Alarielle, Incarnation de la Vie

De La Bibliothèque Impériale
Alarielle, Incarnation de la Vie
Les Reines Éternelles d’Ulthuan sont la tradition la plus ancienne des Elfes. Avant les Rois Phénix, chaque Reine Éternelle régnait seule, une émissaire d’Isha, dont le sceptre était un don de la Déesse Mère. En temps de paix, elle nourrissait son peuple avec la magie d’Isha ; et dans les rares temps de conflit, elle usait d’un feu protecteur, car une mère ne saurait rester à l’écart lorsque ses enfants sont menacés. Ainsi en fut-il pendant de longues années, le titre et les pouvoirs de Reine Éternelle transmis de mère en fille au fil des générations. Puis vinrent les Rois Phénix, et tout changea.

Avec l’invasion des Démons et l’ascension d’Ænarion sur le Trône Phénix, le rôle de la Reine Éternelle passa au second plan. Confrontés à une menace qui ne pouvait être contrée que par la force des armes, les Elfes en vinrent à s’appuyer davantage sur leur nouveau roi que sa reine. Ce faisant, ils oublièrent que la force revêt des formes plus subtiles que la simple puissance physique, et perdirent à jamais une part de leur héritage. Astarielle, Reine Éternelle de cette époque et épouse d’Ænarion, aurait peut-être pu changer cela, mais elle mourut trop tôt. Lorsqu’Yvraine, la fille d’Astarielle, devint la nouvelle Reine Éternelle des années plus tard, la tradition avait changé, et la plupart des anciens pouvoirs de la souveraine dorénavant ceux des Rois Phénix.

Les générations défilèrent. La Reine Éternelle ne fut guère plus qu’un faire-valoir, un joyau qu’il fallait conserver à l’abri des ennemis d’Ulthuan. Protégées par une sororité d’élite, Yvraine et celles qui lui succédèrent furent des atouts politiques. Il leur était interdit de se rendre sur un champ de bataille, car la leur lignée était indispensable à la survie de l’espèce elfique, même si la raison en avait depuis longtemps été oubliée.

Tout changea lorsqu’Alarielle accéda au trône. Fille du sage Bel-Hathor et d’Estrielle l’Argentée, Alarielle avait un caractère si trempé que sa mère en désespérait. Jeune fille, elle échappait souvent à la vigilance de ses gardes et s’enfonçait en Avelorn, où nul ne pouvait la retrouver. À son retour, Alarielle annonçait insouciante, qu’elle avait marché en compagnie de Sernalla, une femme dont les cheveux brillaient sous les étoiles. Nul ne connaissait cette femme parmi la cour d’Estrielle. Redoutant un Démon ou un mauvais esprit, la Reine Éternelle envoya sa fille chez son père à Lothern, pour vivre en sa demeure. Alarielle obtempéra sans se plaindre, et nul ne songea à la fouiller. S’ils l’avaient fait, ils auraient certainement découvert l’Étoile d’Averlorn, que Sernalla avait offerte à la fille de la Reine Éternelle.

Plusieurs années après, Bel-Hathor mourut et Alarielle monta sur le trône en tant qu’épouse de Finubar le Voyageur. Dès le début, il était clair que la nouvelle Reine Éternelle ne serait pas disposée à rester en retrait tandis que sa patrie était menacée. Plusieurs nobles protestèrent, mais Alarielle n’en tint pas compte. Elle arpentait même les champs de bataille plus souvent que son époux. Cela pouvait s’expliquer par l’ampleur inédite des ténèbres qui planaient sur Ulthuan, et car le Roi Phénix refusait d’ajouter sa voix à ceux qui demandaient à sa reine engagée de se conformer à la tradition. À plusieurs reprises, Alarielle prit le commandement des armées levées pour défendre Ulthuan, sa voix froide et claire portant au-dessus du vacarme des combats, et sa caresse soignant la plus vilaine des blessures. Aucune Reine Éternelle n’avait jamais manqué du respect de ses sujets, mais nulle depuis l’époque d’Ænarion n’aura été autant adulée qu’Alarielle.

Toutefois, il y a certaines traditions qu’Alarielle refusa de rompre. Elle ne brandit jamais d’acier, aussi grave que fut l’heure, mais elle n’en avait nul besoin car son toucher, comme celui de toutes celles qui l’avaient précédé était l’anathème des créatures au cœur noir. De même, elle n’oubliait jamais son devoir en tant que haute prêtresse d’Isha, même lorsqu’Ulthuan requérait plus un chef militaire qu’un célébrant. Elle affectionnait Avelorn, plus que tout autre royaume. Alarielle marchait pendant des heures sous sa canopée, comme lorsqu’elle était enfant, en parlant avec les arbres de la façon que Sernalla lui avait apprise, et apprit leurs secrets.

Alors que le règne de Finubar se poursuivait, les jours se firent de plus en plus lugubres et Alarielle était toujours en première ligne. Les Sœurs d’Avelorn, assignées jusque-là à la protection de la Reine Éternelle, furent envoyées dans les dix royaumes lutter aux côtés des milices et des nobles. Alarielle devint plus courageuse et déterminée, ne se contentant plus de réagir aux menaces, mais fouillant les brumes d’Yvresse et les versant des Montagnes Annulii afin de prévenir des déprédations des Démons. Son mariage rituel avec Finubar était alors achevé depuis longtemps, et il était de notoriété publique qu’Alarielle avait pris le prince Tyrion comme consort, mais nul à part les deux amants ne savait jusqu’où leur union était allée.

À l’approche de la Fin des Temps, le désastre frappa. Aliathra, fille d’Alarielle et future Reine Éternelle, fut capturée sans qu’aucune tentative de la libérer ne soit couronnée de succès. Tout Ulthuan pleura sa perte, car les Elfes pensaient que tout s’arrêterait si la lignée des Reines Éternelles disparaissait. Alarielle, qui se préoccupait seulement de savoir sa fille en péril, pria qu’on la guide.

Sernalla vint à elle une fois encore, et se révéla être Lileath en personne. Sous la pâle lueur de la lune, la déesse montra à Alarielle comment emprunter les racines du monde, d’anciens chemins qui relient toutes les forêts du globe, et lui offrit de rechercher le secours des Elfes Sylvains.

Alarielle disparut d’Ulthuan pendant de longs mois, et son absence ne passa pas inaperçue. Lorsqu’elle revint, elle avait changé. Lors de son séjour en Athel Loren, l’âme d’Alarielle avait fusionné avec celle d’Ariel, mourante, qui était la dernière facette de la déesse Isha. Lorsqu’elle dormait sous le Chêne des Âges, la volonté d’Alarielle s’était imposée à celle de la déesse qui s’était jointe à elle. À partir de ce moment, bien qu’elle se rappelât des souvenirs d’Isha, ses pensées et ses décisions restaient les siennes, pas celles de la Déesse Mère. Cependant, son pouvoir était plus grand qu’il ne l’avait jamais été.

Avant sa transformation, Alarielle possédait un contrôle phénoménal sur la Magie lumineuse et celle de la vie. Une fois que l’essence d’Isha baignait son âme, la lumière fit place à l’ombre, et elle pouvait bannir d’un simple regard ceux dont la seule présence l’affaiblissait jadis.

Toutefois, ce changement ne fut pas le seul qu’Alarielle aurait à subir. Lors de la dernière bataille sur l’Île des Morts, le vent de la Vie fut lié à son être, et la remodela en un locus du renouveau. À présent, ceux qui luttent aux côtés d’Alarielle sentent le pouvoir de la vie couler dans leurs veines, soigner les blessures les plus terribles, et donner à leurs corps exténués la force de se battre jusqu’au bout.

Alarielle n’est plus seulement la Reine Éternelle, ni même l’Avatar d’Isha. Désormais, elle est la vie incarnée.

Source

  • La Fin des Temps - Khaine