Le Pacte Noir

De La Bibliothèque Impériale

Des volutes douceâtres de couleur lavande s’échappaient des braseros aux formes démoniaques. Les fumées hallucinogènes se mouvaient telles une créature vivante, leurs tentacules s’insinuant entre les centaines de corps humains pressés dans la caverne. Des percussions résonnaient comme le battement de cœur d’une bête gigantesque, couvrant à peine des chœurs féminins aux voix envoûtantes.

Morathi, plus que jamais avide de pouvoir, s’avança au milieu des corps convulsés, la sueur ruisselant sur sa peau d’albâtre. Si éloignée qu’elle fût des frontières de Naggaroth, elle arpentait le hall sacré des barbares sans peur, car elle avait su soumettre ces êtres naïfs. Les massifs humains s’écartaient maladroitement de son chemin alors qu’elle paradait parmi eux, une vision de grâce et de beauté. Certains Hungs tombèrent à ses pieds, leurs sens submergés par tant de perfection, tandis que d’autres se contentaient de la fixer avec adoration, le souffle court. Ils baissèrent rapidement les yeux lorsqu’elle leur rendit leur regard, ces pitoyables humains étaient ses objets et elle allait les utiliser selon son bon plaisir.

Alors qu’elle rejoignait sa coterie de Sorcières Elfes Noires, dont les chants avaient à présent atteint une intensité douloureuse, ses lèvres vermeilles s’entrouvrirent. Le désir gagna ses pupilles dilatées comme elles se posaient sur le tapis de corps étalé à ses pieds. Ses yeux carnassiers finirent par s’arrêter sur l’un des humains, un guerrier jeune et puissant dont les muscles huilés arboraient des tatouages rituels aux formes cruelles. Il baissa respectueusement le regard alors que sa maîtresse avançait lentement vers lui. Elle posa une main délicate sur son torse puissant et, d’un mouvement de ses longs ongles noirs, y traça cinq traînées sanglantes. Le maraudeur grogna de plaisir et se laissa choir au sol sur une simple poussée de la Matriarche.

Passant la langue sur ses lèvres, elle extirpa un long stylet de l’étui attaché à sa cuisse. Elle fit pivoter la lame vers le bas et assura sa prise sur le manche de l’arme avant de s’accroupir au-dessus de l’humain. La chair tannée du Hung contrastait avec le blanc virginal de celle de la Sorcière. Le souffle de l’homme jaillissait avec difficulté, et elle commença à chanter, sa voix se mêlant à celle de ses sœurs. Son corps se lança dans une danse sinueuse au-dessus du guerrier, et la paume de son autre main vint reposer sur le pommeau de la dague. La Matriarche Suprême prononçait l’incantation avec aisance, sa bouche s’adaptant sans peine à chacun des mots corrompus du Langage Obscur. L’un d’eux revenait avec une insistance obscène :

Slaanesh

Les chants et les percussions se firent plus brusques, et des hurlements d’extase ne tardèrent pas à résonner dans toute la caverne. Des formes graciles irréelles apparurent au sein des volutes, ondulant dans la marée de chairs. Des visages féminins, éthérés, se dessinèrent au milieu des vapeurs colorées, et leurs lèvres bleu pâle s’ouvrirent sur des dents aiguës. Un parfum entêtant aux relents musqués envahit la grotte, aiguisant encore les sens de ses occupants et les plongeant dans de nouveaux abîmes de sensualité.

Le chant de Morathi était à présent réduit à un râle glacial, et elle abattit soudainement sa lame dans le cou du maraudeur, l’y plongeant jusqu’à la garde. Sa poitrine pâle fut parcourue de spasmes comme le sang giclait sur sa gorge, et elle se cambra pour mieux offrir son corps au nectar cramoisi. Rejetant la tête en arrière, elle hurla les derniers mots de l’incantation alors que le jeune guerrier finissait d’agoniser sous elle, son sang formant une mare autour de lui. À l’unisson, les autres Sorcières tuèrent chacune leur victime. Trempant son index dans le sang, Morathi traça une arabesque élégante sur son buste, le symbole sacré du Seigneur des Plaisirs, le Prince Noir auquel le rituel était dédié : le moindre gémissement, la moindre sensation était une offrande au plus jeune des Dieux du Chaos.

Comme son doigt finissait de dessiner la rune, elle sentit que l’air de la caverne s’agitait. L’odeur charnelle se fit plus forte, suffocante, et un vent froid balaya la pièce, recouvrant la masse ruisselante et imprimant à la fumée qui la baignait des formes inhumaines. Les silhouettes brumeuses se solidifièrent et les Démonettes finirent de passer des immatériels Royaumes du Chaos au monde réel. Morathi inclina respectueusement la tête à l’adresse des Démons, et les créatures à la beauté impie lui rendirent son salut. Morathi embrassa d’un geste la foule de barbares luisant de sang et de sueur qui regardait avec une adoration abjecte les servantes de leur Dieu.

« Mon présent à votre maître, » haleta Morathi, sa voix hoquetante trahissant son excitation. Elle se releva, sans lâcher son stylet rougi.

Après avoir passé sa langue sur la lame, elle parla de nouveau. « Versons ensemble le sang des agneaux, et notre pacte sera de nouveau scellé. »

Source

  • White Dwarf N°121 (Mai 2004)