Mutant

De La Bibliothèque Impériale
« Vous devez vous souvenir que ce n’est pas moi qui ai choisi cela. Je n’aurais jamais choisi une chose pareille. Ce n’est pas de ma faute si j’ai des sabots fendus au lieu de pieds et ça n’a pas fait de moi une mauvaise personne. C’est de votre faute, à vous et à vos semblables : c’est vous qui avez fait de moi une mauvaise personne. Vous avez peur de tout ce qui est différent. Les habitants de mon propre village ont eu peur de moi lorsqu’ils ont découvert la vérité, ils m’ont appelé "ordure du Chaos", ils m’ont chassé du village avec des torches et des fourches, vrai de vrai. Bien. Je ne suis pas du genre à me disputer avec mes anciens voisins, particulièrement lorsque je suis en infériorité à cinquante contre un. Puisqu’ils pensaient que j’étais une espèce de bête du Chaos, eh bien, j’ai pensé que ce ne serait que justice si je me montrais à la hauteur de leurs craintes. Je me suis enfui dans les bois et là j’ai retrouvé d’autres Mutants, d’autres personnes de mon espèce. Nous avons essentiellement vécu de charognes et de maraudages, jusqu’à ce que nous finissions par nous retrouver face aux hommes-bêtes. Oui, c’est vrai qu’ils ont tué presque tous mes compagnons mais ils m’ont accepté dans leur bande lorsqu’ils ont vu que j’étais en partie bête moi-même et aussi comme j’avais bien combattu. C’est à ce moment-là que j’ai dû prendre la décision. Je me suis vite rendu compte que je ne me ferais jamais un nom parmi eux simplement à cause de ce que j’étais : le manque de cornes m’a rapidement fait perdre les illusions que j’avais pu entretenir à ce sujet. Alors j’ai trouvé la meilleure façon de me rendre utile pour eux, de m’assurer que je ne finirai pas sur une broche moi aussi : je les ai conduits au village et je leur ai dit ce qu’il y avait comme défenses et comme butin. Il m’a paru convenable de retourner ma veste. On m’avait très clairement fait comprendre que je n’étais plus le bienvenu, après tout, et ces gens, qu’étaient-ils pour moi ? Rien. Rien de plus que de la viande savoureuse et un bon butin. Oui, c’est bien ça, j’ai mangé mes propres voisins une fois le combat terminé, enfin des morceaux en tout cas… L’épaule de Bov le boucher était particulièrement savoureuse, grasse et succulente. Oui, je suis un monstre. Un monstre que vous avez créé. Vous et vos semblables. »
- Karl Schulman, Mutant, ancien maître d’école du village de Dannenberg


Mutant aux mille yeux

Le groupe des Mutants comprend ceux qui naissent avec des mutations du Chaos et ceux qui les manifestent plus tard. Les Mutants sont variés, depuis les individus qui cherchent désespérément à rester au sein de la société et dissimulent leurs difformités du mieux qu’ils peuvent, jusqu’à ceux qui se donnent entièrement au Chaos, rejoignent un culte et dirigent tous leurs efforts vers la ruine de l’Empire. Quelles que soient leurs intentions, bien des Mutants tentent de vivre comme les humains si leurs mutations le permettent. Sinon, ils ne vivent que parce qu’ils ont fui les autorités ou ont été abandonnés dans les bois encore enfants, et parce qu’alors la seule existence qu’ils connaissent est celle des parias. Certains, en particulier ceux dont le corps une prend une apparence animale ou démoniaque, peuvent être adoptés par des hardes d’hommes-bêtes.

Aucun savant ne peut dire avec certitude où s’arrête le Mutant et où commence l’homme-bête, car il n’existe pas de démarcation nette entre Mutant et homme-bête, ou entre homme-bête et enfant du Chaos : il s’agit plutôt d’une gradation de la souillure. Le Vieux Monde, et les régions qui l’entourent en particulier, sont tous affectés par les Portes du Chaos qui sont situées aux confins des Désolations et certains érudits soutiennent la notion quasi hérétique (mais hélas, rigoureusement exacte) que tous les humains ou presque sont contaminés par le Chaos, même imperceptiblement.

Les enfants qui naissent porteurs de mutations évidentes peuvent être cachés par leurs parents, abandonnés dans les bois (où beaucoup d’entre eux tombent aux mains des clans d’hommes-bêtes, soit comme proies, soit comme congénères) ou peuvent encore être tués par les superstitieux ou par les membres des ordres divins. De nombreux individus développent des mutations beaucoup plus tard dans leur existence, peut-être parce qu’ils étaient déjà porteurs de la souillure ou peut-être parce qu’ils se trouvent exposés à la Malepierre ou à une autre source d’énergie chaotique. S’il leur est possible de dissimuler leurs mutations, ils le feront sans aucun doute et continueront à vivre comme s’ils étaient des membres normaux de la communauté, ou presque. Si elles réussissent à ne pas se faire tuer immédiatement, les personnes dont les modifications physiques sont trop apparentes finissent généralement par se joindre à des groupes de Mutants ou, parfois, à une bande d’hommes-bêtes particulièrement tolérants.

Parmi les Mutants qui continuent à vivre une vie normale dans le Vieux Monde, en dissimulant leur véritable nature à leurs amis et à leurs familles comme à leurs voisins, il en est beaucoup qui sont horrifiés par ce qu’ils sont ou par ce qu’ils sont devenus. Ils font souvent énormément d’efforts pour vivre normalement, rejetant la souillure du Chaos, convaincus qu’ils sont normaux sous tous les rapports excepté celui de leur unique particularité physique. D’autres, en revanche, sont enchantés de leur nouveau statut de Mutant et recherchent les cultes du Chaos pour se joindre à eux et travailler à corrompre l’Empire de l’intérieur. On ne connaît pas le nombre de Mutants qui existent au sein des cercles des nobles les plus importants, des dirigeants des guildes et des grandes maisons marchandes et même des prêtres des Dieux officiels, mais il ne serait pas surprenant de retrouver des membres dévoyés de cultes du Chaos jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir impérial.

Source

  • Warhammer JdR - Bestiaire du Vieux Monde