Troisième Bataille du Col du Feu Noir

De La Bibliothèque Impériale

De lourds nuages sombres coiffaient les Montagnes du Bord du Monde, dissimulant le Col du Feu Noir et baignant le champ de bataille dans une lumière grise et diffuse Les forces de l’Empire avaient réussi à débusquer la horde d’Orques et à provoquer l’affrontement dans une gorge étroite où la Vieille Route des Nains descendant du col atteignait les collines rocheuses. Si les Peaux-Vertes n’étaient pas arrêtés ici, ils déferleraient sur les plaines d’Averland.

Kurt Helborg, le Reiksmarshall de l’Empire, observait le champ de bataille du haut d’une butte. Son visage couturé de cicatrices exprimait une inquiétude intense.

« Pouvez-vous le voir ? » demanda-t-il au Maître de la Guilde des Ingénieurs qui scrutait le ciel orageux à l’aide de son télescope.

« Oui, » répondit ce dernier, « Il revient vers nous, mais son Griffon vole d’une manière un peu inhabituelle, je crains qu’il n’ait été blessé… »

Il devint bientôt possible de distinguer la grande silhouette de Griffe Mortelle et celle de son cavalier, l’Empereur Karl Franz en personne. Le Griffon était de toute évidence mal en point et volait avec difficulté. Les deux officiers supérieurs et les chevaliers de la Reiksguard, qui étaient restés en réserve au pied de la butte oublièrent momentanément la bataille pour observer avec appréhension ce petit point dans le ciel. Les chevaliers retenaient leur souffle, inquiets pour la vie de leur seigneur, mais le fidèle Griffon parvint à atteindre leurs rangs en dépit de ses graves blessures et fut accueilli par des cris de triomphe. Immédiatement, l’Empereur, fut entouré de ses hommes. Il s’assura tout d’abord que son Griffon put immédiatement être ramené à Altdorf par l’un des chariots de ravitaillement, et n’accepta qu’ensuite une flasque d’ale. Il enfourcha alors son destrier et l’éperonna pour s’approcher du Reiksmarshall au sommet de la butte.

Tandis que Karl Franz mettait pied à terre, les deux vieux officiers s’enquirent de l’état du Griffon. « Griffe Mortel est-il gravement touché, sire ? »

« Il vivra, et il volera de nouveau, j’en suis certain ! » les rassura Karl Frantz, avant de remarquer la mimique amusée du Reiksmarshall qui venait de réaliser qu’il était couvert de sang. « Que regardez-vous donc ? » demanda Karl Franz en souriant, tandis qu’il essuyait son armure. « Je sais que les Géants sont plutôt stupides, mais je vous assure qu’ils ont assez de cervelle pour qu’un homme puisse s’y baigner ! Tout du moins était-ce le cas de celui-là… Bien, comment se déroule la bataille ? »

Kurt Helborg retrouva son sérieux. « Une impasse Monseigneur, les Orques tentent de forcer le passage hors de la gorge, mais l’infanterie tient bon. Nous nous battons à un contre cinq, mais ils ne peuvent pas faire jouer l’avantage du nombre dans la gorge. Qui plus est, ils sont tellement serrés qu’ils forment des cibles parfaites pour notre artillerie, qui inflige des pertes terribles. »

« Mais ce sont des Orques, ils ne craignent pas la mort… et ne reculeront pas, » murmura l’Empereur avant d’ajouter : « Ne trouvez-vous pas leur attaque inhabituelle ? Nous n’avons vu jusqu’à présent qu’un grand nombre de Gobelins et peu de guerriers Orques : seul ce Géant représentait une réelle menace. Où sont leurs meilleures troupes ? »

« Peut-être plus haut dans le col, à l’assaut du fort Nain, » proposa Helborg. « Si les Nains résistent encore. »

« Espérons-le, Kurt, » répondit Karl Franz. « Mais veuillez avertir vos chevaliers que je risque de leur demander de combattre à pied si la situation se dégrade Le sol accidenté de la gorge n’est pas fait pour la cavalerie. »

« Ils n’aiment pas combattre à pied, mais ils ont tous juré de vous suivre jusqu’au Grand Nord si nécessaire. Commandez et ils obéiront. »

« Merci, Kurt, » approuva l’Empereur avant de reporter son attention sur la bataille.


À cette distance, la grande différence entre les styles de combat des deux races était évidente. La ligne de front de l’Empire ressemblait à une digue d’acier qu’une immense marée verte tentait de submerger. Des milliers d’Orques et de Gobelins déferlaient du col en hurlant de féroces cris de guerre. De grandes bandes de sauvages guerriers se jetaient sur les rangs disciplinés de l’infanterie impériale.

Les attaquants étaient accueillis par les salves d’arquebuses de petits détachements déployés entre les unités principales de hallebardiers et de lanciers Les détonations et l’impact des balles suffisaient parfois à disperser l’ennemi, surtout les Gobelins peureux. Les Orques étaient plus difficiles à stopper, et arrivaient souvent au contact. Les hommes devaient alors affronter des guerriers qui comptaient parmi les meilleurs du Vieux Monde. Seul à seul, un soldat humain n’avait aucune chance contre un Orque. Ces monstres étaient lents, mais pouvaient continuer à se battre même avec une lance en travers du corps Une fois de plus, les tactiques des hommes compensaient leur relative faiblesse individuelle. Les rangs serrés de lanciers et d’épéistes encaissaient les charges, et résistaient assez longtemps pour que les détachements de hallebardiers frappent les Orques sur le flanc pour les mettre en déroute.

L’artillerie impériale dominait le champ de bataille. Ses Canons détruisaient les catapultes rudimentaires des Orques avec précision, tandis que les mortiers et les redoutables Canons à Répétition de l’École Impériale d'Ingénierie fauchaient des régiments entiers. Ici et là, une langue de feu ou un éclair aveuglant frappait l’ennemi, indiquant qu’un sorcier avait gagné son duel contre les chamans Peaux-Vertes, dont la magie capricieuse pouvait s’avérer aussi dangereuse pour leurs congénères que pour les troupes de l’Empire.

Jusqu’à présent, la bataille restait indécise. Les soldats de l’Empire avaient repoussé de nombreuses charges, mais le nombre de Peaux-Vertes semblait infini, tandis qu’assaut après assaut, celui des humains s’amenuisait. L’Empire disposait de réserves, mais elles étaient principalement composées de miliciens mobilisés à la hâte. Les arbalétriers mercenaires ne pouvaient rivaliser avec les arquebusiers, et les combattants des franches-compagnies n’avaient pas la discipline de troupes régulières parfaitement entraînées. L’artillerie finirait aussi par manquer de munitions, si bien que le seul espoir des impériaux était de briser le moral des Orques. Ce même instinct primitif qui rendait les armées Peaux-Vertes si dévastatrices pouvait aussi causer leur effondrement face à une résistance assez forte.

La bataille continua pendant des heures, et les Orques attaquaient toujours avec férocité. Les soldats de l’Empire étaient exténués, mais tenaient grâce à leur discipline de fer. Ils savaient aussi qu’ils se battaient pour sauver la vie de leurs familles, et que l’Empereur était là avec eux. Alors ils continuaient à se défendre avec acharnement. Même lorsque des régiments entiers étaient submergés par la horde verte, les hommes de l’Empire tenaient bon et résistaient. Leur détermination commença à porter ses fruits, car les charges ennemies perdirent un peu de leur énergie Les brutes sauvages semblaient un peu moins confiantes à présent qu’elles devaient escalader des piles de cadavres verts qui encombraient la gorge pour continuer à attaquer.


Depuis sa position surélevée au sommet de la butte, l’Empereur remarqua que l’attaque ennemie se faisait moins intense. C’était peut-être le moment de demander à sa garde personnelle de mettre pied à terre et de le suivre au cœur de la mêlée pour asséner le coup de grâce aux Orques. Il en étudiait la possibilité lorsque survint quelque chose de terrible. Une grande clameur retentit au nord-est, où de nouveaux ennemis firent leur apparition à la lisière d’un bois proche du flanc gauche de l’Empire. D’énormes Orques montés sur de brutaux sangliers de guerre quittaient le couvert des arbres pour charger vers l’artillerie paniquée.

Pire, les Chevaucheurs de Sangliers avaient à leur tête l’Orque le plus énorme que l’Empereur avait jamais vu. C’était un véritable monstre de près de trois mètres de haut, aussi massif que la bête féroce qui le portait. Incarnation même de l’esprit sanguinaire de sa race, il faisait tournoyer une énorme hache de bataille au-dessus de sa tête et hurlait un cri de guerre en menant la charge de ses guerriers. C’était sûrement le Chef de Guerre responsable de la création de la [[Waaagh!]], une terrible menace pesant sur les royaumes des humains et des Nains du Vieux Monde.

La cavalerie Orque piétina les artilleurs et enfonça le flanc gauche de la ligne de front de l’Empire. Des régiments entiers furent pris au dépourvu et massacrés, tandis que quelques unités prenaient la fuite et que la panique se répandait. Rien ne semblait pouvoir arrêter le Chef de Guerre Orque. Dans le même temps, les bandes de Gobelins qui se trouvaient sur la route face aux lignes impériales furent écartées par de nouvelles troupes qui chargèrent aussitôt après la cavalerie. Les Gobelins qui ne furent pas assez rapides pour s’écarter furent impitoyablement piétinés par les nouveaux arrivants. C’était des Kostos, l’élite des guerriers Orques, de coriaces vétérans couverts de cicatrices, plus grands et plus forts que les autres. Non loin de là, de petits groupes de Trolls monstrueux étaient poussés vers les hommes, et un autre Géant fit son apparition pour participer au massacre.

« Sire… » fit le Reiksmarshall abasourdi.

« Je sais, Kurt, » l’interrompit Karl Franz. « Cela explique pourquoi le contingent du Stirland n’est pas arrivé. Nous avons sous-estimé la ruse de ces sauvages. Nous sommes tombés dans un piège colossal ! »

« Sire, il ne reste qu’une seule chose à faire. Vous devez retourner à Altdorf. Je vous demanderais seulement escadron de chevaliers de la Reiksguard pour engager les Chevaucheurs de Sangliers et donner le temps au reste l’armée de battre en retraite. »

Karl Franz écouta cette proposition, déconcerté, et regarda silencieusement dans la direction de sa capitale. Oui, il pourrait se replier à Altdorf, et y lever une nouvelle armée. Puis son regard tomba sur les vertes plaines du Moot à l’horizon, et il pensa au sort qui attendait cette joyeuse contrée et tous les gens des provinces orientales l’Empire s’il suivait le sage conseil de Kurt. Il afficha un instant un sourire sardonique, puis se tourna vers Reiksmarshall pour lui faire part de sa décision.

« Non, » dit l’Empereur avec fermeté. « Pas tant que je vivrai. Kurt, vous allez retourner à Altdorf avec un petit escadron et organiser les défenses en cas de défaite. Ma place est ici. Nous savons tous que les Peaux-Vertes ne sont plus rien sans chef, et c’est là que réside notre dernier espoir. Je vais affronter personnellement leur Chef de Guerre, alors seulement nous serons fixés sur l’issue de la bataille. »

« Mais Sire, c’est trop risqué, il vaudrait mieux… »

« C’est un ordre, Kurt. Nous n’avons pas de temps à perdre. »

Devant le regard déterminé de l’Empereur, Kurt Helborg renonça. Il savait que rien de ce qu’il pourrait dire ne le ferait changer d’avis. Il réalisait aussi qu’ils ne se reverraient probablement jamais, mais Kurt était un soldat, l’un des meilleurs, et il réagit comme tel. Le vieux vétéran salua et répondit : « Bien, Sire. Que Sigmar soit avec vous. »

Et il partit.

Karl Franz enfourcha son destrier noir et s’adressa au Maître de la Guilde des Ingénieurs : « Dites à vos hommes de concentrer leurs derniers tirs contre ce Géant, et d’abandonner leurs pièces lorsqu’ils n’auront plus de munitions. Il y aura déjà assez de morts aujourd’hui. »

Puis il avança vers la bannière de la Reiksguard et s’adressa aux chevaliers.

« Soldats, je vais vous mener dans une charge désespérée. Je ne vous mentirai pas, nous ne sommes pas assez nombreux pour vaincre cette horde de Chevaucheurs de Sangliers. Nous n’avons qu’une seule chance. Vous savez que les armées Orques fondent comme neige au soleil si le chef est tué, et c’est là notre seul espoir de vaincre. Je veux affronter leur commandant et j’ai besoin de votre aide pour parvenir jusqu’à lui. C’est un sacrifice que je ne veux imposer à aucun d’entre vous. Quiconque désire partir avec Kurt est libre de le faire ; votre Reiksmarshall aura besoin de votre protection sur la route d’Altdorf. Ceux qui décident de rester doivent savoir qu’ils choisissent probablement la mort. Mais qu’ils sachent aussi que si nous réussissons, nous aurons sauvé des milliers de vies innocentes, et nous pourrons être fiers d’avoir été prêts au sacrifice ultime au nom de l’Empire. Si nous périssons, ce sera avec nos armes à la main, et il n’est pas de plus belle mort pour un guerrier. Nous irons tous nous asseoir au banquet de Sigmar comme les héros de jadis. Notre peuple chantera nos exploits et se souviendra de nos noms jusqu’à la fin des temps. Dans tous les cas, nous deviendrons des légendes. Cela, je peux vous le promettre. Alors, qui est avec moi ?!? »

Un murmure parcourut les rangs des chevaliers, et le porte-étendard répondit à l’Empereur : « Monseigneur, je suis sûr de parler pour nous tous. Nous resterons avec vous jusqu’à la mort. Nous nous sommes préparé toute notre vie pour ce moment, et nous avons tous juré de la donner pour vous protéger. Aucun d’entre nous n’entachera la tradition de la Reiksguard en tournant le dos au danger ou en vous abandonnant ! Chevaliers de la Reiksguard, votre Empereur fait appel à vous ! » Cinq cent épées jaillirent de leurs fourreaux et se dressèrent vers le ciel, puis d’un seul mot les chevaliers renouvelèrent leur serment de fidélité : « SIGMAR ! »

Plein de fierté, l’Empereur tourna son destrier vers la horde verte en contrebas et, levant le marteau sacré du Dieu de l’Empire, cria : « Avec moi, hommes de l’Empire. Chargez ! »


Les lignes impériales étaient disloquées, et seul le flanc droit tenait encore à peu près en place. Au centre, il ne restait guère que deux régiments. Le plus grand était un groupe de Flagellants déments, trop obnubilés par la fin du monde pour penser à sauver leurs vies. Non loin de là, les Joueurs d'Épée d’Averland résistaient désespérément en carré pour protéger Marius Leitdorf, le Comte Électeur d’Averland. Les deux groupes d’humains ressemblaient à des îlots dans une mer verte, mais leur sacrifice ralentissait l’avance ennemie et donnait le temps au flanc droit de se réorganiser. Soudain, les Chevaucheurs de Sangliers furent sur eux. Le Chef de Guerre Orque fit charger sa monture Géante droit sur les hommes en armure lourde, et se fraya un passage vers le Comte. Marius Leitdorf s’avança à sa rencontre, esquiva la charge de la bête et fit décrire un arc mortel à son Croc Runique. Le massif sanglier fut éventré par la lame magique et son cavalier tomba au sol. Les Orques hésitèrent un instant, mais le Chef de Guerre se remit immédiatement debout pour sauter sur le Comte Électeur.

Le duel fut terminé en quelques secondes. La créature para le Croc Runique avec sa hache et laissa le Comte le poignarder avec la longue dague qu’il maniait de l’autre main. La lame perça le cuir et les muscles de l’Orque, qui parut malgré tout ne pas sentir la blessure et saisit le Comte par le cou de la main gauche. Le grognement étranglé de l’homme fut rapidement interrompu par un horrible bruit de vertèbres broyées, et le corps de Marius Leitdorf retomba sans vie.

Le Chef de Guerre regarda autour de lui pour contempler sa victoire. Les zoms étaient vaincus, et le reste de leur minable armée serait bientôt écrasé. Ils se battaient encore contre ses gars, mais la vue de leur chef mort entre ses mains devrait achever de briser leur moral, pensait-il.
Mais des cris d’espoir retentirent dans les lignes des zoms, qui regardaient tous vers l’ouest et semblaient reprendre courage. Le Chef de Guerre ne comprenait pas ce qui se passait, mais il sentit vibrer le sol et entendit le son d’un cor en même temps que les cris de panique des gobs derrière les gars sur Sangliers, et finit par apercevoir les chevaliers ennemis qui chargeaient ces derniers en piétinant les gobs au passage.
Au début, les zoms semblaient gagner. Leur charge s’enfonça profondément dans le régiment de Chevaucheurs de Sangliers et des dizaines de ces féroces guerriers tombèrent. Mais les Orques étaient trop nombreux, et les zoms perdirent l’élan de leur charge. Leurs lances brisées, leurs destriers épuisés et blessés, ils se rallièrent autour de leur bannière.
Alors le Chef de Guerre Orque remarqua leur chef et comprit que celui qu’il venait de tuer n’était pas le chef des zoms. Et il reconnut ensuite son arme : Brise-Crâne ! Les chamans disaient que ce marteau était le fléau de sa race depuis l’aube des temps. Si le chef des zoms avait le marteau, c’est qu’il devait être le chef de tous les zoms, celui qu’ils appelaient « Amp’reur » . L’Orque fut plein de fierté, car il allait tuer l’Amp’reur et prendre son marteau. Tous les zoms se rendraient et encore plus d’Orques viendraient dans sa Waaagh!. Ensuite il pourrait massacrer les nabots barbus et il deviendrait le plus grand Chef de Guerre qui marche sous le ciel de Gork et Mork !
L’Amp’reur des zoms l’avait repéré aussi et se dirigea vers lui en se frayant un chemin à travers les Chevaucheurs de Sangliers. Le Chef de Guerre était impatient d’en découdre et ordonna à sa bande de retenir les autres chevaliers, mais de laisser le grand zom avec le marteau venir à lui.
Ses gars, qui avaient presque terminé d’écraser les derniers Joueurs d’Épée, grognèrent affirmativement et chargèrent.


Karl Franz éperonna son cheval vers le Chef de Guerre Orque. Il ne sentait plus son bras tant il avait abattu de Chevaucheurs de Sangliers à coups de marteau, et voici qu’une nouvelle bande se dirigeait encore vers lui et sa Reiksguard. Ceux-là étaient impressionnants, encore plus grands que des Chevaucheurs de Sangliers ordinaires, avec de meilleures armes et armures. Et ils étaient plus nombreux que les chevaliers survivants… la situation était grave. Qu’importe, il allait leur faire chèrement payer sa vie. « Pour Sigmar et l’Empire ! » cria-t-il en fermant sa visière pour charger les Orques. Les chevaliers et la bande du Chef de Guerre se rencontrèrent dans un grand fracas métallique, mais quelque chose d’étrange se passa autour de Karl Franz : les Chevaucheurs de Sangliers s’écartèrent et le laissèrent passer, pour concentrer leurs attaques sur la Reiksguard. L’Empereur arrêta son cheval et s’apprêtait à se retourner, lorsqu’il vit le Chef de Guerre droit devant lui, qui l’attendait au-dessus du corps de Marius Leitdorf. Le monstre leva sa hache dans un geste de défi qui lui était clairement destiné. L’Empereur comprit, galopa vers le Chef de Guerre et mit pied à terre, se préparant pour la confrontation finale.

Les deux adversaires se jaugèrent mutuellement pendant quelques secondes, et la bataille sembla s’arrêter. Un silence irréel tomba sur le champ de bataille, tandis que tous les yeux se tournaient vers les deux champions.

Tous, hommes et Orques, savaient que l’issue de la bataille dépendait de cet instant. Tous deux étaient de fantastiques combattants, représentant chacun le summum du talent guerrier de leur race.

L’Empereur était de grande taille, bien bâti et revêtu de son armure noire. Il avait retiré son heaume, conscient de l’importance du regard en combat singulier Le Sceau d’Argent brillait comme une étoile sur sa poitrine et les runes de Ghal Maraz, le grand Marteau de Sigmar, émettaient une lueur ardente.

Son adversaire, une véritable montagne de muscles verts, le dominait de toute sa taille. Sa respiration bruyante lui faisait penser à une bête sauvage s’apprêtant à charger. Les bouts d’armures attachés à son corps immense semblaient plus avoir une fonction décorative que protectrice pour sa chair aussi dure que de la pierre. Sa lourde hache était aussi grande qu’un homme, et Karl Franz remarqua les petites étincelles vertes qui émanaient du tranchant - il devrait faire face à plus que de la simple puissance musculaire.

Voyant le regard de l’Empereur dirigé vers sa hache, le Chef de Guerre Orque profita de l’opportunité pour se jeter sur lui. Il se déplaçait à une vitesse inimaginable pour une créature aussi massive, et son cri de guerre à lui seul mit à mal l’esprit combatif de l’humain. Les instincts développés par des années d’entraînement dans les meilleures écoles d’escrime et l’expérience gagnée sur des dizaines de champs de bataille sauvèrent l’Empereur. Il leva son bouclier juste à temps pour intercepter la hache qui visait son cou L’impact fut terrible. La hache trancha le bouclier décoré de l’emblème impérial, mais fut bloquée par son armure, le Sceau d’Argent contrant les énergies qui auraient autrement permis à la terrible hache de lui amputer le bras. Karl Franz ignora la douleur et riposta avec Ghal Maraz. Le marteau frappa l’Orque à l’épaule, provoquant un terrible hurlement de douleur.

Cela donna à l’Empereur le temps de se remettre et de garder ses distances avec son adversaire. Il ne voulait pas que l’Orque puisse s’approcher de trop près, car si ce monstre parvenait à le saisir, c’en serait fini de lui. La blessure sembla éliminer toute trace de pensée rationnelle dans l’esprit de l’Orque. Ses instincts les plus basiques reprirent le dessus et il chargea avec encore plus de férocité. Les séries de coups qui suivirent furent parées, esquivées et renvoyées par les deux adversaires, au cours de passes d’armes parfois trop rapides pour que les troupes se trouvant autour puissent les suivre clairement.

Après quelques longues minutes, il devint évident que Karl Franz n’avait pas l’avantage. Son corps était engourdi là ou certains coups l’avaient atteint, et il sentait son propre sang couler dans les jambières de son armure. Ses forces l’abandonnaient, tandis que son monstrueux adversaire continuait à attaquer sans relâche. Puis l’Empereur commença à reculer, et finit par trébucher et mettre un genou à terre. À ce spectacle, un cri de douleur s’éleva des troupes impériales. Le Chef de Guerre Orque, savourant d’avance sa victoire, se prépara à donner le coup de grâce.

Karl Franz était terrassé de douleur. Il comprit qu’il perdait ce duel car sa race avait perdu cette sauvagerie qui faisait la force de son adversaire. La civilisation avait apporté beaucoup d’avantages à l’humanité, mais à présent les hommes dépendaient de plus en plus de la poudre noire et d’autres inventions qui se battaient à leur place, si bien que l’esprit guerrier de leurs ancêtres barbares n’était plus aussi fort que par le passé. Si seulement il pouvait avoir la force du Saint Sigmar de jadis, qui vainquit exactement le même ennemi, très précisément dans cette même passe, il y avait des millénaires de cela… Si seulement il pouvait retrouver cet esprit guerrier pour sauver ses sujets et protéger son royaume.

Sa prière silencieuse était sincère et fut entendue.

Karl Franz ignorait d’où lui étaient venues ces nouvelles forces. Était-ce du marteau qu’il tenait encore à la main, ou des tréfonds de son âme, il n’aurait su le dire. La douleur avait subitement disparu, ses muscles étaient gonflés d’une puissance surnaturelle et il sentait une sauvagerie primitive dans son cœur.

L’Empereur se releva face à l’Orque. Le Chef de Guerre s’immobilisa. Il ne pouvait pas en croire ses yeux. Il combattait un homme en armure… alors pourquoi se trouvait-il devant un guerrier Géant vêtu de fourrures ? Ce n’était pas la même personne, celui-ci était plus grand, plus fort, mais le marteau qu’il tenait à la main était la même arme légendaire L’homme lança un cri de guerre qui se répercuta dans les montagnes comme tant de siècles auparavant : « Unberogens ! »

En entendant ce nom, les instincts du Chef de Guerre furent submergés par des souvenirs inscrits dans la mémoire collective de sa race, des souvenirs de guerriers barbares qui triomphaient des Orques dans la guerre pour la domination des plaines fertiles, et qui les repoussaient dans les désolations au-delà des montagnes. En ce temps-là, les hommes étaient menés par ce même champion, celui qui avait arraché cette terre aux Peaux-Vertes.

Si le Chef de Guerre avait pu connaître une telle émotion, c’est alors qu’il aurait senti la peur. Au lieu de cela, il eut plutôt une hésitation, une seconde d’hésitation qui allait lui coûter cher.

Ghal Maraz frappa le front de l’Orque dans un bruit de tonnerre.

Le Géant vert tomba tandis que la vie s’écoulait rapidement de son crâne brisé. Il regarda à travers son propre sang l’ennemi qui l’avait vaincu. C’était à nouveau l’homme blessé en armure noire, pas le guerrier barbare à l’allure divine. L’Orque ne comprenait pas quel pouvoir l’avait vaincu, et leva une main dans une dernière tentative d’attaque, mais ses forces l’abandonnaient et son bras retomba. Puis il ne vit plus rien…

La bataille était terminée. Devant la défaite de leur Chef de Guerre, les Orques se dispersèrent et s’enfuirent jusqu’à leurs sinistres territoires. Les hommes, trop fatigués pour les poursuivre, s’occupèrent de leurs blessés en commençant par leur glorieux Empereur.

Depuis ce jour, le nom de Karl Franz est prononcé dans l’Empire avec encore plus de fierté, car tous ont entendu le récit de ce duel. Et même si, dans les années qui suivirent, l’histoire de la bataille fut embellie et exagérée, nul ne doute que ce jour-là, Sigmar en personne combattit au côté de ses guerriers.

Source

  • Livre d'Armée de l'Empire, V6