Durthu

De La Bibliothèque Impériale
Durthu, le Doyen des Aïeux
« Jadis s’étendait un lieu sous l’ancienne écorce de Durthu, où sagesse et compassion fleurissaient pour le bien de tous. Désormais, il a disparu, purgé par des siècles de haines et de guerre. Ce qu’il reste du cœur de Durthu ne palpite que pour se venger. »
- Dame Menlui de Terne-Gîte


Durthu - ou Cœur-de-Chêne comme le nomment les Elfes - est un Aïeul d’Athel Loren, un Homme-Arbre si ancien que la vie plurimillénaire d’Ariel est courte en comparaison. C'est à l'époque de sa naissance que les arbres se mirent graduellement à penser comme ils n’étaient pas censés le faire, et ils apprirent la colère et la haine. La grande forêt ne tarda pas à prendre conscience d’elle-même, et des êtres qui rampaient à la surface du monde comme des insectes. La forêt se montrait tolérante, voire amicale, avec certaines races, mais les autres, notamment les peuples qui ne voyaient dans les arbres qu’une source de combustible, se heurtèrent à une fureur impitoyable, origine des légendes millénaires qui évoquent des arbres maléfiques. À ce moment-là, le Chêne des Âges qui se trouvait au cœur de la grande forêt avait étendu ses racines à de nombreuses contrées, créant un réseau de racines du monde que les esprits des bois pouvaient emprunter vers des destinations lointaines. La grande forêt découvrit ainsi les terres d’Avelorn, et rencontra les Elfes d’Ulthuan.

Durthu fut le premier a tisser des liens entre les Elfes et la forêt, et celui qui lutta avec ses pairs pour les pérenniser. À cette époque, il était ami avec les enfants d’Isha, toujours prompt a les aider à élargir leurs connaissances de la forêt et de la Trame. Il leur apprit à modeler les arbres sans leur nuire, ainsi que d’autres secrets de ses semblables. Riches de cette affinité, les Elfes pouvaient s’entretenir avec les esprits vénérables qui partageaient volontiers leurs secrets.

Puis vinrent les Démons. Suite à l’effondrement des grands portails polaires, le Chaos se répandit dans le monde. Partout, les civilisations sombraient dans la démence. Ulthuan souffrit tout particulièrement, car les osts Démoniaques appréciaient les âmes Elfiques par-dessus tout. Si de grands héros ne s’étaient pas montrés à la hauteur du défi, les Elfes auraient été anéantis et leurs terres seraient devenues un véritable pandémonium. Alors qu’Avelorn brûlait, Durthu et les siens combattirent au côté des Elfes, choisissant de soutenir leurs alliés plutôt que de se réfugier dans la grande forêt. Beaucoup d’esprits furent détruits, d’autres devinrent fous de désespoir, mais ils poursuivirent le combat. Hélas, ni la vaillance ni la force des armes ne pouvaient sauver Avelorn. D’heure en heure, les Elfes et les esprits furent repoussés vers le cœur de leur territoire, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de possibilité de retraite.

Alors que ce jour funeste touchait a sa fin et que tout semblait perdu, Astarielle supplia Durthu de sauver ses enfants. Alors que la forêt se consumait autour d’eux, Durthu restait silencieux, apparemment insensible aux larmes et aux prières. Le fait d’emmener des créatures à travers les racines du Chêne des Âges aurait été perçu comme une grave transgression, et Durthu ne voulait pas provoquer la colère de ses pairs. Or, durant son séjour en Avelorn, il avait pu constater à quel point l’alliance des Elfes et des esprits sylvestres leur était mutuellement bénéfique. S’ils survivaient aux événements, ils contribueraient à renforcer la grande forêt quel que soit le monde nouveau auquel elle devrait faire face.

Quand Durthu parla, ce fut pour consentir à la demande d’Astarielle, mais il l’avertit du prix à payer en retour. S’il sauvait la descendance de la Reine Éternelle, la grande forêt exigerait un jour que de nombreux Elfes la servent et la protègent comme ils le firent pour la terre d’Avelorn. La Reine Éternelle, demanda-t-il, était-elle disposée à sacrifier l’avenir pour sauver le présent ? Ce fut au tour d’Astarielle de pondérer sa réponse en silence, car elle avait perçu de lourdes conséquences dans le ton de Durthu, mais elle n’avait guère le choix : si Yvraine mourait, la lignée de la Reine Éternelle périrait avec elle, et les Elfes s’éteindraient par la suite.

C’est alors qu’un Démon colossal perça les lignes Elfiques, mugissant de triomphe tout en balayant les derniers gardes de la Reine Éternelle de ses quatre bras puissants. Ce spectacle était abominable même pour ce jour d’horreur omniprésente, car il ne s’agissait point d’un simple soudard de l’ost Démoniaque, mais du puissant N'kari, serviteur éminent de Slaanesh l’assoiffé. La Reine embrassa ses enfants une dernière fois, puis les confia précipitamment à la garde de Durthu. Tandis que l’esprit emmenait Morelion et Yvraine, Astarielle invoqua le peu de ressources magiques qu’il lui restait et se joignit calmement à la bataille pour faire face à sa destinée.

Quand Durthu parvint à la grande forêt, avec ses protégés plongés dans un sommeil magique, il constata avec consternation que son foyer n’était guère mieux loti qu’Avelorn. La grandiose forêt qui recouvrait une grande part du monde était réduite à une fraction de sa taille. Les terres où elle s’épanouissait portaient les stigmates du feu et d’une magie destructrice, et ses lisières actuelles subissaient l’assaut d’innombrables Démons. Durthu semblait avoir échangé une bataille sans espoir contre une autre.

Mais les apparences étaient trompeuses. Pour assurer la survie de la forêt face à des agressions de plus en plus violentes, certains de ses esprits, notamment les plus jeunes, avaient altéré leur propre nature. Ils étaient plus farouches, plus agressifs, tandis que leur forme physique s’était adaptée aux exigences du combat. En fait, l’essentiel de ce que la forêt avait perdu en l’absence de Durthu l’avait déjà été depuis des années. Ce qu’il en restait, c’était un bastion niché entre deux grandes chaînes de montagnes, qui avait résisté depuis une décennie, et qui recommençait à s’étendre.

Or, si Durthu avait pu se fourvoyer quant au malheur de la forêt, il avait vu juste quant à la réaction de ses pairs. Adanhu, le plus sage des seigneurs sylvestres, était très contrarié en constatant la profanation des racines du monde. Cœddil, qui depuis des siècles avait la charge de diriger la colère de la forêt contre ses ennemis, brûlait de colère et exigeait que les indésirables fussent mis a mort.

Dans un premier temps, Adanhu était d’accord avec Cœddil, mais il changea d’avis. Il était le plus ancien et le plus conservateur, mais il craignait que la survie de la forêt se paie par la perte de leur caractère pacifique et bienveillant. Si on ne leur imposait pas de limite, les esprits de la grande forêt pourraient devenir aussi hostiles que les ennemis du moment, et le marché de Durthu offrait au moins une chance d’éviter une telle issue. Malgré les récriminations de Cœddil, Adanhu permit aux héritiers d’Astarielle de rester dans la grande forêt jusqu’à ce que leur propre foyer soit de nouveau en paix, à condition qu’ils ne soient jamais éveillés de leur sommeil magique tant qu’ils demeureraient en son sein.

C’est ainsi que Morelion et Yvraine dormirent pendant que se déroulaient les ultimes actes de cette terrible guerre. Avelorn fut sauvée, et finit par redevenir une terre de splendeurs, mais elle ne retrouva jamais toute la gloire de son zénith. Les esprits de la grande forêt combattirent du mieux possible, en sachant qu’ils ne pourraient pas mettre fin au danger, juste y survivre. Pour sa part, Ænarion devint fou après la perte de sa femme et de ses enfants. Il sombra dans les ténèbres, pour ne se racheter qu’à la toute fin. Le monde fut sauvé non par la force des armes, mais par la ruse d’un mage Elfique, dont le grand rituel de bannissement bouta les Démons hors du monde.

Une fois les Démons chassés, Durthu put enfin tenir sa promesse à Astarielle. Voyageant de nouveau à travers les racines du monde, il ramena Morelion et Yvraine en Ulthuan et les déposa dans le Val de Gaean. Ni l’un ni l’autre des enfants se souvint avoir seulement quitté Ulthuan, seulement d’avoir été sauvés par Cœur-de-Chêne la nuit ou leur mère se sacrifia. Yvraine devint bientôt la nouvelle Reine Éternelle, et Morelion son fidèle protecteur. Quant à Durthu, il désirait ardemment restaurer la magnificence perdue d’Avelorn, mais il savait que la grande forêt avait bien davantage besoin de ses services. Rappelant à lui presque tous les esprits qui avaient survécu à l’invasion d’Ulthuan, il repartit chez lui.

Les siècles passèrent. Petit à petit, les esprits de la grande forêt et leur enseignement s’estompèrent puis disparurent des annales Elfiques, pour ne demeurer en filigrane que dans les contes et légendes populaires. Ulthuan grandit ensuite en gloire et en puissance, et établit maintes colonies outre-mer. Des siècles de séismes finirent par rompre les racines qui reliaient la grande forêt au reste du monde. Pendant tout ce temps, les Aïeux veillaient patiemment, attendant le moment de percevoir la dette d’Astarielle.

Puis vint la Guerre de la Barbe. De nombreuses colonies furent entraînées dans des campagnes stériles, mais les Elfes d’Athel Loren refusaient de s’y impliquer. Quand le Roi Phénix Caradryel finit par ordonner à tous les loyaux citoyens d’outre-mer de quitter leur colonie pour regagner Ulthuan, seuls les Elfes d’Athel Loren refusèrent, avant de se déclarer indépendants de la tutelle du Trône Phénix. À mesure que les Hauts Elfes se retiraient vers l’ouest, les Nains progressaient à leur suite. C’est avec les premières neiges hivernales que les enfants des montagnes fondirent sur Athel Loren, exprimant leur rancune par le fer et le feu. Cette brutalité entraîna la fureur de la forêt, mais ses esprits avaient toujours été lents pendant la saison froide. Les Dryades ne tardèrent pas à être abattues ou dispersées, et Durthu, le seul Aïeul encore éveillé, fut bien près de tomber sous les haches Naines.

Constatant que la forêt ne pourrait vaincre seule les Nains, Durthu la fit se retirer devant les envahisseurs, ouvrant des sentiers qui les conduiraient à la colonie Elfique. Se pensant eux-mêmes attaqués, les Elfes s’en prirent aux Nains en leur tirant des volées de flèches. Après avoir orienté la progression des Nains, la forêt guida les pas des Elfes. Ainsi, chaque fois que les Nains se retournaient pour faire face à la menace, les Elfes disparaissaient parmi les arbres, pour ressurgir quelques instants plus tard à des distances impossibles. Faute de pouvoir vaincre un ennemi qui ne se laissait pas atteindre par le bon acier, les derniers Nains battirent en retraite.

Suite à leur victoire, les Elfes commencèrent à s’établir à l’intérieur d’Athel Loren, car ils craignaient davantage les représailles des Nains que les caprices de la forêt. Cette dernière n’opposa pas de résistance, et les Elfes se demandèrent pourquoi. Ainsi, le pacte entre Astarielle et Durthu fut réalisé : les Elfes Sylvains devenant les protecteurs d'Athel Loren, même si les enfants perdus d’Ulthuan n’entendirent jamais l’âpre dispute qui opposa Adanhu à Cœddil au sujet de leur sort. Durthu, l’instigateur de la situation présente, resta silencieux. Il avait beaucoup souffert des haches Naines, et sa nature jadis bienveillante avait radicalement changé, car il n’avait plus pleinement foi en son propre jugement.

En effet, les siècles de destruction et de carnage ont prélevé leur tribut sur l’esprit vaillant de Durthu, qui a été le témoin de l’avidité des êtres de chair et de sang, et des ravages gratuits qu’ils perpétrèrent sur sa terre natale. Il a assisté à l’abattage malveillant d’innombrables arbres et a l’incendie d’autant d’hectares de forêt. Il a sans relâche observé les Elfes, incapables de couper tout lien avec le monde exterieur, tandis qu’ils attiraient toutes sortes de calamités sur son domaine. Pire que tout, il a vu ses pairs tomber l’un après l’autre ; certains tués par leurs propres ennemis, mais la plupart, détruits par les ennemis des Elfes.

La bienveillance de Durthu a cédé la place à une démence perpétuelle. Il ne prodigue plus de soin ni d’enseignement, mais brandit une épée forgée a son intention par Daith, et joue un rôle destructeur. Il ne fait aucune distinction entre les égarés, les innocents et les êtres malicieux ; tous ceux qui foulent les clairières de Durthu sans permission sont condamnés s’ils croisent l’Aïeul. Seuls les Elfes sont épargnes par son courroux, car Durthu assume lui-même les fautes du passé. Pourtant, il ne considère plus les enfants d’Isha connue ses amis, et fuit leur compagnie aussi sûrement qu’il la recherchait jadis. S’ils font cause commune pour leur survie, ce ne sont rien de plus que des alliés désormais.

De leur côté, les Elfes pleurent pour Durthu. Leur longévité leur permet d’appréhender la cruauté du monde, mais ils ne peuvent qu’imaginer ce qu’une éternité de destruction a infligé à un être plus ancien que leur race elle-même. Malheureusement, apaiser le cœur belliqueux du doyen est au-delà du pouvoir des Elfes ; mais peut-être pas hors l’atteinte du sien. Lorsqu’un Aïeul de la forêt est tué, son essence est absorbée par ses pairs. Étant l’un des deux derniers de son engeance, Durthu possède a présent la moitié du pouvoir combiné de tous les Aïeux qui ont existé, soit plus qu’assez pour soigner son âme et accomplir quelques miracles dans la foulée. Hélas, sa rage l’aveugle tant que Durthu n’a pas conscience de la puissance qui est la sienne. Il ne fait que puiser dedans a un niveau instinctif pour augmenter sa force déjà prodigieuse ou libérer des essaims de Farfadets éthérés sur ses ennemis. Ces spectres sont la manifestation de la tristesse du doyen, et sont capable de glacer l’âme et l’esprit de ceux qu’ils assaillent. Durant les rares moments de sommeil de Durthu, ils chantent malicieusement dans ses rêves, lui rappelant sans cesse à quel point il a failli à sa chère forêt. Cependant, cet être, jadis le plus noble de sa race, possède en lui le potentiel d’apporter un nouvel âge de splendeur à Athel Loren. Il s’en rendrait compte si seulement sa haine le quittait.

Source

  • Livre d'Armée des Elfes Sylvains, V8