Tempête du Chaos

De La Bibliothèque Impériale

Pendant plus de deux cents ans, l'Empire prospéra sous l'administration avisée de ses Empereurs, à quelques exceptions près. Malgré la défaite de ses armées, la menace du Chaos n'avait pas pour autant disparu. De nombreux raids étaient lancés contre les communautés du nord, sur les rives de la mer des Griffes, les légions indisciplinées du Chaos s'attaquaient aux bastions kislevites et, à un rythme de plus en plus effréné, des hordes d'effroyables abominations mutantes surgissaient des Désolations du Chaos pour saccager et massacrer. Pour ne rien arranger, un grand nombre des soldats qui avaient participé à la Grande Guerre en étaient restés irrémédiablement marqués; leurs âmes étaient malades de tout le sang versé et des horreurs de la guerre. C'est ainsi que, comme par le passé, de nombreux soldats de valeur quittèrent l'Empire pour migrer vers les Désolations du Chaos afin d'y rechercher la guerre, abandonnant leurs âmes au Dieu du Sang. Malgré tous les efforts des Répurgateurs qui s'efforçaient de nettoyer la Drakwald, les bois étaient toujours infestés de bandes d'Hommes-Bêtes. L'humanité se tourna une nouvelle fois vers les Puissances de la Déchéance et abandonna ses anciennes traditions. Bien qu'elles soient considérées comme une période de stabilité, les deux cents années qui précédèrent la Tempête du Chaos ne furent qu'un bref répit avant la grande guerre.

De manière assez ironique, l'incident qui devait presque aboutir à la destruction de l'Empire ne hit pas causé par un homme-bête ou un démon des Désolations, mais trouva son origine dans l'Empire lui-même. L'homme qui devait devenir Archaon naquit quelques années après la fin de la Grande Guerre contre le Chaos et mena tout d'abord une brillante carrière de Répurgateur. Il se rendit célèbre pour son habileté à débusquer et à exterminer les cultistes et les mutants. Il était puissant, très influent et, à ce titre, avait accès à un vaste savoir interdit. Dans les chambres fortes des sous-sols du temple de Sigmar, à Altdorf, sont conservées des quantités de grimoires blasphématoires et de traités hérétiques relatifs à la nature des dieux et du Chaos. Le Recueil des Divinations Célestines est un volume qui renferme les délires d'un déséquilibré particulièrement dangereux, Nécrodomo le Dément. On ne connaît pas les détails précis de ces divagations car une simple lecture rend fou, mais on pense généralement qu'elles recèlent des révélations sur les secrets du monde et la vérité sur la nature des dieux. On sait qu'Archaon lut cet ouvrage et son esprit sombra dans la folie : il accusa les dieux d'imposture et déclara que tout ce qui lui avait été enseigné n'était qu'un affreux mensonge. Il s'enfuit de l'Empire en maudissant Sigmar et se mit à la recherche d'un moyen d'anéantir le monde. Il pensait y parvenir en retrouvant le six Trésors du Chaos, cités dans les écrits de Nécrodomo.

L'attaque annoncée se produisit finalement en 2521. Menée par Surtha Lenk et Aelric Cyanwulf, une immense armée de guerriers du Chaos, de démons et de maraudeurs fondit sur le Kislev et écrasa les braves défenseurs kislevites avant de se déverser plus au sud, dans Empire. Profitant de leur avantage, ils anéantirent Wolfenburg, taillèrent l'armée du Hochland en pièces et poursuivirent leur chemin. Il fallut attendre la bataille de Mazhorod pour que l'Empire réussisse finalement à briser l'élan des envahisseurs et à les renvoyer d'où ils étaient venus. Les habitants du Vieux Monde poussèrent un soupir de soulagement, imaginant qu'ils avaient réussi à faire reculer la menace. Ils avaient tort. L'armée de Lenk n'était qu'une avant-garde.

Volkmar le Sévère, Grand Théogoniste du culte de Sigmar, comprit le danger que représentait Archaon pour l'Empire. Il leva une cohorte de sigmarites fanatiques et persuada le Comte Électeur de Talabheim de leur accorder son soutien. Ensemble, ils formèrent une puissante armée dans l'intention d'arrêter cet arrogant seigneur de guerre. Les sigmarites se portèrent à la rencontre d'Archaon sur les terres glacées du Kislev. Ils combattirent valeureusement, mais Archaon, investi de la puissance des cruelles énergies du Chaos, tua le Grand Théogoniste d'un coup d'une brutalité inouïe avant de se retourner contre le reste des troupes qu'il massacra jusqu'au dernier homme.

Volkmar étant mort, le culte de Sigmar éleva Johann Esmer au poste de Grand Théogoniste. Esmer était très différent de son prédécesseur; il était beaucoup plus préoccupé de politique que de sauver des âmes. Luthor Huss, son principal antagoniste, se lança dans une campagne destinée à discréditer le nouveau théogoniste. En réponse, Esmer accusa le prêtre-guerrier d'imposture et, avec l'aide d'une prêtresse de Sigmar de haut rang qui contrôlait la plupart des Répurgateurs, il se mit à surveiller très étroitement les agissements de Luthor.

Huss, qui n'était pas du genre à se laisser enfermer, attira à lui des bandes de flagellants et de nouveaux convertis, un peu à la manière de Magnus deux siècles auparavant. Au cours de ses pérégrinations, il rencontra par hasard un forgeron nommé Valten qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Sigmar. En outre, le jeune homme avait la poitrine marquée du signe de la comète. Convaincu que le jeune homme était la réincarnation de Sigmar, Huss l'emmena à Altdorf pour y être reconnu par l'Empereur.

Tandis que Huss se dirigeait vers Altdorf à la tête de sa troupe, l'Empereur convoqua le Conclave des Lumières afin d'obtenir de l'aide contre les armées du Chaos. Il invita les chefs d'État de tout le Vieux Monde à cette conférence où il leur exposa la situation dans laquelle ils se trouvaient tous. Les nains et les hauts elfes lui promirent aide et assistance, tout comme de nombreux autres dirigeants. Le Conclave leur permit d'établir un plan de défense et de renouveler leurs anciennes alliances.

Huss arriva finalement à Altdorf. L'Empereur se trouva alors dans une situation gênante. Il ne pouvait reconnaître cet homme comme la réincarnation officielle de Sigmar, mais il ne pouvait pas non plus le dénoncer comme mystificateur. Dans le premier cas, il risquait de compromettre sa propre légitimité et, en conséquence, d'affaiblir l'Empire. Dans le second, il risquait de faire voler l'Empire en éclats. Il décida de recourir à un compromis et confia Ghal Maraz, le marteau de Sigmar, symbole de l'Empereur, à Valten. Les deux chefs consacrèrent ensuite leur attention à l'armée ennemie qui s'approchait.

Leur avant-garde ayant ravagé le Kislev, Archaon et ses puissants généraux, à la tête de leurs légions, traversèrent les steppes glacées sans s'arrêter, notamment parce qu'Archaon était obnubilé par l'idée de détruire l'Empire: il se moquait bien de Praag et de Kislev. Il abandonna Kislev à D'aggorn l'Exalté, ce qui lui laissa les mains libres pour se concentrer sur Erengrad. Les Kislevites réussirent à le tenir en échec pendant un temps, mais l'arrivée de berserks norses causa la perte de la ville qui fut ensuite rasée par les forces d'Archaon.

Ayant intégré les Norses à son armée, Archaon continua vers le sud et envahit l'Ostland. Là, ses légions se divisèrent en cinq armées, chacune conduite par l'un de ses Indomptables Généraux. Haargroth, un guerrier du Chaos voué à Khorne, passa non loin de Wolfenburg qui ne s'était toujours pas relevée de l'assaut qu'elle avait subi l'année précédente. Melekh, un serviteur de Tzeentch, pénétra dans les Monts du Milieu pour assiéger la Citadelle d'Airain et prendre le contrôle de la route du Nordland. Feytor, l'un des élus de Nurgle, envahit le Hochland tandis que Styrkaar, champion de Slaanesh, tenait la route de la Vieille Forêt contre les armées d'Hergig et de Talabheim.

Ayant placé ses armées, Archaon se dirigea droit vers Middenheim. Il fut retardé un moment par les chevaliers du Sang de Sigmar et l'armée du Middenland, mais les hommes-bêtes se ruèrent hors de la Drakwald et repoussèrent les défenseurs jusque sous les remparts de Middenheim. La ville fut bientôt cernée de toutes parts. Archaon ne voulait pas renoncer, même devant cette cité réputée imprenable, car il brûlait d'un désir forcené d'anéantir la religion sigmarite et il savait que, pour y parvenir, il lui fallait d'abord réduire en cendres la cité qui avait couronné Sigmar. La victoire ultime lui appartiendrait lorsqu'il éteindrait la Flamme Sacrée d'Ulric. L'humiliation serait terrible pour ce dieu et cela permettrait à Archaon de convertir ses adeptes au culte des Dieux Sombres.

L'Empire semblait condamné, mais grâce aux forces combinées des impériaux, des Elfes, des Nains et des Bretonniens, conjointes à l'invasion fort opportune des hordes des Peaux-Vertes et au soulèvement des morts-vivants, les légions d'Archaon ont finalement été vaincues. Elles ont dû battre en retraite au cœur des Monts du Milieu, dans la Drakwald et aussi dans le Pays des Trolls, où elles préparent leur prochaine attaque.

Même vaincues, les légions d'Archaon continuent à répandre la mort et la misère dans tout le nord de l'Empire. Les provinces de l'Ostland, du Hochland et du Middenland ont toutes été durement touchées et des dizaines de milliers de réfugiés essayent à présent de survivre à la famine. Les cas de folie se généralisent, les esprits fragiles cèdent devant les abominations qui servent le Seigneur de la Fin des Temps et de nouveaux adeptes des Puissances de la Déchéance apparaissent parmi les victimes. Dans la Drakwald, les bêtes du Chaos sont toujours extrêmement actives, rôdant dans les ténèbres de la forêt et s'attaquant aux villages isolés qui ont réussi par miracle à échapper aux destructions de la guerre. Mais il y a pire : les Skavens s'agitent et la Citadelle d'Airain est à présent la forteresse des guerriers du Chaos. Middenheim est toujours debout, mais elle n'est pas sortie indemne de la guerre. Les Skavens fomentent leurs complots dans le labyrinthe de galeries qui courent sous la cité et la population se débat pour réparer les conséquences du carnage de la guerre et lutter contre la corruption laissée par les assiégeants.


Les Collèges de Magie Impériaux et la Tempête du Chaos

Lors de l'invasion menée pa Archaon, les Ordres furent mobilisé et mis à l'épreuve comme ils ne l'avaient jamais mis été de toute leur histoire. À l'arrivée d'Archaon. les innombrables hérétiques, mutants et autres rebuts du Vieux Monde se joignirent aux violents hommes du nord pour dévaster l'Empire, croyant peut-être trouver la rédemption en accompagnant les actes de la personnalité messianique qu'était Archaon. Les Vents de Magie soufflaient comme une tempête venue du nord, plus fort que jamais, aussi loin que pouvait remonter la mémoire. Plus fort encore, insistaient les magisters les plus érudits, qu'à l'époque de Magnus et de la dernière Grande Incursion du Chaos.

Les signes et les présages abondaient. Des grenouilles tombaient du ciel par milliers sur les contrées orientales de l'Empire. Des bourgs entiers étaient décimés par de mystérieuses épidémies alors qu'en d'autres lieux, on raconte que des colonies de lépreux récupéraient miraculeusement leurs traits d'antan. Les Hommes-Bêtes quittaient les impénétrables ténèbres de leurs forêts et rôdaient autour des communautés humaines. Divers prêtres et voyants de tout l'Empire furent investis du pouvoir de prophétie et prétendaient être capables d'entendre leur dieu leur murmurer en rêve, mais aussi à l'état d'éveil. Une rumeur avançait même que l'abbesse du couvent de la miséricorde de Shallya à Averheim se leva un matin avec des yeux dorés et se mit à parler dans une langue inconnue de tous ceux qui l'entendaient.

Alors que de nombreux cultes et temples de l'Empire prêchaient pour garder la population contre la menace, les Collège de Magie se joignirent à la résistance. Il ne s'agissait pas d'une simple incursion de barbares du nord. Les nuages du Chaos s'accumulaient et les dieux sombres avaient une fois de plus tourné leur regard vers la civilisation humaine. Tandis que l'Empereur recevait un grand conseil dans sa capitale d'Altdorf pour discuter de la menace et formuler un plan de défense, Balthasar Gelt, le patriarche suprême des Collèges de Magie, convoqua les responsables de chacun des Ordres.

Il révéla aux patriarches réunis que le fondateur de leurs prestigieux Ordres était a nouveau dans l'Empire et qu'il souhaitait s'adresser à eux, comme c'était son droit et son privilège. Alors que l’Archimage Teclis s'avança calmement dans l'Assemblée Collégiale, qui se situe une trentaine de mètres au-dessus des souterrains de l'Arène de l'Aethyr, plusieurs patriarches laissèrent échapper une sourde exclamation de stupéfaction et d'incrédulité. Le grand maître du savoir irradiait une aura intense et colorée devant leurs yeux aethyriquement perceptifs, car telle était son immense puissance.

Il leur annonça que tout ce qu'ils craignaient était vrai. Les rejetons des dieux démons se déplaçaient à nouveau vers le sud, les Vents de Magie en poupe. Il leur assura qu'il était temps pour les magisters des Ordres de Magie, comme leurs ancêtres l'avaient fait autrefois, de se mobiliser pour se dresser contre la plus grande de toutes les menaces. Ceux qui étaient déjà dépéchés auprès des armées impériales avaient leurs directives, Teclis exhorta donc ceux qui ne l'étaient pas à agir également, sinon quoi ils perdraient tout. Puis il prit congé. Après un moment de silence abasourdi, Balthasar Gelt s'avança a nouveau. Il en appela aux serments prononcés par les patriarches réunis, à leur loyauté envers l'Empereur et l'obéissance qu'ils devaient à leur patriarche suprême, et leur ordonna de retourner auprès de leurs frères et de les mobiliser pour cette guerre. Non pas quelques-uns, non pas beaucoup, mais tous les magisters qui pouvaient être envoyés, y compris les patriarches eux-mêmes.

Et ce fut ainsi que les Collèges de Magie partirent à la guerre. Non comme une armée avec ses grandes phalanges de fantassins, mais discrètement, par groupes de deux ou trois, détachés pour aller servir où il leur semblait pouvoir être les plus utiles. Sur le front nord, les pyromanciens de l'Ordre Flamboyant s'opposèrent au siège de Middenheim, invoquant les flammes surnaturelles pour repousser et détruire les vils et monstrueux champions des puissances du Chaos. Au cœur des forêts de l'Empire, les chamans de la Confrérie d'Ambre érigèrent la nature contre les hordes guerrières d'infâmes hommes-bêtes, les traquant d'un bois à l'autre, pour les décimer à la moindre occasion. Au clair de lune des ruelles de villes et cités aussi distantes que Marienburg et Salzenmund, les umbramanciens jouaient à une version meurtrière du chat et de la souris avec les mages des sectes secrètes du Chaos et leurs apprentis dégénérés.

Les astromanciens de l'Ordre Céleste se dressèrent contre les sorciers déchus de Tzeentch, en scrutant l'avenir pour mieux défaire et contrer les projets machiavéliques des agents du Seigneur du Changement, tout en provoquant des pluies torrentielles et des vents mordants qui tombaient sur les armées des hommes du nord, afin de ralentir leur progression. Les magisters alchimistes de l'Ordre Doré décidèrent de mettre leurs enchantements à l'œuvre pour renforcer l'efficacité des armes et armures des soldats de l'Empire, sans oublier d'affaiblir celles de l'ennemi.

Les magisters druides de l'Ordre de Jade luttèrent contre les pandémies et les épiphyties que les sorciers de Nurgle, Maître de la peste, avaient lancées contre les champs et le peuple de l'Empire, et purifièrent les puits et fontaines à chaque fois qu'ils le purent, tout en favorisant les moissons abondantes pour nourrir les troupes impériales. Les magisters lumineux sillonnèrent la partie septentrionale de l'Empire pour bannir les esprits malveillants de l'Aethyr, soigner les souffrants, et chasser la terreur, les cauchemars et les ténèbres qui tentaient de corrompre le cœur et l'esprit des hommes et des femmes.

Quant à l'Ordre de Shyish, ses magisters s'enfoncèrent dans les armées du Grand Abîme, et où ils allaient, la mort les accompagnait.

Il est impossible de dire combien de magisters participèrent à cette grande campagne. Les Ordres ne révèlent l'effectif de leurs frères qu'au patriarche suprême et à l'Empereur, et il est peu probable que même ce dernier ait des chiffres fiables. Mais une chose est sûre: il y eut plus de magisters impériaux qui participèrent à cette guerre, que l'on appelle déjà Tempête du Chaos, que jamais dans l'histoire des Ordres, et il est tout aussi malaisé de donner une estimation du nombre de sorciers qui y perdirent la vie. Nous pouvons aussi affirmer sans risque que nombre d'entre eux croisèrent leur destin dans la lutte contre les serviteurs du Grand Abîme. Et cependant, quelles que fussent les pertes, il semble fort que ce pic d'activité magique à travers le Vieux Monde ait réveillé la sensibilité aethyrique dans la population, dans une proportion qui n'avait rien d'habituelle.

Les gens de l'Empire ont désormais de bonnes raisons de craindre et d'abhorrer la magie et son exercice, mais les récits du talent et de l'héroïsme des magisters impériaux se répandent déjà comme une traînée de poudre à travers le pays. Quel que soit le sens du vent pour les sorciers des Collèges de l'Empire, l'avenir immédiat promet de nombreux défis et perspectives pour les Ordres de Magie, comme pour les Templiers de Sigmar.

Carte de la Tempête du Chaos

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