Khazalid

De La Bibliothèque Impériale
Drogni le Jeune soupira et frotta ses yeux fatigués. La lueur des chandelles n'était pas bien vive, mais le reflet sur le métal poli était aveuglant. Il reprit son burin et commença à graver la prochaine rune, le prochain paragraphe de l'histoire de la chute de la tour de guet de Snorri Longuelame. Les sourcils froncés, les yeux presque fermés, il guidait habilement l'outil, retirant de minces copeaux de métal de la surface luisante comme un miroir. Les minces canaux tracés par la pointe se combinaient mystérieusement pour capturer le sens profond du récit, l'essence des mots. Il se demandait rêveusement quels sages et grands personnages se pencheraient sur cela, sur son travail, pour apprendre ce qui s'était passé. Il songeait que, peut-être, ils le regarderaient avec révérence et s'exclameraient : « Oh ! Regardez comme déjà, si jeune, il laisse entrevoir la maîtrise qu'il aura plus tard ! Regardez la finesse de ces lignes, la précision de ses… »
Une chiquenaude derrière la tête l'arracha à ses rêveries. « Petit imbécile ! » aboya le Scribe des Runes Barbe-de-Neige. « Quelle idiotie est-ce là ? Ne peux-tu oublier tes rêves prétentieux une seule petite heure ? Je devrais te raser moi-même pour cette offense ! Tu devais décrire le noble Snorri comme le massacreur d'une meute de Trolls puants ! Est-ce que tu ne sais pas faire la différence entre les runes "victoire" et "progéniture" ?! »


Les Nains sont très conservateurs, et leur langue, dont ils sont très fiers, n’a pas changé de façon notable depuis des milliers d’années, qu’elle soit parlée ou écrite sous sa forme runique.

Ils la parlent rarement en compagnie d’autres races et ne leur enseignent jamais. Pour les humains, c’est la « langue secrète des Nains », dont ils surprennent parfois des bribes mais qu’ils ne comprennent jamais.

Le langage Nain inclut très peu de mots humains ou elfiques. À l’inverse, on retrouve de nombreux emprunts au Khazalid dans la langue des hommes. Ceci est particulièrement évident dans le cas de mots ayant un rapport avec les domaines de prédilection des Nains, la construction et le travail du métal, des techniques que les hommes ont appris des Nains il y a bien des siècles. Ces emprunts au Khazalid signifient que certains mots Nains ressemblent beaucoup aux équivalents humains.

Bien sûr, certains mots Khazalides sont familiers aux ennemis des Nains, surtout les terrifiants cris, serments et jurons des Nains en guerre. Le plus célèbre est le fameux cri : « Khazukan Kazakit-ha », en abrégé « Khazuk ! Khazuk ! Khazuk ! », ce qui signifie : « Prenez garde, les Nains sont sur le sentier de la guerre ! » Il est également coutumier d’en appeler aux Dieux Ancestraux durant la bataille, principalement Grungni, le Dieu Forgeron, qui est de loin la plus importante des divinités Naines. Le son guttural d’un Nain hurlant le nom de Grungni peut faire flageoler les genoux d’un Elfe ou faire pâlir un Gobelin (ce qui lui donne alors un teint d’un jaune bizarre).

Les sonorités du Khazalid ne ressemblent pas au langage humain, ni à la langue mélodieuse des Elfes : elles sont comparées au roulement du tonnerre. Tous les Nains ont des voix très profondes et résonantes, et une tendance à parler plus fort que nécessaire, ce qui les fait paraître bagarreurs et irascibles (ce qui est généralement une bonne image de leur tempérament). Les voyelles Khazalides en particulier sont très fortement accentuées. Les consonnes sont souvent crachées de façon agressive ou roulées dans l’arrière-gorge, comme pour en déloger un petit bout de morve récalcitrant. Une taverne remplie de Nains soûls et bruyants est un endroit inquiétant, même quand ils n’en sont pas encore venus aux mains (à savoir, pas souvent).

Le vocabulaire du Khazalid reflète les préoccupations spécifiques de la race Naine. Des centaines de mots désignent différents types de roche, de conduits, de tunnels, et surtout de métaux précieux. D’ailleurs, l’or à lui seul est désigné par des centaines de mots, en fonction de sa couleur, de sa pureté, de son éclat et de sa dureté. Quand des Nains se réunissent pour une beuverie - c’est-à-dire à peu près chaque soir - un jeu populaire est la "Chanson de l’Or", durant laquelle chaque buveur doit à son tour déclamer un vers sur l’or. Chaque Nain doit utiliser un mot différent désignant l’or à chaque fois, et quiconque répète un mot déjà utilisé ou n’en trouve pas d’autre a un gage, qui consiste généralement à payer une autre tournée. Un Nain préférera inventer un mot qui n’existe pas plutôt que de s’avouer vaincu. Si ce nouveau mot est accepté, il évite le gage et un nouveau mot désignant l’or est inventé !

Dans une conversation, les Nains choisissent leurs mots avec soin. Un Nain ne se risquera pas à donner son avis sur une chose à laquelle il n’a pas longuement réfléchi, mais une fois que son opinion est faite, elle est aussi inébranlable qu’une montagne. Les Nains changent rarement d’avis, sauf dans des cas d’extrême nécessité. Et même dans cette situation, beaucoup d’individus bornés préfèrent mourir que de reconnaître l’erreur qui leur coûte la vie !

Les Nains prennent les promesses et les engagements très au sérieux, et ceci s’étend même aux affaires avec les autres races. De tous les mots du langage Nain, le mot « Umbaraki » est le plus dépréciatif : il signifie « briseur de serment ».

Étant donné le sérieux avec lequel les Nains traitent la parole, leur sens de l’humour est assez déconcertant. Une de leurs blagues courantes est de conspirer à deux pour faire croire à un autre Nain qu’ils savent quelque chose de peu reluisant sur lui, sa santé ou son passé, chose qu’en réalité ils ignorent. Ceci peut durer des heures, des jours, ou même des années, et de l’avis général, c’est très amusant. Plus habituellement, un Nain peut faire une affirmation provocante, attendre qu’un autre en soit offensé et vienne se battre. Curieusement, ces disputes se terminent toujours dans la bonne humeur, les Nains se donnant de grandes claques dans le dos et se félicitant avec satisfaction d’avoir bien défendu leur honneur.


Les Runes

Les runes Naines furent inventées pour graver le Khazalid dans la pierre, et sont donc faites de lignes pouvant être facilement taillées avec un burin. Elles comprennent une écriture alphabétique basique qui peut être utilisée pour former n’importe quel mot, et des runes individuelles supplémentaires, chacune représentant en abrégé un mot, une idée ou un nom. De nombreux mots peuvent être écrits des deux façons, mais ceci n’est courant que pour les noms de personnes ou de lieux. Les runes magiques ont toujours cette forme individuelle, et pour cette raison toutes les runes non-alphabétiques sont souvent considérées comme ayant des pouvoirs spéciaux.

Les runes sont habituellement gravées de gauche à droite, mais peuvent aussi l’être en lignes alternées, la première de gauche à droite, la seconde de droite à gauche, et ainsi de suite. Les runes peuvent aussi être gravées verticalement, du haut vers le bas et cette forme est courante sur les monuments et dans les textes importants, mais la coutume est d’écrire horizontalement de gauche à droite.

Les runes alphabétiques simples sont appelées « Klinkarhun », ce qui signifie « runes au burin », ce sont les plus utilisées et les plus facilement reconnues. Même si les sonorités Khazalides n’ont pas de réelles équivalences dans le langage humain. Les sons doivent être prononcés avec force, le “r” et le “kh” en particulier ressemblent à un éclaircissement enthousiaste de la gorge, tandis que le “z” est toujours prononcé avec emphase comme dans “Khazalid”.

En plus des runes alphabétiques, le Klinkarhun inclut une série de numéros. Les mots Nains pour les nombres dépendent de ce qu’ils comptent, ce qui peut s’avérer très déroutant, mais ils s’y retrouvent et s’en servent pour induire en erreur les autres races. Les Nains comptent certaines choses par douzaines ou par grosses (douze fois douze, soit cent quarante-quatre), et d’autres par vingtaines, aussi bien que d’une façon plus conventionnelle, par dizaines. Il n’existe aucun mot pour vingt ou trente, les Nains diront plutôt « six dizaines et cinq » ou « trois vingtaines et sept » (soit « Sizdonun Sak et Dweskorun Set »).


Structure

Même si le Khazalid possède évidemment une structure grammaticale formelle, elle est très ardue à comprendre pour les étrangers. En général, le Khazalid place le sujet avant le verbe suivi des compléments, mais l’emphase de la prononciation peut parfois déterminer l’importance d’un mot dans la structure de la phrase. Des mots sont parfois placés au début de la phrase sans raison apparente, puis à nouveau à leur place normale, comme par exemple : « Le Roi je suis allé voir le Roi ». Lorsque des mots répétés sont écrits ou gravés, ils apparaissent sous forme de rune individuelle au début de la phrase, puis en Klinkarhun plus loin dans celle-ci.

Le principe essentiel de la langue Naine est que presque tous ses mots désignent des choses matérielles. Il n’existe bizarrement que peu de mots spécifiques pour les concepts abstraits. Le sens de nombreux mots est ainsi dédoublé, pour désigner la chose physique et un concept généralement associé. Par exemple, la racine signifiant « grosse pierre » est kar, et le mot le plus courant pour une montagne est karaz ; le az final désignant un endroit ou une chose spécifique. La même racine kar signifie également endurant sous la forme karak ; le ak étant la marque d’un concept abstrait. Ainsi, Karaz-a-Karak, le nom de la capitale Naine, veut dire « montagne endurante », littéralement « gros endroit rocailleux et résistant », bien que cela soit mieux traduit en langage humain par « Pic Éternel ».

Curieusement, le mot Nain qui désigne la race humaine est « umgi », et sa forme abstraite « umgak » signifie « mal fait », ce qui est pour les Nains équivalent à « de conception humaine. ». Ceci démontre l’importance des terminaisons des mots Nains, car ces “signifiants” particuliers indiquent ce que le mot veut dire. Il existe plusieurs types de signifiants, et en les associant avec des racines, on peut étendre le lexique Khazalide de base. Même si les racines sont parfois utilisées seules, de nombreux mots Khazalides sont formés d’une racine suivie par un ou plusieurs signifiants.

Certaines racines n’existent pas du tout sous forme séparée. Si une racine n’est formée que de consonnes, elle s’écrit généralement avec un “a” à la fin, qui disparaît lorsqu’on ajoute un signifiant. Les signifiants verbaux apparaissent généralement à la fin des mots. En Khazalid, presque chaque nom possède une forme verbale marquée par “-it” au présent et “-ed” au passé. Les autres temps sont marqués par l’ajout de mots devant le verbe plutôt que par des terminaisons ; l’équivalent de « je volerai », au futur simple, est « an skit ». Mais ces mots séparés sont souvent écrits de façon groupée.


Source

  • Livre d'Armée des Nains, V6