Ænarion

De La Bibliothèque Impériale
Révision datée du 24 juin 2019 à 07:55 par Christer (discussion | contributions) (Le Grand Rituel)
(diff) ← Version précédente | Voir la version actuelle (diff) | Version suivante → (diff)
Le Défenseur, 1-80 (Calendrier Impérial - 4500 à - 4420)

Les Elfes étaient autrefois une race unie qui vivait dans la paix et la félicité sur l’île paradisiaque d’Ulthuan. Hélas, cet âge d’or ne devait pas durer. Lorsque le portail stellaire des Anciens s’effondra, les énergies corruptrices du Chaos se déversèrent sur le monde, et avec elles des myriades de Démons. Les Elfes étaient sans défense face à cette attaque. Ils n’avaient jamais connu la violence, et leur Reine incarnait les vertus de la paix et de la guérison.

C’était une ère sombre, une époque de conflits, de rage et de terreur durant laquelle les créations cauchemardesques du Chaos ravageaient le monde. Le portail du pôle, que les Anciens utilisaient pour voyager d’un monde à l’autre, s’était effondré en laissant une puissante énergie magique se répandre sur le monde. Il s’en déversait un flot de Démons et de damnés qui ravagèrent le monde. Les Anciens étaient morts, laissant leurs enfants affronter seuls ces abominations.

Sur Ulthuan, le long Âge d’Or et de la paix touchait à son terme. Les hordes du Chaos s’étaient abattues sur ses habitants comme des loups sur des jeunes agneaux, émergeant des mers en furie ou se matérialisant depuis l’éther pour massacrer sans pitié les enfants de la Reine Éternelle. Ne connaissant pas la guerre, et n’utilisant jusque là qu’une magie pacifique, les Elfes n’avaient aucune chance de résister. Ils ne leur restaient que la fuite. Leurs arcs et leurs lances, qu’ils n’utilisaient que pour la chasse et les duels d’honneurs, se brisaient contre la peau de bronze des Démons. Les enfants de la Reine Éternelle se cachèrent dans les cavernes et les bois profonds en priant qu’on ne les découvre pas et qu’un sauveur vienne les délivrer.

L’Élu d’Asuryan

Ænarion le Défenseur, Premier Roi Phénix d’Ulthuan et le Dragon Indraugnir
C’est des ténèbres et du sang de cet âge terrible qu’émergea Ænarion, le plus grand et le plus pathétique de tous les héros Elfes : champion maudit et dieu déchu, le plus puissant guerrier d’une ère de luttes pour la vie. Le premier, le mieux aimé des Rois Phénix d’Ulthuan et, d’entre tous, celui qui souffrit du destin le plus tragique.

Ænarion était un aventurier, qui après avoir parcouru le monde revint en Ulthuan pour protéger son peuple. Il combattit de son mieux en sachant malgré tout que les pitoyables armes des Elfes et la sorcellerie pacifique de la Reine Éternelle ne pourraient résister longtemps à la puissance des ténèbres. Révolté par le massacre de son peuple, il voyagea sur cette terre dévastée jusqu’au Temple d’Asuryan, déterminé à invoquer l’aide de son dieu. Ænarion, debout devant la flamme éternelle, supplia Asuryan, le Dieu Créateur, de venir en aide à son peuple. Mais son dieu ne semblait pas l’entendre et aucun signe ne lui parvenait. Il pria longtemps et fit l’offrande d’un agneau blanc, mais en vain. Devant le dédain d’Asuryan, Ænarion jura de faire le sacrifice suprême en échange de la survie de son peuple. Toujours sans réponse, il tint sa promesse et se jeta dans la chaleur infernale du feu sacré. Son corps se consuma douloureusement, la souffrance saisit ses membres, ses cheveux s’enflammèrent et son cœur cessa de battre. Ceux qui le regardaient le crurent mort et c’est alors qu’un miracle inattendu survint.

Ænarion refusait de périr. Lentement, avec peine, il tituba hors du foyer. Sa peau brûlée reprit son apparence normale et ses cheveux calcinés retrouvèrent leur éclat. Il sortit indemne des flammes, transformé par le feu purificateur. Sa peau était claire et translucide et ses yeux avaient l’éclat de l’esprit d’Asuryan. Une lumière émanait de son corps, une lumière que tout le monde pouvait voir. Tous savaient qu’il était désormais le gardien d’un pouvoir transcendantal et les Elfes se placèrent immédiatement sous ses ordres. Ænarion sortit du temple pour mener son peuple au combat. La horde hurlante du Chaos lui faisait face. Il prit son javelot de chasse, le projeta sur le Démon qui commandait l’ost Chaotique et l’arme traversa le corps du monstre. Nimbé par le pouvoir d’Asuryan, Ænarion se saisit de l’épée de son adversaire et entreprit de massacrer l’armée démoniaque.

Les Elfes du temple reprirent courage en voyant leurs adversaires désemparés. Ils prirent leurs lances et accoururent à son aide. Caledor le Dompteur de Dragons, le plus grand de son époque, lui jura allégeance et ensemble, ils formèrent les Elfes à l’art de la guerre. Avec cette armée, Ænarion porta le combat sur les domaines des Démons, défia leurs champions et dispersa leurs forces. Grâce à une armure forgé sur l’Enclume de Vaul, il était invincible, et des légions de Dragons et d’Elfes balayèrent leurs adversaires. Pendant la brève période de paix qui s’ensuivit, Ænarion épousa Astarielle, la Reine Éternelle. On sait peu de chose sur leur vie commune sinon qu’ils vécurent une brève période de bonheur. Des jumeaux naquirent de leur union, une fille nommée Yvraine, la future Reine Éternelle et un fils qu’ils baptisèrent Morelion. Hélas, le Chaos ne tarda pas à reprendre des forces, et appelèrent une fois de plus les Elfes à la guerre.

Les Elfes et leurs alliés Dragons commencèrent par avoir le dessus mais, lentement et sûrement, les serviteurs du Chaos devenaient de plus en plus puissants. Leur nombre était incalculable. De plus en plus de Démons et d’êtres corrompus émergeaient du portail polaire. Un nombre croissant de créatures mutaient sous l’emprise des grands nuages de Malepierre venus du nord. Leur nombre était tel qu’ils noircissaient les terres. Chaque Elfe qui tombait était une perte irremplaçable alors que les hordes des Démons était sans fin, et bien des héros périrent en tentant de les repousser.

La guerre se prolongea durant des décennies sans que les Elfes puissent entrevoir le moindre espoir de victoire, seulement le spectre d’une défaite inéluctable car il était de plus en plus évident qu’ils perdraient cette guerre d’usure. Les victoires ne faisaient que retarder l’inévitable et chaque défaite accélérait inexorablement le processus. Le conflit épuisait les Elfes les plus valeureux, même Ænarion. Au contraire, les forces du Chaos combattaient sans repos ne montrant ni faiblesse ni pitié, implacables, déments et meurtriers. C’est Caledor qui, grâce à ses talents de mage, finit par proposer un plan pour vaincre définitivement le Chaos. Après un siècle de recherches, Caledor avait fini par découvrir que les portails des Anciens s’étaient effondré et que c’est par là que les Démons pénétraient sur leur monde. Le plan de Caledor devait regrouper ces énergies et les renvoyer dans le Royaume du Chaos en créant un vortex cosmique qui drainerait la magie du monde et délivrerait ses habitants de la menace. C’était un plan qui avait fort peu de chances de réussir, mais Caledor et beaucoup d’autres pensaient que tenter un acte, aussi désespéré soit-il, était préférable à la mort lente qui menaçait le peuple elfique.

Ænarion s’y opposa, surnommant ce plan le Conseil du Désespoir. Même si au fond de son cœur il savait que la guerre était perdue d’avance, il était déterminé à se battre jusqu’au bout plutôt que de risquer ce que Caledor proposait. Au campement de l’armée Elfe, Ænarion et Caledor en disputaient encore lorsqu’une funeste et terrible nouvelle leur parvint : des Démons était tombée sur Avelorn. La Reine Éternelle avait succombé et les corps de leurs enfants avaient disparu. On les supposaient morts ou aux mains des serviteurs du mal. Terrassé par le chagrin, Ænarion se retira sous sa tente. Quand il en sortit le matin, quelque chose en lui avait changé.

La Malédiction de Khaine

L’invasion d’Ulthuan par les Démons, combattue par les armées d’Ænarion
Ænarion était empli d’une indicible rage et d’une fureur sans limite. Il jurait qu’il tuerait tous les adorateurs du Chaos qui marchaient à la surface de la terre. Ceux qui l’entendirent ne doutèrent ni de sa folie, ni de sa résolution. Il annonça qu’il se rendait sur l’Île Blafarde, l’horreur emplit le cœur de ceux qui eurent vent de ces paroles. Tous savaient ce que cela signifiait : Ænarion allait retirer l’Épée de Khaine, la Faiseuse de Veuves, qui reposait dans les îles au nord d’Ulthuan.

Cette arme aussi vieille que le monde, plus redoutable que la plus puissante des armes magiques et plus mortelle que le plus puissant poison attendait depuis le commencement des temps, fichée dans le grand autel noir de Khaine sur l’Île Blafarde. C’était un éclat de l’arme meurtrière de Khaela-Mensha-Khaine, le Dieu du Meurtre, forgée par Vaul lui-même, un fragment de mort cristallisée, capable de tuer les Démons aussi bien que les dieux. Aucun mortel ne pouvait la porter et continuer à vivre, mais Ænarion était au-delà de l’espoir et du désespoir. Il ne vivait plus que pour tuer.

Caledor savait ce qui risquait d’arriver et fit tout pour retenir Ænarion. Il lui dit qu’il serait maudit s’il s’emparait de l’Épée, qu’un tel pouvoir était trop grand pour un mortel, et qu’il ne pourrait la porter qu’au prix de son âme. Caledor prononça des mots qui résonneront jusqu’à la fin des âges. Il dit à Ænarion que s’il s’emparait d’un tel pouvoir corrupteur, il condamnerait les Elfes à des siècles de tragédie. Il lui dit aussi que lui et sa lignée seraient maudits jusqu’à la dernière génération, que les dieux détourneraient de lui leurs visages et qu’il serait condamné.

Le premier Roi Phénix ne répondit pas, ignorant les mises en garde des mortels comme celles des immortels, il enfourcha Indraugnir, le plus grand des Dragons et s’envola dans la nuit d’encre. Indraugnir était puissant, même parmi les Dragons, mais le voyage fut si difficile qu’il l’épuisa. Des Démons les assaillirent et tentèrent de le détourner de leur chemin. Les Dieux Elfiques lui murmuraient des avertissements mais Ænarion les ignora. Une grande tempête se leva alors qu’il approchait de l’île, comme si les éléments aux-mêmes voulaient le dissuader. Laissant Indraugnir aux abord de l’île, Ænarion fit les dernières lieues à pied sur la plaine hantée. On dit que le fantôme de sa femme le supplia de ne pas aller plus loin. Mais, fermant son cœur, Ænarion ignora les suppliques et tira la grande lame sanglante - la Faiseuse de Veuves - de l’autel, scellant son destin et celui de son peuple.

Un Dieu Mortel

Ænarion retourna au combat suivi de ses soldats. Le pouvoir de l’Épée était si grand que rien ne pouvait lui résister. Elle emplissait d’effroi ses ennemis et donnait à son armée une foi inébranlable et une soif de sang inextinguible. Les serviteurs d’Ænarion devinrent brutaux, cruels et sans pitié, perdus dans un cauchemar de massacres sans fin. A chaque victoire, ils perdaient un peu plus conscience de leur destinée, ils combattaient sans se préoccuper de leur vie, uniquement possédés par le désir insatiable de répandre le sang de leurs ennemis. Tous les guerriers Elfes devinrent inconscients du danger mais le plus inconscient de tous demeurait Ænarion.

Les vieux démons enfouis dans l’âme elfique commencèrent à refaire surface et un esprit ténébreux recouvrit leur armée d’un voile noir. Certains se battaient pour la joie du combat et d’autres pour le simple plaisir de tuer. Ænarion se tailla un nouveau royaume au nord d’Ulthuan, sur les terres désolées de Naggarythe, une région dont le paysage reflétait ses états d’âme. Ce royaume attira à lui les guerriers les plus sauvages de son armée.

A la surprise générale, Ænarion se remaria avec la mystérieuse prophétesse Morathi à la beauté fatale qu’il avait sauvé des adorateurs de Slaanesh. De cette union naquit Malékith, qui devint l’Elfe le plus honni par ses pairs. La cour d’Ænarion devint un endroit dangereux, plein de jeux cruels et de fiévreuses orgies. Des divertissements barbares comme la chasse à l’homme y étaient pratiqués et de sombres rumeurs circulaient.

Beaucoup s’enfuirent, sentant grandir la puissance du mal. Caledor mena ses chevaucheurs de Dragons vers le sud, sa terre natale. Il était désemparé par le changement de comportement de son vieil ami et sentait les ténèbres ronger son âme. Ænarion ressentit le départ des chevaucheurs de Dragons comme une trahison et jura qu’il se vengerait de leur prince. Mais avant qu’il ne mette ses menaces à exécution, de nouvelles forces du Chaos envahirent la terre natale des Elfes.

La guerre ne durerait pas longtemps, lutte inégale entre les Elfes et les innombrables légions des quatre puissances. Touché par Asuryan et marqué par Khaine, Ænarion, fils des ténèbres et de la lumière, était invincible. Sa lame lui donnait un pouvoir dépassant la compréhension humaine et la flamme éternelle lui offrait la force de l’utiliser. Au combat, il tuait d’innombrables ennemis et sa loyale monture Indraugnir était un défi même pour les Démons. Mais il ne restait plus à Ænarion qu’un nombre restreint de fidèles pour continuer la guerre contre le Chaos : les plus sauvages, les plus cruels, les plus impitoyables des Elfes. Tous, à l’exception d’Ænarion lui-même, comprirent que le monde était condamné.

Le Grand Rituel

Caledor était conscient de la folie d’Ænarion et décida qu’il ne lui restait plus qu’une chose à faire. Jusque là, il avait respecté l’ordre de son vieil ami de ne pas créer de vortex, mais aujourd’hui, il n’avait plus rien à perdre. Il demanda aux plus grands Mages Elfes de se rassembler autour de l’Île des Morts pour commencer le grand rituel. Toutes les forces du Chaos se jetèrent dans la bataille tandis que leurs plus puissants sorciers tentaient de briser les sorts qui protégeaient l’île.

Ænarion n’eut pas le choix, il rassembla ses forces et vint défendre l’Île des Morts. Les deux armées se rencontrèrent en plein cœur d’Ulthuan. Les Dragons étaient si nombreux que leurs ailes cachaient le ciel à la horde du Chaos. Sur la mer et dans les cieux, la bataille fit rage entre les Elfes et les serviteurs démoniaques. Les monstres agonisants remplissaient la mer d’écume. Les Dragons morts s’écrasaient au sol, foudroyés par une magie meurtrière. Alors que le vortex prenait forme, les mers s’agitèrent et de terribles bourrasques soufflèrent du nord. Les cieux s’assombrirent et des éclairs déchirèrent les nues.

Au centre du champ de bataille, Ænarion était face à quatre Démons Majeurs : un Duc du Changement, un Grand Immonde, un Gardien des Secrets et un Buveur de Sang. Il leur barrait l’accès des rivages de l’île. Du sang s’écoulait de son épée et son armure étincelait de mille feux dans les rayons du soleil couchant. Les narines du vieux Dragon laissaient échapper des flammèches. Pendant quelques instants, les combattants s’observèrent, les yeux brûlants d’une haine indicible. Les Démons parlèrent, appelant Ænarion leur frère. Puis dans un rugissement, les combattants chargèrent.

Ænarion frappa et l’Épée de Khaine marqua le Gardien des Secrets d’une grande balafre au front. Indraugnir lança des flammes ardentes sur les Démons hurlants. Ils poussèrent des plaintes effroyables et se débattirent lorsque l’air enflammé les enveloppa. Le Duc du Changement projeta un éclair d’énergie magique qu’Ænarion dévia de son bouclier. La violence du choc le désarçonna malgré tout. Il se releva rapidement pour asséner à son adversaire un coup puissant qui lui fendit le crâne et lui sectionna le bras.

Le Buveur de Sang s’élança sur Indraugnir et terrassa le Dragon. Le Grand Immonde vomit un fleuve de corruption. Le liquide pestilentiel entoura Ænarion soudain pris de vertiges. Il était incapable de résister aux vapeurs méphitiques qui le faisaient chanceler.

Les sorciers Hauts Elfes psalmodiaient l’incantation qui devait créer le vortex. Les éclairs crépitèrent, illuminant un monde qui tremblait. Le calme et le silence revinrent pour un court moment puis les montagnes vacillèrent. Une terrible énergie vibrait entre le ciel et la terre. Des éclairs d’énergie pure provenant des sommets des montagnes convergèrent au-dessus de l’Île des Morts. Les nuages virevoltaient et se recroquevillaient, disparaissant sur eux-même comme des vagues d’un tourbillon. L’air devint plus dense en se chargeant d’énergie maléfique. Les Elfes avaient du mal à respirer tant elle brûlait les poumons. Le sol se fissura et d’immenses blocs de rochers furent aspirés vers le ciel par le puissant flux de magie.

Sur l’une de ces îles volantes, Ænarion continuait de combattre. Le Gardien des Secrets l’attrapa dans ses serres. Les terribles griffes ne pouvaient pas déchirer l’armure mais la poigne du Démon était trop puissante pour un mortel. Les côtes d’Ænarion se brisèrent comme du petit bois sous la pression. La douleur aurait tué n’importe qui d’autre, mais Ænarion avait traversé le feu d’Asuryan et aucune nouvelle agonie n’entamerait sa volonté. Il s’agrippa à son épée et frappa le poitrail du Démon de toutes ses forces. Dans un cri terrible, la chose s’estompa et disparut.

Dans la main d’Ænarion, l’Épée de Khaine se repaissait d'un sang enflammé. La lame démoniaque, maintenant douée de vie, murmura de terribles menaces dans l'esprit du guerrier. Ayant bu l’âme du Démon, elle donna une force nouvelle à Ænarion. Le Roi Phénix tituba vers le Grand Immonde qui le menaçait de son rire sadique et surnaturel.

Sur l’Île des Morts, les sorciers Elfes mouraient les uns après les autres. Les plus faibles tombèrent les premiers, le cerveau brûlé et la chair arrachée des os par le pouvoir corrosif qu’ils avaient libéré. Ils continuaient pourtant de psalmodier, sachant que s’ils arrêtaient maintenant, le sort deviendrait incontrôlable et tous leurs efforts n’auraient servi à rien.

Ænarion enfonça sa lame dans les boyaux du serviteur de Nurgle, tranchant son ventre mou et libérant une vague de putréfaction opaque. Un flot de pourriture, de bile et d’asticots grouillants menaçait d’envahir les poumons d’Ænarion. Les entrailles de la chose s’enroulèrent autour de lui comme les tentacules d’une pieuvre démoniaque. Lentement, Ænarion était attiré vers le corps du Démon. Alors qu’il allait se libérer, trois autres tentacules l’entourèrent pour l’entraîner vers l’immondice. Il appela à l’aide Indraugnir. Le vieux Dragon tourna la tête et projeta un souffle de flammes ardentes sur le Démon, calcinant sa chair. Protégé par son armure enchantée, Ænarion se dressait indemne au milieu de la tempête de flammes. Le Buveur de Sang profita de la distraction d’Indraugnir pour lui asséner un coup mortel. Ses puissantes griffes déchirèrent les écailles du Dragon. Indraugnir hurla et lacéra le Buveur de Sang avec un regain de fureur, utilisant ses dernières forces pour tenir éloigner le serviteur du Dieu Sanglant. Tout juste capable de se tenir debout, Ænarion se lança dans le combat. Le Buveur de Sang lui porta un coup qui lui brisa le bras gauche, laissant pendre mollement à son côté son bouclier inutilisable. Un autre coup lui fracture le crâne. Le Roi Phénix était au bord de l’inconscience mais il refusait d’abandonner. Réunissant ses dernières forces, il fit tournoyer l’Épée fatale dans un formidable arc de mort. Le coup aurait pu briser une montagne et il trancha en deux le corps du Démon.

Ænarion, mortellement blessé, se hissa sur la selle de son Dragon agonisant et ils s’envolèrent pour leur dernier voyage. Ballotté par des vents violents, Indraugnir porta le Roi Phénix moribond haut dans le ciel au-dessus du champ de bataille. Regardant vers la terre, il fut le spectateur du dernier et terrifiant événement de cette journée. Dans un éclair aveuglant, l’île disparut alors qu’une tempête de flux magiques tourbillonnait autour d’elle.

Le rituel n’avait pas entièrement réussi. Certes, le vortex avait été créé, la magie se retirait et les Démons affaiblis mouraient tels des poissons hors de l’eau, mais le prix en fut terrible. Les sorciers Hauts Elfes étaient piégés à l’intérieur du vortex, le laissant éternellement ouvert, pris à jamais dans les derniers instants de leur lutte contre le Chaos.

Après le silence vint la tempête. Un raz-de-marée déferla sur la mer intérieure, de grands murs d’eau firent sombrer les navires et déracinèrent les arbres sur le rivage. Il semblait que toute la magie du monde était piégée au cœur de ce maelström qui dura trois jours. Mais lorsque l’ouragan cessa, les portes donnant sur les Royaumes du Chaos s’étaient refermées. Les légions démoniaque n’étaient plus et bien qu’Ulthuan fut dévasté, l’île pouvait à nouveau espérer vivre des meilleurs lendemains.

Indraugnir ramena Ænarion sur l’Île Blafarde. La magie fuyante avait eu raison de son pouvoir. La grâce d’Asuryan n’était plus aussi présente dans son esprit et l’Épée de Khaine ne lui fournissait plus une force illimitée. Les grands jours de la magie touchaient à leur fin. Alors que les pouvoirs démoniaques l’abandonnaient, la démence quitta l’esprit d’Ænarion. Le Roi Phénix pensait aux sarcasmes des Démons. Sa conscience luttait contre les promesses murmurées par l’Épée diabolique. Il savait que celui qui s’en emparerait pourrait facilement dominer le monde et le faire plonger dans un âge de ténèbres. Les forces d’Indraugnir l’abandonnèrent alors qu’il atteignait l’Île Blafarde. En se posant sur la plaine des ossements, le Dragon rua et lança un dernier rugissement de défi avant de s’effondrer pour mourir. Rassemblant ses dernières forces, Ænarion rampa jusqu’à l’autel et enfonça l’Épée dans la pierre, si profondément que personne ne pourrait plus l’en retirer. Alors, dit-on, il s’allongea aux côtés de sa monture pour y reposer éternellement. Avec lui s’éteignit le premier âge du monde.

Ulthuan était en ruine, mais le vortex avait réussi à aspirer l’essentiel de la magie qui corrompait les terres. Les Démons s’évanouirent et Ulthuan survécut. Les Elfes remercièrent les dieux et bénirent Ænarion, puis s’attelèrent à la tâche de rebâtir un royaume de lumière pour oublier les horreurs de la guerre ; toutefois, l’âge d’or était un lointain souvenir car en s’emparant de la Faiseuse de Veuves, Ænarion avait mis en branle des événements qui allaient mener à la Déchirure.


Le Dernier Combat d’Ænarion
Les quatre dirent d’une seule voix : « Ensemble nous allons régner. »
« Soumet-toi aux ténèbres qui, dans ton cœur, te somment de plier. »
Tandis que Lumière et Meurtre se disputaient son âme.
Le pouvoir de Kaine dans sa main faisait voltiger sa lame.
Un à un les Démons tombèrent tandis que l’Elfe restait debout.
Le sort de son monde lui imposant de se battre jusqu’au bout.
Sur l’île qui vit ses combats, les sorts des mages furent lancés.
Et les Démons vociférant en furent bannis pour l’éternité.
En ce jour nous rendons hommage à celui qui sauva nos terres.
À Ænarion le Défenseur, qui mourut brave, mais solitaire.


Une fois par décennie, les Hauts Elfes tiennent le Festival de la Lumière pour célébrer Ænarion.
À l’aube, le jour du festival, chaque Elfe récite ces vers pour se rappeler son sacrifice.


Source

  • Livre d’Armée des Hauts Elfes, V7