Lémure

De La Bibliothèque Impériale
Un Lémure, l’esprit vengeur des Elfes Sylvains protégeant leur domaine, même après leur mort
« Si tu lève ta hache, assure-toi, mon fils,
Que ce bois que tu coupe est bien mort,
Car en hiver, quand souffle la bise,
Et que le feu vacille sous le froid dehors,
Le rameau te fera chèrement payer ton acte,
Il te brisera les os, fracassera ton crâne !
Alors des arbres, respecte bien les âmes,
Et choisis avec soin le bois que tu frappes. »
- Chanson de paysan Bretonnien


Un Lémure est une brute, un colosse de bois mort animé, dont l’aspect est une parodie monstrueuse d’Elfe, silhouette voûtée et torturée de près de trois mètres de haut. Il ne combat pas avec finesse, mais en usant de ses poings noueux pour rouer l’adversaire de coups, broyant armure, chair et os. Les Lémures sont implacables, ne redoutant ni la douleur ni la mort, car leurs corps sont complètement insensibles et l’esprit qui habite chacun d’eux a trépassé depuis bien longtemps.

En effet, au cœur de chaque Lémures réside l’âme d’un Asrai défunt, bien que tous ne partagent pas ce sort. Seuls les esprits les plus forts conservent assez de caractère pour devenir une telle créature. La plupart, impatients de renoncer à l’identité et aux luttes qui ont régi leur vie mortelle, s’évanouissent dans la trame de la forêt. Bien que leur famille et leurs amis pensent parfois entendre la voix de leurs chers disparus portée par le vent, ce n’est que l’écho d’une vie depuis longtemps révolue. Cependant, les âmes devenues Lémures sont incapables d’abandonner l’emprise sur leur ancienne vie. Elles se forgent un nouveau corps à partir de bois mort afin de continuer à défendre ce qu’elles appréciaient de leur vivant, fusionnant avec les troncs d’arbres morts pour les obliger à se déraciner et, sous cet aspect robuste, ils peuvent s’opposer à ceux qui tentent de nuire à la forêt. Une fois le danger passé, ils s’immobilise à nouveau, silhouette morne et silencieuse. Ils semblent dénués de vie et lorsqu’ils ne bougent pas, il est impossible de les différencier d’un arbre mort et de deviner ce qu’ils sont en réalité. Ils n’en restent pas moins parfaitement conscients de leur environnement et peuvent frapper brusquement ceux qui passent à leur portée. La patience des Lémures est immense et ils peuvent rester des semaines sans bouger, jusqu’à ce que quelqu’un s’approche sans se méfier et soit impitoyablement écrasé d’un coup de branche.

Les Lémures reconnaissent rarement les individus qu’ils côtoyaient durant leur vie antérieure, car leur mémoire s’appuyait essentiellement sur leurs sens, et fut perdue avec leur dépouille. Ainsi, les fragments que possède un Lémure le perturbent plus qu’autre chose. Il y a bien sûr des exceptions, cependant, pour la plupart des Lémures, le monde est un endroit étrange, voilé de souvenirs oubliés. Bien que ces créatures puissent être appelées à garder des clairières particulières ou à veiller sur certains Elfes Sylvains, elles sont rarement conscientes de l’importance de ces lieux et des personnes dans le royaume des mortels auquel ils appartenaient de leur vivant. Par exemple, une telle créature a monté la garde dans les halls de sa famille pendant un millier d’années, sans se rendre compte que la même catastrophe qui avait fauché sa forme mortelle avait également tué tous les membres de sa lignée.

Amadri Écorce de Fer

Le célèbre seigneur Amadri Lance du Crépuscule fut torturé jusqu’à la mort par de viles Démonettes. Elles furent si avides de le voir endurer leurs sévices jusqu’au bout, qu’elles l’affligèrent d’une malédiction le condamnant à en ressentir à jamais les effets. Elles apprirent à regretter leur geste lorsque la forme mortelle d’Amadri périt, car leur enchantement lia également le Lémure qu’il devint à son trépas. Parfaitement au fait de son destin et de ses tortionnaires, Amadri se vengea cruellement à son tour. À jamais hanté par une douleur qu’il ne ressent plus vraiment, Amadri Écorce de Fer règne depuis sur Arranoc.

Toutefois, si la mémoire confuse d’un Lémure est source de tristesse pour la créature, il n’en fait jamais état. En effet, il est rare de les entendre parler. Lorsqu’ils sont forcés de communiquer, ces êtres le font avec lenteur et un ton creux, comme si leurs mots venaient du lointain. Toutefois, ils comprennent fort bien les instructions et délaissent sans rechigner leur surveillance volontaire si leur présence est requise ailleurs. Ce n’est jamais aussi flagrant qu’au début de la Chasse Sauvage, lorsque des centaines de Lémures émergent des bois profonds pour répondre à son appel. Au fond de lui, l’âme du Lémure résonne au son strident du cor d’Orion, impatiente de relever le défi. Ainsi la Chasse Sauvage s’apparente souvent à une forêt prenant vie, bouillonnant de rage et déterminée à reprendre les terres qui lui ont été volées durant les siècles passés. Il existe peu de spectacles aussi glorieux, voire plus effrayants. Il ne fait aucun doute qu’une telle vision est capable de réveiller les peurs les plus profondément enfouies des mortels, encore plus chez ceux pour qui les arbres sont une ressource indispensable, et sont à l’origine en Bretonnie de légendes évoquant des arbres à l’appétit inhumain.


Sources

  • Livre d’Armée des Elfes Sylvains, V6
  • Livre d’Armée des Elfes Sylvains, V8