Guerres des Comtes Vampires

De La Bibliothèque Impériale
Les morts marchent à la guerre
« Arrêtez-les par tous les moyens. Je ne vous gênerai pas. Repoussez-les, abattez-les, tenez la ligne et arrachez la victoire. Couvrez-vous de gloire ou de sang, car cela ne fera aucune différence pour moi. Ni pour les morts. Car vous ne ferez que repousser l’inévitable. Retenez bien ceci, ils finiront par tous nous avoir. »
- Black Ruyrecht, vétéran des Guerres des Comtes Vampires

La Sylvanie se trouve à la frontière orientale du Stirland, dans le brouillard glacial des contreforts des Montagnes du Bord du Monde. La région la plus mal famée de l’Empire est un pays de landes lugubres, de collines désolées et de forêts brumeuses redouté par tout voyageur sensé. Nul homme sain d’esprit ne s’y aventure après le crépuscule et aucun Chevalier de la Quête, aucun pèlerin épuisé n’accepterait de dormir dans un des châteaux sinistres qui jalonnent la campagne. La nuit, les paysans abêtis se barricadent dans leurs hameaux misérables, disposant des gerbes d’herbe aux sorcières et des racines de mandragore au-dessus de leurs portes et de leurs fenêtres dans le vain espoir de se protéger des choses qui rôdent dans le noir.

Aussi loin que remonte la mémoire des hommes, on raconte d’horribles légendes au sujet de la Sylvanie, et lorsqu’un ivrogne de taverne entame une histoire sinistre ou qu’un dramaturge monte une pièce d’horreur, il y a de bonnes chances pour qu’elle se déroule dans cette région de superstitions. C’est un pays où les Esprits tourmentés, les Vampires avides de sang et les sorciers maléfiques errent sous le pâle reflet de Morrslieb.

Les vents de Magie Noire soufflent très fort en Sylvanie, et les manoirs de la noblesse sont bâtis sur des sites de triste renommée. Même les impavides collecteurs d’impôts du Comte Électeur du Stirland, pourtant connus pour leur brutalité, portent des amulettes bénies par les prêtres de Morr et de Sigmar et sont accompagnés par au moins une demi-compagnie de troupes régulières lorsque leur seigneur leur ordonne de percevoir des taxes dans cette province.

La Folie d’Otto von Drak

Le nadir de cette région haïssable eut lieu lorsque Vlad von Carstein devint Comte de Sylvanie. Tout commença par une nuit de tempête, alors qu’Otto von Drak, dernier de sa lignée et passablement dérangé, reposait sur son lit de mort au Château de Drakenhof. Cet homme malfaisant ne se repentait pas et maudissait tous les Dieux pour sa disgrâce, mais aussi pour ne pas avoir d’héritier mâle. Otto était un homme cruel, prompt à planter la tête d’un paysan sur une pique à la moindre contrariété, et quand il était saoul, il était convaincu d’être Sigmar réincarné. Ses vassaux n’avaient aucun respect pour son autorité et ignoraient ses édits, si bien que la Sylvanie était au bord de la guerre civile.

Tandis que sa famille attendait patiemment qu’il expirât, Otto jura qu’il marierait Isabella à un Démon plutôt que de laisser son frère Léopold hériter de son titre. Il avait déjà refusé la main de sa fille à tous les nobliaux de ses terres, qu’il méprisait au plus haut point, et aucun aristocrate hors des frontières de Sylvanie ne voulait épouser une héritière de cette province honnie.

Le tonnerre gronda et un éclair menaçant déchira la chape des ténèbres. Victor Guttman, le vieux Prêtre de Sigmar chargé de confesser le Comte, s’évanouit. C’est alors que le martèlement de sabots résonna dans la cour du château. Un carrosse d’un noir de jais tiré par quatre destriers tout aussi sombres s’arrêta. Quelques instants plus tard, quelqu’un frappait à la porte de l’édifice et demandait à entrer d’une voix grave et fière.

Les portes du château s’ouvrirent avant que le portier les atteignît, et un nouvel éclair révéla dans leur encadrement la silhouette du nouveau venu. Les dogues cessèrent d’aboyer et gémirent en se couchant. L’étranger était grand, d’une beauté ténébreuse et de port altier. Nul n’osa l’empêcher de se diriger vers la chambre du Comte. Il se présenta sous le nom de Vlad von Carstein et déclina ses antécédents généalogiques, puis demanda la main d’Isabella. Son accent avait des intonations étrangères, peut-être du Kislev. Lorsqu’il croisa son regard froid et étrangement brillant, Otto regretta peut-être son serment hâtif, mais il ne trouva rien a reprocher à cet homme et accepta. Des sels furent apportés pour ranimer le prêtre et le mariage fut célébré dans l’heure devant le lit du Comte. Otto expira dès la fin de l’office, laissant sa fille et ses possessions à la charge de Vlad. La première décision de ce dernier fut de défenestrer Léopold pour mettre fin à ses protestations.

Vlad semblait aussi excentrique que le vieil Otto. Il ne mangeait jamais en présence de ses valets et ne sortait pas en plein jour. Il congédia Victor Guttman, que personne ne vit plus après cela. La plupart des serviteurs du château furent renvoyés pour être remplacés par des personnages mystérieux. Toutefois, le nouveau Comte semblait moins despotique que son prédécesseur et la tourbe paysanne pouvait vaquer à ses occupations sans se préoccuper des étrangers encapuchonnés qui se rendaient souvent au château. Les années de tyrannie des von Drak avaient appris à la plèbe la vertu de la discrétion et, au moins, Vlad n’ordonnait pas d’exécutions arbitraires et ne prélevait pas de taxes exorbitantes comme le faisait trop souvent son prédécesseur.

De surcroît, nul ne mettait en doute les talents martiaux du Comte. Lorsque la compagnie de Bernhoff le Boucher investirent la ville et réclamèrent un tribut, le Comte coupa en deux le malandrin, qui était pourtant un guerrier renommé. Vlad se fit ensuite un devoir de massacrer à lui seul la bande de mercenaires sous les yeux médusés de ses gardes qui le regardait faire, sans prendre part au combat, assurant ainsi sa côte de popularité. Désormais, en Sylvanie, la loi était respectée, les coupables étaient punis et les brigands exécutés.

Bientôt, un bruit courut à propos d’un mal incurable qu’Isabella aurait contracté. Un des médecins qui la soignait déclara que son cœur s’était arrêté de battre et qu’elle était morte. Vlad coupa court à cette rumeur, congédia ses praticiens et annonça qu’il s’occuperait lui-même de son épouse. Trois jours plus tard, Isabella fit une apparition devant son peuple et déclara qu’elle était remise. Cela semblait vrai, même si suite à cette maladie elle ne sortit plus que la nuit et garda un teint pâle.

Aucun des nobles de Sylvanie ne prêtait attention aux ordonnances du nouveau Comte, qu’ils considéraient comme un usurpateur. Ils étaient d’ailleurs trop accaparés par leurs propres querelles pour s’intéresser à quoi que ce fût d’autre. Si cela contrariait Vlad, il n’en montra pas le moindre signe. Au lieu de cela, il se consacrait à la restauration de ses domaines, comme un fermier s’occupant amoureusement de son bétail. Il fit reconstruire des métairies abandonnées depuis des siècles, et s’attacha à choyer son peuple de la même façon qu’une famille de paysan engraisse une bête en vue d’un repas de fête estivale. Après les décennies du règne ubuesque d’Otto, ces changements furent bien accueillis. Mais au bout de quelques mois, des choses inquiétantes se produisirent. De jeunes filles et garçons commencèrent à disparaître, et de petits groupes de Morts-Vivants apparurent. Ce n’était au début que de petites bandes qui ne s’en prenait à aucune des possession du Comte, dévastant uniquement les terres de ceux qui ne respectaient pas son autorité. Ceux qui échappaient à leurs déprédations succombaient alors d’accidents étranges.

Le baron Heinz Rothermayer fut dévoré par les loups. Le baron Pieter Kaplin fut retrouvé mort dans sa chambre, les yeux grands ouverts et les cheveux entièrement blancs : de toute évidence il était mort de peur. Sa femme devint folle et mourut peu de temps après. Le seigneur brigand Boris Takenit fut retrouvé pendu à un arbre, le corps entièrement vidé de son sang. Les seules personnes à survivre à ces malheurs étaient celles qui avaient juré allégeance à Vlad et bientôt, les quelques nobles rebelles encore en vie se pressèrent aux portes du Château de Drakenhof pour se soumettre à sa suzeraineté. En une décennie, et apparemment sans le moindre recourt à la force, Vlad s’était assuré sur la Sylvanie, réputé rebelle, un contrôle plus important que la plupart des autres Comtes Électeurs sur leur propre province, à tel point que certains dirent qu’il ferait un excellent Empereur.

Des générations de paysans passèrent. Vlad et Isabella continuaient à régner, inchangés par les années. Au début, peu de gens en firent cas : la vie de la paysannerie avait de tout temps été courte et misérable, les nobles jouissant quant à eux d’une espérance de vie beaucoup plus longue. Malgré tout, lorsque la doyenne de Drakenhof raconta un jour que sa grand-mère était encore une jeune pucelle quand von Carstein se maria à Isabella, même le fermier le plus obtus commença à se poser des questions.

La rumeur enfla et attira de nombreux chasseurs de sorcières. Ceux qui s’intéressèrent à Vlad disparurent. Et le pire était à venir. Le mal qui avait frappé Isabella atteignit les familles des vassaux du Comte. Bientôt, les châteaux de Sylvanie servirent de demeures à des excentriques noctambules. Le nombre de disparitions augmenta de façon alarmante, et les temples de Sigmar, de Taal et d’Ulric fermèrent un à un. Les prêtres de Morr furent poussés à quitter la région, privant les défunts d’office funèbre. Des postes de garde furent établis aux frontières de la province pour interdire toute allée et venue.

Lorsqu’une catastrophe s’abattit en 2000 sur Mordheim, la capitale de l’Ostermark, sous la forme d’une comète de pierre magique qui détruisit la ville et dispersa ses fragments partout dans les ruines, tous les prétendants au trône impérial envoyèrent des bandes de mercenaires pour s’emparer du précieux minerai, y compris Vlad.

Le Comte part en Guerre

A l’occasion de Geheimnisnacht de 2010, Vlad révéla la vérité à la face du monde en se dressant sur les remparts de Drakenhof et en entonnant une incantation issue de l’un des neuf livres de Nagash. Sa puissance décuplée par la Malepierre de Mordheim, la magie de Vlad recouvrit la Sylvanie. Elle s’infiltra dans la terre des jardins de Morr à l’abandon et se déversa dans les sépultures mises à nu des paysans. Partout, les morts se levèrent. Des Squelettes creusèrent leur liberté de leurs doigts osseux. Des Zombies émergèrent de fosses bourbeuses. Des Goules sortirent le nez de leurs antres enfouis au fond des cryptes pour venir vénérer leur nouveau maître. Par ce geste, Vlad jetait le gant à la face de l’Empire et entamait le premier acte des Guerres des Comtes Vampires.

Les armées de Sylvanie prirent la route du nord-ouest, traversèrent le Stir et se dirigèrent vers Talabheim, capitale du Talabecland et siège d’Ottilia, l’un des trois prétendants au trône impérial. Des hordes sans fin de Zombies et de Squelettes étaient menées par l’aristocratie vampirique de Sylvanie. Les levées paysannes marchaient sous la bannière de leur seigneur, comme elles l’auraient fait pour n’importe quel maître mortel. Ces troupes humaines dégénérées étaient accompagnées de Goules, de Revenants et de choses plus horribles encore.

Les forces des Morts-Vivants firent face aux armées d’Ottilia à la Bataille du Gué d’Essen. Avant la bataille, Vlad promit aux humains la clémence s’ils se rendaient, et aucune pitié s’ils résistaient. En dépit de son appréhension, Hans Schliflen, le général d’Ottilia, ordonna l’attaque. Les arbalètes et les arquebuses détruisirent des centaines de Zombies et de Squelettes lors de leur traversée du gué, mais la magie de Vlad les ranima et ils continuèrent d’avancer. Les charges des Ordres Impériaux de Chevalerie en abattirent des centaines d’autres, mais des milliers de Morts-Vivants continuaient leur progression.

Des Esprits tourmentés attaquèrent en hurlant et en griffant tandis que les Zombies submergeaient peu à peu les défenseurs. Face à cette horde innombrable, les troupes d’Ottilia furent encerclées. Vlad mena la charge finale à la tête de ses Chevaliers Noirs pendant que les Revenants de la Garde de Drakenhof coupaient toute retraite aux Joueurs d'Épée de Hans Schliffen. L’armée d’Ottilia était perdue et fut anéantie. Beaucoup tentèrent de se rendre, mais Vlad était fidèle à sa parole. Tous les prisonniers furent exécutés, puis le Comte usa de ses pouvoirs pour les ressusciter en tant que Zombies.

En voyant ses hommes se faire ainsi massacrer, Hans Schliffen fut plongé dans une rage incontrôlable. Il parvint à se libérer de ses entraves, s’empara de l’épée enchantée de Vlad et le décapita. Le général de l’Empire fut empalé sur-le-champ par Konrad von Carstein, le capitaine le plus dérangé du Comte. Avec Vlad apparemment détruit, les autres Vampires se querellèrent pour savoir qui allait lui succéder. Herman Posner, Baron de Waldenhof, l’emporta sur les autres et finit par être désigné. Cette nuit-là, alors que Posner caracolait à la tête de son armée de Morts-Vivants, Vlad von Carstein réapparut. Posner implora la pitié de son maître, mais Vlad le coupa promptement en deux.

Ce ne fut pas l’unique fois où l’énigmatique Comte Vampire revint d’entre les morts. Une fois l’armée du Talabecland vaincue, il tourna son attention vers l’ouest et la cité fortifiée de Middenheim. À la Bataille de Schwarthafen, Vlad fut abattu par Jerek Kruger, le Grand Maître des Chevaliers du Loup Blanc, et les forces sylvaniennes furent écrasées par celles du Comte Électeur de Middenheim. Malgré cela, un an plus tard, Vlad était à la tête d’une autre armée, et le corps de Jerek Kruger fut retrouvé crucifié et exsangue au pied des murs de l’Ulricsberg. Cette fois-là, les ordres des Chevaliers Panthères et du Loup Blanc furent impuissants à repousser les Morts-Vivants et les soldats de Middenheim furent forcés de battre en retraite dans la ville en détruisant les chaussées derrière eux.

Satisfait de voir que l’armée de Middenheim n’était plus une menace, Vlad ravagea le Middenland pour gonfler les effectifs de ses troupes. À chaque village et à chaque ville où il faisait halte, il proposait le même marché : le servir dans la vie de son plein gré, ou le combattre et mourir. Au départ, nombreux furent ceux à s’opposer à lui, mais tous subirent le même destin que l’armée d’Ottilia, et rapidement les légions de Vlad enflèrent. Des colonnes de réfugiés de plusieurs lieues de long fuirent vers l’ouest devant l’arrivée du Comte.

Vlad se dirigea vers l’est et combattit le long de la Route de la Vieille Forêt à travers le Hochland et l’Ostland. Les unes après les autres, des armées furent envoyées pour ralentir son avance, mais le résultat était à chaque fois le même : elles pliaient sous le nombre et finissaient massacrées. Les Vampires eux-mêmes tuaient des centaines de soldats avant de s’abreuver de leur sang. Rien ne semblait pouvoir stopper Vlad. Chaque fois qu’il semblait détruit, il revenait quelques temps plus-tard pour assouvir sa revanche. À la bataille de Bluthof, il tomba, empalé par cinq lances, et le Croc Runique du Comte d’Ostland lui perça le cœur. Trois jours plus tard, il ordonnait la crucifixion de prisonniers devant les portes de la ville.

Une fois les provinces du nord mises au pas et leurs armées anéanties, Vlad alla vers le sud et le Reikland. Au Pont de Bögenhafen, un tir de canon chanceux lui arracha la tête. Dans l’heure qui suivait, les servants du canon étaient vidés de leur sang et la ville incendiée. Les hommes de l’Empire étaient terrorisés par cet ennemi qui semblait invincible.

Le Siège d’Altdorf

Au cours de l’hiver 2051, les sylvaniens assiégèrent Altdorf. La cité avait été entourée par un fossé aux bords hérissés de pieux, et le cours du Reik avait été dévié afin que ses eaux remplissent les douves. Mais aucune de ces mesures de protection ne fut en mesure d’endiguer la déferlante des Morts-Vivants. Ils amenèrent de grands engins de siège fabriqués à partir des restes de leurs victimes et animés par la Magie Noire. De grands oiseaux charognards décrivaient des cercles au-dessus de la ville. Vlad donna son ultimatum habituel : lui ouvrir les portes et le servir dans la vie, ou l’affronter et être son esclave dans la mort. Ludwig, le prétendant au trône impérial, était en faveur de se rendre, mais le Grand Théogoniste Wilhelm III l’exhorta à se battre. Il s’enferma dans le Grand Temple de Sigmar pour prier et au bout de trois jours, il en émergea en annonçant qu’il savait comment sauver l’Empire, car Sigmar lui avait révélé la source de l’immortalité de Vlad.

Ce même jour, Wilhelm envoya un homme dans le camp du Comte : Félix Mann, le monte-en-l’air le plus doué de son époque. Le Grand Théogoniste lui avait offert son pardon - ainsi qu’un charme qui assurait sa protection - afin qu’il dérobe l’anneau de Vlad von Carstein. Par ruse, Mann parvint à s’infiltrer discrètement dans le campement des Morts-Vivants. La gorge sèche et la peur au ventre, il pénétra sous le pavillon de soie noire où les aristocrates de la nuit dormaient dans leurs cercueils ouverts. Ils étaient si sûrs d’eux qu’aucun garde n’avait été posté à l’entrée de leur tente. Mann fit glisser doucement l’anneau du doigt du Vampire et s’évanouit dans la nature. Nul ne sait ce qu’il advint de lui et de l’anneau du Comte.

Lorsqu’il s’éveilla, le Vampire sombra dans une colère démentielle et ordonna d’attaquer immédiatement la ville. Poussés par sa volonté de fer, les Morts-Vivants se mirent en marche. De grandes tours de siège d’os furent adossées aux murailles et bientôt, Squelettes et soldats s’affrontaient sur les remparts pour le contrôle des murs de la ville. Des héros armés d’épées légendaires prises dans les armureries d’Altdorf taillaient les Vampires en pièces avant d’être à leur tour abattus.

Au cœur de la tourmente, le Grand Théogoniste se confronta à Vlad en personne. Le marteau consacré croisa la lame impie pendant plus d’une heure, mais Vlad prenait irrésistiblement l’avantage. Sentant que sa fin approchait, Wilhelm chargea son adversaire et se jeta avec lui du haut des remparts. Enserrés dans une étreinte mortelle, ils tombèrent sur le bord des douves. Vlad s’empala sur un pieu en bois avant que Wilhelm lui tombe dessus et n’enfonce encore plus l’épieu à travers son corps. Le Comte rendit l’âme dans un hurlement affreux, car privé de son anneau, il ne pouvait plus tromper la mort.

Avec la destruction de Vlad, l’armée sylvanienne fut forcée de battre en retraite. Plus de la moitié des Vampires étaient morts, mais les troupes d’Altdorf avaient subi tant de pertes qu’elles n’étaient pas en mesure de les poursuivre. Le dernier être de la nuit à mourir à Altdorf fut Isabella von Carstein. Poussée par le désespoir à l’idée d’affronter l’éternité sans son amant, elle s’empala sur un pieu et tomba instantanément en poussière sous les yeux sidérés de Ludwig et de ses Joueurs d'Épée. Le Grand Théogoniste Wilhelm III fut enseveli dans les murs du Temple de Sigmar et, aujourd’hui encore, les hommes lui adressent des prières lorsque les Morts-Vivants menacent le pays. Dans un coffret d’ébène cerclé de fer, découvert dans les restes du pavillon des Vampires, on trouva une copie des Neufs Livres de Nagash ainsi que l’indicible Liber Mortis. Les ouvrages maudits furent rapidement mis sous clef dans les cryptes du Grand Temple de Sigmar.

Grâce au prestige qu’il retira de cette victoire, celui-ci aurait pu lever une armée et nettoyer la Sylvanie de toute présence maléfique, mais les autres prétendants au trône se liguèrent contre lui pour éviter qu’il profitât de cette aubaine pour se faire couronner. C’est ainsi que les seigneurs de Sylvanie eurent le loisir de reconstituer leurs forces.

Konrad le Sanglant

Il ne restait que cinq Vampires pour succéder à Vlad : Fritz, Hans, Pieter, Konrad et Mannfred. Tous étaient ses héritiers légitimes puisqu’il leur avait donné le Baiser de Sang. Des querelles ne tardèrent pas à les diviser et une féroce lutte d’influence s’engagea alors pour savoir qui serait le nouveau Maître de la Sylvanie. Pendant plus de quarante ans, ils s’affrontèrent et complotèrent les uns contre les autres, ce qui donna à l’Empire le temps de se remettre des ravages perpétrés par Vlad, et entraîna de violent incidents. Fritz von Carstein fut détruit en assiégeant Middenheim. Hans périt lors d’un duel après que Konrad l’eut défié en se prétendant supérieur à lui. Pieter fut surpris endormi dans sa bière par le Chasseur de Vampires Helmut van Hal, un lointain descendant du célèbre Nécromancien qui cherchaient à racheter les crimes de son ancêtre. Des rumeurs sous-entendent que Mannfred lui aurait indiqué l’emplacement du caveau de Pieter. C’est à la même époque que Mannfred quitta la Sylvanie, abandonnant à Konrad le titre qu’il convoitait.

Konrad était complètement névrosé. Déjà de son vivant, il avait la réputation d’être un tortionnaire désaxé, cruel, sans pitié et d’une violence incontrôlable. Une fois, il ordonna à ses arbalétriers de se servir des chats de son domaine comme cibles mouvantes pour l’entraînement. En au moins deux occasions, il fit incendier des villages de paysans parce qu’il les trouvait puants. Il fit juger sa mère pour l’avoir mis au monde sans son consentement, la déclara coupable et la fit emmurer vivante dans une tour. Le Baiser de Sang n’améliora nullement sa santé mentale. Son règne de terreur dura pendant presque un siècle et ses exactions furent si abominables qu’aujourd’hui encore, son nom est utilisé pour effrayer les enfants.

Son inaptitude pour la Nécromancie le forçait à garder en vie les magiciens qu’il capturait pour qu’ils accomplissent sa volonté. Il leva une armée et ravagea l’Empire de long en large. Là où Vlad donnait le choix entre la vie et la mort, Konrad offrait de mourir immédiatement ou après de longues souffrances. Alors que Vlad considérait les humains comme du bétail qu’il fallait entretenir, Konrad voyait l’humanité avec l’œil du chasseur sanguinaire qui regarde une harde de chevreuils.

Les ambitions de Konrad n’avaient pas la grandeur de la vision de Vlad, car il ne recherchait qu’un massacre perpétuel. Ses errements menèrent son armée aussi loin au sud qu’à Nuln et les Montagnes Crises, où il rencontra pour la première fois les chevaliers du Fort du Sang. Il leur promit gloire et conquêtes s’ils acceptaient de se battre à ses côtés. Même si la conduite de Konrad n’avait rien d’honorable ou de noble, la promesse de grandes batailles et de non moins grandes victoires les poussa à rejoindre la cause du Comte de Sylvanie. Avec de tels renforts, l’armée de Konrad vola de victoire en victoire malgré les crises d’hystérie et les erreurs tactiques de son général. Nul ne pouvait espérer vaincre l’ost de chevaliers de Konrad, et ses ennemis en vinrent à l’appeler le Comte Sanglant, la Bête, et d’autres noms évocateurs de sa sauvagerie.

À Kleiberstorf, Konrad affronta l’armée de l’Averland. Les archers et les mortiers prélevèrent un lourd tribut sur les Morts-Vivants, mais Konrad tenait ses nécromants d’une main de fer et avec leur aide, il poussa inexorablement son ost en avant. Il leur promit d’immenses richesses s’ils lui assuraient la victoire et les sorciers renégats répondirent à ses attentes en déchaînant des bourrasques de magie pure sur les troupes de l’Averland. Des mains immatérielles griffaient le visage des soldats et les vidaient de leur force vitale. La panique commença à se répandre dans leurs rangs tandis que les fantômes écorchaient vifs les hommes et les chevaux. Dans un de ses rares moments de lucidité, Konrad entrevit une opportunité et engagea ses Chevaliers Noirs et la Garde de Drakenhof dans la bataille. Face aux horreurs fantomatiques et aux Revenants en armure qui les chargeaient, l’armée de l’Averland dérouta. Konrad la poursuivit pendant cinq jours et l’extermina.

Konrad également la guerre aux Nains, contre l’avis de ses rares conseillers. Les Forces de la non-vie lancèrent des attaques aux abords de Zhufbar, suscitant l’ire des fils de Grungni. Menés par leur Seigneur, les Nains montèrent une expédition. Konrad se porta à leur rencontre à Nachthafen. Son armée essuya de durs revers au début de la bataille, car les pouvoirs des Maîtres des Runes contraient la magie nécromantique des serviteurs du Vampire. Privés de magie, les Squelettes et les Zombies s’effondraient comme des marionnettes sous les tirs de canons et d’arquebuses.

Malgré tout, Konrad restait optimiste. Il mena une attaque sur le flanc droit des Nains. Sa vision des Vents de Magie lui permettait de repérer les Maîtres des Runes au cœur de la mêlée, et il entreprit de les éliminer. Pendant que ses Chevaliers Noirs percutaient les lignes disciplinées de l’adversaire, Konrad abattit les Maîtres des Runes et se nourrit sur leurs corps encore chauds. Ses Nécromanciens parvinrent à reprendre l’ascendant sur l’ennemi et, sur ordre de leur maître, poussèrent de nouveau l’armée de Morts-Vivants en avant. Les Nains se battirent avec courage, mais ils ne pouvaient l’emporter. Le Seigneur Nain lança alors un défi à Konrad. Celui-ci le releva et massacra son adversaire avant de se gorger de son sang. L’heure suivante, tous les Nains avaient péri.

Konrad était si abject et destructeur que les trois prétendants au trône impérial se liguèrent par deux fois contre lui, tout d’abord à la Bataille des Quatre Armées, une boucherie stérile qui eut lieu en 2100 non loin de Middenheim. Cette bataille fut plus célèbre pour ses trahisons que pour ses faits d’armes, car Lutwik, le fils et successeur de Ludwig et Ottilia du Talabecland commanditèrent leurs assassinats réciproques au beau milieu des combats. Lors de la confusion qui s’ensuivit, les nobles de l’Empire se regroupèrent sous la bannière d’Helmut de Marienburg. Suite à la bataille, un conclave d’Électeurs se rassembla à Averheim pour décider de sa possible nomination.

Alors que les électeurs débattaient bruyamment autour de lui, Helmut restait assis, l’air hébété et le regard perdu dans le vague. Un lambeau de peau se détacha de sa joue et l’un de ses yeux tomba mollement de son orbite. Les Comtes Électeurs cessèrent un à un de crier et se tournèrent vers le Comte. Même le fils d’Helmut, Helmar, s’opposa aux prétentions de son père envers le trône lorsqu’on s’aperçut qu’il avait été transformé en Zombie sous le contrôle de Konrad ! Ainsi démasqués, les Nécromants s’enfuirent avec leur pantin de chair. Enragé par l’échec de son plan, Konrad se tailla un chemin d’Averheim vers les Collines Hurlantes en incendiant chaque village.

La seconde alliance eut lieu à l’occasion de la Bataille de la Lande Lugubre en 2121, où une armée de Nains et d’hommes fit face une nouvelle fois à Konrad. Le Thane Nain Grufbad attrapa et immobilisa le von Crastein pendant qu’Helmar vengeait son père en enfonçant son Croc Runique dans le cœur du Vampire.

Le Dernier des von Carstein

Le plus dangereux des Comtes Vampires fut Mannfred. C’était un individu rusé, subtil et retors, et certains Vampires prétendaient même qu’il était éveillé lorsque l’Anneau des Carstein fut dérobé, et qu’il passa par la suite plusieurs années à pourchasser Félix Mann. Pendant que Konrad mettait l’Empire à feu et à sang, Mannfred fit profil bas et consacra son temps à l’étude de la Nécromancie. Il voyagea aussi loin que la Terre des Morts pour découvrir les secrets de la non-vie, avant de retourner à Drakenhof en ramenant avec lui une collection impressionnante d’ouvrages ésotériques, et attendit patiemment jusqu’à être en mesure de frapper.

Suite à la destruction de Konrad, Mannfred devint le maître incontesté de la Sylvanie. Pendant toute une décennie, il laissa croire aux prétendants au trône que la Sylvanie ne posait plus de menace et les laissa retomber dans leurs querelles stériles, ce qu’ils firent avec entrain. L’Empire sombra de nouveau dans une période de guerre civile sporadique tandis que Mannfred rassemblait ses forces. Là où Vlad gouvernait grâce à une main et une volonté de fer, et Konrad par la peur, Mannfred se servit de ses pouvoirs nécromantiques et de la manipulation pour constituer ses armées. Il s’en alla quérir des Vampires hors des frontières de Sylvanie et les menaça, les soudoya ou les convainquit afin qu’ils se joignissent à lui. Il passa des mois dans les étendues sauvages à relever des Revenants et des Esprits de leurs tombes décrépites. Lorsque la guerre civile s’embrasa à nouveau, Mannfred sut qu’il était temps d’agir.

Ses légions franchirent les frontières de Sylvanie au beau milieu de l’hiver. La saison des campagnes était terminée, et les armées impériales avaient pris leurs quartiers d’hiver. Les forces de Mannfred traversèrent les contrées enneigées et marchèrent droit sur Altdorf en tuant quiconque leur barrait la route, et en ressuscitant les cadavres pour venir grossir leurs rangs. Lors de la terrible guerre de l’hiver 2132, Mannfred vainquit plusieurs armées impériales rassemblées à la hâte. Les victoires du Vampire s’accumulèrent et la rumeur de son arrivée suffisait à faire fuir les habitants de villages entiers, qui préféraient risquer de mourir de froid dans la neige. L’armée désormais immense de Mannfred parvint au pied d’Altdorf à la fin de l’hiver et trouva les remparts sans défenseurs.

Un sentiment de triomphe envahit Mannfred. Il se voyait déjà capturer la capitale impériale et devenir Empereur, ce que Vlad et Konrad avaient échoué à réaliser. C’est alors que le Grand Théogoniste Kurt III apparut en haut des murs. Il portait le Liber Mortis, qu’il avait sorti de la salle au trésor de son temple, et commença à réciter le Grand Rituel de Bannissement. Alors que l’incantation s’élevait dans l’air, le pouvoir de Mannfred et de ses serviteurs commença à décroître. Voyant ses serviteurs s’écrouler, le Comte sonna la retraite. Bien qu’il fût probablement le plus puissant des von Carstein de son époque, ses ennemis semblaient à présent prêt à affronter la menace des armées de la non-vie.

Mannfred et ses troupes descendirent alors le Reik en direction de Marienburg, en capturant au passage plusieurs barges fluviales dont ils se servirent après que Mannfred eut ranimé les cadavres de leurs équipages. Le Vampire voulait assiéger la cité portuaire puis emmener sa petite flotte Zombie pour attaquer depuis une autre direction, mais son assaut fut tenu en échec par les armées de Marienburg et leurs alliés Hauts Elfes qui venait tout juste d’y installer une colonie commerciale. Parmi les Elfes se trouvait l’Archimage Finreir, dont les pouvoir firent pencher la balance au moment crucial. Mannfred fit construire d’énormes machines de guerre assemblées à partir de bois et de chair, et se prépara à un long siège. Cependant, ses éclaireurs lui rapportèrent quelques jours plus tard qu’une armée venue d’Altdorf se dirigeait vers lui. Le Vampire fut forcé de lever le siège.

Commença alors un jeu de chat et de souris, aucun des deux camps ne sachant avec certitude qui était le chat. L’armée de Mannfred se faisait tailler en pièces par les armées des différentes provinces mais récupérait ses effectifs après chaque victoire. À Horstenbad, l’armée de l’Ostermark encercla Mannfred le long de la route de la forêt et détruisit plus de la moitié des Morts-Vivants. En dépit de cela, Mannfred parvint à s’échapper et un mois plus tard, il captura la ville de Felph et leva une nouvelle armée. Lorsque la force du Comte d’Ostermark assiégea la ville, Mannfred libéra une tempête magique qui foudroya des centaines de soldats. Leurs corps encore fumants se relevèrent alors pour se retourner contre leurs camarades. Les Morts-Vivants effectuèrent une sortie et balayèrent les survivants de l’armée impériale. L’armée de Mannfred devint plus puissante que jamais. La campagne s’éternisa sans qu’il parvînt remporter une victoire décisive, tandis que les troupes de l’Empire s’avéraient dans l’incapacité de détruire le Vampire. Par deux fois, Mannfred battit en retraite en Sylvanie pour éviter toute poursuite. La première, il extermina les armées du Stirland et de l’Averland lancées à ses trousses et releva une horde de Zombies à Bylorhof.

Déterminés à ne pas commettre les mêmes erreurs, les nobles de l’Empire conclurent une trêve et commencèrent à nettoyer les bois de Sylvanie, lentement mais sûrement. Un Throng envoyé par le Haut Roi des Nains les aida dans cette tâche. Les troupes de l’Empire s’avérèrent implacables dans la traque du Vampire et finalement, celui-ci fut acculé à Hel Fenn.

Son armée était vaste, car il avait ranimé les cadavres qui croupissaient au fond des marais de la région. Il battit en retraite à travers les marécages afin d’attirer irrésistiblement l’armée impériale dans la fange et les ténèbres, mais c’était compter sans la ténacité de l’adversaire. Finalement, Mannfred fut poussé au combat aux limites des marais.

Lorsque Mannfred vit que la victoire lui échappait, il tenta de s’enfuir à bord d’un char d’os et de métal, mais Martin, le Comte de Stirland, le prit en chasse monté sur un féroce Griffon et le rattrapa à la lisière des marais. Son Croc Runique mordit profondément la chair morte du Vampire et celui-ci sombra dans les profondeurs des eaux troubles. Malgré de longues heures de dragage, le corps de Mannfred ne fut jamais repêché. Pour son exploit, Martin réclama toute la Sylvanie, ce que personne ne lui contesta, car nul ne voulait de cette terre maudite. C’est ainsi que prit fin la menace de Mannfred, le dernier des Comtes Vampires

Ou c’est du moins ce qu’il semblait…

Sources

  • Livre d’Armée Comtes Vampires V5
  • Livre d’Armée Comtes Vampires V8