Feytor l'Impur

De La Bibliothèque Impériale
Et quand les Quatre ne formeront plus qu’un, il chevauchera de par le monde, (...)
Et de ce sombre pays naîtra un grand champion, dont la maladie sera à la fois la perte et le salut. (...)
- La Prophétie du Destin. Extrait du Livre Céleste des Divinations, par Nécrodomo le Dément
Feytor l’Impur, Champion de Nurgle et Élu d’Archaon
Feytor l’Impur est un nom murmuré avec crainte autour des feux de camp des îles septentrionales de la Norsca, car il est dit que la peste et la mort marchent à ses cotés. Fanatiquement loyal à Nurgle, Feytor a vécu bien plus longtemps qu’un homme ordinaire. A la tête de sa puissante armée il continue de s’attirer les faveurs de son dieu qui lui accorde en retour la puissance nécessaire pour abattre ceux qui osent se dresser contre lui. Ce Champion de Nurgle est l’un des Quatre Élus d’Archaon lors de la Tempête du Chaos comme l’avait prophétisé, des siècles avant sa naissance, le mystique, Nécrodomo le Dément.

Feytor était l’aîné d’une modeste famille de paysans du nord-ouest de l’Empire. Orphelin de père, la responsabilité de la ferme lui échut alors qu’il n’étais encore qu’un adolescent. La vie en ces contrées était particulièrement dure et le malheur s’abattit lors d’un hiver particulièrement rigoureux. La neige recouvrait le sol depuis près de six mois, les gens mouraient de froid ou de faim même dans les villes. Les récoltes de l’année passée étant maigres, la population subsistait grâce aux vivres importés des autres régions de l’Empire, quand le climat permettait leur acheminement. Malheureusement, les rares convois qui parvenaient à passer ne livraient qu’une nourriture souvent gâtée et en quantité largement insuffisante. Le brigandage devint monnaie courante car les gens désespéraient de trouver de quoi subsister et lutter contre le froid, sans compter les tribus sauvages venues du nord qui attaquaient les villages sans défense, brûlant, tuant et pillant tout sur leur passage. C’est en ces temps d’épreuves qu’un nouveau fléau s’abattit sur ces pauvres gens : la peste.

Une épidémie virulente et mortelle extermina les populations de villages entiers en quelques jours. Les victimes mouraient dans d’atroces souffrances, leurs corps devenaient bouffis, atteignant des proportions inouïes, des vergetures et autres bubons apparaissaient sur leur peau. Les gens étaient si terrifiés par cette maladie que lorsque le jeune frère de Feytor commença à en développer les premiers symptômes, tous les voisins abandonnèrent sur le champ leurs terres et s’enfuirent vers Wolfenburg où ils espéraient trouver un abri. Refusant de quitter la ferme, Feytor et sa famille soignèrent l’enfant malade du mieux qu’ils purent, se résignant au fait qu’ils étaient eux aussi déjà contaminés.

Feytor pria avec dévotion pour être délivré de cette terrible maladie, adressant ses suppliques à qui voudrait bien les entendre. Au grand étonnement des siens, ses prières semblèrent avoir été écoutées car le jeune garçon ne mourut point et eut même a suffisamment récupéré pour pouvoir marcher, bien que sa peau demeurât enflée et décolorée. Feytor portait également les premiers stigmates de la maladie, ses cheveux étaient tombés par poignées, sa peau était d’une pâleur maladive et des cernes sombre entouraient ses yeux. Néanmoins, la famille survécut et remercia silencieusement ce dieu qui les avait aidées.

Les gens qui avaient fini par regagner leurs demeures commencèrent cependant à les regarder d’un œil noir. Voyant l’apparence malsaine de Feytor et des siens, les fermiers les rejetèrent et refusèrent de commercer avec eux de peur d’être contaminés, la famille fut rapidement réduite au froid et à la faim et dut finalement quitter son foyer. Sur la route les voyageurs les évitaient, la frustration et la colère de Feytor ne faisaient qu’augmenter alors qu’il assistait impuissant au dépérissement des siens. Nul ne lui laissa l’occasion d’expliquer qu’ils n’étaient ni contagieux ni mourant. Du reste il finit par découvrir que sa chair malade n’en était que plus résistante au froid et à la douleur.

Chassé de ville en village, Feytor finit par se résoudre à installer sa famille dans une caverne située au pied des Montagnes Grises, à l’ouest de l’Empire. La région était giboyeuse et il put approvisionner les siens en nourriture et en fourrure. Ils furent heureux un temps, mais Feytor n’oubliait pas la façon dont on les avait traités, lui et les siens. Un soir, alors qu’il revenait de la chasse avec sa proie sur les épaules, il découvrit des empruntes de sabots dans la neige. Laissant précipitamment tomber le daim qu’il avait tué, il suivit en courant la piste qui menait à la caverne, traversa la large clairière qui s’étendait devant la grotte et y découvrit les corps calcinés de ses frères, de ses sœurs et de sa mère, attachés à des poteaux noircis. A leurs pieds s’étalaient les cendres fumante de ce qui avait du être une grande pile de bois. Un groupe d’homme observait ce spectacle sinistre en affichant des airs satisfaits. Aveuglé par la rage, Feytor bondit sur eux et égorgea le premier avec son grand couteau de chasse. Les autres lui firent face, horrifiés, et l’un d’eux aboya un ordre : « Mort au pestiféré ! »

Feytor lutta, ses poings massifs frappant furieusement de droite et de gauche. Ignorant les coups d’épées et de hallebarde qui déchiraient sa chair, il abattit ses adversaires un par un, achevant le dernier en frappant sa tête sur un roche. Peu à peu sa fureur se dissipa, des larmes montèrent à ses yeux et il se laissa tomber dans la neige pour pleurer, le visage enfoui dans les mains. Lorsqu’il revint à lui, il se sentit vide, comme si l’énergie qu’on lui avait momentanément prêtée s’était évanouie. Il parcourut du regard le carnage dont il était en partie responsable, les restes carbonisés de sa famille entourés des cadavres de leurs meurtriers, des soldats de l’Empire portant le tabar or et pourpre de l’Ostermark .

Leurs dépouilles étaient bouffies et des plaies suintantes étaient apparues sur leur peau, mais Feytor ne s’en aperçut pas. Il comprit qu’il n’aurait jamais de répit et pensa un instant mettre lui-même fin à ses jours. Il se releva pourtant et se mit en marche vers le nord sans autre raison qu’une vague intuition. Des soldats le pourchassèrent mais perdirent sa piste au bout d’un mois et Feytor disparut des annales de l’Empire, ne survivant qu’au travers d’histoires racontées au coin du feu lors de longues soirées d’hiver.

Les sagas des tribus barbares de Norsca parlent néanmoins de l’arrivée d’un homme malade venu du sud et pourchassé par ses compatriotes. Intrigués, les Nordiques repoussèrent les poursuivants, laissant l’homme livré à lui-même. Le chef de la tribu des Frères Loups avait eu une vision de l’arrivée de l’étranger, mais demeurait incertain quant à son sens. Les barbares l’observèrent et le suivirent alors qu’il pénétrait sur leur territoire et s’installait dans une caverne. Les soldats lancés à ses trousses lui avait infligé de très graves blessures mais il survécut, ce qui impressionna grandement les Frères Loups, et, au bout de plusieurs semaines, la tribut se décida enfin à l’approcher. Les légendes des Nordiques gardent le souvenir de cette rencontre car elle eu un impact considérable sur ce peuple robuste. Après l’arrivée de Feytor, de nombreux barbares se tournèrent vers l’adoration de père Nurgle, certains s’élevèrent même au rang de Champion apportant ainsi gloire et fierté aux Frères Loups.

Feytor fut admis au sein de la tribu après avoir battu l’un de ses meilleurs guerriers au cour d’un duel à mains nues. C’est en discutant ensuite longuement avec le chamane qu’il réalisa que c’était Nurgle lui-même qui avait protégé sa famille de l’épidémie, et que c’était également cet être divin qui lui avait donné la force nécessaire pour les venger. S’instruisant du mieux qu’il put sur son protecteur, Feytor commença à le vénérer pieusement.

Après plusieurs années, il tenta de convaincre les Frères Loups qu’ils étaient assez puissant pour étendre leur territoire et s’aventurer jusqu’au nord de l’Empire et Kislev. Leur chef, Svolos Wolf, rejeta sa requête et la graine amère du ressentiment recommença de croître en Feytor . Il finit par défier Svolos et tous d’eux s’affrontèrent lors d’un combat à mains nues. Le chef de la tribu était un guerrier expérimenté, grand et massif, et il avait déjà battu nombre de prétendant au pouvoir. Sa charge repoussa son adversaire, mais Feytor se contenta de sourire et encaissa sans broncher ses attaques. Ignorant des blessures qui aurait brisé un homme moins robuste, il mit Svolos à terre et fit pleuvoir sur lui une grêle de coups alors que le reste de la tribu les regardait silencieusement. Les poings sanglants, Feytor finit par se relever du corps inerte de son adversaire et les Frères Loups le considérèrent dès lors comme leur chef.

Il commença à prêcher la parole de Nurgle auprès des autres tribus, leur intimant de le rejoindre. Lorsqu’elles refusaient de lui prêter allégeance, la maladie et la peste s’abattaient sur elles, terrassant sans discernement les guerriers accomplis comme les enfants. Feytor revenait alors les voir, leur disant qu’ils devaient abandonner leurs dieux car seul l’amour bienveillant de Nurgle pourrait les sauver. Son armée grandit rapidement à mesure que les peuplades avoisinantes s’empressèrent de le rejoindre.

La décennie suivante vit s’accroître sa puissance et sa renommée. Il devint immensément fort et son corps se révéla insensible à la douleur. Grâce au dévouement de ses acolytes dont la plupart avaient suivi son exemple et vénéraient Nurgle , ses troupes devinrent une force redoutable, terrifiant l’ennemi par leur apparence cadavérique et leur monstrueuse résistance. Un méphitique brouillard jaunâtre accompagnait la horde tandis qu’elle marchait au son du bourdonnement des myriades de mouches. Rares étaient ceux qui pouvaient l’affronter sans peur. Au fond de son âme corrompue, Feytor savait que l’heure de la vengeance sur l’Empire était proche, il continua d’étendre son royaume et de répandre toujours plus loin la parole de Nurgle.

Ceux qui croisèrent la route de ses guerriers les appelèrent les Décomposés et ils firent une fierté d’adopter ce nom, abandonnant à jamais le nom des Frères Loups. La tribu était précédée partout d’une effrayante réputation. Quelques-uns des tout premiers membres des Décomposés étaient encore vivants et ils avaient depuis longtemps troqué leurs vêtements de fourrure et de cuir pour de lourdes armures soudées à leurs chairs putréfiées. Ils semaient la terreur au sein des rangs ennemis, avançant inexorablement sans ce soucier des blessures reçues. Ils se mesurèrent sous des cieux tumultueux aux plus redoutables bandes guerrières des Désolations du Chaos épargnant systématiquement un seul de leurs adversaires, horriblement contaminé, afin qu’il aille porter leur bonne parole.

Feytor eut une vision lorsque la comète traça dans le ciel son sillon lumineux. Père Nurgle s’était déjà, par le passé, manifesté par de tells présages et ceux-ci s’étaient toujours avérés judicieux, lui apportant succès et renommée. La vision lui fit comprendre qu’il devait se rendre vers les montagnes où il rejoindrait un certain Archaon un être également nommé le Grand Unificateur. L’allégresse emplit le cœur de Feytor, l’heure de la vengeance allait bientôt sonner…

Source[modifier]

  • White Dwarf 100 - Août 2002