Maître Humain des Runes

De La Bibliothèque Impériale
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Morgan se demanda pourquoi le vieux sorcier avait choisi cet endroit perdu comme lieu de rendez-vous. Le bois n’était pas loin du village ; il pouvait encore voir les lumières d’Autler entre les arbres. Mais par une nuit comme celle-ci, avec Morrslieb dans le ciel, il ne se sentait pas en sécurité. Il soupira. Il ne comprenait pas pourquoi le sorcier tenait tant au secret. Il ne voulait que lui acheter une épée, une Épée Runique, il n’y a aucun mal à cela. Tous les Électeurs de l’Empire portaient des Épées Runique, pour l’amour de Sigmar ! Peut-être était-elle volée. Cela expliquerait bien des choses. Eh bien, cela ne le gênait pas, il avait lui-même assez volé en son temps.
Il y eut un bruissement et une silhouette recourbée se détacha des arbres. La main de Morgan se posa sur son épée, mais il se détendit en reconnaissant le vieil homme. Il garda cependant sa main en place. On n’était jamais trop prudent avec les sorciers. Il s’avança et demanda « Vous l’avez apportée ? »
Les yeux du vieil homme brillaient sous la lune. « Oui, je l’ai. Regardez ! » Il sortit un paquet de sous sa robe et se mit à le défaire. Morgan fut captivé par l’épée. Le sorcier suivit du doigt les contours du symbole sur la lame. « Voilà la Rune de Coupe et celle de Frappe ; elle accroîtra la force de vos coups et fera de vous un combattant redoutable. Comme vous me l’aviez demandé. »
« Et ça ? » demanda Morgan qui avait repéré un autre symbole. « Je n’ai demandé que deux Runes. »
Le regard du sorcier se fit vaguement fuyant. « Eh bien… j’ai pensé qu’un capitaine mercenaire si bien pourvu pouvait se permettre ce qu’il y a de mieux. C’est une Rune de Sort, celle de Boule de Feu. Une fois par jour, quand la Rune luira, vous pourrez jeter une boule de feu comme le ferait un puissant sorcier. » Morgan sentit que son désir de l’épée devenait irrépressible. Il savait que le sorcier allait exiger un prix trop élevé, mais il savait aussi qu’il paierait. Une épée qui jette des boules de feu… Il n’empêche, quelque chose le gênait encore, un doute. Il avait déjà vu des Runes Naines auparavant, mais celles-ci semblaient différentes. « Dites-moi comment s’appelle le Maître des Runes qui l’a forgée ? »
« On devrait parler de son prix. À mon avis, pour une épée semblable, trois cents couronnes devraient suffire. » Tandis qu’il cherchait à esquiver la question, le vieil homme ne pouvait s’empêcher de jeter des coups d’œil autour de lui. Il semblait nerveux, effrayé, prêt à s’enfuir. Morgan bondit soudain et l’agrippa par le col. « Je t’ai posé une question, vieillard. Qui a forgé cette lame ? Dans quelle citadelle Naine a-t-elle été créée ? »
Une brindille craqua derrière lui et une voix profonde résonna dans les ténèbres. « Voilà une très bonne question, l’humain. » Morgan se retourna en sursaut pour voir un Nain trapu qui le regardait derrière une arbalète chargée. « Vous l’avez faite vous-même, n’est-ce pas, Maître Bornhoff ? Ou devrais-je dire Maître Humain des Runes Bornhoff ? »
Le vieil homme se contorsionna pour échapper à Morgan. « Non, non… je suis un simple alchimiste  ! J’ai une licence ! Vous me prenez pour quelqu’un d’autre ! » Dans un dernier effort, il arriva à se libérer et se mit à courir, avant de s’effondrer et de s’immobiliser, un carreau planté dans le dos.
Le Nain s’avança dans la clairière et rafla l’épée de son poing musclé. Il se retourna alors et salua Morgan. « Merci de ne pas t’en être mêlé, l’humain. La vengeance des Nains est parfois tardive, mais elle est toujours… complète. » Sans un regard en arrière, il s’enfonça dans la nuit, laissant Morgan avec le cadavre.


Les Nains ne sont pas les seules créatures du monde qui forgent les Runes. Il existe un groupe de sorciers humains qui étudient une forme limitée de Magie Runique, les Runes de Klauser. Ce nom est celui de l’homme qui a volé cet antique et secret savoir aux Nains eux-mêmes.

Suivant votre interlocuteur, ces « Maîtres Humains des Runes, » comme ils s’appellent eux-mêmes, sont soit des érudits injustement persécutés pour leur recherche d’une meilleure compréhension de la Magie, soit les pires félons du Vieux Monde recelant leur savoir volé dans les arrières-cours et les recoins ténébreux de l’Empire, soit enfin des charlatans qui colportent leurs enchantements inférieurs en les présentant comme des productions Naines perdues ou volées. Quoi qu’il en soit, les Maîtres Humains des Runes ne sont pas aimés et ils vivent sous la menace permanente des persécutions impériales et des vendettas Naines.

Histoire de la Maîtrise Humaine des Runes[modifier]

II y a un millier d’années, pendant cette période d’anarchie qu’a été l’Âge des Trois Empereurs, Dortmund Klauser, un sorcier, voyageait dans les Montagnes Grises entre Tilée et l’Empire, quand il découvrit dans la Passe de la Hache les victimes d’une embuscade : une caravane de Nains avait été attaquée par une tribu de Peaux-Vertes. L’histoire ne précise pas s’il s’agissait d’Orques ou de Gobelins. Un seul des Nains avait survécu et il était grièvement blessé. Klauser l’avait pansé, chargé dans sa carriole et transporté jusqu’à la bourgade la plus proche, où il avait loué une maison pour lui-même et son compagnon mal en point.

Les historiens ne sont pas tous d’accord sur la suite. Les Maîtres Humains des Runes et leurs supporters prétendent qu’une fois suffisamment remis pour parler, le Nain reconnaissant avait proposé à son sauveur de lui enseigner les principes et les enchantements de sa profession, Maître des Runes. Klauser, un magicien théoricien, avait saisi avec joie cette occasion d’étudier les fondements d’une discipline magique si peu répandue.

Ils avaient étudié ensemble pendant des mois et les notes de Klauser portaient non seulement sur la manière dont les Nains créaient leurs Runes, mais aussi sur celles dont les humains pourraient adapter et utiliser ces symboles pour leurs propres formes de Magie. Un jour, le Nain se trouva complètement guéri et il regagna ses montagnes. Klauser avait continué de perfectionner ses théories et, cinq ans plus tard, il tenait un système fonctionnel qui permettait aux humains d’utiliser les Runes. Un forgeron local avait accepté de l’aider et le tandem s’était donc mis à pratiquer l’antique art Nain.

Après quelques accidents, entre autres la destruction de leur forge par deux incendies, leurs expériences s’avérèrent concluantes. Klauser rassembla tout ce qu’il avait appris dans un livre, Le Livre de la Maîtrise Runique, et, associé au forgeron, il se mit à recruter des apprentis pour leur apprendre la « maîtrise des Runes » (comme il appelait prétentieusement son art) et à vendre des armes frappées de Runes. La nouvelle de leur succès se répandait ; d’autres sorciers venaient apprendre le nouvel art et la « maîtrise des Runes » gagnait lentement du terrain dans l’Empire. L’explosion d’un four a mis fin à l’aventure de Klauser quelques années plus tard. L’histoire n’a pas retenu le nom du Prométhée Nain ni ce qui lui est arrivé après s’être séparé de son sauveur.

Les Nains, naturellement, racontent une tout autre histoire. Appuyé par une troupe mercenaire, Klauser aurait intercepté une caravane dans les Montagnes Grises et exterminé tous ses membres à l’exception d’un vénérable Maître des Runes. Les assassins avaient initialement prévu de s’emparer du Maître des Runes et de son enclume pour le forcer à produire des objets runiques à leur profit. Mais il n’y avait pas d’enclume et un nouveau plan fut mis à exécution. Le Maître des Runes avait été emprisonné dans un lieu perdu, affamé, battu et torturé pendant six années afin de lui arracher un à un les secrets du savoir runique que Klauser et ses complices tentaient pendant ce temps de reproduire.

Un jour, le captif avait réussi à transmettre un message à un de ses compatriotes et une force de Nains outragés avait rasé par le feu le repaire de Klauser. Ce dernier avait cependant réussi à s’enfuir et, réfugié en Ostermark, il s’était mis à pratiquer et à enseigner ses connaissances incomplètes et viciées. D’autres Nains avaient fini par le retrouver, mais « la bière avait brisé son tonneau » comme on dit chez les Nains ; Klauser avait fait trop d’adeptes pour que les Nains puissent empêcher la diffusion de l’infecte « maîtrise des Runes » humaine. Ce n’est désormais pour eux plus qu’une affaire de rancune et d’honneur.

Les Nains pourchassent depuis ce temps les maîtres humains des Runes, brûlent les livres et les parchemins qui décrivent les Runes volées et jugent les sorciers capturés à Karaz-a-Karak quand ils ne les exécutent pas aussitôt pris.

Nature de la Maîtrise des Runes[modifier]

La maîtrise des Runes ne tient pas toutes les promesses de son nom, et c’est un bien pauvre parent du savoir Nain. Les Runes de Klauser n’ont pas la puissance et la permanence des symboles Nains originaux et aucun Maître Humain des Runes n’a jamais réussi à enrichir le système de Klauser de nouvelles Runes.

Les Maîtres Humains des Runes utilisent leurs connaissances essentiellement pour inscrire leur version des Runes sur des armes et autres objets simples, mais leur compétence et leur compréhension sont très inférieures à celles des Maitres des Runes Nains. Très rares sont les Maîtres Humains des Runes qui peuvent se dire aussi bons artisans qu’un Nain et leurs productions s’en ressentent, même si le pouvoir y est indéniablement présent. Les Maîtres Humains des Runes collaborent parfois avec des artisans pour fabriquer des armes et des objets de meilleure qualité, mais en général leur clientèle mercenaires et autres vauriens ne se montre pas très exigeante. Beaucoup de Maîtres Humains des Runes profitent de l’ignorance de leurs clients pour attribuer aux Nains la paternité de leurs oeuvres. Les riches et les puissants ont les moyens de s’offrir une arme, neuve ou ancienne, de manufacture Naine authentique et quand ils passent commande auprès d’un sorcier humain, c’est pour qu’il enchante une arme conçue selon leurs vœux.

Ceux qui étudient ces bribes volées de la Magie Runique n’ont ni la compréhension instinctive du pouvoir de la terre ni la révérence envers les Dieux Nains des véritables Maître des Runes. Pire, les Runes de Klauser ne sont pas des copies parfaites des Runes de Thungni et elles portent, en fait, la marque de chacune des erreurs d’interprétations commises par Klauser en étudiant l’art Nain. Cette compréhension partielle de la véritable nature des Runes ne permet pas de les graver en toute confiance. Une Rune de Klauser peut sembler parfaite, alors même qu’elle s’évanouira dès la première utilisation, à supposer qu’elle fonctionne effectivement une fois au moins. Nombre de Maîtres Humains des Runes ont entrepris des recherches visant à assurer l’efficacité de leurs Runes, mais toujours en vain. Cette facette du savoir Nain reste un secret.

Les Maîtres Humains des Runes ont pourtant conquis certains avantages sur leurs rivaux Nains. Leur connaissance supérieure de la sorcellerie et leur capacité à la canaliser leur permet de créer des objets runiques sans utiliser l’enclume spéciale nécessaire aux Nains. Ils peuvent, de plus, tracer les Runes sur des objets qu’ils n’ont pas fabriqué eux-mêmes et les Runes de Klauser peuvent être ajoutées à un objet bien après qu’il a été façonné.

La Vie d’un Maître Humain des Runes[modifier]

Il est difficile de dire combien le Vieux Monde compte de Maîtres Humains des Runes. Anxieuse de cacher ses activités aux autres magiciens, Répurgateurs et Nains, la profession cultive soigneusement le secret. La maîtrise des Runes n’est pas officiellement enseignée par les Écoles Impériales ni même autorisée par l’Empire. Aucune licence spécifique ne peut être délivrée et quiconque pratique cet art risque de finir sur le bûcher comme suppôt du Chaos.

Cette situation force bien des Maîtres Humains des Runes à garder leurs capacités secrètes et à vivre une double vie. Comme la plupart sont sorciers, alchimistes ou forgerons compétents (plus rarement joailliers ou autre artisan), ils ne présentent au monde que cette enseigne. Ils utilisent leurs capacités pour leur propre avantage, pour approfondir leur compréhension d’autres domaines de la Magie ou pour aider un petit groupe de personnes en qui ils ont confiance. Certains vendent leurs réalisations, mais la plupart prétendent systématiquement qu’il s’agit d’artefacts Nains.

Il peut donc être très difficile de trouver un Maître Humain des Runes. La plupart d’entre eux ne connaissent aucun autre praticien de leur art que leur maître et leurs apprentis, et ils n’ont de toute façon aucun moyen de reconnaître un confrère s’ils en rencontraient un. La maîtrise des Runes est, de fait, un art stagnant : même s’il existe des chercheurs qui tentent de perfectionner l’utilisation humaine des Runes, ils ne peuvent jamais transmettre leurs découvertes qu’au cercle très étroit de leurs disciples.

Bien qu’officiellement la maîtrise des Runes soit une hérésie aussi grave que la Magie Noire, presque toutes les écoles comprennent des Magisters intrigués par le sujet. Certains désirent seulement étudier les Runes Naines, d’autres sont fascinés par la manière dont les humains réussissent à utiliser la Magie d’une autre race, quelques-uns enfin sont attirés par le pouvoir qui s’y attache. On prétend qu’il n’y a pas une école de l’Empire qui ne cache en son sein un Magister ayant étudié au moins un temps cette branche de la Magie, même si bien sûr aucun n’avouera une chose pareille. Le Livre de la Maîtrise Runique est généralement considéré comme une preuve suffisante pour envoyer son propriétaire au bûcher, mais l’on sait que plusieurs des écoles d’Altdorf en conservent des exemplaires dans leur bibliothèque, sous clé évidement.

Source[modifier]

  • Warhammer JdR V1 - Les Royaumes de la Sorcellerie