanciers de Ghrond, mais ils trouvèrent leur route barrée par une rangée de Maîtres des Épées. Parmi eux, il y avait Kerrinath de Saphery, l’un des rares Maîtres du Savoir acquis à la cause de Morathi. Il emmena sa garde dans la mêlée, en jetant des sorts noirs récemment appris qui faisaient cuire l’ennemi dans son armure.

Les Har Ganethi étaient pressés de toutes parts, cernés par des effectifs supérieurs, mais ils s’en moquaient. Pour eux, plus d’ennemis signifiaient plus de sang à verser au nom de leur dieu. Au centre, là où l’Eselli coulait en filets dans un champ de pierres, les forces de Hellebron parvenaient même à avancer, car c’était là que la Reine de Sang combattait.


Les guerriers de Ghrond, désireux de plaire à leur maîtresse, se jetèrent sur le Chaudron qui grinchait dans la boue, l’esprit de Khaine aux commandes refusant d’être enlisé par la crasse de Cothique. Tous ceux qui levèrent la main sur la forme dentelée du char furent hachés menu par Hellebron ou ses servantes. Aucune n’en tua plus que la Reine de Sang ce jour-là. Elle était maculée de leur sang ; celui-ci se mêla à la pluie et s’écoula en cascade sur les marches de l’attelage et dans le marais jonché de cadavres. Hellebron était hantée par des souvenirs qui n’étaient pas les siens, d’une antique bataille pour la faveur de Khaine. Les images se dissipaient dès que la Reine de Sang tentait de les retenir, ne laissant que le rire moqueur de Morathi. La frustration accrut encore la soif de sang de Hellebron, et les témoins crurent voir un halo écarlate lui ceindre le front. Plus elle frappait, plus le chaudron bouillonnait cruellement, et plus les Furies hurlaient fort.

Morathi ne se préoccupait pas de Hellebron, ne voulant pas laisser croire à la Reine de Sang qu’elle était digne de son attention. Elle préféra prodiguer ses sorts aux conjurateurs qui galopaient sur les flancs et projetaient des éclairs de ténèbres sur les Cavaliers Noirs et les Sombretraits de Ghrond. Des échardes de Magie d’obsidienne se rassemblèrent entre les mains écartées de la Sorcière Matriarche, puis ils volèrent sur son ordre, chaque amas sifflant dans la pluie comme une nuée d’insectes malveillants. La plupart des conjurateurs périrent avant d’avoir pris conscience du danger, écorchés jusqu’à l’os en un clin d’œil. Le spectacle fit glousser Morathi. Ce qui n’était qu’une poursuite désespérée était devenu une nouvelle opportunité de souffleter Hellebron, et Morathi ne boudait pas son plaisir.

Puis Lamenoire frappa.


« Voici ta récompense. »
Morathi aperçut le flou d’un mouvement un battement de cœur trop tard. Le pied de Lamenoire heurta le sternum de la Sorcière, l’éjectant du dos de Sulephet pour aller barboter dans la boue. Avant que Morathi ait pu prononcer la plus petite incantation, les genoux de l’assassin étaient sur ses épaules, et la main plaquée sur sa bouche.

« Tu as enchaîné mon esprit, et la honte me ronge de l’intérieur, » siffla Lamenoire. « Voici ta récompense. »

Morathi vit le miroitement d’une dague, et sentit une douleur brûlante en haut de sa joue.

« On est moins jolie maintenant, » murmura l’assassin. « Une cicatrice pour chaque jour en tant qu’esclave. La prochaine viendra bientôt. »

Morathi sursauta malgré elle. Puis elle fut libérée du poids sur ses épaules, et de Lamenoire avec lui.

Poussant un cri de rage, la Sorcière décocha un feu noir aux trousses de l’assassin, transformant l’air autour d’elle en vapeur, mais Lamenoire n’était plus là.

Alors que des demoiselles inquiètes accouraient auprès d’elle, Morathi essuya la vase qui couvrait ses membres, puis porta la main à son visage blessé. La coupure était superficielle, et longue d’à peine un pouce, mais la plaie la brûlait quand ses doigts la touchaient. Elle sut immédiatement que la lame était empoisonnée, et qu’elle porterait cette marque à jamais.

Morathi émit un grondement bestial qui n’avait rien à voir avec la douleur de la blessure, et déchaîna ses flammes noires, cette fois contre les demoiselles dont l’incompétence avait permis une telle ignominie.

Lorsque les hurlements se turent et que la brise emmena les cendres des demoiselles, Morathi remonta sur le dos de Sulephet, les membres tremblant encore d’humiliation et de fureur.


Tout à coup, la joie que Morathi avait eue à batailler s’effaça, remplacée par de l’amertume. Alors qu’elle observait les lignes de bataille emmêlées, elle ne se souciait plus de l’avis de Hellebron : elle voulait que la Reine de Sang connaisse la même humiliation. Le ciel s’assombrit, et la Sorcière Matriarche se reput du pouvoir intensifié dont elle avait joui ces derniers mois. Un éclair d’un violet livide tomba sur le Chaudron de Sang de Hellebron, réduisant sa structure en scories tordues. La statue de Khaine fut pulvérisée dans un boum colossal, et l’onde de choc renversa les Elfes à des centaines de mètres à la ronde.

Seule Hellebron fut expulsée de l’autel roulant. Elle sentit à peine l’impact de l’explosion de la statue, ou les morceaux de cuivre fondu qui ébouillantaient sa peau, car son esprit était engourdi par la perte du Chaudron. L’instrument de jouvence qu’elle utilisait depuis des milliers d’années n’était plus. Elle pourrait en employer d’autres, mais celui-là était le meilleur en son genre - mais surtout, c’était le sien ! La rage qui déferla bientôt remit Hellebron sur pied, et la poussa au milieu des Maîtres des Épées de Kerrinath. L’adresse qui avait permis aux Hauts Elfes de prévaloir sur les Exécuteurs se révéla vite insuffisante contre la Reine de Sang offensée. Hellebron dispersa les guerriers démembrés devant elle, puis saisit le Maître du Savoir à la gorge et la lui arracha de ses dents.

Mais le degré de frénésie qu’avait atteint Hellebron importait peu ; la bataille lui échappait. Sans le Chaudron, la bénédiction de Khaine se détourna des Elfes de Har Ganeth, et la fureur s’estompa dans leurs yeux. Peu à peu, les effectifs supérieurs de Morathi firent pencher la balance. Les bannières de Har Ganeth tombaient, et ne se relevaient pas.

Une ombre ailée tomba sur Korhil, et le Capitaine sentit la lassitude s’emparer de lui. Chayal glissa de ses mains mouchetées de crasse ; il savait la bataille terminée.

« Pauvre petit lion, » se moqua Morathi alors que Sulephet se posait devant Korhil. « Il semble que je t’aie sous-estimé, mais ton groupe est anéanti, et notre petite battue touche à sa fin. »

Korhil entendit à peine les mots de la Sorcière. La voix de la Faiseuse de Veuves était devenue plus forte après la mort de Dannor, et étouffait tous les autres sons.

« Tue-la ! » demandait l’épée. « Tue-la et va chercher ta Reine en bas. Elle t’attend parmi les morts. »

Au prix d’un grand effort, Korhil passa la main sous sa cape, là où était caché le fourreau de l’Épée de Khaine.

Le Capitaine entendit son sifflement approbateur se muer en grognement de colère quand sa main dépassa la poignée et défit la sangle.

« Vous gagnez, » dit Korhil d’un ton de défi, en jetant la Faiseuse de Veuves sur les pierres maculées de sang devant lui.

« Tuez-moi, que je puisse en finir avec tout ça. »

« Je vais le faire, » promit Morathi, Sulephet piaffant dans son dos. « Mais pas tout de suite. »


Tout cela échappa à Korhil, qui luttait contre Dannor dans les ruines envahies de vignes vierges. Le Prince et le Capitaine saignaient tous deux par une dizaine de blessures, mais le Lion Blanc avait l’ascendant, et Dannor le savait. La survie du Prince témoignait moins de son habileté que de l’influence de la voix persiflante qui résonnait dans la tête de Korhil, et qui le distrayait par ses incitations à dégainer la Faiseuse de Veuves.

La garde de Korhil finit par faillir, et Dannor vit cette ouverture. Avec un cri de triomphe, le Prince porta une estocade, inconscient du fait qu’il était tombé dans le piège de Korhil. Le Capitaine s’esquiva et Chayal trancha trois des doigts qui tenaient l’épée de Dannor. Le Prince hurla et s’écroula sur le côté, serrant sa blessure avec sa main valide. Puis Chayal s’abattit à nouveau. Les sanglots de Dannor cessèrent quand sa tête fut détachée de ses épaules, et que son corps encore tressaillant bascula dans la fosse sacrificielle.

Korhil avait gagné sa bataille privée et vengé les flots d’insultes visant Adranna pendant le duel, mais en embrassant le champ de bataille du regard, le goût la satisfaction fit place à celui de l’échec. L’armée de Har Ganeth était en débâcle, Hellebron littéralement tirée en arrière par un officier Exécuteur qui recevrait récompense ou châtiment avant la nuit tombée. Quant aux compagnons de Korhil, ils étaient tous morts, non sans avoir prouvé leur valeur.



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Bien que Korhil eût échoué à priver Tyrion de la Faiseuse de Veuves, son action n’avait pas été vaine. Adranna était arrivée à Lothern avant même que l’Épée de Khaine fût volée, et Malékith vit l’opportunité que Korhil lui offrait à son insu.

Alors que Tyrion dispersait ses forces au nord et à l’est pour traquer Korhil, le Roi Phénix avait lui aussi déployé ses armées. Elles ne voyageaient ni sur terre, ni sur la Mer des Rêves, où les navires d’Aislinn rôdaient encore, mais par les racines du monde. Affranchies des contraintes logistiques, les forces de Malékith déferlèrent sur l’Eataine orientale et en Saphery, et reprirent les territoires perdus plus tôt dans l’année.

Déplacer tant d’armées - et si rapidement - par le biais des racines du monde exigea un immense effort de la part d’Alarielle. Ni Araloth, ni aucun des membres du conseil de Malékith, n’égalait la maîtrise des anciennes voies de la Reine Éternelle, si bien qu’elle dut endosser ce fardeau, seule. Alarielle peinait souvent jusque tard dans la nuit pour guider un ost vars sa position, et chaque matin, ses traits étaient tirés. Pourtant, personne ne l’entendit se plaindre ni désespérer.

La campagne de reconquête de Saphery fut aussi sanglante que rapide. Tyrion n’était pas totalement aveugle au danger qui grandissait dans le sud, et avait envoyé ses plus fidèles lieutenants monter la garde. Ces Princes s’étaient baptisés les Æstyrion - les fils de Tyrion - et ils combattirent avec fanatisme pour arrêter l’avance de Malékith.


Aucune bataille ne fut plus emblématique que le siège de Tesselia. L’Æstyrion qui défendait la cité - un jeune et cruel seigneur du nom de Killin, qui avait sombré dans la folie aussi vite que Tyrion - ordonna à ses Archimages de la noyer sous un sort terrible au moment où les troupes de Malékith se déversèrent dans ses rues en ruine. Alors même que Killin mourait, le corps percé d’une vingtaine de flèches, un tourbillon éthérique s’épanouit au cœur de Tesselia. La fureur de la faille avala chaque pierre et chaque soldat à l’intérieur des remparts avant d’être rassasiée, mais la Magie qui l’avait engendrée ne se dissipa jamais totalement. Tesselia, naguère le joyau de Saphery, avait disparu à jamais. Il n’en restait plus qu’un paysage désolé, où l’on entendait les ululements des damnés portés par le vent glacial.

Killin était le pire des Æstyrion, mais les autres étaient aussi impitoyables que des Elfes Noirs. Ils commandèrent aux citoyens de Saphery de prendre les armes au nom de Tyrion. La plupart de ceux qui acceptèrent ne le firent que pour sauver leur famille. Ils périrent par milliers, poussés en avant pour prendre les flèches adverses et fatiguer les bras des envahisseurs pendant que les Æstyrion gardaient leur élite en réserve. Le fait que cela ne changea le cours d’aucune bataille ne fit que rajouter à la tragédie.

Tous les citoyens de Saphery n’accédèrent pas aux exigences des Æstyrion. La plupart de ces dissidents furent massacrés, ou utilisés comme appâts pour piéger les forces de Malékith. Les armées du Roi Phénix commandées par des Dynastes ignorèrent ces provocations et s’en tinrent à leurs ordres - que leur importait que les Asur se tuent entre eux ? Il n’en allait pas de même pour les Chevaliers Dragons d’Imrik, dont la témérité leur coûta cher en essayant de secourir les otages. Cependant, cette cruauté se retourna contre les Æstyrion. Quand Malékith arriva à la Tour de Hœth pour assujettir les Maîtres du Savoir, il trouva les portes grand ouvertes et les Maîtres des Épées alignés en rang en son honneur. La barbarie avait conduit Finreir à renoncer à sa neutralité.


Tyrion apprit tout cela à son retour à Tor Alin, bien que par arrogance, il n’agît pas tout de suite. Morathi était revenue plus d’une semaine plus tôt. Elle remit la Faiseuse de Veuves dans sa crypte, non sans avoir pris la précaution de jeter un sort aux gardiens, dont le cœur cesserait de battre en cas de trahison. Quant à Korhil, il patientait dans une cellule. Le Capitaine avait fait le long voyage depuis le Sanctuaire d’Analdar attaché à une chaîne tirée par un char de Naggaroth. Il n’y avait pas un carré de sa peau qui ne fût pas marqué par une ecchymose ou une plaie, et sa chair pendait de ses os en maints endroits, mais il n’avait pas crié, préférant se retirer dans une forteresse de silence et d’amertume.

Morathi n’eut pas besoin de demander la cause du retard de Tyrion, car à l’ouest, l’horizon se teintait d’un orange enflammé. Avelorn était en feu, ses vieux bois tombaient en cendres inertes. Tel fut le prix que la province paya pour l’humiliation de Tyrion à Withelan. À peine la moitié des soldats qui avaient chevauché avec Tyrion revinrent à Tor Alin, mais la victoire du Prince était sans appel.

De longues lignes de centaines de prisonniers Avelorni enchaînés étaient traînées derrière l’armée. Tyrion céda à la rage quand on lui rappela la trahison de Korhil. La Sorcière Matriarche, habituée à ses sautes d’humeur, adoucit la colère de son amant, puis lui offrit les clés de la cellule de Korhil. Quand la lune se leva au-dessus de Tor Alin, Tyrion se rendit dans les entrailles du manoir et entra dans la prison improvisée. Au cours des heures qui suivirent, le silence de Korhil fut enfin rompu par les coups de gantelets de Tyrion. Hormis Morathi, aucun occupant de Tor Alin ne trouva le sommeil cette nuit-là, tant les cris étaient horribles.


Le lendemain matin, les Princes des armées de Tyrion furent convoqués devant les portes de Tor Alin, où on avait érigé un nouvel autel à Khaine avec les pierres du Temple d’Asuryan qui dominait le centre de la cité. Là, ils assistèrent au sacrifice des prisonniers Avelorni, décapités un par un par Tyrion à l’aide de la Faiseuse de Veuves retrouvée. La boucherie dura la majeure partie de la journée, mais Tyrion ne fatigua pas - au contraire, il devenait plus frénétique avec chaque corps qui tombait sur les dalles trempées de sang.

Chaque tête tranchée était saisie par Morathi et jetée dans la foule hurlante. La Sorcière frissonna de plaisir en voyant avec quel entrain les Princes guindés d’Ulthuan se chamaillaient pour ces ignobles marques de faveur, et elle aperçut plus d’une dague scintiller comme les nobles s’entre-tuaient pour s’approprier un de ces trophées. Après plusieurs millénaires, Morathi se sentait à nouveau chez elle.

Alors qu’on disposait du dernier condamné Avelorni, Korhil fut tiré en haut de l’autel par deux demoiselles de Morathi. Il n’aurait pas pu monter par ses propres moyens. La colère de Tyrion avait réduit les jambes du Capitaine en charpie, et ses yeux n’étaient plus que des trous creusés sauvagement. Le corps de Korhil était brisé, mais sa détermination demeurait intacte. Alors même qu’on l’emmenait à la mort, il pria Tyrion de prendre conscience de ce qu’il était devenu avant que d’autres en souffrent encore. Le Prince fit taire Korhil de son poing gantelé, et ordonna qu’on le porte au centre de l’autel.

Toutefois, le coup de grâce ne serait pas l’œuvre de Tyrion. Ce cruel honneur fut accordé au Prince Dalroth, pour qu’il puisse venger la mort de son frère et la corruption supposée de sa sœur. Ce serait la seule immolation de ce jour à ne pas être pratiquée à l’aide de la Faiseuse de Veuves. On utiliserait à la place la propre hache de Korhil, Chayal, afin de l’exécuter.

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« Attendez ! » La voix de Morathi coupa aisément dans le tumulte de la foule.

Dalroth s’arrêta au milieu de son coup, et adressa un regard à Tyrion pour demander son approbation. Morathi vit le Prince acquiescer - comme elle l’avait prédit - et Chayal fut mise au repos. Morathi fit une révérence à son amant, et se délecta de la chaleur du sang versé sur les pierres qui ruisselait entre ses orteils.

« Ta fin est venue, pauvre petit lion, » ronronna Morathi, en s’accroupissant à côté de Korhil, « mais il ne doit pas forcément en être ainsi. Promets de me servir aussi loyalement que tu servais Tyrion autrefois, et non seulement je te ferai épargner, mais je t’élèverai à des sommets que tu n’as jamais connus. »

« Ma mort n’est rien, » murmura Korhil, dont la bravade amusa Morathi. « J’ai été stupide, et j’en paye le prix. D’autres dissiperont ton enchantement. »

« Oh vraiment ? » se moqua Morathi. Elle fit courir un ongle parfait autour de la blessure béante qu’était l’orbite gauche de Korhil. La droite tressaillit de douleur, et la Sorcière gloussa en léchant le sang séché sur son doigt.

« Tenace jusqu’au bout, » dit-elle, « mais sache ceci : l’enchantement n’est pas de mon fait. Tyrion n’est pas sous mon emprise ; c’est moi qui suis sous la sienne, et notre règne glorieux durera éternellement. Songes-y au moment où la hache tombera. »

Morathi se releva et fit face à Dalroth. « C’est une belle arme, mais un peu lourde peut-être, » lui dit-elle. « Personne ne t’en tiendra rigueur si tu n’y arrives pas du premier coup… »

Un rictus féroce déforma les traits de Dalroth, et il leva Chayal bien haut…


Alith Anar, le Roi Fantôme
Le sortilège d’Adranna l’avait liée plus intimement à Korhil que celui-ci l’aurait cru. Ainsi, quand Chayal mit un terme à la vie du Capitaine, la Princesse apporta rapidement la nouvelle au conseil de Malékith. Adranna était doublement triste. La mort de Korhil l’affectait profondément, même si elle savait qu’elle n’aurait pas pu faire grand-chose pour l’empêcher. Mais la capture de Korhil signifiait de surcroît que la Faiseuse de Veuves était retournée à Tyrion.

Malékith n’éprouva aucune compassion pour Adranna. La témérité dont Korhil avait preuve en défiant Tyrion l’impressionnait bien malgré lui, mais l’échec du Capitaine ne remportait que le dédain du Roi Phénix. Cela n’empêcha pas Malékith de prendre toute la mesure des événements : avec le retour de l’épée, Tyrion n’était plus invalide. Les armées du Roi Phénix marchaient donc vite vers la frontière entre Saphery et Cothique, avant même que les premiers survivants rapportent le sac d’Avelorn.


S’ensuivirent des semaines d’âpres combats. Aucun des cols de montagne séparant la chatoyante Saphery et la triste Cothique n’était aussi large que les passages gardés par les grandes portes de l’ouest, mais il y avait des myriades de sentiers qui les traversaient. Des batailles éclatèrent sur les épaules des Annulii, n’impliquant jamais plus de quelques centaines d’Elfes, et parfois moins d’une douzaine. Les pics furent ébranlés par la fureur de la Magie, et des éclaireurs filaient entre les rochers, sans entendre les cordes lâchant les flèches qui prendraient leurs vies. Le bruit des combats attirait souvent les bêtes des hautes plaines : Manticores, Chimères, entre autres créatures corrompues. Peu à peu, les cols furent encombrés de morts, et les torrents endigués par des corps.

Les murs de boucliers de Malékith tinrent aussi longtemps qu’ils le purent, mais dans cet environnement confiné, la fureur des Æstyrion pesait lourd. Mais les Dragons de Caledor ne purent rétablir l’équilibre. Les demoiselles de Morathi ensorcelaient les habitants sauvages des hauteurs, et les Princes Dragons et les Chevaliers Phénix étaient chassés des cieux par de grands vols de monstres des Annulii. Malgré de terribles pertes, les Caledoriens étaient déterminés à continuer la bataille contre cette armée bestiale. Néanmoins, Malékith obligea les Princes Dragons à se retirer et ordonna qu’on abandonne les cols. Les Princes de Caledor étaient la gemme la plus précieuse de la couronne de Malékith, et il ne voulait pas voir sa lumière s’éteindre pour un gain médiocre.


Malékith était toujours loin d’être aimé par la part du peuple d’Ulthuan qui était passée sous sa loi. En effet, bien des Princes évoquaient discrètement sa destitution, incapables d’accepter que le Roi Sorcier de Naggaroth siège sur le trône du Phénix. Malékith n’ignorait rien de ces conspirations, car ses espions étaient partout. La modération de Teclis sauva plus d’un Prince des conséquences funestes de ses paroles inconsidérées, mais pas tous. Malékith avait régné trop longtemps en tant que tyran pour laisser couler de telles intrigues. Ainsi, faisant preuve d’une retenue sans précédent, le Roi Phénix ne fit pas exécuter ses ennemis. Au lieu de cela, il les promut aux plus hauts grades militaires, et les envoya commander sur le front. Malékith déléguait leur élimination aux forces de Tyrion, et il était rarement déçu.

Si la plupart des Princes d’Ulthuan n’étaient pas enthousiasmés par le couronnement de Malékith, ils ne pouvaient décemment pas nier la détermination que le Roi Phénix démontrait en défendant sa nouvelle terre. Alors que les forces de Tyrion perçaient en Saphery, Malékith les affronta sans relâche par le feu et l’épée. À Tyrasel, il retint à lui seul une horde de Cothiqui sanguinaires pour laisser à son armée le temps de se retirer. À Tor Amin, il prit la tête de la charge des Princes Dragons de Caledor qui tailla l’armée de monstres de Morathi en lambeaux labourés par les serres, avant qu’elle fondît sur le contingent condamné des Gardes Phénix de Caradryan.

Sur chaque champ de bataille, Malékith défia Tyrion, exigeant que le Dragon de Cothique l’affronte en combat singulier. Pas une fois les railleries du Roi Phénix ne firent sortir Tyrion du rang. Le Prince n’avait pas plus envie de se confronter à Malékith que jadis Khaine à Asuryan. Par ailleurs, Tyrion n’avait nul besoin de vaincre personnellement le Roi Phénix - pas tant que ses propres armées balayaient tout sur leur passage.

Les Elfes sous la férule de Tyrion étaient immunisés à tout hormis aux plus sombres terreurs, et combattaient comme des possédés. Chaque bataille remportée par Tyrion renforçait l’ombre de Khaine, et nombre de seigneurs et Princes qui étaient restés neutres jusque-là tombèrent sous sa domination. On pouvait désormais voir des guerriers de Chrace et de Tiranoc dans les rangs du Prince, de même que d’anciens Corsaires de Drane Sang Noir. Il semblait que deux nouveaux soldats venaient pour chaque Elfe hypnotisé par Khaine qui tombait au combat. En conséquence, même les plus grandes victoires de Malékith se soldaient par une retraite, les phalanges de Lothern et de Caledor n’ayant même pas le temps d’inhumer dignement leurs morts avant de repartir à la hâte vers le sud.


La dernière bataille des plaines de Finuval eut lieu dans les ruines de Tor Ellian, une cité rasée au cours d’une des anciennes campagnes de Malékith et abandonnée à la forêt de la Bordure de Finuval. Les Æstyrion du Prince Dalroth écrasèrent le flanc droit du Roi Phénix, et auraient massacré la majeure partie de l’armée de Malékith sans l’arrivée à point nommé des Elfes d’Athel Loren. Surgissant des entrailles des racines du monde, les Asrai frappèrent le dos exposé des phalanges de Dalroth, et transformèrent en victoire une débâcle annoncée.

Des milliers d’Asrai et d’Esprits des Forêts périrent à Tor Ellian, mais leur sacrifice sauva des dizaines de milliers de partisans de Malékith. Adranna était de ceux qui devaient la vie au peuple d’Athel Loren, car elle avait été capturée en tentant de tuer son frère corrompu. Næstra et Arahan, les filles d’Ariel, avaient mené la charge pour délivrer la Princesse, et Dalroth lui-même avait été emporté hors du champ de bataille, l’épaule percée par une flèche d’Arahan. L’ost d’Athel Loren se joignit ensuite à l’armée de Malékith, ayant juré de ne jamais quitter le camp de la Reine Éternelle, pas tant que la guerre ne serait terminée, quelle que soit l’issue. Hélas, la victoire de Tor Ellian n’était que le prologue d’une retraite longue et harassante. Pourtant, Malékith, entouré d’Alarielle et d’Imrik, ne désespéra pas.


Sa campagne en péril, Malékith envoya Teclis dans les Dix Royaumes pour porter un message qui intimait à tous les Princes de prouver leur loyauté au Trône du Phénix sur le champ de bataille. L’entreprise porta quelques fruits, encore que les Princes qui se rallièrent à Malékith le fissent surtout grâce au pouvoir de persuasion du messager. Il y en avait toujours qui refusaient de se soumettre à Malékith ou à Tyrion - certains par peur, d’autres par fierté. Il y en avait même qui jugeaient qu’aucun des camps n’était digne de gagner, tant ils avaient semé la destruction.


« Tu n’es pas le bienvenu. »

La voix était douce, mais froide comme la glace, et si proche que Teclis pouvait sentir le souffle de son interlocuteur sur sa nuque. L’Archimage s’efforça de garder sa contenance et se tourna. Teclis ne pouvait envisager comment l’autre était-il arrivé si près sans trahir sa présence.

« La réputation du Roi Fantôme n’est pas usurpée, » dit Teclis.

Un long moment, le sifflement du vent mordant dans la passe étroite fut le seul son audible. À l’est s’étendaient les forêts carbonisées de Chrace ; à l’ouest naissait le domaine morne et brumeux de Nagarythe.

« Je connais la raison de ta venue, » dit enfin Alith Anar, « et la réponse est non. »

« Même si le sort d’Ulthuan en dépend ?

Le Roi Fantôme eut un rire amer. « Laisse-moi te montrer quelque chose. »

Il se tut et franchit la dizaine de pas qui les séparaient du bord du col. Teclis se renfrogna et le suivit sur le sol inégal en s’aidant de son bâton.

« Nagarythe a toujours été le moins peuplé des Dix Royaumes, » dit Alith Anar. « Mais vois donc. »

Le Roi Fantôme passa la main devant la vallée en contrebas, et la brume s’ouvrit. À la surprise de Teclis, elle était remplie de tentes et de feux de camp nichés dans les ruines et les ajoncs, aussi loin que portait le regard.

« Je ne savais pas. »

« Nagarythe offre désormais le seul refuge dans tout Ulthuan. Ni ton maître… »

« Ce n’est pas mon maître. »

Alith Anar ignora l’interruption. « Ni ton frère, n’ose me défier. Ainsi le Roi sévère de Nagarythe est-il devenu le dernier espoir de milliers d’Elfes, » ironisa-t-il. « Le peu de forces qui reste dans ces terres est voué à les protéger, pas à défendre Malékith. »

Soudain le ciel fut envahi de corbeaux, dont les battements d’ailes retentirent dans la passe. Quand ils se dispersèrent, Teclis était seul.


Les soldats de Tyrion, les Æstyrion succombent à la soif de sang de Khaine.
Alors même que ses armées reculaient, le Roi Phénix fit preuve de la même arrogance que ses prédécesseurs sur le trône : il était déterminé à écraser les armées de Tyrion a et à tuer le Prince au combat. Toutefois, Teclis argua qu’une telle stratégie était vouée à l’échec. Les forces du Dragon de Cothique continueraient de grandir tandis que celles de Malékith se rétréciraient. Teclis insistait sur le fait que, même si la victoire était possible, il faudrait de nombreuses années avant qu’Ulthuan soit réunifié. Même ainsi, persistait-il, Tyrion n’était pas la véritable menace, tout comme Khaine ne l’était pas pendant la guerre des dieux. Les Dieux Sombres prospéraient de nouveau, nourris par les tueries d’Ulthuan et d’ailleurs. Les Elfes devraient affronter ce péril, et gagner contre Tyrion était inutile si les forces de Malékith n’étaient plus capables de se dresser face aux serviteurs des Dieux du Chaos. Leur seul espoir, selon Teclis, était de s’approprier un pouvoir que Tyrion lui-même ne pouvait vaincre - il fallait se rendre sur l’Île des Morts, détruire le Grand Vortex et accaparer sa Magie.

Le Roi Phénix était furieux. Il se rappelait très bien ses efforts d’autrefois pour défaire les enchantements de Caledor le Dompteur de Dragons, et qui avaient éreinté Ulthuan. Malékith avait attendu trop longtemps et fait trop de sacrifices pour monter sur le trône d’Ulthuan - il n’allait pas risquer son royaume sur un conseil désespéré quand les lances pouvaient lui apporter la victoire.


Teclis fut surpris par la véhémence de la réponse de Malékith. Jusque-là, il n’avait jamais cru que le Roi Sorcier d’antan laisserait passer une opportunité d’acquérir plus de pouvoir, quel qu’en soit le risque - et il y avait assurément un grand pouvoir à gagner. Tout comme Nagash avait fait tout son possible pour devenir le conduit de la Magie de Mort, la proposition de Teclis permettrait à Malékith d’asservir un des huit Vents de Magie, et de devenir rien moins qu’un dieu dans une forme mortelle.

En privé, Teclis se lamentait du fait que le temps était mal choisi pour Malékith d’enfin se contenter de ce qu’il avait. Toutefois, quand il en reparla, il chercha à assurer au Roi Phénix que le vol de la Magie de Mort par Nagash avait suffisamment affaibli le Grand Vortex pour qu’on puisse s’emparer des autres vents sans danger. Néanmoins, la même prudence qui avait empêché Malékith d’accomplir ses desseins s’abattit comme une porte en fer, et il refusa de discuter plus longtemps de cette affaire.

Teclis vit s’écrouler ses plans soigneusement préparés, et ne savait pas comment rattraper la situation. Lileath aurait pu convaincre le Roi Phénix - les paroles d’une Déesse avaient toujours été plus persuasives que celles d’un mortel. Hélas, cela faisait plusieurs semaines qu’on n’avait pas vu Lileath en Ulthuan, et elle n’avait pas répondu aux prières de plus en plus pressantes de Teclis. Plus que jamais, Teclis regrettait les bons conseils de son frère.

En désespoir de cause, Teclis parla de son plan à Alarielle et Imrik. La Reine Éternelle était aussi emballée par l’idée que son fiancé. Elle ne redoutait pas seulement les conséquences pour Ulthuan, mais aussi pour la trame du monde. Elle rappela à Teclis que Caledor le Dompteur de Dragons avait érigé le Grand Vortex pour une raison bien précise. Si la proposition de Teclis était envisageable, pourquoi Caledor n’avait-il pas retenu cette option des millénaires plus tôt ? De manière inattendue, Imrik appuya Teclis. Caledor le Dompteur de Dragons lui avait suggéré le même plan quelques mois plus tôt et, comme toujours, la parole de son ancêtre était incontestable aux yeux du Prince Dragon. Alarielle accepta finalement de parler à Malékith. Elle ignorait que l’idée de la dissolution du Grand Vortex n’était pas du fait de Teclis, ni de Caledor, mais de Lileath. Si elle l’avait su, le fragment d’Ariel logé dans son âme l’aurait mise en garde.


À l’est, de l’autre côté de l’océan, Lileath arpentait la gloire déchue de Château Drakenhof, la demeure ancestrale des Von Carstein. Sa forme divine était invisible pour les servants qui erraient dans les corridors lugubres, et sa voix était tel le souvenir insaisissable d’un rêve. Là, elle conversait souvent avec la Princesse Eldyra de Tiranoc, seule survivante de la tentative d’Eltharion de secourir l’Infante Éternelle, capturée par Mannfred von Carstein sur une tocade. Eldyra et ses geôliers pensaient que Mannfred lui avait infligé la malédiction de son sang : l’esprit de la Princesse était glacé, des créatures confuses rôdaient à la limite de ses perceptions et les voix des morts la hantaient comme dans des cauchemars éveillés.

Lileath prit d’abord les traits d’un des serviteurs de Drakenhof, et offrit à Eldyra un peu de douceur dans ce lieu des plus sordides. Ce ne fut que lorsque la Princesse lui accorda un peu de sa confiance que la Déesse lui dit ce qu’il s’était vraiment passé.

Le même rituel par lequel Nagash avait drainé la Magie de Mort du Grand Vortex avait détruit Ereth Khial, la Déesse Elfique des morts, et suite à cela, ses restes divins avaient été liés à l’enveloppe mortelle d’Eldyra. Désormais, tout comme Tyrion était devenu un avatar de Khaine, Eldyra héritait peu à peu du rôle de la Reine Pâle. Les voix qu’entendait Eldyra étaient celles des Elfes défunts qui venaient d’échapper à l’appétit de Slaanesh, et les créatures impalpables étaient les rephallim qui avaient guidé ces âmes jusqu’à elle.

C’était une révélation qu’aucun Elfe n’aurait bien accueillie, car Ereth Khial était une Déesse honnie de tous. Eldyra sembla sombrer dans la folie. Quand ses matons l’entendirent jurer dans le vide, et virent ses grosses larmes noires de rage, ils se demandèrent quelle valeur pouvait bien lui accorder leur maître. En vérité, Mannfred avait agi par instinct, et ignorait l’importance de sa prisonnière. S’il avait été là, le Vampire aurait brisé la volonté d’Eldyra et se serait emparé de son pouvoir ; mais il était très loin, et très occupé à obéir à Nagash.

Les délires d’Eldyra firent place à une détermination claire et froide. Elle accepta les enseignements de Lileath, et apprit comment commander à ses esprits préposés et à utiliser leurs pouvoirs. L’idée la rebuta d’abord, car puiser de la Magie dans les esprits les condamnait à l’oubli. Mais Eldyra changeait, comme les autres avatars, et le récit du Rhana Dandra par Lileath ne fit qu’accélérer cette transformation. Eldyra devenait plus dure, plus insensible, un être guidé par la survie, la nécessité. À l’image d’Ereth Khial avant elle, Eldyra devint aveugle aux amours, aux peines et aux désirs de ses serviteurs défunts, et étanchait volontiers leur existence pour améliorer la sienne. Le flux des esprits ne tarissait jamais, car la guerre en Ulthuan faisait déborder la table de Slaanesh. Même si les rephallim ne lui apportaient qu’une fraction des morts, elle équivalait tout de même à plusieurs centaines par jour. Ce fut ainsi qu’une nouvelle Reine des Morts naquit à Château Drakenhof. Elle brisa les murs et les enchantements qui retenaient prisonnière sa forme mortelle, et se rendit dans les montagnes. Lileath l’accompagnait, pour lui expliquer la tâche qu’il lui faudrait accomplir.


En Ulthuan, l’armée du Roi Phénix arrivée à la Tour de Hœth dut faire face à une nouvelle menace. Peu à peu, les Elfes désertaient les rangs de Malékith et fuyaient au nord pour rejoindre Tyrion, en laissant souvent les cadavres de camarades trahis derrière eux. Les premiers transfuges étaient des Druchii, en qui le Roi Phénix voyait une vermine qui trouvait le tempérament du Dragon de Cothique plus à leur goût que celui de Malékith. Mais Asur et Asrai commencèrent eux aussi à renier le Roi Phénix. Certains faisaient partie des conspirateurs qui avaient planifié l’assassinat de Malékith, mais pas tous.

Marendri, un Prince du nord de Caledor, un fidèle de Malékith de la première heure, était de ceux-là. Par une nuit sans lune, le Prince Dragon trancha les gorges de ses trois frères, et se tailla un chemin à travers la ligne de sentinelles. Marendri aurait réussi à rejoindre Tyrion si une blessure ne l’avait pas ralenti, Marendri fut rattrapé par Imrik, horrifié par la sauvagerie qu’il lut dans les yeux rouges de son camarade. Le chevalier avait les traits tirés, et ses paroles n’étaient qu’un fouillis d’insultes et de grognements. Plus que la justice, ce fut la pitié qui guida l’épée d’Imrik cette nuit-là.

Quand Imrik témoigna de ce qu’il avait vu, tous durent reconnaître que l’ombre de Khaine avait tant grandi qu’elle couvrait leurs rangs en plus de ceux de Tyrion. Quand Alarielle se fit l’avocate de la dissolution du Grand Vortex, Malékith finit par accepter. Teclis ne dit rien. C’étaient ses enchantements qui avaient permis à l’ombre de Khaine de s’emparer de ses alliés. Il ne regrettait pas cette supercherie, car Lileath lui avait dit que la chose était nécessaire, mais il s’interrogeait sur le degré de souillure que son âme pourrait endurer avant de devenir aussi mauvais que Tyrion ou Malékith.


La Tour de Hœth, où beaucoup espéraient trouver refuge et le point de départ d’une contre-attaque, dut donc être rapidement abandonnée. La plupart des Maîtres du Savoir se joignirent à la marche vers l’ouest du Roi Phénix, mais Finreir refusa de quitter la tour, même si Tyrion allait sûrement envahir ses vieilles pierres. Des Cotres Volants de Lothern volaient en tête, afin de repérer la flotte de Lokhir Cœur de Pierre. Il n’y avait pas de forêts sur l’Île des Morts, ce qui interdisait d’employer les racines du monde, et obligeait à utiliser des navires pour transporter les forces du Roi Phénix. Cependant, alors que le rivage approchait, tout comme l’armée de Tyrion, aucune nouvelle ne vint de Cœur de Pierre. Aislinn n’était pas en cause, sa flotte étant au mouillage près du Val Gaéen. Dans le dos de l’ost de Malékith, un feu violet embrasait le haut des collines et le vent apportait l’écho de voix hargneuses.

Comprenant que le temps jouait contre son camp, Alarielle prit le commandement d’un Cotre Volant et prit le large au-dessus de la Mer des Rêves. Elle ne mit pas le cap à l’ouest, comme ceux qui cherchaient Cœur de Pierre, mais au nord. Elle ne dit sa destination à personne, et Malékith fut très contrarié par son départ.

Des heurts sanglants éclatèrent entre l’arrière-garde de Malékith et l’avant- garde de Tyrion, et Cœur de Pierre ne se montrait pas. Les forces de Malékith approchant de la côte, Imrik et Araloth emmenèrent l’ost de Caledor à l’est pour ralentir les Æstyrion. Des milliers moururent sur les prairies clairsemées du rivage Saphérien. Son armée ployant sous le nombre, Imrik ordonna la retraite vers la plage et appela des renforts. Malékith envoya Caradryan et une grande part de ses Gardes Phénix et Gardes Noirs, mais il n’avait toujours aucun signe de la flotte de Cœur de Pierre. Imrik finit par n’avoir nulle part où reculer, et Malékith se résolut à livrer bataille sur le rivage.


Finalement, on vit des voiles se dessiner sur l’horizon, à l’ouest. L’ost cria de joie, et se tut brusquement en réalisant qu’elles n’étaient pas noires comme la flotte de Cœur de Pierre, mais bleues et blanches comme celle d’Aislinn. Des plaintes désespérées montèrent quand l’armée de Malékith comprit qu’elle était prise entre deux ennemis. Puis vint un Cotre Volant en tête de la flotte, Alarielle à sa proue. À son côté se tenait Aislinn, bien mis comme toujours, mais sa figure était hantée par la peine. La Reine Éternelle avait trouvé l’amiral au milieu des cendres d’Avelorn. Il avait pris conscience de son erreur parmi les corps carbonisés, et avait imploré le pardon. Aislinn offrit sèchement les services de sa flotte au Roi Phénix, et une évacuation éperdue commença.

Même ainsi, l’ost de Malékith perdura uniquement grâce à la bravoure et au sacrifice. L’avant-garde de Tyrion, voyant l’approche des vaisseaux, déferla dans les dunes. Les milliers d’Æstyrion - chars, lanciers et chevaliers - ne cherchèrent même pas à former un semblant de ligne de bataille, mais dévalaient en hurlant les pentes de sable. Sceolan d’Athel Loren les accueillit avec un mur de bouclier discipliné. Il se déforma, mais ne se brisa pas. Une deuxième charge suivit ; une lance de Tiranoc emporta l’œil de Sceolan, et une autre lui perça le cœur. Les Asrai vacillèrent quand leur seigneur tomba, mais les guerriers de Naggarond et de Lothern se pressèrent en avant pour renforcer la ligne, et les boucliers tinrent bon pour encaisser un troisième assaut.

Les hauts-fonds écumaient comme des milliers d’Elfes pataugeaient dans les brisants pour atteindre les navires stationnés au-delà. Tout ce qui était trop lourd pour être emporté fut abandonné, entre autres choses. Les Hommes-Arbres marchèrent dans les eaux plus profondes, s’enracinèrent dans le fond marin et hissèrent les Elfes à bord des bateaux avec leurs puissants bras. Quatre heures passèrent. Certains navires d’Aislinn, alourdis par tout ce qu’ils avaient embarqué, partirent vers l’ouest. Mais les égarés de Khaine continuaient de se déverser sur les dunes. Enfin, quand les premières bannières des phalanges de Tyrion se dessinèrent contre l’horizon à l’est, les Dragons de Caledor inondèrent le rivage de flammes, éparpillant la horde sanguinaire et offrant du temps aux derniers défenseurs pour monter à bord. Malékith fut le dernier à partir, et avant que les ailes de Seraphon ne l’emportent à l’ouest, il crut apercevoir le Prince parmi les lanciers Æstyrion.


Au crépuscule, les navires d’Aislinn comblés d’Elfes exténués filaient vers le couchant. Les silhouettes noires de la flotte de Cœur de Pierre apparurent finalement au sud. La Tour de Terreur Bénite dominait le centre de la flottille. Ses couleurs ne proclamaient plus allégeance à Malékith, mais à Tyrion. Un autre mystère était éclairci, encore que sa résolution n’enchantât personne dans le camp du Roi Phénix. Les vaisseaux de Cœur de Pierre auraient fait un massacre chez la flotte surchargée d’Aislinn s’ils lui avaient donné la chasse, mais leur amiral avait d’autres ordres et son armada continua à l’est, vers la côte de Saphery que Malékith avait quittée si récemment. Le lendemain matin, la flotte de Lothern poursuivit sa route sur une mer agitée. L’aube s’était levée avant que quiconque remarque qu’Aislinn avait pris un Cotre Volant pendant la nuit.

Ainsi, lorsque les navires de Cœur de Pierre repartirent à l’ouest, leurs ponts courbant sous le poids de l’ost de Tyrion, le Cotre Volant d’Aislinn vint se placer à côté de la Tour de Terreur Bénite, et l’amiral se laissa escorter devant Tyrion.


Morathi observa les Corsaires tirer Aislinn sur le pont et le jeter au pied de Tyrion. À côté du Prince, Cœur de Pierre fulminait d’impatience, et les tentacules de son masque se tortillaient.

« Tu es un traître, Aislinn, » gronda Tyrion en plaçant la pointe de la Faiseuse de Veuves contre la poitrine d’Aislinn. « Pourquoi es-tu revenu ? Pour me supplier ? »

« Non. Je suis venu pour mourir, » cracha Aislinn. « La haine m’a rendu aveugle à ce que tu es devenu, et je dois me racheter. Mathlann veille sur les siens. »

Morathi pouvait déceler le ton de la menace dans la voix de l’amiral, mais elle ne devinait pas ce qu’il sous-entendait. Quel danger pouvait-il bien représenter ?

« Par les flots et la tempête, je vous maudis tous, » cria soudain Aislinn, ses lèvres se tordant en un sourire carnassier. « Que les profondeurs vous engloutissent. »

Ces derniers mots, prononcés avec simplicité, résonnèrent sur les mers, comme le rire d’Aislinn.

Tyrion appuya la Faiseuse de Veuves. Le Seigneur des Mers se tut quand la lame perça son cœur, mais Morathi savait qu’il était déjà trop tard.

Alors que le sang du Héraut de Mathlann se répandait sur le pont, le ciel, naguère calme, devint noir et furieux, et les voiles fouettèrent et claquèrent comme une bourrasque se levait. Les éclairs zébrèrent le ciel. La foudre frappa une des voiles de la Tour de Terreur Bénite. Elle s’embrasa et les flammes se propagèrent voracement au gréement et aux mâts. Tandis que Morathi cherchait désespérément un contre-sort à la malédiction d’Aislinn, elle vit qu’une douzaine de navires étaient également en feu.

Une vague colossale, plus haute que le mât de hune de la Tour, se souleva et s’abattit sur le pont de l’Arche Noire. Le contre-sort de Morathi mourut sur ses lèvres quand son souffle fut coupé et qu’elle fut renversée ; elle sentit le froid de l’eau de mer l’envelopper, et n’entendit plus que le hurlement de la tempête.

Puis tout devint noir.

Une vague colossale, plus haute que le mât de hune de la Tour, se souleva et s’abattit sur le pont de l’Arche Noire.

Puis tout devint noir.

La Bataille Finale[modifier]

L’Alliance du Roi Phénix[modifier]

Sans l’aide des Asrai, la campagne de Malékith se serait terminée prématurément des semaines plus tôt, et sa dette s’est davantage accrue à l’Île des Morts. Tant d’Elfes ont succombé à la folie de Khaine ou ont été tués au combat que désormais, il y a plus d’Asrai que d’Asur ou de Druchii dans l’armée du Roi Phénix.

Malékith, le Roi Phénix
Imrik de Caledor
La Sororité d’Avelorn

Malékith, le Roi Phénix
Plusieurs fois au cours des millénaires, Malékith a imaginé ce que serait son retour glorieux à Ulthuan, lorsqu’il s’emparerait du Trône du Phénix et qu’il laverait des siècles de honte. Bien sûr, il n’aurait jamais imaginé ce qui s’est réellement produit, et encore moins qu’il serait un jour le sauveur des Hauts Elfes. Même s’il s’étiole rapidement, le pouvoir d’Asuryan rayonne encore autour de Malékith, et lui accorde sa force flamboyante. Malgré tout, l’ancien Roi Sorcier doute que cela suffise à défaire Tyrion, même s’il est prêt à se battre jusqu’à la mort : la vie de Malékith est déjà parsemée de tant d’échecs qu’il refuse d’en connaître un de plus.

Les Princes de l’Échine du Dragon
Les Archers de Scarloc & Naieth la Prophétesse

Imrik de Caledor
Le chemin d’Imrik jusqu’à l’Île des Morts a été long et difficile, cependant il a gardé la foi. À l’origine, il combattait aux côtés de Malékith parce que Caledor le Dompteur de Dragons l’avait convaincu d’une telle nécessité, mais depuis, Imrik a remarqué la noblesse qui réapparaît sous l’humeur cruelle et sombre du Roi Phénix. De plus, la folie de Tyrion a définitivement balayé les derniers doutes d’Imrik. Il est persuadé que les Elfes sont à l’aube d’une nouvelle ère, et que le règne de Malékith est infiniment préférable à celui de Tyrion.

Les Princes de l’Échine du Dragon
Anticipant la violence de l’affrontement à venir, Imrik a rassemblé l’élite des Chevaliers de Caledor en un seul ost redoutable. La plupart des Princes de l’Échine du Dragon montent des coursiers caparaçonnés, toutefois quelques-uns chevauchent des Dragons, et commandent donc aux bêtes les plus puissantes de ce monde. Pour les guerriers de Caledor, cette bataille ne sera pas simplement le fracas de l’acier contre l’acier. Dans leur esprit, son issue déterminera une fois pour toutes si Imrik a eu raison de rallier le camp de Malékith au début de la guerre.

La Garde du Feu des Ombres

La Sororité d’Avelorn
La garde personnelle de la Reine Éternelle a beaucoup souffert au cours des derniers mois à cause des combats contre les Démons et contre les Elfes khainites de Tyrion. Néanmoins, ces épreuves ont endurci la détermination des survivantes, si bien que chaque demoiselle présente sur l’Île des Morts fait preuve d’une impavidité totale. Les rangs de la sororité ont également été renforcés par des Elfes de Talsyn triés sur le volet par Næstra et Arahan, afin d’assurer la sécurité de la Reine Éternelle. L’ost qui en résulte est sans doute le plus soudé de l’Île des Morts, car les différences qui existent entre les Asur et les Asrai disparaissent face à l’amour qu’ils vouent à l’avatar d’Isha.

La Garde du Feu des Ombres
Ce ne sont plus les Lions Blancs qui ont pour tâche de défendre le Roi Phénix, car cette mission échoit désormais à la Garde du Feu des Ombres, un mélange de Gardes Noirs de Malékith et de Gardes Phénix d’Asuryan. Aucune autre formation de l’Île des Morts ne reflète aussi bien l’esprit du Roi Phénix : son côté obscur a été contrebalancé par le feu d’Asuryan, tandis que sa brutalité est compensée par la noblesse de son esprit. Même si ces deux factions ne se mélangent pas, elles combattent côte à côte au service de Malékith. Cela n’importe guère que la Garde Noire combatte pour le butin, et la Garde Phénix pour accomplir son destin, seul compte leurs hallebardes et la détermination qui habite leurs cœurs.

Les Archers de Scarloc & Naieth la Prophétesse
Dans les royaumes des hommes, les Archers de Scarloc comptent parmi les mercenaires les plus doués qu’on puisse recruter. Cependant, aucun de leurs employeurs ne s’est jamais aperçu que la véritable motivation de Scarloc était d’étudier leurs méthodes de combat et de rapporter ces informations à Athel Loren. Néanmoins, les Archers de Scarloc sont des tireurs incroyablement doués, plus encore que ceux d’Ulthuan ou de Naggaroth. Et avec les présages de Naieth pour guider leurs traits, il ne fait aucun doute qu’ils seront les tireurs les plus redoutables de l’Île des Morts.


L’Alliance du Roi Phénix

Malekith, le Roi Phénix

Næstra & Arahan

Teclis

Le Prince Imrik

Alith Anar

Alarielle, Avatar d’Isha

Naieth la Prophétesse
Tisseuse de Charmes

Araloth,
Seigneur de Talsyn

Adranna
Sorcière

Les Princes de l’Échine du Dragon
Douze Princes Hauts Elfes sur Dragon,
cinq écailles de Princes Dragons

La Sororité d’Avelorn
Cinq régiments de Sœurs d’Avelorn

La Garde du Feu des Ombres
La garnison de cinq tours de la Garde
Noire, cinq osts bénits de la Garde Phénix

Les Archers de Scarloc
Une bande de Gardes Sylvain, une bande d’Éclaireurs Sylvains et une bande de Forestiers

Le Grand Ost de Naggarond
Cinq légions d’Affrelances, quatre légions de Sombretraits, deux légions de Tristelames, trois brigades de Chevaliers sur Sang-Froid

Le Grand Ost de Modryn
Trois bandes de Guerriers Faucon, deux
bandes de Gardes Éternels, huit bandes
de Gardes Sylvain, une troupe de
Danseurs de Guerre

Le Grand Ost de Talsyn
Cinq bandes de Gardes Éternels, trois
bandes de Cavaliers Sauvages de
Kurnous
, trois bandes de Gardes Sylvain, une bande de Forestiers, deux bandes de Chevaliers Sylvains

Le Grand Host de Tor Caleda
Huit griffes de Princes Dragons, trois
légions de Lanciers

Le Grand Host de Mathlann
Trois escadrons de Cotres de Lothern,
cinq équipages de Gardes Maritimes,
chacun avec une Baliste à Répétition

La Cour de la Clairière de Durthu
Trois Hommes-Arbres Vénérables, quatre Hommes-Arbres, trois bosquets de Lémures et huit halliers de Dryades

Les Destructeurs[modifier]

L’armée de Tyrion porte les atours de la civilisation, mais elle n’est plus qu’à un pas de la barbarie la plus totale. La plupart de ses guerriers ne se battent que pour voir le sang couler, même si la folie leur donne de la force. Si le sacrifice d’Aislinn n’avait pas clairsemé ses rangs, l’avatar de Khaine aurait facilement écrasé l’ost de Malékith.

Tyrion
Lokhir Cœur de Pierre
Les Traits d’Acier
Les Æskhaine
La Mort Rampante
Les Crinières d’Ombre

Tyrion
Il y a des milliers d’années, Ænarion parvint à s’extirper de l’ombre de Khaine et vint sur l’Île des Morts pour combattre au nom de son peuple. Malheureusement, Tyrion n’a pas la force de caractère de son ancêtre, ou alors l’ombre de Khaine pèse plus lourdement sur ses épaules. Le seul but du Prince est d’empêcher Malékith d’acquérir le pouvoir nécessaire pour mettre fin à la guerre, sans se soucier de ceux qu’il fait souffrir. Désormais, Tyrion est méconnaissable. Son visage est hagard et ses traits sont tirés. Son regard est dur et cruel. La puissance de Khaine le dévore de l’intérieur, bien que peu de ses alliés s’en aperçoivent vraiment. Même Morathi ne sait pas ce qui est à l’œuvre, car elle est aveuglée par son amour.

Lokhir Cœur de Pierre
Suite à des mois de service auprès de Malékith, Lokhir Cœur de Pierre a rallié le camp de Tyrion. Même les lieutenants les plus proches du corsaire ne savent pas si cette trahison est due à la corruption induite par l’ombre de Khaine, ou si Lokhir a encore des ambitions personnelles. Dans tous les cas, l’allégeance de Cœur de Pierre a grandement renforcé le camp de Tyrion, non seulement parce qu’il lui a fourni les navires pour se rendre sur l’Île des Morts, mais aussi parce qu’il a mis à sa disposition des milliers de Corsaires. Cependant, il est possible qu’en réalité, Cœur de Pierre ne serve que lui-même…

Les Traits d’Acier
La guerre d’Ulthuan n’a pas été miséricordieuse envers les guerriers de Morathi. Sur les dizaines de milliers de soldats qui ont accompagné la soi-disant Drusala depuis Naggaroth, il n’en reste plus qu’un quart. La survie des Traits d’Acier n’est pas due à leur bravoure, mais à leur bon sens, car ils ont toujours pris soin de ne jamais s’approcher de l’ennemi plus près que la portée de leurs arbalètes. Cette stratégie les a préservés au cours des mois précédents, mais tandis que l’ombre de Khaine les engloutit, il semble que leur instinct de préservation cède peu à peu la place à la soif de sang.

Les Æskhaine
Le pouvoir de Khaine ne fait pas bon ménage avec les personnes de faible volonté, car elle les précipite dans une folie dont il est impossible de s’échapper. Lorsque Tyrion arrive sur l’Île des Morts, plus de la moitié de son armée a succombé à cette démence. Les Æskhaine ne connaissent pas la peur, mais ils ne combattent plus avec leur adresse d’antan, et tentent de déchiqueter leurs adversaires à mains nues s’il le faut, tant leur désir de faire couler le sang est grand. Si Tyrion triomphe sur l’Île des Morts, tous les Elfes deviendront tôt ou tard des Æskhaine.

Les Crinières d’Ombre
Même après la mort de Korhil, Tyrion a conservé la tradition d’une garde de Lions Blancs. Elle n’a pas été difficile à reconstituer. La majorité des guerriers de Chrace ont embrassé la cause de Tyrion, et les autres ont eu tôt fait de condamner les actes de leur ancien Capitaine plutôt que de faire face à la colère de Tyrion. Malheureusement, cela signifie aussi que cette garde d’honneur, célèbre autrefois pour son honneur et sa noblesse, est désormais principalement constituée de pleutres et de traîtres. Tyrion n’en a cure, car il considère les Lions Blancs comme le véritable symbole d’un Roi Phénix, et se soucie essentiellement de leur loyauté, même si celle-ci n’est pas sincère.

La Mort Rampante
Il s’agit d’une des nombreuses bandes de Corsaires qui forment l’équipage de la Tour de Terreur Bénite. Elle a survécu à la colère d’Aislinn sans trop de pertes, ce qui lui a permis d’asseoir son influence dans la hiérarchie de l’Arche Noire. Ces Elfes sont désormais déterminés à poursuivre leur ascension, en prouvant leur valeur non seulement à Cœur de Pierre, mais aussi à Tyrion. Dans ce but, les capitaines de la Mort Rampante ont ouvert les cales de l’Arche Noire, afin de grossir leurs rangs avec plusieurs Hydres et Kharibdyss.


Les Destructeurs

Tyrion, l’Avatar de Khaine

Lokhir Cœur de Pierre

Morathi, la Sorcière Suprême

Prince Dalroth
Prince Haut Elfe

Les Lances du Corbeau
Deux escadrons de Cavaliers Noirs

Les Traits d’Acier
Une demi-légion de Sombretraits, sept
Balistes Faucheuses

Les Épées du Kraken
Un vaste équipage de Corsaires des
Arches Noires

La Mort Rampante
Un équipage de Corsaires des Arches
Noires

Les Porteurs de Crânes
Une légion de Tristelames, deux légions
de Sombretraits

Les Muets
Une légion d’Affrelances

Les Chevaliers de Tor Alin
Deux escadrons de Heaumes d’Argent

Les Æstyrion
Cinq légions de Lanciers Hauts Elfes, cinq
légions de Tristelames, trois brigades de
Chevaliers sur Sang-Froid, deux
escadrons de Heaumes d’Argent

L’Autel de la Ruine Rouge
Un Sanctuaire de Méduse Incarnate

Les Fils du Ciel Surnaturel
Une tribu d’Ombres

La Ménagerie de Raema
Deux Hydres de Guerre, deux Kharibdyss

La Mort Hurlante
Une troupe de Sœurs du Massacre

Les Crinières d’Ombre
Une parenté de Lions Blancs

L’Ost des Æskhaine de Cothique
Environ dix légions d’Elfes de tous rangs
et de toutes disciplines

L’Ost des Æskhaine de Chrace
Environ huit légions d’Elfes de tous rangs
et de toutes disciplines

L’Ost des Æskhaine de Tiranoc
Environ huit légions d’Elfes de tous rangs
et de toutes disciplines



L’ost de Tyrion s’avance dans les terres…
… pour y affronter l’armée de Malékith une dernière fois.
Lorsque l’aube se leva le matin suivant, la Tour de Terreur Bénite avait accosté sur le rivage nord de l’Île des Morts. Le navire avait été gravement endommagé par la tempête d’Aislinn : ses flancs étaient ravagés, ses mâts brisés et noircis. Sur les dizaines de navires qui formaient autrefois la flotte de Cœur de Pierre, il n’en restait que cinq. Environ dix mille guerriers avaient survécu pour débarquer, et beaucoup plus étaient morts noyés. Des cadavres s’échouaient déjà sur les plages, et se cognaient contre la coque de l’Arche Noire au gré des vagues. L’ultime attaque d’Aislinn avait été redoutable.

L’Île des Morts n’était pas ordinaire, car elle était constituée de pierres gardiennes de toutes tailles. Certaines étaient englouties par les eaux, et formaient les fondations sur lesquelles les autres venaient s’amonceler. D’autres s’élevaient haut vers le ciel, plus grandes que les plus hautes tours de Lothern ou de Caledor. Malgré tout, elles étaient minuscules comparées à la colonne nuageuse formée par le Grand Vortex, le dernier enchantement de Caledor le Dompteur de Dragons. Les bornes gardiennes qui constituaient le socle de l’île étaient invisibles sous un sable étincelant, qui avait été formé par l’érosion des monolithes de roche blanche. Rien n’y poussait. La légende racontait qu’avant le Grand Vortex, la vie florissait en ce lieu, mais qu’il n’en restait plus que des arbres pétrifiés. De fait, l’Île des Morts portait bien son nom. Elle avait un aspect étrange et envoûtant, même pour les Elfes, comme si elle était un havre de Magie au milieu des flots scintillants.


Lorsque Morathi revint à elle, elle sut instantanément où elle se trouvait. Elle pouvait entendre et voir les esprits des Elfes qui volaient autour des pierres gardiennes. Leurs voix étaient des murmures si calmes qu’ils étaient souvent noyés par le bruit du sac et du ressac. Morathi ne craignait pas les défunts, car ils étaient liés à leurs pierres gardiennes par une Magie que même elle ne savait pas dissiper. Ils seraient préservés de la faim de Slaanesh tant que les monolithes perdureraient.

L’ost de Tyrion s’avança dans les terres en trois grandes colonnes qui se faufilèrent entre les dunes et les bornes gardiennes. Tyrion et Morathi chevauchaient au centre, Cœur de Pierre à l’ouest, et Dalroth à l’est. À chaque pas, les vents soufflaient de plus en plus violemment, et les chuchotements des morts se faisaient plus insistants. Aucun être vivant ne vint leur barrer le passage entre les tombes majestueuses des rois et des reines de jadis, et même les ponts de l’intérieur de l’île n’étaient pas défendus. Ce ne fut qu’au pied du Vortex que Tyrion aperçut enfin ses adversaires. C’était là que l’armée de Malékith se trouvait, arrangée entre les mausolées des monarques des temps anciens. Surplombant les bannières et les pointes des lances, des Dragons et des Phénix étaient perchés au sommet de monolithes. Derrière eux, huit grandes colonnes convergeaient vers le centre du Vortex, et au faîte de chacune d’entre elles, un Archimage luttait pour canaliser les Vents de Magie.

Comme les forces de Tyrion formaient leur ligne de bataille, les guerriers de Malékith reprirent espoir, car ils virent que l’ost ennemi n’était pas plus nombreux qu’eux. Puis la voix de Tyrion tonna, et tous leurs espoirs s’envolèrent.

Répondant aux invocations de Tyrion, des milliers de cadavres de noyés émergèrent de la mer et se dirigèrent d’un pas traînant vers le cœur de l’île. Ils formaient deux vastes hordes de macchabées couverts d’algues, chacune dépassant en taille l’armée de Malékith. Certains cadavres étaient les victimes de la tempête d’Aislinn. Ils n’étaient guère différents des guerriers vivants auprès desquels ils allaient combattre, en dehors peut-être d’un teint plus blafard, et de leurs membres qui bougeaient d’une façon saccadée, sans la grâce propre aux Elfes. Cependant, la plupart étaient des morts des siècles passés, tués au cours des guerres livrées sur les eaux de la Mer des Rêves et de la Mer du Crépuscule. Leurs os blanchis et les lambeaux de leurs vêtements ne donnaient guère d’indications sur les créatures qu’ils avaient été jadis.

Alors que les hordes se rapprochaient, les portes de tombes anciennes s’ouvrirent, et de grandes silhouettes prirent leur place à côté de l’ost. On pouvait les reconnaître malgré la distance. Elles portaient leurs armures funéraires, et leurs suaires régaliens flottaient dans la brise. Les Hauts Elfes de l’ost de Malékith en eurent le souffle coupé par la terreur. Que Tyrion ranime les noyés était une chose, mais relever les cadavres des Rois Phénix était un blasphème inconcevable. Même Finubar - qui était mort depuis moins de trois ans - n’était déjà plus qu’un squelette couleur ivoire, car le passage des saisons sur l’Île des Morts se déroulait de façon surnaturelle. Quand Alarielle vit le cadavre de son mari s’extirper de son caveau, elle ressentit une colère froide et terrible.

Les Rois Phénix d’Ulthuan s’avancent pour leur dernier combat.
Il y avait cinq de ces revenants. Les corps d’Ænarion et de Tethlis n’avaient jamais été retrouvés, et Caledor Premier était mort en mer. Caradryel et Bel-Hathor étaient morts paisiblement, par conséquent Khaine ne pouvait pas contrôler leurs dépouilles, alors que Morvæl avait été réduit en cendres lorsqu’il s’était jeté dans les flammes d’Asuryan. De plus, aucune des prédécesseurs d’Alarielle n’apparut : parmi toutes les Reines Éternelles, seule Astarielle - la Reine Éternelle d’Ulthuan pendant l’époque d’Ænarion - était morte l’épée à la main, et son corps tout autant que son âme avaient été dévorés goulûment par un Démon de Slaanesh.

Si Tyrion avait eu la patience d’attendre l’arrivée de ces renforts cadavériques, il aurait sans doute balayé les lignes de Malékith grâce au poids du nombre. Toutefois, la patience n’avait jamais été le fort du Dragon de Cothique, et la vue de tant d’ennemis à sa portée le rendit téméraire. Poussant son cri de guerre, il éperonna Malhandir vers les rangs de la Garde Noire et de la Garde Phénix qui entouraient Malékith. Son cri de guerre fut repris en chœur par ses guerriers, et toute l’armée du Prince s’élança sur la pente.


Le sang se mit à couler lorsque les hallebardes des gardes affrontèrent les haches des chasseurs et les lances de Cothique. Les flèches chantaient en quittant les cordes des arcs, et les Elfes hurlaient d’agonie lorsqu’elles faisaient mouche. Des arbalétriers s’avancèrent de part et d’autres des flancs de Malékith. Le crépitement des armes à répétition retentit sans cesse au milieu des cris et du tintement de l’acier contre l’acier. Araloth de Talsyn combattait au centre de la ligne de Malékith, aux côtés de ses derniers Gardes Éternels, tandis que les serres de Skaryn lacéraient férocement les yeux de ses ennemis.

Alors que les lignes se heurtaient, Morathi et ses Sorcières accumulaient la Magie qui les entourait, et faisaient appel à des rites anciens pour la transmuter en flammes noires qui fusèrent à travers le champ de bataille. L’air s’emplit de la puanteur du soufre et de la chair calcinée lorsque les flammes s’abattirent sur la mêlée, mais les Elfes continuaient de combattre sans se soucier de leurs camarades qui prenaient feu autour d’eux. Les guerriers de Tyrion guerroyaient à cause de leur soif de sang, ou par crainte de décevoir leur maître. Ceux de Malékith luttaient parce qu’ils n’avaient pas le choix. Ils n’avaient nulle part où fuir, et ceux qui ne combattaient pas périraient tôt ou tard.


Sur le flanc ouest de Malékith, Imrik talonna Minaithnir pour se ruer au combat. Depuis le ciel, la ligne de bataille de Cœur de Pierre ressemblait à un grand serpent écailleux qui ondulait en avançant sur le sol sablonneux. Imrik était accompagné par les Princes de Caledor. Il plongea des cieux tel un éclair. Le vent sifflait dans ses oreilles tandis que Minaithnir tombait sur les Corsaires et les lacérait. Aucune cape en peau de Dragon des Mers ne pouvait résister aux griffes d’un drac de Caledor, si bien que le passage de Minaithnir traça un sillon sanglant dans les rangs des troupes de Cœur de Pierre. Des Kharibdyss arrivèrent des lignes arrières et firent claquer leurs mâchoires vers Minaithnir, toutefois le Dragon était trop âgé et rusé pour se laisser piéger. Il changea soudainement de direction, manquant de désarçonner Imrik, et échappa aux attaques des Kharibdyss tout en leur crachant des flammes. D’autres Dragons imitèrent Minaithnir et carbonisèrent les Kharibdyss. Un des monstres, rendu fou par la douleur, piétina ses maîtres et des dizaines de Corsaires avant de mourir.

L’attaque d’Imrik avait semé la confusion dans la ligne de bataille de Cœur de Pierre, et le flanc ouest de Malékith s’élança pour profiter de l’occasion. Des Princes Dragons aux heaumes ornementés éperonnèrent leurs coursiers, suivis par des Tristelames de Naggarond. Des Danseurs de Guerre bondissaient aux côtés des Maîtres des Épées. Leurs mouvements exubérants contrastaient fortement avec l’allure martiale des guerriers en armures d’écailles. Leur avance fut précédée de volées de flèches de la part des archers de Caledor, de Talsyn et de Torgovann. Les tirs rebondirent sur les capes des Corsaires là où ils avaient conservé leur discipline, mais là où les Dragons ou les Kharibdyss fous de douleurs avaient semé l’anarchie, la grêle de traits fut plus efficace. Une deuxième volée, puis un troisième sifflèrent dans les airs. Finalement, les lances de Caledor transpercèrent les rangs des Corsaires et la tuerie commença.


Des bandes d’Asrai faisaient face à la sauvagerie de l’armée de Dalroth avec une férocité presque animale.
À l’est, les troupes de Cothique du Prince Dalroth affrontaient les guerriers d’Alarielle. La Reine Éternelle commandait les survivantes de sa garde d’honneur depuis la tombe de Rialla, une de ses ancêtres remontant à cinq générations. Elle était persuadée que la Reine défunte lui donnait sa force, car ce jour-là, elle manipulait les énergies de la vie avec encore plus d’habileté que d’ordinaire. Comme le temps s’écoulait étrangement sur l’Île des Morts, il est fort possible que Rialla fût effectivement en mesure de venir en aide à sa descendante lors de cette bataille.

Au-delà du cercle formé par la garde d’honneur, des bandes d’Asrai faisaient face à la sauvagerie de l’armée de Dalroth avec une férocité presque animale. Morlanna de Modrynn et Scarloc l’Errant les menaient. Morlanna maniait une grande épée à deux mains, tandis que Scarloc décochait des flèches à une vitesse terrifiante. La plupart des Asrai avaient quitté l’Île à l’aube, en embarquant sur des navires de la flotte d’Aislinn. Au cours du voyage depuis Saphery, Alarielle avait commencé à s’inquiéter pour le destin d’Ulthuan, même si le rituel de Teclis était couronné de succès. Par conséquent, elle avait envoyé les seigneurs et les sorciers d’Athel Loren dans les dix royaumes pour accomplir une mission désespérée si le pire survenait.

Néanmoins, il restait un grand nombre d’Asrai sur l’île, et tous avaient juré de combattre jusqu’à la mort si nécessaire. Pour certains, celle-ci survint sur le sol sablonneux à proximité de la tombe de Rialla, lorsqu’ils furent transpercés par une lance de Cothique ou le trait d’une arbalète de Ghrond. Beaucoup se relevèrent lorsque la Magie d’Alarielle les enveloppa, referma leurs blessures et ressouda leurs os. Toutefois, l’affrontement était si violent que même les pouvoirs de la Reine Éternelle ne pouvaient pas vaincre systématiquement la mort. Les Asrai périrent les uns après les autres, non sans avoir abattu plusieurs ennemis.


Dalroth continuait de pousser ses guerriers en avant sans se soucier des pertes. En réalité, le Prince ne savait pas vraiment ce qui était en jeu. Tout ce qui importait était que Tyrion lui avait ordonné de détruire l’ennemi, et qu’il aurait droit à une grande récompense s’il lui ramenait la Reine Éternelle fugitive. Chaque pas de Dalroth le rapprochait un peu plus du sommet de la tombe et du trophée dont il était déterminé à s’emparer.

La propre sœur de Dalroth comptait parmi ses adversaires. Adranna avait choisi de combattre aux côtés de la garde d’Alarielle. La Princesse usait de la sorcellerie que Morathi lui avait apprise, en mettant à profit les leçons qu’elle avait reçues involontairement de la part des serviteurs de celle qu’elle haïssait tant. Des échardes de Magie jaillissaient de ses mains et lacéraient les rangs de Cothique, en ne laissant dans leur sillage que des cadavres ensanglantés. À chacune de ses victimes, Adranna sentait des vrilles glaciales s’insinuer un peu plus dans son âme. Une partie de son esprit était consciente de cette corruption rampante, et la craignait, bien qu’elle sût que c’était une terrible nécessité. Cependant, la plus grande part d’elle-même exultait de pouvoir enfin venger la mort de Korhil.

Des tentacules luisants et aussi noirs que la nuit poussaient des doigts d’Adranna. Ils fouettaient les phalanges de Dalroth, étouffant et paralysant les guerriers, s’immisçant dans les gorges et crevant les yeux. L’épée runique du Prince en trancha plusieurs, qui tombèrent au sol en frétillant. Adranna aperçut enfin son frère. Elle poussa un cri de colère et tendit les appendices surnaturels dans sa direction. Dalroth bondit en frappant avec son épée pour les tenir à distance, cependant ils étaient trop nombreux. ils lui saisirent les bras et les jambes, si bien que le Prince se retrouva à la merci d’Adranna.

Dalroth aurait péri si Morathi n’avait pas remarqué la scène. Elle reconnut les enchantements d’Adranna et connaissait les contre-sorts qui permettraient de les commander. Alors que d’autres tentacules s’avançaient vers Dalroth pour l’étrangler, ils firent subitement demi-tour et s’attaquèrent à leur maîtresse. Adranna était aveuglée par le désir de se venger et par l’ombre qui s’étendait sur son esprit, et ne remarqua pas le danger avant qu’il fût trop tard. Alors que ses cris cessaient, les appendices enroulés autour de Dalroth le relâchèrent. Le Prince tomba à genoux, le souffle court, et son regard se figea sur le cadavre de sa sœur. Pendant un instant, son expression fut insondable. Finalement, il se leva, cracha sur la dépouille d’Adranna et s’élança derechef vers la Reine Éternelle.


Au-dessus d’Alarielle, les cieux étaient le théâtre de combats terribles. Un grand vol de Harpies avait suivi la flotte de Tyrion à travers la mer, et même si la tempête d’Aislinn en avait tué une grande partie, il en restait des centaines. Ces créatures d’ordinaire misérables brillaient de la fureur de Khaine, et leur couardise habituelle s’était évanouie. Des cavaliers sur Manticore arrivaient également, et comptaient sur les instincts de charognards des Harpies pour leur révéler des failles dans les lignes de la Reine Éternelle.

« Est-ce que tu dois vraiment chercher sans arrêt de nouvelles façons de risquer ta vie ? » demanda Næstra en s’accrochant à Ceithin-Har alors qu’il filait vers les Harpies.

« Est-ce que ta jalousie doit toujours te pousser à me tancer ? » rétorqua Arahan en lâchant la main de Næstra. Elle vit qu’à l’est, des formes sombres se déplaçaient entre les bornes gardiennes : les guerriers de Morathi mettaient en place des Balistes Faucheuses.

« Gwindalor serait d’accord avec moi ! » protesta Næstra.

« Dans ce cas, je suis heureuse qu’il ne soit pas ici, » répondit Arahan en encochant une flèche. « Cet aigle est encore plus ennuyeux que toi ! »

Elle tira. La flèche fila vers sa cible, puis explosa dans une grêle d’échardes qui déchiquetèrent les Elfes Noirs. Elle dégaina ensuite son épée. D’autres Harpies arrivaient déjà.

Cependant, il y avait d’autres guerriers dans le ciel, en la personne des Asrai sur faucons et des Cotres Volants de la flotte d’Aislinn. Le redoutable Dragon Ceithin-Har dirigeait cet assaut. Chacun de ses coups de griffes tuait une poignée de Harpies. Næstra et Arahan virevoltaient sur le dos serpentin et écailleux du Dragon, et tiraient flèche après flèche.

Une Manticore passa sous les ailes de Ceithin-Har. Au passage du monstre, Arahan poussa un cri de joie et sauta du dos de Ceithin-Har. Elle atterrit sur le dos du cavalier, qui chuta vers le sol. Le monstre tourna sur lui-même dans les airs pour tenter de saisir Arahan entre ses griffes, mais l’Elfe était déjà en mouvement. Elle courut agilement sur le ventre du monstre puis bondit. Un battement de cœur plus tard, les serres de Ceithin-Har labourèrent les flancs de la Manticore et sa gueule se referma sur son cou. Arahan atterrit in extremis sur le dos du reptile. Elle serait sans doute tombée si Næstra ne lui avait pas saisi la main, en lui jetant au même instant un regard désapprobateur.


Pendant que ses alliés combattaient et mouraient, Teclis luttait contre le Grand Vortex. Il était agenouillé sur un affleurement rocheux à la base du maelström, les yeux fermés pour se concentrer, et les paumes posées sur la colonne d’énergie tourbillonnante. Un tel prodige eût été impossible si Nagash n’avait pas déjà dérobé le vent de la Mort. Malgré tout, cela restait terriblement dangereux. À la plus petite erreur, Ulthuan pourrait être anéantie et les Vents de Magie se disperseraient de façon incontrôlable.

L’ost de Tyrion se déchaîne !
Même après presque deux ans de préparatifs, et avec l’aide des puissants Maîtres du Savoir de Hœth qui se trouvaient au sommet, Teclis parvenait à peine à maîtriser les énergies. Elles ondulaient comme une créature vivante, cherchant sans cesse à se libérer du rituel qui tentait de les soumettre. Elles auraient échappé à tout contrôle depuis longtemps s’il n’avait pas bénéficié de l’aide de ceux qui se trouvaient au cœur du Vortex. En effet, au milieu de la colonne de Magie, Caledor le Dompteur de Dragons et ses Archimages célébraient un rituel similaire à celui de Teclis. Le temps qu’ils avaient passé à l’intérieur du Vortex avait duré à la fois un instant et une éternité, néanmoins ils étaient conscients de ce qu’ils devaient faire.

L’attention de Teclis ne vacilla qu’une seule fois, lorsque des cors de guerre annoncèrent l’arrivée des morts dans la bataille. Son emprise sur le Vortex se relâcha pendant une seconde, cependant cela suffit à lui donner une idée des risques encourus : une rafale du vent de Métal souffla sur les rangs de Malékith, et transforma une trentaine de Gardes Phénix en statues d’or immobiles. Des étincelles d’Azyr dansèrent dans les nuages et la foudre frappa, réduisant en cendres toutes une cohorte d’archers de Cothique. Frémissant en voyant les conséquences de son inattention. Teclis inspira profondément et se concentra.


Les lames des morts fauchèrent d’abord le flanc d’Imrik. Les lances rouillées frappaient le mur de boucliers d’une formation de Caledor. Les armes en Ithilmar ripostèrent, et des crânes blanchis roulèrent au sol lorsque les vertèbres de leurs cous furent sectionnées. Toutefois, ce n’était pas le talent martial des morts qui les rendait dangereux, mais leur nombre. Ils avançaient sans se soucier des pertes, telle une masse d’os et d’acier qui força les lignes de Caledor à reculer. Pendant ce temps, les Corsaires de Cœur de Pierre continuaient d’attaquer de front.

Sans en recevoir l’ordre, Minaithnir vint se positionner au-dessus des lignes de Caledor, et ses flammes vinrent calciner aussi bien les squelettes de jadis que la chair des vivants. D’autres Dragons se joignirent à celui d’Imrik, néanmoins ils étaient peu nombreux face au raz-de-marée de cadavres ambulants. Un des Princes Dragons atterrit au milieu de la horde pour disperser les squelettes à coups de griffes et crocs, mais les morts submergèrent l’immense reptile, comme des fourmis recouvrant une proie. Le Prince Dragon fut mis en pièces. Sa monture ruait frénétiquement, cependant elle finit par périr elle aussi lorsque les épées rouillées se glissèrent entre ses écailles.


À l’ouest, Alith Anar regardait en silence les lignes de Caledor qui refluaient. Il n’avait pas eu besoin de navire pour venir sur l’île, car les ombres le servaient. Toutefois, il ne savait pas vraiment pourquoi il était là. Il avait dit à Teclis qu’il n’aiderait pas Malékith, et il comptait bien tenir parole. Pourtant, le Roi des Ombres avait eu vent des récentes actions de Tyrion, si bien qu’il avait fini par être convaincu que Malékith était peut-être le moins mauvais choix. Malgré tout, l’idée d’aider le Roi Phénix à triompher lui posait un dilemme. Alith Anar ignora les cris des mourants, et se mit à prier Lileath afin qu’elle le guide.


Malékith ne combattait pas dans les cieux comme Imrik, car il avait ordonné à Seraphon de rester au cœur de la mêlée. Tandis qu’Asuryath massacrait les Lions Blancs de Tyrion, Malékith se rendait bien compte que si auparavant, le Roi Sorcier pouvait se permettre d’être une ombre menaçante derrière ses troupes, le Roi Phénix devait pour sa part mener par l’exemple. Il hésitait à s’envoler pour partir traquer sa mère et le Dragon de Cothique usurpateur, cependant il ne voulait pas laisser le commandement des troupes aux mains d’Araloth. Même si Imrik et Alarielle forçaient le respect de Malékith, ce dernier méprisait les autres Elfes.

Seraphon souffla des vapeurs fuligineuses dans les rangs des Lions Blancs. Les Elfes tombaient en se tenant la gorge, puis mouraient asphyxiés. Malékith put voir Tyrion envoyer d’autres troupes dévouées à Khaine. Néanmoins, ce ne furent pas des Elfes qui vinrent défier le Roi Phénix, mais des morts. Malékith et sa garde avaient combattu si férocement qu’une brèche s’était ouverte dans les lignes de Tyrion, et celle-ci se retrouva envahie de cadavres ambulants. Les cinq revenants des Rois Phénix de jadis marchaient à la tête de cette horde. Leurs mouvements étaient infiniment plus précis et fluides que ceux des squelettes qui les entouraient. Les broderies dorées de leurs suaires brillaient dangereusement. Malékith les reconnut, et pour la première fois depuis des millénaires, la peur l’étreignit.

Ces Rois d’antan s’étaient levés à l’appel de Tyrion, afin de se venger de leur ennemi juré. Ces créatures ne trahissaient aucune noblesse, aucune bonté. Tyrion les avait ressuscités et avait décuplé la haine qu’ils éprouvaient envers Malékith en la mêlant à la sienne. Ils se dirigeaient vers leur successeur d’un pas déterminé.

Nul en dehors de Malékith ne sut exactement ce qui se passa ensuite. La plupart des Elfes virent simplement le Roi Phénix se lever sur la selle de son Dragon, comme s’il voulait fuir face aux revenants.


Araloth vit le Roi Phénix s’éloigner des combats, et comprit qu’il était effrayé. D’autres soldats de Malékith perçurent également la terreur de leur monarque, et commencèrent à paniquer. Les lignes du Roi Phénix battirent peu à peu en retraite.

Araloth était le seul à tenir sa position. « Talsyn! » s’écria-t-il en brandissant sa lance pour rallier les guerriers autour de lui. « Talsyn! Il faut tenir bon! »

Les Gardes Éternels accoururent à l’appel de leur seigneur. Certains étaient honteux d’avoir reculé, d’autres étaient soulagés de recevoir des ordres. Le mur de lances et de boucliers se reforma autour d’Araloth, cependant ces guerriers n’étaient pas suffisamment nombreux pour repousser les squelettes.

Les revenants n’étaient plus qu’à quelques dizaines de mètres d’Araloth. Il pouvait voir les mâchoires édentées, et les stigmates de blessures terribles sur les crânes et les os de certains.

D’autres guerriers vinrent renforcer les lignes d’Araloth, et pas seulement des Asrai, mais aussi des Gardes Phénix et des combattants de Naggarond. Ils formèrent un bastion face à la horde. Peut-être seraient-ils assez nombreux pour tenir bon le temps que le Roi Phénix retrouve son sang-froid.

Araloth jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour voir ce que faisait Malékith. La silhouette de Seraphon se découpait au-dessus des soldats, mais l’expression du Roi Phénix était insondable. Araloth le vit se tourner vers lui, et lut dans ses yeux une amertume et une ruse telles qu’il tressaillit, cependant, il ne baissa pas les yeux.

Le rire de Malékith résonna sur le champ de bataille. Il cracha ses paroles comme on énonce une malédiction :

« Rois d’Ulthuan ! Vous êtes des usurpateurs et des menteurs, et vous avez une dette envers moi. Je vous somme de vous en acquitter dès cet instant, en mon nom, et en celui de mon père ! »


La voix de Malékith tonna au-dessus du champ de bataille. Ses prédécesseurs se disloquèrent. Les fragments de leurs squelettes et de leurs armures se répandirent au sol. Une gerbe de flammes jaillit d’Asuryath vers les squelettes. Le feu se modifiait dans sa course. Il prit l’apparence d’une silhouette vêtue d’une robe sous son armure, et qui tenait dans ses mains un sceptre et une épée runique. Ceux qui la virent furent abasourdis, car elle ressemblait à Finubar le Voyageur.

Lokhir Cœur de Pierre mènent ses Corsaires dans la dernière bataille !
La silhouette flamboyante ne ralentit pas en s’approchant de la horde de squelettes, et la percuta avec la force d’une comète. Des dizaines de Morts-Vivants furent pulvérisés, et autant explosèrent lorsqu’une nova de flammes se propagea depuis le point d’impact, ne laissant derrière elle que des tas d’ossements noircis. Le feu ne dura qu’un instant, toutefois la silhouette de Finubar était toujours là, un genou à terre, immobile au sein de la conflagration. Elle ne scintillait plus à cause de la Magie du sort de Malékith, mais elle était nimbée de lumière. Pendant quelques instants, la silhouette fut comme pétrifiée. Asuryan ! Finit-elle par s’écrier avec la même voix que Finubar, puis elle chargea vers les rangs des squelettes en brandissant sa lame.

Tyrion était resté interdit pendant quelques secondes devant la manifestation de son vieil ami, mais désormais, il beuglait des ordres afin que ses troupes, aussi bien vivantes que mortes, se jettent au combat avec une ardeur renouvelée. Toutefois, Malékith n’avait pas terminé. À neuf reprises, le jeu jaillit de son arme, et à chaque fois il prit l’apparence d’un Roi Phénix de jadis. Tyrion avait appelé à lui des dépouilles mortelles et de vieux ossements ayant été enterrés sur l’Île des Morts. Cependant, les esprits des Rois qui étaient liés à ce lieu par les pierres gardiennes s’étaient matérialisés grâce aux dernières bribes de pouvoir d’Asuryan, et combattaient dorénavant pour Malékith. Seul l’esprit d’Ænarion n’apparut pas, car il n’avait aucune dette envers son peuple.


Les Rois Phénix sortirent du repos éternel de leur plein gré. Ils se battaient à la fois pour sauver leur peuple de la folie de Tyrion, mais aussi pour se faire pardonner d’avoir entravé le grand œuvre d’Asuryan. Tethlis paraissait sombre et sinistre alors que ses frères étaient nimbés de lumière. Il attaqua les Morts-Vivants qui menaçaient les flancs d’Imrik. Un peu plus à l’ouest, Caledor Premier tailladait les Corsaires de Cœur de Pierre, son épée traçant des lignes de flammes dans les airs. Non loin, une autre silhouette portant un heaume à l’effigie d’un Dragon combattait avec bravoure, car le fils avait toujours été plus téméraire que le père. Même Æthis frappait ses ennemis avec férocité.

Tous les Rois Phénix ne combattaient pas avec une lame. Sur le flanc est, Bel-Shanaar, Bel-Hathor et Morvæl faisaient pleuvoir le feu et la foudre sur les rangs de Cothique. Caradryel, assumant son rôle de protecteur, prit position aux côtés d’Alarielle, et ajouta ses Magies protectrices à celles de la Reine Éternelle. Bel-Korhadris, le premier et le plus puissant des Maîtres du Savoir, se plaça avec les Archimages de l’ost de Malékith pour renforcer leurs abjurations. Le barrage de feu noir de Morathi, qui jusqu’à présent avait fauché d’innombrables vies, se dissipa soudainement à cause des contre-sorts psalmodiés par le roi-érudit.

Malgré tout, la démence des troupes de Tyrion était telle que même les manifestations divines des rois du passé ne pouvaient pas les effrayer. Ces guerriers étaient entièrement dévoués à la soif de sang de leur Prince, et ils entourèrent les silhouettes scintillantes des Rois Phénix. Cependant, le pouvoir de ces derniers ne résidait pas seulement dans leurs prouesses martiales, car leur présence galvanisa les Elfes de Malékith. Partout sur la pente, les cœurs se raffermirent et les bras retrouvèrent une vigueur nouvelle.


Cet état de fait fut particulièrement flagrant sur le flanc ouest, où les bannières de Caledor s’opposaient à celles des Corsaires de Lokhir. Les Princes Dragons avaient toujours fait partie des Elfes les plus orgueilleux d’Ulthuan, et le retour de leurs rois de jadis avait allumé une flamme glorieuse dans leurs âmes. Jusqu’à présent, une partie des guerriers d’Imrik n’avaient pas été totalement convaincus de la justesse de la cause de Malékith, mais en cet instant, leurs doutes s’envolèrent. Les cors sonnèrent entre les monolithes, et les chants de guerre de Caledor s’élevèrent. Les bannières arborant des Dragons avancèrent une fois encore à la rencontre des rangs de Corsaires.

Lokhir Cœur de Pierre ne vit que trop tard que les lignes de Caledor retrouvaient leur courage, car il était en transe à cause du chant de Khaine et du sang ennemi qui dégoulinait sur ses lames. Alors que la clameur des guerriers de Caledor montait crescendo, Cœur de Pierre s’avança pour percer le cœur d’un Prince Dragon, avant d’esquiver agilement le coup d’épée d’un second adversaire. Il éventra un autre ennemi dans la foulée. Sa cape en peau de Dragon suivait le moindre de ses mouvements avec fluidité. Ce n’est qu’alors que le Capitaine réalisa que les uniformes de ses guerriers avaient cédé la place à ceux de Caledor, et que ses derniers Corsaires étaient submergés plus bas sur la pente. Mais Lokhir n’en avait cure : Khaine était avec lui, et la victoire était inéluctable.

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Tyrion, Avatar de Khaine
Depuis sa position à l’arrière de l’ost de Tyrion, Morathi éprouvait un certain respect pour le prodige accompli par son fils. Pour la première fois, le doute s’insinua en elle. Avait-elle choisi le bon camp ? Elle se ravisa en regardant les traits austères de Tyrion. Ænarion n’avait pas répondu à l’appel de Malékith. Cela prouvait que la Sorcière Suprême avait eu raison de voir en Tyrion la réincarnation de son amant.

Même si les lignes de Cœur de Pierre ployaient sous l’assaut de Caledor, Morathi restait persuadée que Tyrion allait remporter la bataille : les Morts-Vivants étaient innombrables, tandis que leurs ennemis n’avaient qu’une poignée de Rois Phénix pour les soutenir. Le flanc d’Imrik avait beau avancer, celui d’Alarielle était toujours menacé par les hordes de cadavres ambulants, tandis que les guerriers de Naggarond rassemblés autour de Malékith s’en sortaient à peine mieux. Néanmoins, elle comptait bien mettre toutes les chances de son côté. Elle tourna son regard vers le Grand Vortex. D’une voix profonde et gutturale, Morathi étendit les bras et donna naissance à un spectre. Celui-ci prit forme lentement, et adopta une apparence guère différente de celle des esprits conjurés par Malékith. Toutefois, cette apparition n’avait pas d’âme : ce n’était qu’un amalgame de Magie Noire ayant l’apparence d’Ænarion, du moins, Ænarion tel que Morathi se le rappelait. Ainsi, le père allait devenir une arme contre le fils.


Malékith ne remarqua pas que sa mère faisait appel aux sept Vents de Magie ; il ne combattait plus, car il était occupé à tisser un enchantement majeur, en s’inspirant des manifestations de ses prédécesseurs. Ce sort n’aurait jamais pu être lancé ailleurs que sur l’Île des Morts, là où la Magie s’écoulait si librement. Il fut donc assailli par surprise par l’apparition fantomatique ayant l’apparence de son père.

La création de Morathi était dénuée de finesse. Ce n’était qu’une accumulation de pouvoir instable destinée à assassiner Malékith. Les Elfes qu’elle traversa s’écroulaient en hurlant de douleur tandis que leur peau se craquelait et que leurs corps tombaient en poussière. Seraphon vit le danger avant Malékith et s’envola pour se mettre hors de portée, mais l’apparition le suivit dans une traînée de fumée et de cendres.

Le salut de Malékith provint de la source la plus inattendue. Bel-Shanaar n’était pas loin de lui, et put enfin s’acquitter de sa dette. Juste avant que l’apparition d’Ænarion atteigne sa proie, le Roi d’antan frappa le sol avec son bâton et s’éleva sur une colonne de lumière, et lui barra le passage. Il y eut un éclair ténébreux. Lorsqu’il se dissipa, l’apparition d’Ænarion avait disparu, tout comme l’esprit de Bel-Shanaar. Il avait été écartelé par la puissance du sort de Morathi, et s’était dissipé dans les Vents de Magie.

Malékith n’éprouva que peu de gratitude pour le sacrifice de Bel-Shanaar. Néanmoins, celui-ci lui avait donné le temps nécessaire pour achever son sort. L’air autour de Malékith se mit à onduler, telle l’eau d’une mare perturbée par un jet de pierre, et se répandit dans toutes les directions sur l’Île des Morts. Des silhouettes fantomatiques apparaissaient là où les ondes magiques passaient. Au début, elles étaient translucides et immatérielles, cependant elles se solidifièrent alors que l’enchantement du Roi Phénix gagnait en puissance. En quelques battements de cœurs, elles devinrent aussi réelles que n’importe quel autre guerrier Elfe, et leurs armes étaient tout aussi effilées.

Le temps s’écoulait d’une façon surréaliste au cœur du Grand Vortex : il n’y avait qu’un seul instant, qui s’étendait à tous les âges du monde. Au cours des millénaires qui avaient suivi sa création, aucun Mage, guerrier, Roi ou serviteur n’avait vécu sans être affecté par l’ultime grand enchantement de Caledor le Dompteur de Dragons. La tapisserie tissée par le Vortex s’étirait à travers le temps et l’espace, et le sort de Malékith avait refaçonné cet ensemble selon une forme nouvelle. Un peu plus tôt, Malékith avait rendu la vie aux rois d’Ulthuan, maintenant il faisait appel aux plus grands champions de la longue histoire des Elfes.

Ces héros perdus dans le temps provenaient de toutes les ères et de tous les royaumes. Les gemmes de leurs bannières scintillaient alors qu’ils chargeaient l’ennemi. Ils savaient quelle était leur mission, si bien que finalement, les lances des morts furent dépassées en nombre par celles des vivants. Il y avait là Eltharion, et une dizaine d’autres héros de la lignée de Moranion. Mentheus de Caledor et Temakador de Nagarythe combattaient une fois encore aux côtés de Morvæl, alors qu’Ystranna, Morelion et Yvraine rejoignaient Alarielle. Allisara, qui avait été autrefois l’épouse de Malékith, portait désormais l’armure dorée de la Reine qu’elle avait failli être. Elle combattait avec son épée et sa lance aux côtés d’Araloth. Elle jetait souvent un regard à son mari, peut-être dans l’espoir d’attirer son attention, mais Malékith était concentré sur l’accomplissement de son sort ; et Allisara comprit qu’il ne pouvait la voir, cependant elle combattit pour lui malgré tout.

Un grand ost de Chars de Tiranoc était mené par le Prince Eldyr et par son fils Morvai. Il heurta les lignes de Morts-Vivants qui assaillaient Alarielle et les Asrai. Les Princes Dragons qui avaient livré combat aux côtés de Caledor le Second au cours de la Guerre de la Barbe chargèrent pour se couvrir d’honneur une fois encore. Plus à l’est, un grand nuage de poussière s’éleva sous les sabots de nombreux chevaux. Valedor d’Ellyrion, qui avait été manipulé jadis par Morathi, dirigeait cet assaut. Il était suivi par bon nombre de cavaliers qui avaient péri aux Marches du Patrouilleur. Ils dispersèrent les archers de Cothique à l’est des lignes de Dalroth, puis éperonnèrent leurs montures pour porter leurs lances contre les flancs des phalanges du Prince. Les pointes des armes frappaient avec précision, et d’innombrables guerriers de Cothique voués à Khaine furent tués et s’effondrèrent dans la poussière.

La panique commençait à prendre le pas sur la démence chez Dalroth, et il hurla désespérément à ses guerriers de tenir bon. Ses mots moururent sur ses lèvres et son visage devint blême. Une silhouette vêtue d’une peau de lion se frayait un chemin vers lui à travers la mêlée. L’épée de Dalroth se leva pour parer la hache qui s’abattait vers son cou, toutefois la lame se brisa dans un tintement sinistre. Une seconde plus tard, la tête décapitée du Prince roula au sol. Korhil ne réagit pas face à sa victoire, et continua de creuser un sillon sanglant dans les rangs de Cothique. Un geyser de sang jaillissait du cou de Dalroth. Son corps s’écroula à côté de celui de sa sœur Adranna, dont le visage aux yeux vitreux semblait sourire de façon énigmatique.

Alors que les guerriers de Cothique tentaient de stopper l’assaut de Korhil et de ses guerriers, un nouveau danger apparut dans les cieux : Ceithin-Har plongea au cœur des rangs des Elfes de Khaine et les dévasta à coups de serres. Il était suivi par Eltharion sur Aile d’Orage, et par d’autres cavaliers sur Griffon portant la livrée de la Reine Éternelle Ystrielle. Les combattants de Cothique hurlaient comme les griffes les déchiquetaient ou les envoyaient se fracasser contre les rochers. Les Griffons glapirent victorieusement, mais ce fut surtout le rire cruel d’Arahan qu’on entendit par-dessus la mêlée.


Depuis son point de vue à l’ouest, Alith Anar aperçut lui aussi des visages surgis du passé. Loin en dessous, son parent Eothlir combattait avec une dizaine d’autres héros des Æsanar, et leurs volées étaient dirigées par son grand-père Eothlan. Les Guerriers Fantômes se faufilaient entre les bornes gardiennes, chacune de leurs flèches faisant mouche, et allant se planter dans la gorge d’un Corsaire ou dans l’œil d’une Hydre. Le Roi des Ombres sentait l’émotion l’étreindre tandis que ses parents défunts prenaient fait et cause pour Malékith, même si ceux qui auraient vu Alith Anar en cet instant n’auraient su dire s’il éprouvait de la joie ou de la colère. Finalement, il prit sa décision et descendit de la borne gardienne. Il avait choisi son camp.


À la base du Vortex, Teclis maudissait Malékith. En manipulant de telles énergies, le Roi Phénix avait interféré avec les flux de Magie, si bien que Teclis sentait que leur contrôle lui échappait. Il voyait à peine Caledor le Dompteur de Dragons faire de grands gestes pour tenter de rétablir la stabilité de l’enchantement, mais il ne fut pas assez rapide. Teclis perçut que le Vortex vacillait tandis que Ghur, le vent de la Bête, se libérait. Pendant un instant, il apparut dans le ciel sous la forme d’une immense Chimère vaporeuse, puis fila vers l’est aussi vite que la pensée, ses rugissements faisant trembler toute l’Île des Morts. Le sol se fissura et bougea sous les pieds de Teclis.


Les sabots de Malhandir portèrent son maître à travers l’ost de Naggarond.
Loin au nord, Tyrion mugit de rage et de frustration en voyant que la bataille tournait à son désavantage. Les héros invoqués par Malékith n’étaient pas invincibles, car ils saignaient et pouvaient mourir comme n’importe quel Elfe, cependant ils étaient bien plus redoutables que ses squelettes, et dépassaient en nombre les troupes mortelles dont il disposait encore. Pire encore, chacun d’eux était un grand héros, capable à lui seul de vaincre une dizaine d’adversaires. Cependant, comme Ghur s’échappait du Grand Vortex, Tyrion comprit enfin que le combat physique n’était qu’une diversion afin de le détourner de la vraie menace. Il éperonna Malhandir et plongea dans la mêlée, se dirigeant droit vers l’endroit où Teclis luttait contre le maelström. Le voyant partir, Morathi ordonna à son Pégase Sulephet de le suivre.

Il ne restait rien du héros Tyrion qui avait été aimé et loué par son peuple dans la créature démente qui se ruait pour mettre fin à la vie de son frère. Il était désormais plus l’incarnation de Khaine qu’un mortel, et la malédiction de son sang le faisait presque bouillonner. Tous ceux qui barrèrent la route au Prince tombèrent sous les coups de la Faiseuse de Veuves, même ceux de sa propre armée s’ils étaient trop lents pour se pousser. Plus encore auraient péri si Tyrion s’était consacré au combat, toutefois il était obnubilé par le fait d’atteindre le Vortex et d’empêcher Teclis d’achever son rituel. C’est ainsi que de nombreux Elfes sentirent une ombre passer à côté d’eux et en ressortirent indemnes, alors que leurs camarades tombaient décapités aux alentours.

Les sabots de Malhandir portèrent son maître à travers l’ost de Naggarond, et la phalange qui avait résisté pendant si longtemps contre les Lions Blancs se désintégra sous les assauts de la mort incarnée. Morvæl s’avança pour l’empêcher de passer, et explosa dans une tempête de lumière lorsque la Faiseuse de Veuves s’enfonça dans son cœur. Loin au-dessus, le contrecoup de la destruction du Roi Phénix attira l’attention de Malékith, et les énergies magiques qui maintenaient les héros dans ce plan d’existence commencèrent à se dissiper. Ils disparurent les uns après les autres, attirés dans l’outre-monde tandis que les fils du destin se remettaient en place. Certains s’évanouirent purement et simplement dans un nuage de fumée, d’autres continuèrent le combat en perdant lentement toute substance.

Malékith sut qu’il n’était pas en mesure d’invoquer de nouveau cet enchantement, mais comprit aussi qu’il n’en aurait pas besoin. Le cours de la bataille s’était renversé, et il était désormais à un cheveu de la victoire. Malheureusement, il ne vit que trop tard le tourbillon doré qu’était Tyrion se rapprocher inéluctablement de Teclis. Il ordonna à Seraphon de l’intercepter. Le Dragon était rapide, mais Malhandir l’était plus encore. Poussant des jurons inspirés par six mille ans de haine et de rancœur, Malékith réalisa qu’il n’atteindrait pas Tyrion à temps. Du feu jaillit de sa main, néanmoins Malhandir s’en éloigna sans efforts. Des éclairs fusèrent de la lame de Malékith, toutefois la présence fatidique de la Faiseuse de Veuves absorba la Magie et la foudre se dissipa avant de frapper sa cible.

Tyrion ne jeta même pas un regard en arrière. La lame de la Faiseuse de Veuves était noire entre ses mains, et se préparait déjà à porter un coup qui détacherait la tête de Teclis de ses épaules. Depuis l’intérieur du Vortex, Caledor le Dompteur de Dragons vit le danger qui s’abattait sur Teclis et tenta de l’avertir, mais son cri fut étouffé par les rugissements du maelström.


Cela aurait pu se terminer en cet instant, mais il se produisit une ultime trahison. Malhandir avait porté Tyrion pendant des années, et l’avait servi loyalement alors même qu’il sombrait lentement dans les ténèbres, toutefois cette fois, c’en était trop. Malhandir n’était pas un simple animal, comme - les destriers des hommes. C’était un noble descendant de Korhandir le Grand, et il comprit enfin qu’il avait jeté l’opprobre sur sa lignée en acceptant de servir un maître qui était passé dans l’ombre. Alors que la Faiseuse de Veuves s’abattait, Malhandir s’arrêta brusquement et se cabra. La soudaineté du geste surprit Tyrion, qui fut désarçonné et mordit la poussière.

Il se releva dans la seconde et attaqua Malhandir, toutefois l’animal esquiva prestement et s’enfuit. Tyrion savait qu’il n’avait aucune chance de le rattraper, aussi abandonna-t-il toute velléité de vengeance et se dirigea-t-il vers Teclis. La roche sous ses pieds se fissurait et tremblait ; des fumerolles de Magie s’en échappaient en sifflant. Tyrion les ignora et s’avança.

Le Prince serait mort si Morathi ne lui avait pas crié un avertissement. Tyrion plongea, et les griffes de Seraphon lui frôlèrent la nuque au lieu de lui arracher la tête. Le Prince se remit debout alors que Seraphon faisait demi-tour et crachait un nuage de vapeurs noires pour l’aveugler. Au même moment, Malékith se prépara à frapper. Une fois de plus, Morathi fut le salut de Tyrion. Des éclairs violets jaillirent de sa main et frappèrent le Dragon. Ses écailles fondirent et sa chair fut brûlée. Seraphon se tordit de douleur et s’écrasa dans les rochers. Malékith sauta de sa selle au dernier instant. Il atterrit comme un félin, à quelques mètres à peine de Tyrion.


Le Roi Phénix et l’Avatar de Khaine se firent face pour la dernière fois. Ceux qui assistèrent à ce duel racontèrent qu’ils virent deux silhouettes divines reproduire les gestes des combattants dans les cieux : un des dieux était masqué et nimbé de flammes, l’autre affichait un rictus bestial, et ses mains dégoulinaient de sang. Ils se battirent en faisant appel à toute leur férocité et tout leur talent. À chaque attaque et à chaque parade, le sol tremblait violemment. Nulle description ne pourrait rendre justice à ce duel, car les mots ne peuvent décrire la vitesse et la violence des coups qui furent échangés, pas plus qu’ils ne pourraient restituer la détermination dont les deux combattants firent preuve en dépit des blessures horribles qu’ils subirent.

« La Bataille Finale. Le Roi Phénix et l’Avatar de Khaine se firent face pour la dernière fois. Ceux qui assistèrent à ce duel racontèrent qu’ils virent deux silhouettes divines reproduire les gestes des combattants dans les cieux : un des dieux était masqué et nimbé de flammes, l’autre affichait un rictus bestial, et ses mains dégoulinaient de sang. »
L’Élu d’Asuryan…
… contre l’Avatar de Khaine !
Le bras droit de Malékith fut brisé rapidement après le début du duel, mais son armure forgée par Hotek évita que le membre fût sectionné et que la lame de la Faiseuse de Veuves lui défonçât les côtes. La mâchoire de Tyrion fut fracturée peu de temps après, lorsqu’un coup destiné à le décapiter l’atteignit au visage quand il esquiva in extremis. Le plus souvent, les deux épées se heurtaient dans un fracas d’étincelles. La Faiseuse de Veuves arrachait des éclats d’acier enchanté à Asuryath. Les trois premières fois, aucun des combattants ne parvint à dominer son ennemi, et ils se séparèrent à la recherche d’une ouverture. Au quatrième assaut, Tyrion riposta brutalement et son coup fendit le heaume de Malékith.

Ils s’affrontèrent longuement tandis que le Grand Vortex commençait à se désagréger. Sur les pentes, les derniers esprits guerriers invoqués par Malékith disparurent, cependant ils avaient joué leur rôle dans la bataille. La horde de squelettes de Tyrion avait été anéantie, et ses combattants mortels ne tarderaient pas à l’être également. Ystranna d’Avelorn fut la dernière à s’estomper, car elle se raccrochait à un dernier acte de défiance. Ainsi, quand Lokhir Cœur de Pierre bondit pour désarçonner Imrik, une flèche empennée de rouge lui perça les reins. Le Corsaire hurla de douleur et de surprise. Son attaque rata et il tomba au sol. Alors que les Elfes de Cœur de Pierre l’emportaient, Imrik aperçut celle qui l’avait sauvé, et ses remords revinrent, plus forts que jamais.


L’affrontement entre Tyrion et Malékith faisait toujours rage. Ils étaient tous les deux exténués, et saignaient par une dizaine de blessures. Morathi les observait depuis la selle de Sulephet. Elle aurait voulu aider son amant, toutefois elle savait que ses sorts risquaient tout autant de frapper Tyrion que Malékith. La Sorcière Suprême espérait de toute façon que son intervention ne serait pas nécessaire, car le Roi Phénix paraissait sur le point de flancher.

En effet, Malékith fatiguait. Il était éreinté à cause des sorts qu’il avait invoqués. Les dernières étincelles d’Asuryan s’éteignaient, car le dieu avait donné toutes ses forces afin que le Roi Phénix eût une chance de vaincre l’avatar de Khaine. Malékith en avait conscience, néanmoins il refusait d’abandonner, et puisait ses ultimes réserves dans les tréfonds de son âme immortelle. Il n’avait connu que trop de défaites, et refusait d’être vaincu une fois de plus. Asuryath frappait à une vitesse surnaturelle, pourtant Tyrion paraissait plus vif encore, car la Faiseuse de Veuves parait chacun de ses coups. Finalement, il n’y eut pas de crissement métallique, mais un tintement fatidique et Asuryath se brisa. Se retrouvant soudainement désarmé, Malékith recula, cependant l’attaque suivante de Tyrion fut aussi rapide que la précédente, et le Roi Phénix s’effondra avec une profonde entaille à la poitrine.

Malékith cracha du sang mais se releva pour faire face à son bourreau. Le visage de Tyrion était figé en un rictus triomphant. Il brandit la Faiseuse de Veuves. Au-dessus d’eux, Morathi sentit toutes ses craintes s’envoler et éclata d’un rire maléfique.


Éperonnant Sulephet, Morathi plongea au milieu du Grand Vortex, déterminer à détruire Ulthuan !
Le coup de grâce ne tomba jamais. Une flèche fila dans les airs. Nul ne l’entendit siffler à travers le rire de Morathi. Tyrion tituba lorsque le trait l’atteignit à la faille dans son armure provoquée par l’impact de la lance d’Imrik et lui transperça le cœur. Le Prince tomba à genoux en lâchant la Faiseuse de Veuves. Il ouvrit la bouche pour parler, mais aucun mot n’en sortit, seulement un jet de sang. Finalement, la folie de Khaine quitta son regard, et il vit clairement pour la première fois depuis des mois. Sans dire un mot, Tyrion, héritier d’Ænarion et avatar de Khaine, s’écroula et mourut.

Morathi resta bouche bée devant la mort de son amant. L’incompréhension et le déni figeaient les traits de son visage et brouillaient ses pensées. Avant qu’elle puisse réagir, l’arc qui avait tué Tyrion tira une autre flèche. Elle atteignit le Roi Phénix dans le dos. Malékith s’écroula à son tour. Il tomba à côté de son adversaire, le corps parcouru de spasmes.

Au moment où Malékith s’affaissait, Morathi poussa un cri de rage et de désespoir. C’était un hurlement terrible et animal, qui tenait à la fois de la colère, de la frustration et de la douleur, mais qui puisait aussi son existence dans quelque chose d’encore plus sombre et primal. Les mains de la Sorcière Suprême se muèrent en griffes, et des éclairs violets dévastèrent l’amas de bornes gardiennes d’où provenaient les tirs. Les vrilles de Magie fendirent la pierre et la firent noircir, cependant Alith Anar avait accompli sa mission et s’était déjà éclipsé.


Teclis sentit que le Vortex frémissait tandis que Morathi puisait frénétiquement dans ses énergies. Le plan de Teclis avait été d’ancrer chaque vent de Magie dans un réceptacle mortel. Ainsi, sept champions qu’il aurait choisis auraient pu commander à la toute-puissance d’un vent de Magie, et seraient devenus leurs réceptacles. Mais désormais, la situation était incontrôlable, et Teclis sut qu’il allait devoir décider quels vents sauver, et lesquels iraient trouver leur propre écrin, comme le vent de la Bête l’avait déjà fait. Paralysé par l’indécision, on fit ce choix pour lui.

Le ciel prit une teinte rouge quand Aqshy, le vent du Feu - que Teclis comptait lier à Malékith - se libéra du maelström avant de s’élever. Chamon, le vent du Métal, ne tarda pas à le suivre. Trois vents avaient été perdus, et puisqu’un quatrième avait déjà été capturé par Nagash, il en restait quatre à préserver. Dans un effort surhumain, Teclis modela Azyr, le vent des Cieux, mais celui-ci échappa aussi à son contrôle et alla s’enraciner quelque part dans l’Empire des Hommes. Néanmoins, cette perte bouleversa moins Teclis que celle des autres vents : son esprit avait ressenti qu’une influence était à l’œuvre dans l’essence d’Azyr. Elle lui était à la fois familière et inconnue, et cette découverte l’impressionna tout autant qu’elle le rassura.


Ce fut à cet instant que Morathi attaqua Teclis avec ses éclairs purpurins. Le Maître du Savoir se tordit au sol sous l’effet de la douleur. Morathi sentit les premiers frémissements qui annonçaient la destruction imminente de l’Île des Morts, toutefois cela ne balaya pas la démence qui s’était emparée d’elle. Un de ses ennemis était mort, mais il en restait des milliers qui attendaient leur châtiment sur les pentes de l’île, et plus encore à travers les dix royaumes d’Ulthuan. Tous paieraient pour son humiliation, et pour la mort de ceux qu’elle avait chéris. Mais comment y parvenir ? Le ciel ondulait alors que les trois vents restants cherchaient à s’enfuir, et Morathi comprit alors ce qu’elle devait faire. Éperonnant Sulephet, elle plongea au milieu du Grand Vortex.

Le Pégase Noir périt dès qu’il toucha la colonne d’énergie, car la Magie le fit vieillir de plusieurs siècles en un battement de cœur et il tomba en poussière. Morathi échappa à un tel destin, car elle était devenue immortelle voilà des éons. Les Archimages de Caledorle le Dompteur de Dragons n’avaient aucune chance face à elle, car ils étaient concentrés sur leurs enchantements afin d’éviter qu’Ulthuan sombre dans l’océan. La Sorcière Suprême les extermina à grand renfort de flammes et d’arcs électriques, en puisant dans les Vents de Magie avec un entrain débridé. Seul Caledor le Dompteur de Dragons survécut, car il était protégé par les puissants contre-sorts qu’il avait passé son existence à tisser. Ce fut lui qui sentit le premier une présence terrible s’approcher, et qui décela l’œil avide de Slaanesh quand celui-ci apparut au cœur du Vortex, là où le monde mortel se déversait dans les Royaumes du Chaos.

Morathi vit également l’œil de Slaanesh, mais dans sa folie, elle n’en avait cure. Pire encore, elle le courtisa, en déchaînant des sorts de plus en plus redoutables afin de l’attirer. Elle ne craignait plus d’être dévorée par le Prince du Chaos, surtout si cela pouvait pousser ensuite le dieu à dévaster le reste d’Ulthuan. Telle serait sa vengeance, peut-être même son apothéose, car comment s’attirer les faveurs de Slaanesh sinon en lui offrant un tel festin d’âmes ? C’est ainsi que Morathi martela encore et encore les enchantements qui maintenaient le Vortex. La faille en son centre s’agrandissait peu à peu. Caledor la conjura d’arrêter, néanmoins la Sorcière Suprême était sourde à ses suppliques. La faille entre les mondes prenait de plus en plus d’ampleur. Une main griffue immense, dont la peau était recouverte de visages hurlant d’agonie et de plaisir, s’insinua dans le monde réel et chercha aveuglément des proies. L’air s’alourdit de mille senteurs terribles et exquises, et les Vents de Magie se chargèrent de promesses effroyables.


Le vent de la Vie investit le corps et les os de la Reine Éternelle et la changea à jamais.
À l’extérieur du maelström, Teclis revint enfin à lui, et découvrit le désastre imminent. Sa peau carbonisée lui faisait souffrir le martyre, toutefois il parvint à se rapprocher du Vortex. Les énergies déchaînées par Morathi étaient tel un fanal pour Slaanesh, et si la faille s’élargissait encore, le Prince du Chaos serait en mesure de pénétrer dans le monde des mortels. Dans un tel cas, rien ne pourrait l’arrêter. Il fallait disperser les derniers Vents de Magie coûte que coûte. Teclis posa une nouvelle fois les mains contre la colonne d’éther, et précipita la destruction d’Ulthuan pour éviter sa damnation éternelle.

Il faillit échouer. Les derniers vents s’entremêlaient et résistaient à ses imprécations, et si Caledor n’avait pas abandonné ses suppliques auprès de Morathi pour venir lui prêter main-forte, Teclis aurait agi en vain. Finalement Ghyran, le vent de la Vie, s’extirpa du maelström en provoquant une série de séismes de Lothern à Tor Achare. La plaque continentale où se trouvait le sud de Caledor se brisa sur sa longueur.

Des dizaines de milliers d’Elfes périrent lorsque leurs cités furent englouties. Des volcans endormis se réveillèrent partout dans les Annulii, et la lave s’écoula dans les plaines d’Yvresse. Ghyran s’envola au-dessus des montagnes septentrionales pour tenter de fuir, mais les sorts d’asservissement de Teclis l’obligèrent à s’implanter dans le corps d’Alarielle.

Le vent de la Vie investit le corps et les os de la Reine Éternelle et la changea à jamais. Elle ne ressentit aucune douleur, mais plutôt un extraordinaire sentiment de chaleur et de plénitude. Ses yeux, qui un instant auparavant étaient bleus, se mirent à scintiller d’une couleur émeraude, et une vague de Magie se déversa de ses bras. Les vivants qu’elle touchait se sentaient revigorés, tandis que les mourants voyaient leurs blessures fatales se refermer d’elles-mêmes.

Teclis arracha alors Ulgu, le vent des Ombres, et les secousses reprirent de plus belle. Des raz-de-marée frappèrent les rivages de la Mer Intérieure. Ellyrion fut submergé : Tor Elyr disparut sous les eaux alors que ses habitants cherchaient désespérément à se mettre à l’abri sur les collines. Ulgu tourbillonnait tel un nuage de fumée autour des pieds de Teclis. Obéissant à un geste du Maître du Savoir, il serpenta sur le sol vers le corps de Malékith.

En dépit de ce que Morathi avait cru, son fils n’était pas mort, même s’il était agonisant. Des volutes sombres s’accumulèrent du Roi blessé, en bougeant au rythme asthme d’une brise invisible. Il y eut un flash de lumière noire qui laissa pendant plusieurs secondes son empreinte sur les rétines de tous les Elfes de l’Île des Morts. Lorsqu’elle disparut, les volutes de brumes s’insinuèrent par les yeux, la bouche et les oreilles de Malékith. Au moment où son corps eût out absorbé, il poussa un cri perçant et s’arc-bouta si violemment que seuls ses talons et sa tête touchèrent le sol. Puis le hurlement cessa, et il retomba, exhalant des volutes d’ombre à chaque expiration.

Il ne restait plus qu’Hysh, le vent de la Lumière. Il n’était pas suffisant pour maintenir l’intégrité du Grand Vortex, qui commença à s’effondrer. La faille en son centre rétrécit, et un ululement surnaturel s’éleva tandis que Slaanesh comprenait qu’il serait privé de son festin. L’immense griffe se raccrochait désespérément au bord de la faille en tentant de saisir une proie avant de disparaître. Réalisant enfin la situation, Morathi recula d’un air horrifié, sans voir Caledor s’approcher d’elle.

L’Archimage la maintint alors que la griffe se dirigeait vers elle. Elle hurla et griffa frénétiquement son visage, mais il tint bon. « Ta race s’éteint, mon enfant, » dit-il. « Meurs avec la dignité de ton héritage. » Ces mots parurent toucher une corde sensible dans le cœur de Morathi, car elle cessa de se débattre. La griffe de Slaanesh les enserra. Morathi hurla une dernière fois, puis le silence revint. Quand Teclis fit disparaître le Vortex en enfermant Hysh dans son bâton, la faille s’était refermée. Il n’y avait aucune trace de Caledor et de Morathi.



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Le Vortex s’était évanoui, mais les séismes se poursuivaient. Les pierres gardiennes tremblaient et d’immenses pans de roche tombaient de leurs flancs. Tout autour de l’Île des Morts, la mer s’agitait, et des vagues de plus en plus grands s’abattaient sur le rivage.

C’en fut trop pour les guerriers de Tyrion. Leur folie avait quelque peu reflué depuis la mort de leur Prince, et ils ressentaient désormais une panique incontrôlable. Certains réalisèrent les actes terribles qu’ils avaient commis au nom de Tyrion, et supplièrent qu’on leur pardonne. Ceux-là se virent accorder une mort rapide et miséricordieuse. Ceux qui s’enfuirent ne trouvèrent qu’une mer glaciale pour les accueillir et périrent noyés, ou abattus d’une flèche ou d’un carreau d’arbalète dans le dos. Quant aux Elfes qui avaient combattu pour Malékith, ils se rassemblèrent sous leurs bannières et se mirent à prier tandis que les eaux montaient lentement autour d’eux.

Alarielle se fraya un chemin entre les bornes gardiennes, vers l’endroit où Tyrion et Malékith étaient tombés. Son visage affichait une expression indéchiffrable, comme si ses pensées - voire tout son être - étaient ailleurs. Araloth l’accompagna, même s’il savait que la Reine Éternelle n’avait plus besoin de sa lance pour la protéger. Tandis qu’il marchait, le seigneur de Talsyn sentit une vigueur nouvelle envahir ses membres, et ses blessures se refermèrent comme si elles n’avaient jamais existé. Pareillement, les yeux des Elfes mourants s’ouvrirent au passage de la Reine Éternelle. Leurs os se ressoudaient et ils recouvrèrent aussitôt leur santé, tant les pouvoirs d’Alarielle étaient grands.

Alarielle s’arrêta rapidement près de Malékith. Araloth la regarda tandis qu’elle caressait la flèche qui dépassait de son dos, et fut abasourdi de voir le bois se transformer instantanément en un nuage de graines. Elles dansèrent dans l’air pendant un instant, puis le vent les éparpilla sur le sol. Elles poussèrent alors à une vitesse surnaturelle. Leurs racines jaillissaient des corps et s’enfonçaient dans les failles du sol. La présence d’Alarielle était la seule source nourricière dont les graines avaient besoin. Elles grandirent de plusieurs décennies en quelques secondes, et bientôt, une futaie de grands et majestueux chênes apparut au cœur de l’île.

Les poings de Malékith se serraient et se desserraient lentement alors que cette forêt poussait autour de lui, toutefois le reste de son corps était immobile. Alarielle s’éloigna de lui et, sans un mot, elle s’agenouilla près de Tyrion. Araloth vit une unique larme rouler sur la joue de la Reine Éternelle et tomber sur le front du Prince. La mort avait chassé toute trace de folie et de cruauté du visage de Tyrion, et il était de nouveau le Prince qui avait apporté l’espoir à son peuple. Araloth attendit quelques instants, puis il vit Teclis apparaître entre les rochers, et laissa la Reine Éternelle faire son deuil.


Le sol trembla encore plus violemment qu’auparavant. Une borne gardienne s’effondra non loin d’Alarielle, et fit pleuvoir des éclats de roche sur les alentours. Le roc où se trouvait le Vortex s’enfonça dans le sol et fut remplacé par une caldeira d’eau bouillonnante.

Malékith s’éveilla enfin et se remit sur ses pieds. Personne ne vint l’aider. Toutes ses blessures ne s’étaient pas refermées. La hampe de la flèche avait été transmutée par la caresse d’Alarielle, toutefois la pointe restait logée près du cœur. Le moindre mouvement faisait souffrir Malékith, toutefois il s’était accoutumé depuis longtemps à la douleur. Il tendit la main vers la Faiseuse de Veuves. Désormais, quand il bougeait, Malékith semblait devenir vaporeux, et chacun de ses mouvements laissait une image résiduelle derrière lui.


« Que s’est-il passé ? » s’enquit Araloth.

« J’ai échoué, » répondit amèrement Teclis.

Sa voix était éraillée, et son visage à la peau brûlée était maculé de sang.

« Nous avions besoin des huit vents, mais trois se sont échappés. Ils cherchent des porteurs que je n’ai pas choisis, et nos espoirs s’envolent avec eux. Je comptais instiller le feu à Malékith, afin d’assurer son destin. Il a hérité des ombres, et je crains que cela le ramène à son passé au lieu de le pousser vers le futur. »

Son regard se porta vers Alarielle, qui était agenouillée près de Tyrion.

« J’ai joué avec la vie de mon frère et j’ai échoué. » Il lança un regard désespéré à Araloth.

« Tyrion n’aurait jamais fait cela s’il avait eu le choix. Il triomphait toujours. »

Araloth trouva le ton de Teclis étrange, mais il ne le connaissait pas assez bien pour savoir ce que cela signifiait. « Alarielle peut-elle le ressusciter ? »

« Non ! » trancha Teclis. « Cela ressusciterait Khaine. Il faut qu’il reste où il se trouve. Ne sentez-vous pas le poids qui a été levé de nos épaules ? »

Araloth comprit ce que Teclis voulait. Effectivement, l’étincelle de cruauté qui s’était allumée au fond de son âme avait disparu.

« Khaine a rejoint ses frères et ses sœurs dans un autre royaume, » dit Teclis. « Le cycle du destin se termine. C’est à nous de choisir le nôtre désormais, pour le meilleur ou pour le pire. »

« Et Lileath ? » demanda soudain Araloth d’une voix inquiète.

« J’ai assumé son rôle, afin qu’elle puisse agir de son côté au lieu d’être forcée de répéter le passé. Elle est l’unique rescapée du destin qui s’est emparé de nos dieux. Elle arpente maintenant l’Elthin Arvan ; elle seule peut encore sauver nos âmes. »


Ce fut Alarielle qui décela en premier le geste de Malékith. Elle cria un avertissement et s’avança pour lui barrer la route. Araloth l’entendit et bondit vers eux. Ils furent tous les deux trop lents. Les doigts d’ombre de Malékith saisirent la Faiseuse de Veuves et il poussa un cri triomphant.

Pendant un long moment, Malékith resta immobile sur le rivage, la Faiseuse de Veuves tendue devant lui. Finalement, il jeta l’épée loin dans la mer. La lame scintilla pendant un instant, puis fut engloutie par les eaux. Avec la mort de son maître, la légendaire arme de Khaine n’était plus qu’une simple épée en acier. Elle ne pouvait pas dominer Malékith, ni lui apporter un quelconque pouvoir.


Un autre séisme secoua l’Île des Morts au moment où la Faiseuse de Veuves disparut. Des éperons rocheux jaillirent du sol tandis que des bornes gardiennes s’enfonçaient dans les eaux. L’île se mit à sombrer lentement dans la mer, comme le reste d’Ulthuan. Pendant des milliers d’années, seule la Magie du Grand Vortex avait maintenu l’île-continent à flots, et maintenant qu’il s’était évanoui, l’océan reprenait ses droits.

La catastrophe avait été anticipée. Partout sur Ulthuan, les enchanteurs d’Alarielle s’attelèrent à l’évacuation des Elfes. Dans les dix royaumes, les Racines du Monde furent éveillées, et des colonnes d’Asur et de Druchii entamèrent le long voyage vers le seul lieu sûr de la planète : Athel Loren.

Même si des dizaines de milliers de réfugiés survécurent, plus encore périrent noyés lorsque des raz-de-marée recouvrirent les plaines de Saphery, ou quand la lave et les nuées ardentes des volcans des Annulii balayèrent les terres. À Chrace, les parentés de Lions Blancs rugirent tandis que les collines boisées sombraient dans les flots. À Cothique, les palais souterrains furent inondés, condamnant des centaines d’Elfes à une mort atroce.

De plus, de nombreux Asur refusèrent de partir. Ils appartenaient à un peuple orgueilleux, et choisirent de périr en même temps que leurs terres bien-aimées. Des patriarches ordonnèrent que les portes de leurs manoirs fussent scellées, et moururent aux côtés de leurs familles, alors même que leurs filles et leurs fils les suppliaient de fuir. D’autres ne faisaient pas confiance aux Asrai, et préférèrent mourir plutôt que de prendre le risque d’être trahis une fois de plus. Quelques-uns pensèrent même que la catastrophe annoncée était exagérée, et restèrent dans leurs maisons jusqu’à ce qu’il fût trop tard.


À l’insu de tous sauf des Archimages les plus doués, les esprits des morts d’Ulthuan disparurent eux aussi. Slaanesh enrageait toujours d’avoir été privé de son festin dans le monde des mortels, cependant il se rattrapait en engloutissant ces âmes errantes. Néanmoins, l’afflux d’esprits était si important que même la faim dévorante de Slaanesh fut rassasiée pendant un instant. Profitant de l’occasion, des vols de rephallim vinrent dérober les âmes attendant sur la table de banquet du Prince du Chaos. Ils les emmenèrent dans les catacombes du monde mortel et les présentèrent à leur maîtresse Eldyra.

Au cours des semaines qu’avait duré l’odyssée de Lileath, le pouvoir d’Eldyra avait grandi, et même si elle n’était pas encore d’essence divine, elle n’était plus mortelle. Chassant ses dernières bribes de compassion, elle dévora les esprits des Elfes pour gagner en puissance. Cependant, elle ne conserva pas ce pouvoir pour elle seule. Au lieu de cela, elle le modela et le canalisa au-delà des limites du monde mortel. Le pouvoir de Lileath s’était étiolé, car elle l’avait utilisé pour défendre l’Empire. Elle donna sans hésiter les énergies qu’il lui restait à Eldyra. Lileath était même en admiration devant les prodiges de cette nouvelle Reine des Morts, car elle donna naissance à un royaume qui était pour l’instant hors d’atteinte des Dieux du Chaos. Des dizaines de milliers d’âmes avaient été anéanties afin de créer ce sanctuaire, toutefois Lileath se souciait davantage de la survie des vivants plutôt que de celle des morts, si bien qu’elle approuva les actions d’Eldyra.

Quant à ceux qui avaient combattu sur l’Île des Morts, leur salut provint d’Alarielle. Les graines qu’elle avait semées sur l’île avaient non seulement crée une forêt, mais en plus celle-ci avait atteint les Racines du Monde. Les vivants purent ainsi quitter l’île alors qu’elle sombrait sous les flots. Malékith était toujours gêné par ses blessures, et il consentit enfin à ce que sa garde royale le portât vers la sécurité des Racines du Monde.


Bientôt, il ne resta plus qu’Imrik, Alarielle et Teclis. Ils se trouvaient désormais sur un îlot battu par les vagues, au milieu d’une poignée d’arbres dont les racines plongeaient vers les entrailles de la terre. Teclis s’était assis d’un air las près du cadavre de Tyrion. Il refusa de l’abandonner, et ne changea pas d’avis en dépit des suppliques d’Alarielle et d’Imrik. Finalement, la Reine Éternelle ne put attendre davantage, et s’en alla en jetant un dernier regard à la dépouille de Tyrion. Imrik s’attarda quelques instants de plus. Minaithnir l’emmènerait vers le continent, et il offrit une dernière fois à Teclis de l’accompagner, toutefois il se heurta de nouveau à un refus. « Laisse-moi, » lui répondit Teclis. « Je dois boire cette coupe amère jusque-là la lie. »

Arriva le moment où les eaux furent si proches que même Minaithnir ne put rester, et Imrik s’en alla avec lui. Alors que le Dragon s’élevait au-dessus de la mer démontée, le Prince jeta un regard en arrière et vit Teclis se lever. Dans un dernier effort surhumain, l’Elfe au corps si frêle avait pris le corps sans vie de son frère dans ses bras. Puis les vagues immenses s’abattirent sur l’ultime piton de roche de l’Île des Morts, et Teclis disparut définitivement de la vue d’Imrik.



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Ulthuan était perdue, mais Athel Loren était florissante. Auparavant, Ghyran avait été absorbé par le Vortex et renvoyé vers les Royaumes du Chaos. Désormais, c’était le corps d’Alarielle qui lui servait de réceptacle. Elle était encore mortelle, toutefois elle ne faisait plus qu’un avec Ghyran. Ainsi investie d’une des Magies primales, la Reine Éternelle devint un fanal de vie. Tandis qu’elle traversait Athel Loren, le mal qui s’était emparé des clairières refluait, et une vie nouvelle jaillissait là où ses pieds touchaient le sol. Le retour d’Alarielle à Athel Loren suscita encore plus de joie qu’elle ne l’aurait imaginé. Pour la première fois, elle était lasse des batailles, et aspirait à être une Reine protectrice et guérisseuse.

Pourtant, Athel Loren était aussi un royaume d’ombre. Malékith était lié à Ulgu, si bien qu’il cheminait toujours dans les ténèbres, même en plein jour. La silhouette du Roi Phénix devenait vaporeuse lorsque son esprit vagabondait, et tous les Elfes sentaient au plus profond de leur cœur lorsque son regard acéré se posait sur eux. Asuryath avait été reforgée, mais c’était dorénavant une lame d’ombre liée à la volonté de son maître.

Alarielle s’était occupée des blessures de Malékith, toutefois nul enchantement ne pouvait retirer la pointe de flèche d’Alith Anar. Elle était logée près du cœur de Malékith et lui causait une douleur constante, toutefois le Roi Phénix ne se plaignait jamais, même si son humeur était souvent sombre.

Alors qu’auparavant, Malékith avait régné sur une seule race d’Elfes, désormais trois peuples se tournaient vers lui pour qu’il les guide. Ils n’aimaient pas particulièrement leur roi, néanmoins c’était déjà ainsi à Naggaroth, si bien que Malékith n’en avait cure. En revanche, la destruction d’Ulthuan le perturbait. Pendant six mille ans, son seul but avait été de conquérir l’île-continent. Qu’allait-il faire désormais ? Pour la première fois, il n’avait aucun but à poursuivre.


Le chasseur se faufilait entre les arbres d’un pas silencieux. Ses gestes étaient précis. Il traquait sa proie depuis quatre heures, cependant l’heure de la confrontation approchait.

Il pénétra dans la clairière, en s’approchant du Roi Phénix dans son dos.

Son arc était en bandoulière, en revanche sa main était posée sur le pommeau de son épée. Il se trouvait à quelques mètres lorsque sa proie lui dit :

« Je t’attendais. » Malékith ne se retourna pas. « Tu es venu achever ce que tu as commencé ? »

Finalement, il fit volte-face et son regard se posa sur Alith Anar.

« Je n’en sais rien, » répondit celui-ci. Ses propres paroles parurent l’étonner. « Je devrais te tuer, et venger les horreurs que tu as commises… »

« Pourtant, ton épée est au fourreau, » fit remarquer Malékith, non sans une trace de moquerie dans la voix.

« À l’instar de la tienne… »

« Peut-être avons-nous changé ? »

« Peut-être. En tout cas, j’aimerais le croire. »

« Cela signifie-t-il que tu viens en assassin ? »

« Non. Je suis là en tant que messager. » Il fit un pas de plus sans quitter le Roi Phénix des yeux. « La pointe de ma flèche est logée près de ton cœur, et tu ne pourras jamais la retirer. Tes souffrances seront ma vengeance tant que tu serviras mon peuple. Si tu le trahis, mon prochain trait prendra ta vie.

« Ces menaces ne signifient rien pour moi, » rétorqua Malékith.

« Dans ce cas, cela signifie que tu n’as plus rien à craindre en ce monde, désormais. »

La lune fut masquée par les nuages. Le Roi des Ombres partit, laissant Malékith ruminer seul ses pensées.


Malékith, le Roi de l’Éternité
Après des milliers d’années de séparations et de guerre, la race elfique est enfin unifiée.
Pour les Hauts Elfes, ce fut un temps de désespoir. Leurs terres natales, ces royaumes ancestraux pour lesquels tant de générations s’étaient battues et avaient péri, avaient été anéanties, et cet échec les hantait. Pire encore, des milliers de bornes gardiennes avaient été détruites en même temps qu’Ulthuan, ce qui avait précipité des milliards d’âmes dans le gosier de Slaanesh. En un seul et terrible revers de fortune, les Hauts Elfes avaient perdu à la fois leur demeure et leur passé. Beaucoup finirent par se suicider, car ils étaient incapables de vivre avec le poids de la honte et de la douleur. Cependant, ces événements raffermirent la détermination d’un grand nombre d’entre eux. L’exemple stoïque que leur donnait Imrik, et l’amour qu’ils ressentaient envers leur Reine Éternelle leur permirent de reprendre espoir.

Les Elfes Noirs n’éprouvaient pas les regrets de leurs cousins. Pour eux, Ulthuan avait toujours été un ennemi à vaincre et à conquérir, et la majorité des Druchii considéraient qu’ils avaient réussi, et que Malékith les avait emmenés vers un royaume où ils pouvaient laisser libre cours à leurs moindres caprices, si bien qu’ils étaient amplement satisfaits. Le Roi Phénix leur avait interdit de s’en prendre aux habitants d’Athel Loren, mais ils avaient le droit de lancer des raids dans les provinces dévastées de Bretonnie afin d’assouvir leur soif de sang.

Les Asrai étaient ceux qui avaient le moins souffert de la guerre de Tyrion, et le retour d’Alarielle permettait d’entrevoir celui de la grandeur d’Athel Loren. Certes, des seigneurs et des dames s’irritaient de devoir partager leurs terres avec leurs cousins, néanmoins, la plupart des Asrai jugeaient que la réunification de tous les Elfes au cœur d’Athel Loren était la preuve qu’ils avaient toujours suivi la bonne voie, tandis que leurs cousins s’étaient égarés. Sur ce point, les Esprits de la Forêt ne se prononçaient pas, mais la rumeur disait qu’une armée de Dryades se rassemblait dans les Bois Sauvages, sans qu’on connaisse ses intentions.


Les dons d’Alarielle avaient été le salut des Elfes, mais aussi d’autres créatures. Bien des animaux d’Ulthuan avaient été sauvés des eaux par chance ou intentionnellement, et arpentaient désormais les clairières d’Athel Loren. La forêt les accueillit aussi chaleureusement que les Elfes. Des parentés de Lions Blancs parcouraient les sous-bois, des Harpies s’étaient installées sur les pics et des Hydres nageaient dans les lacs. Les Dragons de Caledor trouvèrent refuge dans les cavernes de Wydrioth, et les Phénix dans les flammes de l’Enclume de Vaul.

Ainsi, une seule race souffrit réellement du revers de fortune des Elfes. Les Hommes-Bêtes, qui avaient toujours souillé Athel Loren de leur présence, se heurtèrent rapidement aux nouveaux défenseurs de la forêt. Les Hauts Elfes et les Elfes Noirs - les premiers cherchant à racheter leurs fautes, les seconds à chasser l’ennui - se lancèrent corps et âme dans l’extermination des Hommes-Bêtes. Des milliers de rejetons du Chaos furent abattus, et les survivants furent chassés dans les profondeurs les plus sombres de la forêt. Cependant, leur menace ne fut pas éliminée : le pouvoir du Chaos était ascendant, par conséquent les hardes continuèrent à se multiplier malgré leurs pertes.


Lors de la pleine lune qui suivit la destruction d’Ulthuan, Alarielle épousa Malékith. Au cours des jours précédents, Malhandir avait porté en grandes pompes la Reine Éternelle dans tous les halls d’Athel Loren. Ces cérémonies rivalisaient en splendeur avec celles de l’âge d’or d’Ulthuan. Une garde d’honneur de mille demoiselles accompagnait la reine, et les bannières des trois royaumes étaient abaissées en signe d’allégeance au passage de Malhandir. Ce fut un événement solennel, mais aussi troublant pour beaucoup d’Elfes.

Ce sentiment fut particulièrement fort lorsqu’Alarielle arriva enfin au milieu des grands feux allumés dans la Clairière du Roi. Au cours de sa longue vie, Malékith ne s’était agenouillé devant personne sauf son père, pourtant, il s’inclina devant la Reine Éternelle alors qu’elle avançait le long du sentier couvert de pétales de fleurs pour venir se placer à ses côtés. La cérémonie aurait dû être célébrée par Naieth la Prophétesse. Cependant, elle fut remplacée par quelqu’un d’autre, une femme dont la robe bleu nuit se fondait dans les ombres, mais dont les étoiles dans les cheveux scintillaient aussi fort que celles du firmament. Ainsi, l’union ne fut pas scellée par les mots de mortels, mais par la bénédiction de Lileath, l’ultime survivante du panthéon Elfique.

Lileath avait été forcée de quitter pendant longtemps ses enfants. Désormais, le retour de la Déesse ravivait l’espoir, même si elle n’était pas accompagnée par Eldyra. En effet, la Reine des Morts régnait désormais sur son propre royaume, comme Ereth Khial l’avait fait jadis avec l’outre- monde des légendes. Les pensées de Lileath étaient souvent tristes, toutefois elle ne les partageait avec personne. Seul Araloth, qui connaissait la Déesse mieux que quiconque, remarqua la lassitude qui affligeait ses traits, et il s’inquiéta de ce que cela signifiait.

Les trois races des Elfes étaient donc réunies, mais pas sous la férule d’un Roi Phénix. Lileath décréta que le temps de la création d’Asuryan était terminé, et elle couronna Malékith en tant que Roi Éternel, afin qu’il règne aux côtés de sa Reine pour les ères à venir. La foule poussa alors des vivats, et le festin qui s’ensuivit dura tout le jour suivant, et se prolongea tard dans la nuit.

Nul n’entendit les paroles que Lileath échangea en privé avec Malékith et Alarielle, et heureusement, autrement les célébrations eussent été gâchées. La Déesse leur révéla que la puissance du Chaos était ascendante, et elle leur décrivit un monde au bord de la destruction, avant de leur faire part des horreurs à venir. Ainsi, pendant que leurs sujets riaient et festoyaient, le Roi et la Reine Éternels pensaient sombrement à un futur funeste.


La nuit qui suivit le couronnement de Malékith. Araloth rencontra Lileath sur le pont qui surplombait la Cataracte de Glace. Il vint uniquement avec Skaryn, et vit instantanément l’air las de Lileath. Les étoiles dans ses cheveux avaient perdu leur éclat, et ses traits étaient tirés.

Lileath s’aperçut sans doute de l’inquiétude d’Araloth, car elle lui dit : « Je ne suis plus une Déesse, mais cela n’a pas d’importance. J’ai donné ce qui restait de mes pouvoirs afin de ralentir la progression du Chaos, et pour accomplir un dernier acte… »

Ce faisant, elle se tourna vers la chute d’eau. Esquissant un geste, elle fit s’écarter le voile blanc, révélant un tunnel qui s’enfonçait profondément dans la paroi de la falaise, derrière la cataracte.

Araloth jeta un coup d’œil dans le goulet mais n’y vit que des ténèbres insondables. « Où cela mène-t-il ? »

« Vers un sanctuaire, » répondit la Déesse en se tournant vers lui. « Bâti par l’héritière d’Ereth Khial, et défendu contre les Dieux Sombres par les esprits des plus grands Chevaliers de Bretonnie. C’est l’ultime présent que je te fais.  »

« Je ne puis accepter ! » s’exclama Araloth. « Comment peux-tu me demander d’abandonner mon peuple alors qu’il chemine au bord du gouffre de l’annihilation ? »

« Parce que je t’aime, et parce que notre fille a besoin de toi. »

Araloth était abasourdi.

« Notre fille ? »

« Elle t’attend là-bas. Elle a besoin que tu la guides. »

« Je ne te crois pas… » dit Araloth d’un ton incrédule.

« Écoute-moi, je t’en prie, » insista Lileath en lui prenant les mains. « Tout ce que j’ai fait - tout ce que Teclis, Caledor et toi avez accompli en mon nom - n’était pas destiné à nous apporter la victoire, car il est impossible de vaincre les Dieux Sombres. La lumière du paradis divin s’étiole, et la force des mortels ne saurait suffire à stopper le pouvoir du Chaos. Tout ce que nous pouvons espérer, c’est survivre à ce qui va arriver. »

Araloth ne répondit pas. Il percevait la sincérité des paroles de Lileath, mais ses pensées se bousculaient. Avait-il réellement une fille ? La joie d’une telle révélation effaça momentanément les craintes qu’il ressentait suite aux révélations de la Déesse.

« Traverse cette cataracte, » le supplia Lileath. « Tu pourras créer un nouveau royaume dans le monde qui t’attend, et un jour, notre fille sèmera les graines de la vie. »

Araloth chassa les pensées qui l’assaillaient et se concentra sur l’instant présent. « Comment en es-tu sûre ? »

« Parce que cela fait partie du cycle. » répondit Lileath.

« Un créateur émerge des ténèbres et amène la vie avec lui. Sa famille se dispute, des coups sont échangés, et les Dieux Sombres profitent de sa faiblesse. Le monde qui était si florissant s’effondre sous le poids du Chaos, cependant la gloire peut vivre éternellement, tant qu’il reste quelqu’un pour la célébrer. »

Araloth ferma les yeux et se souvint de la vision qu’il avait eue à Haladra, celle de son propre visage sous le masque d’Asuryan. Il comprit enfin ce que cela signifiait, cependant cette révélation ne lui apporta aucune joie, seulement de l’amertume.

« Avant de mourir, Vaul m’a averti que tu me cachais des choses. Tu m’avais dit que je serais un héros qui guiderait les Elfes à travers les ténèbres. Comment puis-je accomplir ce destin en choisissant le chemin que tu m’indiques ? »

« C’est là que se cache ton destin, » répondit Lileath d’une voix douce. « Je t’ai simplement aidé à le trouver. J’aimerais pouvoir marcher éternellement avec toi sous les arbres d’Athel Loren, mais cela ne peut se terminer ainsi. »

Le ton triste de la Déesse souffla la flamme de la colère d’Araloth comme un vent glacial.

« Tu ne m’accompagneras pas ? »

« Non. Si je viens avec toi, les Dieux Sombres me suivront, et toutes les souffrances que nous avons connues auront été vaines. De plus, j’appartiens à ce monde. Je parcours ses collines depuis l’aube des temps, et j’y resterai jusqu’à ce qu’il disparaisse. »

« Car toute victoire est impossible… »

« Effectivement, même si Teclis pense le contraire, » dit Lileath en soupirant. « Cependant, bien que la force des mortels ne puisse vaincre les Dieux du Chaos, elle peut les affaiblir suffisamment afin qu’ils ne te menacent pas avant des millénaires. »

« Quel est le nom de notre fille ? »

« C’est à toi de le choisir. Réfléchis bien, car les noms ont un grand pouvoir. »

La fin d’Ulthuan.

Araloth resta silencieux un long moment. Il tentait de mettre de l’ordre dans ses pensées. Il réalisa enfin qu’il croyait ce que Lileath lui disait, et sut qu’il ne pouvait pas abandonner son enfant, même s’il ne l’avait jamais vue.

« D’accord… » finit-il par dire.

Sans ajouter un mot, Lileath s’avança et l’enlaça une dernière fois pendant un long moment, même si Araloth ne sut dire combien de temps s’écoula exactement. Finalement, l’instant ne put être repoussé davantage. Prenant Skaryn sur son épaule, Araloth abandonna Lileath et se glissa dans le tunnel obscur envahi de bruine. Les ténèbres l’enveloppèrent et il ne vit plus rien.

Source[modifier]

  • La Fin des Temps - Khaine, produit par le design studio Games Workshop, 2014
  1. C’est Kaldor Draigo. C’est TOTALEMENT Kaldor Draigo…