Ramhotep le Visionnaire

De La Bibliothèque Impériale
Nécrotecte de Quatar

Ramhotep le Visionnaire fut peut-être le plus grand Nécrotecte de l’histoire. Personne ne pouvait égaler son art, et on dit de ses statues de la Vallée des Rois qu’elles étaient si vivantes que les souverains de Nehekhara croyaient que les dieux étaient revenus dans le monde mortel. C’est lui qui conçut la Grande Nécropole de Rasetra, les Monuments de la Mort Éternelle de Zandri, les Monolithes des Grandes Plaines et bien d’autres merveilles architecturales. Toutefois, Ramhotep ne signa aucune de ces œuvres majeures qui, en vertu de la coutume, étaient autant d’arrêts de mort pour leur concepteur.

En effet, on engageait les meilleurs artisans de l’ancienne Nehekhara pour bâtir des tombeaux grandioses et une fois leur travail achevé, on attendait d’eux qu’il commette un suicide rituel. Ramhotep était horrifié à cette pensée, car cela priverait le monde de ses magnifiques créations à venir. Il entreprit donc de manipuler les plus arrogants Nécrotectes de l’époque pour prendre sa place. Ramhotep se fit passer pour un étudiant passionné auprès du célèbre Ramakat le Créatif, pour un disciple d’Emrah l’Artisan, et pour l’assistant d’une douzaine d’autres architectes de légende. Ces grands artisans étaient ensuite atteints d’une inexplicable dépendance au lotus de sang, la stupeur extatique du toxicomane étant très pratique pour Ramhotep, qui pouvait alors sculpter un masque à leur image, dont la perfection était telle qu’on ne voyait aucune différence avec l’original. C’est ainsi qu’il supervisa la construction de nombreux édifices en assumant l’identité d’autres Nécrotectes. Lorsque le projet arrivait à son terme, Ramhotep s’éclipsait : c’était un Nécrotecte très confus qui était sacrifié et inhumé à sa place, et lorsqu’il protestait, ses cris étaient mis sur le compte de la folie de l’artiste.

La Vengeance de Ramhotep

Lorsqu’une armée du Reikland envahit Quatar au cours de l’année impériale 2141, des dizaines d’ouvrages de Ramhotep furent endommagés lorsque les soldats pillèrent les tombes de la cité. Comme si ces profanations ne suffisaient pas, le Tank à Vapeur Délivrance défonça le Mur de Terre Cuite de Ramhotep. Le Nécrotecte entra alors dans une colère noire et jura de se venger. Ramhotep travailla pendant un siècle à la restauration de son Armée de Marbre, un terrifiante horde composée de centaines d’amalgames gigantesques. La soif de vengeance de l’architecte dément était telle qu’en échange de huit Sphinx de Guerre de jade, il s’assura l’aide d’Arkhan le Noir, qui invoqua un immense pont d’os au-dessus des Montagnes Noires. Les statues de Ramhotep marchèrent sur l’Empire, et les villes d’Ubersreik et de Grünburg furent totalement détruites, malgré le fait que tous les soldats impliqués dans la destruction des précieux chefs-d’œuvre du Nécrotecte fussent morts depuis au moins 170ans.

De son vivant, Ramhotep était consumé par une frénésie de création et de construction. Peu importait la vitesse d’exécution de ses serviteurs, ce n’était jamais assez rapide pour lui, car son attention était toujours accaparée par un projet encore plus grandiose. Toutefois, son ambition ne pouvait se contenter d’une vie d’homme, et tandis qu’il glissait dans la vieillesse, il comprit qu’il ne pourrait achever son travail que si on lui accordait les honneurs de la momification.

Ainsi, après plusieurs décennies d’un anonymat soigneusement préservé, Ramothep tomba le masque et accepta de bâtir un monument qui rivaliserait avec la majesté de la Grande Pyramide de Khemri. Des milliers d’ouvriers trimèrent et moururent sous le soleil pour construire le Sépulcre des Cieux de Quatar. Personne n’osait réduire la cadence en se présence, car Ramothep était prompt à fait claquer le fouet et à infliger un cruel châtiment à quiconque mettrait son art en péril. Au cours de ses derniers jours, avant que la dernière pierre soit mise en place, Ramhotep sculpta son masque de mort et se prépara pour ses funérailles. Le Roi de Quatar était enchanté par son tombeau et récompensa Ramhotep avec une cérémonie funèbre des plus raffinées. Le corps de l’artisan reposa pendant les siècles suivants à l’intérieur de son merveilleux édifice.

Rares furent les œuvres de Ramhotep à traverser les âges indemnes. La moitié de ses créations furent oubliées et recouvertes par les sables, et celles toujours visibles ont subi l’érosion du temps, des tempêtes de sable et de la guerre.

Lorsqu’il émergea de son long sommeil, Ramhotep en fut scandalisé et se mit tout de suite en devoir de les dégager et les restaurer. Ses talents n’ont rien perdu avec sa mort : les statues qui bénéficient de ses attentions retrouvent leur splendeur d’antan et marchent à la bataille comme si elles venaient d’être sculptées. Ramhotep travaille sans relâche à la restauration de ses chefs-d’œuvre, et la ressemblance entre ces effigies et les dieux qu’elles représentent est telle qu’elles jouissent de la faveur et de la protection du panthéon au combat. Avec son armée d’amalgames ambulants, Ramhotep a la ferme intention de raser les cités responsables de la profanation de ses œuvres, de massacrer leurs frustres habitants, et de bâtir le plus grand monument jamais construit : un immense mausolée édifié avec les os de ses ennemis. Celui qui ose se dresser sur son chemin tâte de son terrible fouet tandis qu’il libère sa frustration sur l’inculte.

Source[modifier]

  • Livre d’Armée des Rois des Tombes, V8