La Nuit des Plaisirs et des Souffrances

De La Bibliothèque Impériale

En 2452 (C.I.), à la fin de la Saison de la Décadence, lorsque les rites dédiés à Atharti, la Déesse du Plaisir, étaient à leur comble, le Roi Sorcier ruminait dans sa tour. Sa soif de vengeance avait effacé depuis longtemps ses désirs de plaisirs terrestres, si bien qu’il passait les festivités à fomenter son prochain coup. Toutefois, les heures passant, le Roi Sorcier s’aperçut que quelque chose clochait. Les cris gagnaient en désespoir, et les rires se faisaient toujours plus cruels et tourmentés. Il sortit sur son balcon et se pencha au-dessus de la rambarde en fer forgé. Ce qu’il suspectait se confirma : les sons qui s’élevaient des rues n’étaient plus ceux de plaisirs dépravés, mais d’une bataille rangée.

Des Démons parcouraient Naggarond, apparemment attirés par les excès commis cette nuit-là. Cependant, le Roi Sorcier remarqua bientôt un Gardien des Secrets à la corne brisée, et comprit que cet assaut ne relevait pas de l’opportunisme, mais de la soif de revanche, car le chef de la horde n’était autre que N'kari. Le Roi Sorcier tapota la rambarde des doigts tout en observant la bataille avec un intérêt grandissant. Des nuées de Démonettes suivaient le Démon Majeur et riaient tout en frappant les Elfes Noirs de droite et de gauche. Néanmoins, les gardes de la ville avaient commencé à réagir. Des Démons se mirent à glisser au sol, leur ichor ignoble s’écoulant des blessures causées par les lances et les carreaux d’arbalètes à répétition. Pourtant, les Druchii n’étaient pas de taille face à N’kari, les pavois n’offrant aucun salut contre sa force titanesque. Malékith regardait avec fascination les Elfes Noirs battre en retraite pour tenter de trouver des positions plus favorables. À chaque fois, ils laissaient derrière eux un enchevêtrement de cadavres de Démons et de miliciens, là où leur mur de boucliers s’était dressé.

Les myriades de Démons semblaient sans fin, et le Roi Sorcier ne parvenait pas à déterminer l’endroit d’où ils émergeaient dans le monde réel. Il supposa qu’ils provenaient d’une demeure où les rites en l’honneur d’Atharti avaient été un peu trop enfiévrés. Le mur de boucliers des Elfes se dressait désormais sous le portique menant à la cour intérieure de la Tour Noire. Malékith hocha instinctivement la tête en voyant que Kouran avait pris le commandement. Quelques minutes auparavant, le capitaine de la Garde Noire était lui aussi en train de célébrer Atharti avec autant d’enthousiasme que le reste de Naggarond, cependant il avait instantanément retrouvé ses esprits lorsque le danger s’était manifesté. Sous ses ordres, les lances des Elfes repoussèrent les Démonettes, puis les phalanges reculaient de nouveau. Prenant cela pour un aveu de faiblesse, les servantes de Slaanesh poussèrent des ululements extatiques et s’élancèrent une fois de plus, mais des centaines d’entre elles furent abattues par les machines de guerre disposées sur les murailles.

Les Démons s’engouffraient dans un piège mortel. Le mur de boucliers se reforma à l’autre bout de la cour, renforcé par des troupes fraîches. Des neuf portes de la ville arrivèrent des Cavaliers Noirs et des Chevaliers sur Sang-Froid, les pointes de leurs lances étincelant au clair de lune signalant leur venue. Enfin, les guerriers de la Garde Noire dévalèrent les marches de basalte de la tour du Roi Sorcier. Les Démonettes mouraient empalées sur les lances et décapitées par les hallebardes, mais elles ne freinaient pas leur assaut pour autant. Des Bêtes de Slaanesh trottaient dans la cour, et finissaient carbonisées par les traits magiques des Sorcières disséminées dans les rangs des Druchii. Des Veneuses de Slaanesh esquivèrent habilement les tirs et sautèrent par-dessus les rangs de la Garde Noire, directement sur les marches d’obsidienne au-delà, mais des Assassins surgirent et les éliminèrent avec leurs lames empoisonnées.

N’kari restait en retrait, toutefois deux autres Gardiens des Secrets s’étaient joints à la bataille et démembraient les Elfes comme des poupées de chiffons. Malékith cessa de tapoter distraitement la rambarde. Il avait laissé cette intrusion se prolonger parce qu’elle l’amusait, et afin d’éliminer les plus faibles de ses guerriers, mais la mascarade n’avait que trop duré. Se drapant majestueusement dans sa cape, il quitta le balcon et emprunta les escaliers menant à la cour. Il ne se pressa pas. Son intervention forcée lui faisait déjà honte, inutile donc d’y ajouter celle de l’empressement.

Il se joignit nonchalamment à la bataille. D’un claquement de voix, il libéra un mur de flammes contre les Démonettes qui assaillaient les défenseurs. L’air s’emplit de la puanteur de la chair de Démon carbonisée. Il pointa ensuite le doigt vers un des Gardiens des Secrets puis serra le poing. Le Démon Majeur hurla tandis que tous les os de son corps se brisaient tels des brindilles. La vigueur de l’attaque démoniaque était éreintée, et la Garde Noire en profita pour contre-attaquer. Elle accula rapidement le second Gardien des Secrets contre une statue de Khaine et le tailla en pièces.

N’kari rugit et fonça droit sur le Roi Sorcier. Le Démon Majeur ne se souciait pas de l’issue de la bataille, son seul but était de s’emparer de l’âme corrompue de Malékith. Sans un mot, la Garde Noire s’interposa, toutefois N’kari était le plus puissant de son engeance. D’un coup de pince, il envoya valser Kouran, et les autres guerriers périrent piétinés sous ses sabots ou pulvérisés par ses énormes poings. Dans un beuglement de triomphe, N’kari se fraya un passage jusqu’à Malékith qui l’attendait sur les marches de la Tour Noire. Alors que le Démon Majeur se rapprochait de lui, Malékith rit pour la première fois depuis des siècles. La dernière fois qu’il avait affronté ce Démon Majeur, il se trouvait au pied des murs de la Forteresse des Marches dans les Royaumes du Chaos. Cette fois-là, le Démon était au faîte de sa puissance et le Roi Sorcier était agonisant. Mais aujourd’hui, les rôles étaient inversés…

Le Gardien des Secrets ne fit preuve d’aucune hésitation et chargea tête baissée dans l’idée d’empaler Malékith avec l’unique corne qu’il lui restait. Le Roi Sorcier invoqua un trait de ténèbres qui aveugla le Démon et le fit vaciller. N’kari dépassa Malékith qui bondit sur le côté tout en portant un coup sauvage au Démon avec la Destructrice. N’kari meugla de douleur et fit volte-face en brandissant ses pinces. Malékith recula en parant les attaques du Démon. Il continuait de le harceler de ses flammes magiques, néanmoins N’kari était désormais sur ses gardes et dissipa l’enchantement en érigeant des défenses mystiques.

Malékith combattait maintenant dos à une colonnade. N’kari frappa mais le Roi Sorcier se baissa pour éviter l’attaque. Le coup disloqua la pierre et projeta des fragments dans toutes les directions, ce qui désorienta momentanément le Démon. Saisissant sa chance, le Roi Sorcier leva la Destructrice et l’abattit encore et encore. Chaque plaie sapait un peu plus la vitalité surnaturelle de N’kari. Ce dernier tituba et hurla de douleur quand la lame lui perfora l’épaule. Le Démon Majeur se redressa dans un ultime effort. Faisant preuve d’une rapidité inattendue, il saisit le Roi Sorcier pris au dépourvu par les épaules, lui immobilisant les bras.

N’kari sourit d’un air sadique et souleva le Roi Sorcier. Sa langue ophidienne vint lécher le protège-joue de son captif, y laissant une traînée de bave puante. Une poignée de Gardes Noirs se précipitèrent pour secourir leur maître, mais N’kari envoya d’un geste dédaigneux une nuée d’échardes magiques qui arrachèrent la chair des Elfes de leurs os. Alors que leurs cadavres s’écroulaient au sol, le Démon Majeur attrapa le Roi Sorcier à la gorge avec une de ses pinces.

Sans cesser de sourire cruellement, N’kari se mit à serrer, mais le Roi Sorcier n’avait pas dit son dernier mot. Il avait profité du bref répit pour préparer un sortilège d’une puissance terrifiante. Un éclair noir tomba des cieux sur le Démon Majeur et ravagea son corps. N’kari tituba et Malékith put enfin se dégager. Avant que le Démon retrouvât sa contenance, le Roi Sorcier saisit la Destructrice à deux mains et l’abattit avec une force terrifiante sur le cou de son ennemi, détachant sa tête d’un geste propre et net.

C’est ainsi que Malékith sauva Naggarond de la destruction, car même si les Démonettes étaient prêtes à poursuivre le combat en dépit de la destruction de leur maître, son trépas avait perturbé l’équilibre magique qui permettait aux Démons de pénétrer dans le monde réel. Constatant que la vigueur des Démons diminuait, les Elfes Noirs furent galvanisés. Hurlant des prières à Khaine et des louanges de Malékith, ils nettoyèrent les rues de toute présence démoniaque en quelques heures.

À la fin de la bataille, Malékith tint un discours au pied des marches de la Tour Noire. Il annonça que les célébrations en l’honneur d’Atharti continueraient un jour et une nuit supplémentaires, afin de fêter la victoire. Le Roi Sorcier se dirigea ensuite vers le temple de la déesse pour y faire déposer le corps décapité de N’kari, aucune autre offrande ne pouvant rivaliser avec la dépouille d’un Démon Majeur de Slaanesh aux yeux de la Déesse du Plaisir.

Source

  • Livre d’Armée des Elfes Noirs, V8