Melekh le Remodeleur

De La Bibliothèque Impériale
Et quand les Quatre ne formeront plus qu’un, il chevauchera de par le monde, (...)
Et à l’heure de la fin des temps, celui qui était tombera de la main de celui qui sera.
- La Prophétie du Destin. Extrait du Livre Céleste des Divinations, par Nécrodomo le Dément
Melekh le Remodeleur, Champion de Tzeentch et Élu d'Archaon
Melekh le Remodeleur est un puissant Sorcier du Chaos dédié à Tzeentch. Il est l’un des Quatre Élus d’Archaon lors de la Tempête du Chaos comme l’avait prophétisé, des siècles avant sa naissance, le mystique, Nécrodomo le Dément.

L’histoire de l’ascension au pouvoir de Melekh le Remodeleur commença par une terrible nuit de tempête au cœur de la Norsca. De éclairs zébraient le ciel noir de nuages et venaient s’abattre sur le sol avant que d’assourdissants grondements de tonnerre ne couvrent le vacarme causé par les trombes d’eau qui s’abattaient sur les huttes du village des Aeslings. Keyla, la femme de Melekh, fils du forgeron de la tribu, était grosse, et c’est au cours de cette nuit apocalyptique que son enfant décida de venir au monde. Hélas, l’accouchement connut des complications et les vieilles femmes furent contraintes d’appeler à l’aide le chaman Gaerkkol, un solide guerrier doté de grands pouvoirs et que seul le chef des Aeslings surpassait.

La femme de Melekh hurlait de douleur, aussi Gaerkkol utilisa-t-il sa Magie pour apaiser sa souffrance et faciliter la venue au monde du bébé. Malheureusement, l’alcool et les substances narcotiques qu’il avait absorbés afin de favoriser son entrée en transe troublèrent sa concentration, de sorte que ce qui aurait dû être un simple rituel tourna en un véritable cauchemar. Le corps de Keyla se courba de douleur alors que des effluves multicolores d’énergie magique l’entouraient et que le chaman tentait en vain de refréner le pouvoir qui coulait de ses doigts. Soudain, dans un éclair aveuglant l’enfant fut expulsé du ventre de sa mère. Incapable de lui venir en aide, Gaerkkol observa la vie quitter le corps épuisé de Keyla tout en tenant son enfant contre lui.

Lorsque Melekh posa les yeux sur son fils, il fut horrifié jusqu’aux tréfonds de son âme. Le bébé était déformé, au lieu de la tête innocente d’un nouveau-né se trouvait celle d’un oiseau, dont une face était recouverte du visage difforme de l’enfant qui hurlait. Les grands yeux noirs et sans âme de l’oiseau fixaient Melekh, qui était certains que le chef de la tribu exigerait que son fils soit banni, mais il fut surpris lorsque celui-ci le considéra au contraire comme un bon présage pour la tribu. L’enfant fut nommé Cyspeth, puis le chef annonça au village que Zarechgor, leur divinité tutélaire, avait manifestement béni Melekh et son fils. De grandes funérailles furent offertes à sa défunte femme, suivies d’une fête en l’honneur du nouveau venu. Mais tandis que chacun profitait de l’événement, personne ne remarqua l’expression de désapprobation qu’affichait le visage du chaman.

Au plus fort des festivités, le chef de la tribu expliqua que le Démon Zarechgor lui avait parlé en rêve lors de la nuit précédente, et lui avait ordonné d’organiser un grand défi : les plus puissants guerriers du clan allaient s’affronter pour savoir qui deviendrait le nouvel apprenti de Gaerkkol. À cette nouvelle, un sentiment d’horreur envahit le chaman qui quitta immédiatement le hall pour se réfugier dans sa hutte. Là, il fouilla parmi ses parchemins et ses livres jusqu’à remettre la main sur un ouvrage recouvert de chair humaine. À l’intérieur se trouvait une prophétie écrite par le sorcier Nécrodomo le Dément, annonçant l’arrivée d’un puissant guerrier qui unirait les tribus et les conduirait vers de grandes victoires. Le chaman éventra à l’aide de sa lame sacrificielle un lapin qu’il gardait dans une cage et resta assis pendant plusieurs heures à lire les signes contenus dans les entrailles de la pauvre bête. Tous s’accordaient sur un point : le temps de l’accomplissement de la prophétie était venu.

Le lendemain, les combats commencèrent, et Melekh fut un des premiers à se battre. Armée d’une imposante hallebarde et protégé par une solide armure finement ciselé, il se révéla être un grand guerrier, battant chaque adversaire qui se présentait devant lui. Grande était sa maîtrise martiale, et bientôt, il ne resta plus que lui et Dered, son ami d’enfance. Mais avant que les deux guerriers ne s’affrontent, Melekh vit le chaman offrir à son adversaire un talisman qui le protégerait des mauvais coups et lui apporterait de la chance au combat. Melekh tenta de ne pas se laisser perturber par cet événement et se concentra sur l’affrontement. Pendant plus d’une heure, les deux croisèrent le fer sans qu’aucun ne parvienne à prendre l’ascendant sur l’autre, jusqu’à ce que la fatigue ait raison de Dered qui finit par trébucher. Son amulette se brisa contre le sol, et saisissant cette opportunité au vol, Melekh fit décrire à sa hallebarde un terrible demi-cercle qui décapita d’un seul coup son adversaire. La foule hurla de joie et acclama son nouveau champion qui leva son arme au-dessus de sa tête en signe de victoire.

Le vieux chaman, qui souhaitait plus que tout empêcher la prophétie de se réaliser, imagina un nouveau plan. Tout champion de la tribu devait se mettre à son service pour apprendre en retour son art. En tant que nouveau maître de Melekh, Gaerkkol avait le droit de charger son apprenti, d’une quête afin qu’il prouve sa valeur devant les Dieux. Généralement, il s’agissait de rapporter la tête de quelque dangereuse créature ou encore de retrouver un ancien objet magique. Le matin suivant, le chaman ordonna donc à Melekh de se présenter devant sa hutte avec son fils nouveau-né. Lorsque celui-ci se présenta, le chaman l’attendait déjà dehors, prêt à confier à son élève la tâche qu’il lui avait choisie. Il retira l’enfant des bras de son père et, avec un sourire narquois, il lui demanda de trouver quel était le véritable nom Démoniaque de Zarechgor, le demi-dieu tutélaire de leur tribu.

En entendant quelle était sa quête, Melekh sentit ses genoux vaciller. Pour découvrir le véritable nom d’un Démon, il fallait le battre, ce qui en outre signifiait qu’il devait se rendre jusqu’aux Royaumes du Chaos. Avec un enfant béni des Dieux sous sa protection, l’influence du chaman sur la tribu grandirait, or Melekh, ne pouvait rien faire pour échapper à ce terrible destin. Déterminé à accomplir sa quête et à libérer son fils de l’influence néfaste du chaman, il partit immédiatement vers le nord. Après un mois de combats incessants et de tribulations, il arriva aux abords d’un imposant portail fait de crânes humains, au-delà duquel l’air vacillait et crépitait d’énergie. Des tentacules en émergeaient, ondulant à la recherche d’une proie, et Melekh pouvait entendre les hurlements des créatures qui vivaient dans cet autre monde. Envahi par la peur, son cœur battait à tout rompre, car franchir ce portail signifiait aller vers une mort certaine, mais s’il ne le faisait pas, il ne reverrait plus jamais son fils ni sa tribu. Il rassembla donc tout son courage et pénétra avec précautions dans les brumes du Royaume du Chaos.

Dans un premier temps, Melekh ne distingua devant lui rien d’autre qu’un épais voile rose miroitant de temps à autre pour prendre une teinte rougeâtre. L’air qu’il respirait était lourd et suffocant, et il avait la sensation que ses poumons allaient exploser. D’effroyables cris inhumains firent accélérer les battements de son cœur, bien qu’il fût incapable d’en localiser la source. Alors qu’il scrutait les brumes denses et changeantes qui avaient à présent viré au bleu, Melekh put discerner les silhouettes d’étranges créatures. La peur l’envahit de plus belle en même temps que les brumes à présent mauves s’intensifiaient tout autour de lui, pour ne laisser qu’un petit espace dégagé où il put discerner des images se formant. Après avoir vacillé quelques instants, elles se solidifièrent pour représenter un homme. Melekh réalisa soudain qu’il était en train de contempler sa propre image, et c’est avec horreur qu’il vit les sombres créatures qu’il avait aperçues plus tôt l’entourer et s’en nourrir. Il lui sembla contempler sa propre mort lorsque des griffes nées de la brume déchirèrent son double. À mesure que la peur submergeait le champion mortel, les Démons mystiques prenaient une forme de plus en plus solide. Puis, venue de nulle part, apparut une créature corrompue, dotée de nombreux bras interminables et d’une gueule sertie rangées de crocs menaçants. Melekh brandit sa lame et fendit le monstre en deux, mais au lieu de mourir, le Démon se sépara en deux autres de moindre taille également dotés de crocs et de griffes. Plusieurs de ces créatures horribles apparurent chacune se séparent en deux autres, et Melekh sut que son destin était scellé.

Bien que son esprit horrifié lui disait qu’il n’y avait plus aucun espoir, son cœur de guerrier Aesling refusait de se laisser abattre comme du vulgaire bétail. Il prit une profonde respiration et chercha à dominer sa peur, et alors qu’il reprenait le contrôle de ses émotions, il put constater que les Démons se mettaient à siffler et à hurler, reculant lentement devant lui. L’idée que ces créatures se nourrissaient de sa peur lui traversa l’esprit, aussi avança-t-il vers elles d’un pas résolu. Les Démons ne cherchaient plus à l’attaquer à présent qu’il était préparé à les affronter, et plus il dominait sa peur, plus ils reculaient devant lui, jusqu’à ce qu’il finisse pas se rendre compte qu’il pouvait en invoquer d’autres. Quelques instants plus tard, il possédait une petite armée de ces créatures hideuses obéissant à sa volonté et qu’il envoya combattre les nombreux Démons qui, attirés par son âme, se pressaient autour de lui comme des papillons de nuit autour d’un feu.

Perdue dans les brumes du Chaos, l’armée de Melekh combattit toutes sortes de monstres plus affreux les uns que les autres : des créatures gangrenées par la peste tombaient sous sa lame et d’imposantes bêtes cornues massacraient à l’aide d’énormes haches les Horreurs qu’il avait invoquées, avant d’être à leur tour piétinées par des créatures semblables à des raies manta.

Melekh finit également par découvrir qu’il pouvait contrôler la substance de l’air qui l’entourait en la faisant se solidifier. Il se façonna donc un grand disque sur lequel il monta pour partir au combat à la tête de sa horde Démoniaque, lacérant ses ennemis à l’aide des multiples lames fixées sur les flancs de sa création. Il n’avait aucune idée du temps depuis lequel il se battait ainsi dans la brume : des heures, des jours, ou peut-être même des semaines ? Les Royaumes du Chaos étaient un champ de bataille éternel où il affrontait sans interruption les entités qui, attirées par son âme, cherchaient à s’en repaître. Il appelait régulièrement Zarechgor, son Dieu tutélaire afin de le défier, mais seules des hordes de créatures monstrueuses et hostiles répondaient à son appel. Soudain, alors qu’il finissait par perdre tout espoir, les brumes commencèrent à se transformer en un puissant vortex qui le renversa de son disque et dispersa en quelques instants sa petite armée. Lorsque les rafales de vent se calmèrent enfin, gagné par la terreur, Melekh contempla la créature massive qui se tenait devant lui. Elle était dotée de pattes griffues et de longs bras se terminant par des mains aux ongles acérés enserrant le manche d’un étrange bâton ornementé. La tête en forme d’oiseau du Démon était juché à l’extrémité d’un cou interminable d’où elle observait Melekh.

Le Démon Majeur demanda qui avait l’audace de l’invoquer sous la forme d’un chœur de voix familières issues du passé parcourant l’esprit de Melekh. Le mortel resta un instant paralysé devant son Dieu, puis peu à peu, il se ressaisit et se releva pour parler. Il dit quel était son nom et pria le Démon de lui dire le sien. Sachant que révéler sa véritable identité à un mortel équivalait à se mettre à son service, le Démon éclata de rire devant l’impudence de Melekh. Zarechgor pointa son bâton vers lui et l’instant d’après, un éclair de lumière rouge frappa le guerrier Aesling. Melekh fut jeté à terre par l’assaut magique alors que son âme même était tourmentée par les flammes mystiques qui l’enveloppaient.

Il tenta de se relever pour combattre le Démon, mais une seconde explosion, constituée de flammes vertes cette fois, l’envoya voler dans les airs. Son corps brisé retomba lourdement sur le sol, et regardant le Démon qui le dominait de toute sa taille, Melekh murmura quelque chose. Ne pouvant entendre les dernières paroles de sa victime à l’article de la mort, le Démon se rapprocha pour écouter. Melekh lui demanda une nouvelle fois quel était son véritable nom, ce qui fit rire de plus belle la créature, mais tandis que la question traversait son esprit, ses pensées commencèrent à se matérialiser, comme si la brume répondait à sa place. Une image se forma et au loin Melekh put entendre sa horde d’Horreurs entonner une étrange mélopée. Lorsque la question de Melekh avait pénétré dans l’esprit du Démon, ses pensées s’étaient figées l’espace d’un instant et les Horreurs asservies à Melekh avaient entamé leur mélopée, entonnant le véritable nom de Zarechgor.

Dans son dernier souffle, le champion répéta les paroles de ses serviteurs et il put entendre le Démon Majeur hurler de rage alors qu’il réalisait qu’il avait été piégé, puis sa force commença à couler dans le corps de son nouveau maître. Melekh était parvenu à asservir la volonté de son Dieu et la puissance de la créature était désormais sienne. Les connaissances et le savoir arcanique du Démon emplirent le cerveau de Melekh qui perdit conscience, submergé par cette expérience inédite, Zarechgor veilla sur le corps de son maître qu’il était désormais obligé de protéger et, lorsque celui-ci se réveilla, il lui offrit une arme enchantée avant de lui parler de la prophétie. Son dernier cadeau fut de lancer un sort ouvrant un passage qui permettait à Melekh de regagner, triomphant, le monde matériel.

Le champion invoqua sa horde de créatures et sous ses pieds apparut son disque qui le souleva dans les airs. La petite armée s’engouffra à travers le portail pour apparaître dans les montagnes situées tout près du village des Aeslings. Gaerkkol, qui était devenu le nouveau chef de la tribu, avait prévu le retour de Melekh et avait préparé une armée de guerriers pour lui faire face. À ses côtés se trouvait Cyspeth, le fils de Melekh, car ce que ce dernier n’avait pu prévoir, c’était que vingt années s’étaient écoulées depuis son départ, et non seulement depuis quelques mois comme il le pensait. Sous la férule de Gaerkkol, Cyspeth était devenu un homme. Démons et mortels se faisaient face, prêts à s’affronter. Sa horde était avide de combat et désireuse de se repaître des âmes des guerriers ennemis, mais Melekh savait qu’il ne devait pas sous-estimer les pouvoirs de Gaerkkol. Il devinait également que son fils avait été béni par Tzeentch et ayant eu le chaman comme maître, il pouvait se révéler un terrible adversaire.

Soudain, le ciel s’obscurcit et se zébra d’éclairs, comme lors de la naissance de Cyspeth. Un d’entre eux vint heurter violemment le sol entre les deux armées, envoyant des éclats de roche voler dans tous les sens. Émergea alors du cratère tout juste créé un puissant chevalier chevauchant une imposante monture infernale. Il dominait chaque guerrier présent dans la plaine, et les yeux de son destrier brûlaient des feux de l’enfer. C’était Archaon, le Seigneur de la Fin des Temps. À son arrivée, la horde de Démons cessa immédiatement de hurler et un silence de plomb s’abattit sur le champ de bataille. Il guida lentement sa monture vers un monticule dominant la plaine où se faisaient face les deux armées, puis parla. Sa voix se répercuta en écho à travers la vallée, et tous ceux qui l’entendirent réalisèrent sur le champ l’étendue de sa puissance. « Et à l’heure de la fin des temps, celui qui était tombera devant celui qui sera. »

Au signal d’Archaon, les deux armées chargèrent, les Démons usant de leur Magie pour déformer les corps des mortels en d’horribles mutations, mais ceux qui survivaient massacraient à leur tour les fragiles créatures. Au cœur des combats, Melekh rencontra Gaerkkol, aux côtés duquel se battait Cyspeth, dont les éclairs magiques abattaient les Hurleurs qui volaient au-dessus des têtes. Ni Gaerkkol, doté de ses sortilèges ancestraux, ni Melekh, imbu de ses récents pouvoirs ne purent prendre le dessus, jusqu’à ce que le chaman parvienne à atteindre le disque d’un puissant coup qui fit tomber Melekh à terre. Gaerkkol profita de cet avantage momentané et s’avança pour porter le coup de grâce, triomphant d’avoir réussi à contrecarrer la prophétie des Dieux. Il ne lui restait plus qu’à se débarrasser d’Archaon et à prendre le commandement des armées du Chaos.

Alors que Gaerkkol s’apprêtait à abattre son épée pour trancher la tête de Melekh, une expression de surprise crispa son visage. Melekh, qui s’était attendu à mourir, observa avec désarroi et soulagement le corps de son bourreau s’affaisser sur le sol. Derrière lui se tenait Cyspeth, une dague ensanglantée dans la main. Les yeux noirs du fils mutant plongèrent dans le regard de Melekh comme ils l’avaient fait le jour de sa naissance. Celui qui était venait de tomber devant celui qui serait. Melekh ordonna que cessent les combats et voyant qu’Archaon s’apprêtait à partir, il comprit que son devoir était de le suivre. L’armée du Seigneur du Chaos était à présent au grand complet et, devant elle, le Vieux Monde s’effondrerait.

Source

  • White Dwarf N°102 (Octobre 2002)