Ungrim, Incarnation du Feu

De La Bibliothèque Impériale
Ungrim, Incarnation du Feu
Comme tous les Rois Tueurs de Karak Kadrin qui l’ont précédé, Ungrim Poing de Fer marchait sur le fil du rasoir. Accomplir son Serment du Tueur lui imposait de trouver une mort glorieuse au combat. Mais s’il le faisait volontairement, cela revenait à trahir son autre serment, aussi essentiel, de régner sur son peuple. Il alliait les deux en respectant la vieille tradition militaire des Nains en menant le Throng en première ligne, tout en tempérant sa témérité, sous peine de connaître une mort indigne ou trop hardie.

Jusqu’ici, le Roi Tueur avait dû joueur sur ces deux tableaux contradictoires ; or, désormais, on avait besoin plus que jamais besoin de rois-guerriers. Les domaines des Nains n’avaient pas connu de telles menaces depuis les Guerres Gobelines. En des temps aussi troublés, Ungrim trouvait pleinement à s’employer.

Pourtant, chaque fois qu’il se rendait à la bataille et qu’il en revenait avec la victoire, de nouveaux périls apparaissaient. Beaucoup à Karak Kadrin s’émerveillaient du fait que leur roi fût encore vivant, tant il se précipitait au-devant du danger.

Les batailles se suivaient, mais Ungrim revenait toujours. Lors de son dernier séjour à l’ouest, il apporta son concours à l’Empire, qui faisait face à un nouvel éveil des Vampires. À son retour, le Roi Tueur trouva Karak Kadrin telle une île dans une mer d’ennemis. Les Skavens avaient envahi les mines inférieures et les Gobelins de la Nuit de Karak Ungor avaient investi les hauts cols.

La situation empira encore. Renforcé par des contingents de Chevaucheurs sur Loup et d’Ogres venant de l’est, l’ennemi était chaque jour plus nombreux. Les attaques Skavens gagnèrent en puissance et Karak Kadrin fut dûment assiégé. N’étant pas du genre à laisser l’initiative à l’adversaire, Ungrim effectua plusieurs sorties. Tantôt le Roi Tueur prenait la tête d’un Throng, tantôt il se contentait de rassembler tous les Tueurs du Temple de Grimnir. Il frappait les tanières, détruisait le matériel d’excavation et abattait des dizaines de Skavens, mais l’ennemi revenait toujours - parfois dans la semaine.

Les nouvelles provenant du reste du domaine Nain n’étaient pas meilleures. Le Roi Belegar avait désespérément besoin d’aide, le Roi Kazador faisait état de Peaux-Vertes se massant au sud et même Karaz-a-Karak appelait au secours - chose rare de la part du Haut Roi. Chaque fois Ungrim réunit une armée et tenta de briser le siège. S’il remporta ces batailles, il ne pouvait partir en bonne conscience.

Ungrim sentit l’appel du Tueur - le désir ardent d’aller à la rencontre de la mort ou de la gloire. Mais c’était contraire à son devoir de roi : protéger son royaume et son peuple avant tout. Cette tension affecta Ungrim ; une rage volcanique montait en lui. Puis les Skavens osèrent construire une énorme machine de siège au milieu du Col du Pic, à seulement quelques milles des portes de Karak Kadrin.

Pour Ungrim, ce fut un soulagement d’aller à la bataille, car le Roi Tueur pouvait enfin épancher sa frustration dans la fureur de la mêlée.

Le Throng qu’il conduisit hors des portes de la ville expédia rapidement le cas du site de construction skaven - uniquement pour assister à la destruction de Karak Kadrin. La méthode employée fut particulièrement ignoble : du gaz empoisonné. Ungrim se tailla un chemin dans le Col du Pic à la tête des survivants de son armée tandis que des nuages toxiques envahissaient les vallées. Aucun d’eux ne savait à quel point l’attaque avait été mortelle. Ungrim, et tous ceux qui avaient assisté à l’attentat, supposait qu’une fois les vapeurs dissipées, les réparations auraient déjà commencé à leur retour dans la cité.

Il fallut plusieurs jours pour que le gaz se disperse totalement dans le Col du Pic, période pendant laquelle Ungrim et ses guerriers défendirent leurs vies le long de sentiers de montagne habituellement peu empruntés. Ce ne fut que lorsqu’ils repoussèrent les pillards affublés de masques à gaz qu’ils réalisèrent l’ampleur de la tragédie subie par Karak Kadrin.

Des jours durant le Roi Tueur arpenta les salles dépouillées, en contemplant l’horreur qui s’était abattue sur les gens qu’il avait sous sa protection.

Hasard total ou prédestination, il lui arriva une chose très étrange alors qu’il était seul dans le Temple de Grimnir profané. Les mains d’Ungrim couraient sur les runes sacrées dont l’autel de fer et d’acier était gravé - un rituel accompli par chaque Tueur avant d’entamer sa dernière quête -, quand quelque chose s’imprégna en lui. Sentant sa rage chauffée à blanc, le Roi Tueur fut convaincu que les esprits de ses ancêtres avaient investi son corps et lui transmettaient un pouvoir divin.

En fait, ce qu’Ungrim ressentit était Aqshy, le Vent du Feu. Libéré quand Teclis défit le Grand Vortex, Aqshy souffla à travers le monde. Peut-être perçut-il l’ardeur de Grimnir lui-même, ou simplement le désir de vengeance inextinguible qui consumait le cœur d’Ungrim : le Vent du Feu fit du Roi Tueur son réceptacle - pour un temps du moins.

Des flammes bondissaient de la crête orange d’Ungrim, et dansaient autour de lui. Son corps et son armure émettaient une chaleur miroitante, et la Hache de Dargo luisait comme la braise. En quittant Karak Kadrin, Ungrim était plus qu’un mortel.

Ses compagnons - les Tueurs et les guerriers de Karak Kadrin - étaient abasourdis par la destruction de leur forteresse. Ils furent ébahis, et fort intimidés, par la transformation de leur souverain. Sa rage projetait des rideaux de flammes, et son cri de guerre était un torrent de feu vivant. Les moulinets de la Hache de Dargo laissaient une traînée de lumière et de chaleur telle une comète, et ses coups sonnaient comme des coups de tonnerre. Libéré de la charge d’un peuple dispersé, sinon éteint, Ungrim devint la vengeance incarnée. Le Roi Tueur n’était plus que le Tueur, et rien ne s’opposait plus à sa haine.

Source

  • La Fin des Temps - Thanquol