L'Anatomie des Skavens

De La Bibliothèque Impériale

Si vous faites partie de ceux qui désirent vaincre les Skavens, vous devriez lire avec attention le texte qui va suivre, bien que cette lecture puisse vous paraître répugnante ou incroyable, voire hérétique. Il s’agit d’une longue lettre décrivant un examen physiologique extrêmement détaillé de cadavres de Skavens. Hélas, son destinataire est décédé depuis bien longtemps, tout comme son auteur, dont nous n’avons pu retrouver aucune trace.

Une Découverte Tout à Fait Inquiétante

À l’attention du Dr Heironymous Blitzen, professeur de bestiarologie, université d’Altdorf

Docteur Blitzen,

Je vous remercie du fond du cœur de prendre le temps de lire la missive d’un rustre tel que moi ; par ce terme, je fais à la fois référence à mon rustique lieu de résidence de Rugebrunnen et à mon pauvre savoir, si humble lorsqu’on le compare à votre érudition. J’espère que vous pardonnerez mon intrusion dans vos recherches, mais je me sens obligé de vous informer d’une découverte tout à fait choquante et extrêmement inquiétante. En vérité, il pourrait même s’agir de la plus importante découverte de ce siècle, à la fois dans notre domaine commun de la bestiarologie et pour la sécurité de l’Empire ! En effet, j’ai découvert la première preuve indubitable de l’existence de ce que tous les érudits ont toujours appelé un mythe jusqu’à présent. J’ai découvert des corps de Skavens.

Vous avez vous-même écrit que dans toutes les histoires de monstres, même les plus extravagantes, se dissimule une parcelle de véracité naturelle. En l’occurrence, il me semble que dans le cas des Skavens, cette lueur est un véritable brasier dont la clarté pourrait jeter la lumière sur toute une nation qui se trouvait jusqu’ici dans l’ombre.

Mais commençons par le commencement.

Comme vous nous l’avez si souvent répété au cours de votre enseignement, j’avais fait savoir à tous les habitants du village que s’ils découvraient des animaux à l’aspect étrange ou surnaturel, ils devaient m’en avertir immédiatement. Tout récemment, les hommes d’une équipe employée à agrandir les caves de l’hôtel de ville sont venus me rapporter une découverte. Il s’agit de braves et honnêtes gens, qui craignent et respectent Sigmar. Ce ne sont ni des ivrognes ni des fanatiques, pas plus qu’ils ne sont enclins à l’affabulation ou à la falsification et je peux faire le serment, en mon âme et conscience, que leurs témoignages sont fiables.

Au cours de leurs travaux, ils ont abouti dans une caverne souterraine dans laquelle ils ont aussitôt détecté une atmosphère sulfureuse et irrespirable. Une fois la caverne aérée et les vapeurs dissipées, ils ont découvert que d’autres individus les avaient précédés et avaient été victimes de ces émanations mortelles. De l’autre côté de la grotte, ayant apparemment émergé d’un tunnel venant d’en dessous, ils avaient trouvé cinq créatures auxquelles on ne peut donner d’autre nom que celui de Skavens : d’énormes rats humanoïdes. Je me suis rendu sur les lieux pour inspecter les corps moi-même et j’ai immédiatement ordonné qu’on les transporte à mon laboratoire.

J’ai exécuté des croquis de ces créatures (que j’ai pris la liberté d’inclure dans cette lettre) et j’ai entamé l’examen interne, en respectant à la lettre le protocole qui est si bien décrit dans l’Anatomica Principia, de votre collègue le docteur Josef Liener. Vous trouverez ci-dessous mes notes complètes et non expurgées, prises durant cet examen avec d’autres esquisses réalisées pendant l’opération.

Examen Visuel

S’il faut en croire nos propres yeux, ces créatures sont bien telles que les décrivent tous les contes pour enfants et tous les mythes racontés par les paysans au sujet de cette race que nous appelons Skaven. Ce sont de gigantesques rats. Tous, sauf un, mesurent plus d’un mètre cinquante et leurs corps sont conformés de manière à pouvoir plus ou moins marcher sur deux jambes, ce qui fait qu’ils feraient à peu près la taille d’un homme s’ils étaient debout. Les cinq spécimens paraissent voûtés, comme bossus, mais je ne saurais dire s’il s’agit d’un trait de naissance ou si cela provient de leur mode de vie dans les étroits boyaux souterrains qu’ils fréquentent. Sous tous les autres aspects, ils ressemblent aux rats communs : ils sont couverts de fourrure des pieds à la tête, à l’exception de leur truffe, d’une mince queue charnue et de leurs oreilles qui sont glabres. La queue est à peu près aussi longue que le corps et doit faire office de balancier lors de leurs déplacements. Chacun de leurs quatre membres se termine par une patte armée de griffes acérées. Leurs oreilles sont proéminentes et ils possèdent de longues moustaches poussant sous la truffe. Sous tous les rapports, ces êtres présentent une inquiétante similitude avec les rats dont ils sont indubitablement cousins.

Ces observations sont valables pour trois des cinq spécimens trouvés. Entre les deux autres, l’un d’eux présente tout à fait l’aspect d’un rat, à l’exception du fait qu’il est doté de deux importantes cornes recourbées, semblables à celles d’un bouc ou d’un bélier, qui prennent naissance au sommet de son crâne. Le dernier ne ressemble à aucun rat connu et évoque plutôt un monstre de cauchemar. J’ai déjà entendu parler des légendaires Rats-Ogres, les terrifiants géants de la race des Skavens, et à la vue de la taille colossale de ce monstre, je ne peux que présumer qu’il s’agit de ce que j’ai trouvé.

Cependant, les quatre autres sujets, bien que relativement identiques dans leur allure générale, présentent tout de même des différences notables à l’examen détaillé. Le plus petit des quatre (la créature I, dans mes croquis) ne mesurerait qu’un mètre quarante-cinq une fois debout et il s’agissait clairement d’un individu beaucoup moins vigoureux que les autres. En outre sa fourrure est brune, tandis que celle des Skavens plus grands et plus musculeux (les créatures II et III) est d’un noir charbonneux. L’individu cornu (la créature IV) est d’un gris très clair. À en juger par l’état de santé apparent de ces quatre individus, je crois pouvoir conjecturer que la couleur de la fourrure est l’un des fondements de la hiérarchie sociale dans les terriers des Skavens : les fourrures blanches au sommet de la pyramide, puis les noires et enfin les brunes. Le plus petit sujet porte également de nombreuses cicatrices que je pense être des marques de coups de fouet ainsi que d’autres marques de coups ; je pense donc pouvoir postuler qu’il s’agit soit d’un prisonnier, soit d’un membre d’une caste de serviteurs ou d’esclaves. Toutefois, malgré ces mauvais traitements et les lésions infectieuses que présente son épiderme, le sujet semble en bonne santé, ce qui indique sans doute que ces créatures bénéficient d’une robuste constitution !

La fourrure noire dénote peut-être une caste de guerriers, car les sujets II et III sont plus grands et plus musclés que les autres (chacun fait plus d’un mètre quatre-vingts à l’épaule !) et ils sont dotés, en plus de cela, de griffes et de crocs plus longs, d’avant-bras plus musculeux et de mâchoires plus puissantes. Qui plus est, ils étaient en armures lourdes, portaient les armes les plus grandes et avaient la queue équipée de barbelures de fer probablement destinées à frapper leurs ennemis. Je pense que nous pouvons émettre l’hypothèse que ce groupe était sans doute une équipe de reconnaissance : un chef avec ses deux gardes du corps, son serviteur et la monstrueuse machine à tuer qu’il contrôlait.

Je vais à présent laisser de côté leurs différences individuelles pour me pencher sur les caractéristiques communes à ces quatre créatures car cela nous permettra, je le pense, de nous faire une idée de la nature de l’anatomie des Skavens et ainsi, peut-être, de nous permettre d’extrapoler sur la manière de penser de ce terrible ennemi.

Peau et Fourrure

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La fourrure de tous les sujets est assez épaisse, avec le poil plutôt fin, encore une fois très semblable à celle d’un rat. Il paraît évident que celle-ci les isole à merveille du froid et elle est imprégnée d’une huile fine qui la rend pratiquement imperméable. On peut donc en déduire que, à l’instar du rat d’eau et de la loutre, le Skaven nage fréquemment et très bien. Cette huile est sécrétée par une série d’orifices situés le long du dos et dans le cou, sous les aisselles, à l’aine et au-dessus de la racine de la queue. On peut supposer qu’ils se servent de leurs pattes pour s’en enduire. J’ai inspecté ces orifices et leurs glandes qui semblent extrêmement complexes et proches des glandes odoriférantes de la mouffette commune. Je formule l’hypothèse que les Skavens peuvent utiliser ces glandes pour produire des liquides de senteurs variées et que ceci pourrait constituer une forme de communication entre eux. Chaque subtile variation aromatique pourrait véhiculer pour eux autant de significations qu’une phrase complète pour nous. Leur fourrure était également maculée d’urine ou de matières fécales par endroits. Je pense qu’ils font cela pour accentuer leur puanteur naturelle, tout comme les chiens qui aiment à se rouler dans le crottin.

Sous la fourrure, leur peau est assez épaisse et recouvre une couche de graisse qui doit contribuer à les protéger du froid et de l’humidité. Leur cuir n’est pas particulièrement épais, mais il paraît tout de même assez résistant. Tous les sujets ont la peau marquée d’innombrables cicatrices et marques d’abrasion, anciennes ou récentes, qui pourraient toutes avoir été causées par les griffes d’un autre Skaven à en juger par leur taille. Ceci tendrait à indiquer que, même lorsqu’ils ne se battent pas contre leurs ennemis, la vie des Skavens est un incessant combat contre leurs congénères.

La peau de tous les sujets présente de nombreux signes d’infections variées et de maladies. Dans certains cas, ces affections sont guéries et ne leur ont laissé que des marques de petite vérole et d’anciennes ulcérations ; mais dans d’autres, ils portent des pustules toutes récentes, des bubons et des plaques d’urticaire. Étant donné le risque de contamination, je n’ai pas étudié ces zones en profondeur. Au lieu de cela, j’ai pratiqué l’ablation des tissus et je les ai immédiatement brûlés. On peut imaginer sans peine qu’il est aussi dangereux de manipuler un Skaven que de toucher l’un des mendiants infestés de variole des rues de nos cités.

Le dernier aspect commun remarquable de leur peau est le suivant : chaque créature arbore des tatouages ou des scarifications rituelles en au moins un endroit du corps. Ces marques prennent typiquement la forme d’un symbole : trois lignes qui s’entrecroisent pour former un triangle. Je ne peux que supposer que ces emblèmes doivent posséder une sorte de signification occulte. Toutefois, la pensée que de tels monstres puissent avoir des dieux semblables à ceux de l’humanité est véritablement une idée terrifiante !

Muscles et Squelette

Comme je l’ai mentionné plus haut, le squelette de ces monstres leur permet de marcher debout, bien que dans une position voûtée. Les pattes postérieures sont extrêmement puissantes et la queue fait balancier, permettant à la partie supérieure du corps de se pencher vers l’avant sans perte d’équilibre. Le nez, les yeux et les oreilles de la créature sont donc projetés vers l’avant, dans une position favorisant la détection d’un éventuel danger ou d’un ennemi. Dans cette posture, ils sont toujours prêts à bondir pour déchiqueter leur ennemi de leurs griffes et de leurs crocs redoutables. Je plains le pauvre soldat de l’Empire, accoutumé à voir d’abord le bouclier de ses ennemis et qui, tournant au coin d’un tunnel, se trouve soudain nez à nez avec ces monstrueux tueurs qui lui sautent déjà à la gorge !

La partie supérieure de leur corps est également puissamment bâtie ; comme le rat, ils sont faits pour s’agripper des quatre membres et des dents à leur proie et ne plus la lâcher. Toutefois, s’ils ne parviennent pas à exploiter ce qui paraît être leur point fort, je pense qu’ils sont alors relativement impotents ; il me semble que, comme ceux des ailes du faucon, leurs muscles ne peuvent déployer leur puissance que dans certaines positions et lors de certains mouvements. Dans l’ensemble, les Skavens me paraissent beaucoup moins forts que les humains, particulièrement lorsqu’il s’agit de porter ou de tirer de lourdes charges. C’est probablement pour cela que les seuls à porter une armure étaient les plus grands d’entre eux et que leurs lames étaient si minces et de si mauvaise qualité.

Néanmoins, les Skavens compensent leur manque de force par leur vitesse. En plus du fait qu’ils sont toujours prêts à bondir en avant pour faire tomber leurs victimes à terre sous leur poids, leurs puissantes pattes arrière les rendent extrêmement rapides. J’estime qu’ils peuvent sans difficulté courir deux fois plus vite qu’un homme. Et leurs griffes aiguisées et leurs pieds préhensiles leur permettent probablement d’atteindre la même allure sur des corniches étroites, des branches ou des ponts enjambant des précipices. Leurs articulations sont également très souples, comme celles d’un chat, et capables de pivoter avec une amplitude bien supérieure à celle des humains. Cette caractéristique combinée à leurs pattes puissantes et à leurs griffes très solides doit leur conférer une exceptionnelle agilité. Ce sont sans le moindre doute des grimpeurs accomplis. Je crains bien qu’ils ne soient capables de s’évader de la plupart des liens ou des cellules et j’imagine qu’ils peuvent atteindre sans peine le sommet de la plus inaccessible tour d’un château ou le fortin montagneux le plus escarpé. Là encore, je plains le soldat de l’Empire qui se pense à l’abri dans sa haute tour de guet !

Armes Naturelles

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Si c’est par leurs œuvres que nous connaissons nos dieux, alors quels que soient les dieux impies des Skavens, ils sont bien plus assoiffés de sang qu’Ulric et Sigmar. Les Skavens ne sont pas seulement bâtis pour bondir sur leur proie ; ils sont capables de la mettre en pièces grâce à leurs nombreuses et redoutables armes naturelles.

Chacune de leurs pattes avant est dotée de quatre longs appendices terminés par des griffes aiguisées comme des rasoirs et longues d’au moins deux centimètres et demi. Ils peuvent enduire ces griffes d’une huile secrétée par leurs glandes sous-cutanées, sans nul doute destinée à empoisonner ou à infecter les blessures qu’elles causent et à accélérer encore le trépas de leur proie. Les griffes de leurs pieds sont également acérées et empoisonnées. Pourtant, ces griffes ne sont rien comparées à leurs crocs. Les Skavens possèdent de 20 à 32 dents, dont quatre grosses incisives sur le devant. Celles de la mâchoire supérieure dépassent de leur gueule, descendent jusque sous le menton et se terminent en pointes terriblement aiguisées. Nous en avons extrait une pour en tester le tranchant sur des cordes et du cuir. Elle s’est révélée tout aussi efficace que n’importe lequel de mes scalpels ou couteaux. Comme je l’ai déjà mentionné, les mâchoires sont très puissantes et les dents faites pour transpercer plutôt que pour scier. Ainsi, ils peuvent se jeter sur leur ennemi et, même s’ils n’arrivent pas à le plaquer au sol, ils peuvent tenter de lui arracher un membre ou deux.

Et ce n’est pas terminé : dans leur arsenal, les Skavens peuvent également utiliser leur appendice caudal. Comme je l’ai déjà mentionné, les sujets II et III ont fait insérer des pointes métalliques dans l’extrémité de leur queue, sans doute pour pouvoir les utiliser au combat, comme un fouet, et frapper leurs adversaires lorsqu’ils ne s’y attendent pas. J’ai pratiqué quelques expériences sur la flexibilité de ces appendices et j’en ai conclu que les Skavens sont certainement capables de tenir des massues ou des lames en les enroulant dans leur queue, ou encore d’autres outils utiles tels que des lanternes, des fioles de poison ou des engins incendiaires.

Quant aux armes et à l’outillage, leurs doigts me paraissent bien assez agiles pour manipuler des armes à poudre noire (les sujets II et III en étaient pourvus) et même pour les fabriquer. Je suis loin d’être un expert en matière d’armurerie, mais je pense que les instruments que nous avons trouvés sur ces monstres ne sauraient avoir été fabriqués de main d’homme, ni même conçus par un esprit humain ! Pour commencer, ces engins me paraissent fort dangereux à utiliser, mais ils contiennent de plus des fragments d’une matière que je suppose être l’infâme substance connue sous le nom de Malepierre. Je les ai placés dans un coffre de métal par précaution et j’attendrai vos conseils avant de pousser mon examen plus avant.

Organes Internes

J’ai pratiqué l’ablation de plusieurs organes, mais je dois hélas confesser mes lacunes en matière de chirurgie. J’ai placé ces éléments dans des bocaux remplis de bière fermentée, comme le prescrit sir Liener, mais je ne saurais en dire que peu de choses. J’ai tout de même réussi à identifier un estomac et un appareil digestif, comme chez la plupart des créatures.

J’ai ouvert l’estomac, dans l’espoir d’analyser le régime alimentaire du sujet mais ma seule découverte notable fut celle de deux anneaux d’or, comme ceux que portent volontiers les aristocrates ou les riches marchands. Ceci m’a laissé penser que la main ou les doigts ont probablement été intégralement dévorés et que l’estomac d’un Skaven est peut-être capable de digérer jusqu’aux os si on lui en laisse le temps. J’ai également trouvé des copeaux de Malepierre dans l’estomac de la créature à fourrure blanche (sujet IV). Je refuse d’imaginer qu’une bête, si corrompue par la folie ou par le Chaos soit-elle, puisse absorber cette substance volontairement et j’en ai donc conclu que le sujet les avait avalés par accident lors d’une ténébreuse cérémonie de sorcellerie ou au cours d’une expérience dévoyée.

J’ai également remarqué que cet estomac semble très petit comparé à celui d’un homme ou même d’un loup. Voilà qui est peut-être à l’origine de la réputation de féroce appétit des Skavens : doivent-ils manger en permanence pour remplir ce minuscule estomac aussitôt qu’il se vide ?

J’ai rapidement examiné les oreilles et le nez (des zones où je suis beaucoup plus sûr de moi !) et je les ai trouvés très semblables à ceux d’un rat ou, en vérité, d’un chien. Les croquis d’un chien de chasse que j’ai réalisés l’an dernier se sont révélés d’excellents points de référence : les sens des Skavens m’ont paru fonctionner d’une manière très similaire. Dans les deux cas, les oreilles sont pourvues de poils fins, destinés à amplifier le son, et les truffes de ces animaux possèdent la même surface interne très développée, avec une membrane pourvue de milliers de "pores olfactifs". En me basant sur cette comparaison, je n’ai aucun doute sur le fait que les Skavens sont dotés d’une ouïe et d’un odorat au moins égaux à ceux d’un bon chien de chasse. Ceci signifie qu’ils n’ont probablement aucun mal à détecter une proie à un bon kilomètre et demi à la ronde au moins, lorsque le vent est favorable.

La Bête

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Je me suis tourné en dernier vers cette créature impie (le sujet V de mes croquis) parce que, si je dois être bien franc, j’avais peur de ce que je pourrais découvrir sur cette aberration. Mon entendement refusait de concevoir les puissances qui peuvent engendrer un tel monstre ou même d’imaginer l’esprit qui puisse en avoir le désir. À le regarder, j’ai su que je contemplais l’œuvre du Chaos véritable.

N’allez pas penser ici que je suis la proie de mon imagination car plus j’examine cette bête, plus je suis convaincu qu’il s’agit d’un être construit de toutes pièces, créé par les Skavens comme vous ou moi pourrions sculpter un bloc d’argile. Sauf qu’en l’occurrence, il ne s’agit pas d’argile mais de la chair d’un individu de leur propre espèce, et peut-être même de plusieurs, qu’ils ont dû amalgamer et déformer à la fois par la plus noire des sorcelleries et par la force brutale ; les différentes parties du corps de cette créature sont cousues ensemble par endroits et assemblées ailleurs par des plaques d’armure et des agrafes de métal. Sa peau est également marquée de très nombreuses cicatrices, beaucoup plus nombreuses que sur les autres sujets. Je ne puis deviner si ces marques sont le résultat des blessures qu’il a dû recevoir de la part des ennemis des Skavens ou s’il s’agit des violences qui lui furent faites par les Skavens eux-mêmes afin de le construire ou de le contraindre à l’obéissance.

Toutefois, ses balafres ne sont pas très profondes, ce qui n’est guère surprenant : sa peau est dure comme du cuir et il faut trancher à travers dix centimètres de tissus pour atteindre le muscle. Et quel muscle! J’ai eu un jour le privilège d’examiner les jambes postérieures d’un imposant cheval de trait qui avait été gravement blessé lors d’une chute et ce que je vois évoque ce souvenir ; les fibres musculaires sont épaisses comme des cordages de navire et s’enroulent je ne sais combien de fois autour du torse et des bras. Cette bête est grande comme un Ogre, approximativement trois mètres de haut au garrot, mais je pense que sa force pourrait être supérieure à celle de ces monstres. Je frissonne à l’idée de la chirurgie contre nature qui a permis de réunir la force de deux créatures en une seule.

Le sujet possède tous les autres traits caractéristiques des Skavens : une épine dorsale flexible, courbée dans une position propice à bondir en avant, des jambes puissantes, des sens aiguisés, une épaisse fourrure. Et, bien entendu, les mêmes armes naturelles : les longues griffes venimeuses, les redoutables dents perforantes, la queue pourvue de barbelures. La seule différence, c’est leurs dimensions bien supérieures : les griffes des mains mesurent dix centimètres. Peut-être devrais-je dire de la main, car sa main gauche a été coupée et remplacée par une longue lame de métal, semblable à une pointe de lance, fixée à sa chair par des rivets d’acier qui lui traversent l’os.

Après un rapide examen de ce monstre, j’ai été tenté d’incinérer son cadavre, avec celui de tous les autres, tant ma répugnance était grande devant des êtres aussi contraires à l’ordre naturel. J’ai compris la raison pour laquelle certains érudits souhaitent dissimuler la réalité de l’existence de telles choses au bon peuple et même au monde entier. Les érudits, plus encore que n’importe qui d’autre, car seuls ceux qui possèdent la connaissance parfaite des formes naturelles du corps et des bêtes peuvent percevoir dans toute son horreur la nature impie et atrocement contrefaite des créations des Skavens.

Et l’érudit est également capable d’appréhender l’abominable perfection des hommes-rats eux-mêmes : ces monstres sont des maîtres de la biologie, des chasseurs dans les ténèbres, silencieux, parfaits, la fusion ultime de l’homme et de la bête. Qu’ils aient été fabriqués par un dieu du Chaos ou engendrés par la nature impitoyable, ils nous montrent l’un des grands périls du monde dans lequel nous vivons, un péril que peu d’hommes ont le courage de regarder en face.

La Controverse

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J’ai lu qu’il existe des gens qui (tout en admettant leur existence) pensent que les Skavens ne sont rien de plus que des Hommes-Bêtes ou de gigantesques rats victimes de mutations du Chaos. Après avoir passé de nombreux jours à examiner ces créatures, je peux attester qu’ils sont bien autre chose que de simples rats. Mais quant à établir leur taxinomie précise ? C’est vraiment délicat à dire. Après tout, les Hommes-Bêtes et les Skavens sont des créatures d’horreur et il est difficile de se pencher sur de telles abominations afin de les classifier.

Cependant, d’après ce que j’ai pu lire dans les grands livres que vous et d’autres avez eu la bonne grâce de me faire parvenir, j’en ai conclu que la seule constante qui puisse réellement définir les Hommes-Bêtes est justement leur absence de constance. Ce sont des créatures dont la nature doit tout au pur hasard, de hideux assemblages de traits humains et animaux, jetés ensemble sans le moindre souci des lois naturelles ou même de la simple nécessité de survivre. Il est impossible de percevoir la moindre logique ou le moindre schéma directeur dans leur création et ils sont tout aussi souvent trahis par leurs propres mutations que renforcés par elles.

Dans le cas des Skavens, en revanche, la logique est évidente. À l’exception de la bête-ogre, créée par ses congénères, tous sont clairement de la même race et les lois de la nature sont apparentes dans leur conformation physique, ne serait-ce que par le fait qu’ils sont si admirablement adaptés à leur vie souterraine. Ils ne présentent aucun signe de fabrication hasardeuse ou de difformités préjudiciables ; ils sont en bonne santé, robustes, suffisamment forts et intelligents pour venir à bout de proies bien plus grandes qu’eux, même sans armes manufacturées.

En résumé, j’ai le sentiment que les Hommes-Bêtes sont le fruit du Chaos dans le sens le plus évident ; des créatures qui, par une exposition à la Malepierre, sont constituées d’un amalgame d’éléments pris au hasard, à la fois sur des hommes et des animaux. Dans la conception des Skavens, au contraire, le Chaos a œuvré de manière beaucoup plus subtile, en utilisant les outils de la nature pour engendrer un monstre parfait, un être dont la forme n’est pas le fruit du hasard, mais d’une minutieuse élaboration. Les Skavens ne me font pas penser à une pitoyable mixture d’humain et de bête. Je vois plutôt en eux tous les points forts de l’animal – la force, la rapidité, la fourrure, les griffes et les dents, l’instinct de tuer – auxquels on aurait ajouté l’esprit humain, la capacité de penser et de concevoir, de créer et d’imaginer, d’utiliser des armes semblables aux nôtres et de singer nos manières pour les retourner contre nous. De ce fait, ce sont les monstres les mieux adaptés pour se glisser dans nos cités, saper nos défenses et ronger les bases de notre Empire d’ordre et de pureté. Bien que les rats soient par excellence des porteurs de maladies, je vois dans l’existence des Skavens non pas la main du Grand Pestilent, mais plutôt celle du Grand Mutateur. Malheur à nous si nous ne nous protégeons pas de leurs entreprises partout et tout le temps, car le Mutateur est le plus subtil et le plus dangereux de tous nos ennemis impies.

Voici qui m’amène à la question finale : puisque nous avons ici, à présent, la preuve incontestable que les Skavens existent, que pouvons-nous dire de tous les mythes qui courent à leur sujet ? Viennent-ils vraiment enlever nos enfants au cœur de la nuit pour les prendre en esclavage ? Hantent-ils réellement les égouts des grandes cités de Middenheim et de Nuln ? Sont-ils effectivement responsables de la peste de 1111, comme le racontent certaines histoires ? Si les Skavens existent réellement, alors tout ceci est du domaine du possible et même du probable. S’ils existent, tout est possible. Et ils existent, je les ai vus de mes propres yeux et bien que cette vérité perturbe terriblement mes pensées, je ne peux détourner le regard et retomber dans l’ignorance.

Cependant c’est à vous, docteur Blitzen, qu’il revient de m’aider à faire connaître mes travaux. Nous devons nous efforcer de convaincre tous les hommes de science, tout en ayant conscience qu’ils seront sûrement terriblement réticents à reconnaître la vérité. Mais tant que nous prétendrons que les Skavens ne sont qu’un mythe, ceux-ci pourront continuer à nous assaillir, inconnus, inaperçus, sans la moindre opposition… et qui peut dire de quelle noire réalisation ils se rapprochent un peu plus chaque jour ? Voilà de bien sombres pensées et mes mains en tremblent tellement que je vais achever cette missive ici.

Bien à vous, en ce 20e jour de Vorhexen, l’an de grâce 2510 de l’Empire de notre Seigneur Sigmar

Votre étudiant dévoué et toujours vigilant,

Docteur Félix Liebkosen, gentilhomme.
Le Manoir,
Rugebrunnen, Middenland.

Note

Cette lettre se trouvait dans les archives de l’université d'Altdorf, où elle était restée oubliée depuis la mort de Blitzen en 2512. Rugebrunnen ayant été rasée durant la Tempête du Chaos, on n’y trouve plus de temple ni même d’école, ainsi personne ne peut ou ne veut rien dire à propos d’un nommé Liebkosen. Les preuves rassemblées par le docteur Liebkosen ont disparu depuis longtemps et sans cela, son extraordinaire travail peut facilement passer pour les divagations d’un fou.

Liebkosen a sans doute disparu durant la Tempête et le décès soudain de Blitzen, emporté par la fièvre, peut sans doute s’expliquer par l’hiver exceptionnellement froid de 2512. Néanmoins, je ne peux m’empêcher de me remémorer l’étrange mort d’Anders Emmerich, en 2307, mystérieusement poignardé dans la rue devant sa maison, quelques semaines à peine avant la date à laquelle il avait l’intention de publier sa collection de croquis et de gravures représentant des Skavens. Et je me souviens du grand Wilhelm Leiber, dont le récit héroïque intitulé "Les Détestables Hommes-Rats" aurait ouvert les yeux du monde s’il n’avait été condamné comme œuvre hérétique par l’église d’Altdorf en 2333. Leiber devint fou quelques mois après que son livre eut été brûlé en place publique, clamant que les Skavens le suivaient partout. Il fut enfermé dans un asile, mais se suicida une semaine à peine après son internement… c’est du moins ce qu’en disent les registres de l’asile.

Source

  • Warhammer JDR 2e édition, supplément Les Fils du Rat Cornu