Escalier du Bastion

De La Bibliothèque Impériale
L’Escalier du Bastion est l’unique voie d’accès vers le domaine intérieur de Khorne.
Dès lors, je tombais, à travers des nuages de chair et des nuées sanguines qui tourbillonnaient à la surface d’une terre sombre, ravagée, tourmentée. Les hurlements de bêtes énormes, meuglant leur peur et leur désespoir, frappèrent mes oreilles. Et je continuais à tomber, emporté par des vents fétides, vers un mur ou une falaise carmin et anthracite. Son sommet se perdait dans les nuages, loin au-dessus, ses pieds étaient ceints de rochers et de crânes ; ils m’apparaissaient tels des grains de sable, qu’il faisait rouler en tas devant lui dans son inexorable progression. Le mur, car c’en était bien un, s’étendait inaltéré dans son exécrable perfection, d’un horizon à l’autre.
La peur m’étreignit, car c’était le Royaume extérieur de Khorne, le Dieu du Sang et ce mur son Bastion, la Forteresse fermant ses Terres intérieures. Il me sembla à cet instant que la puanteur de la Mort interrompit ma chute pour me faire voler plus avant, vers d’autres visions de cet immense coin de Chaos.
C’est alors qu’en avant, j’aperçus un Escalier, surmonté de pinacles, de colonnes et d’arcs de sang et d’os sculptés, gardé par des Démons emprisonnés dans des marches de fer sombre et d’airain ou dans de hideuses bouches glapissantes. Tout ce qui pouvait parler ou piailler vomissait les prières de Khorne et tonitruait des chants de Sang et de Mort. L’Escalier, ses marches conçues pour n’être jamais arpentées par des pieds mortels, grimpait à des hauteurs vertigineuses et s’arrêtait régulièrement devant des runes impies et des pierres à sacrifices souillées. Tressés dans la matière même de ce Bastion envahi de Démons, figuraient des paliers plus exigus, chacun assez vaste pour contenir un des nobles et imposants palais de notre petit Monde. L’Escalier se vrilla et ondula sur lui-même, ses Démons gloussant leur jubilation insane à la vue de son atroce géométrie. Il montait toujours plus haut vers les nuages d’ichor qui tournoyaient en altitude.
Durant toute ma vision, je ne vis aucun être vivant, homme ou bête.
Je volais à travers les portes de bronze et je gravissais d’incalculables volées de marches, mon âme pétrifiée par les Démons qui tentaient de me mordre les talons. Alors je les vis, comme je m’élevais au-dessus de cet endroit, ils s’étalaient devant mes yeux et au-delà du Bastion les Champs et Prairies de Khorne. Ils étaient imprégnés de sang, souillés d’âmes, jalonnés de cadavres alignés en d’innombrables rangs, fouettés sur leur pieu, en une parodie grotesque de plants de haricots. Mille milliers de Démons cavalaient entre leurs cultures de bourgeons morts et immortels, irriguées par des aqueducs remplis de sang et des canaux. Les Démons exécutaient marches et contremarches pour accomplir leur besogne, s’arrêtant çà pour arroser les fruits sacrilèges, là pour épandre du fumier. Et le goût du sang, la puanteur de l’abattoir, le bruit du sang giclant d’indénombrables gorges surprises ou réticentes saturaient l’air. Et tout alentour était rouge sous le ciel orichalque de ce Royaume intérieur…
- Extrait du Liber Malefic


Le royaume extérieur de Khorne est entouré d’une titanesque muraille, ou plutôt d’une immense falaise ininterrompue, faite de roches rouge sang et de fer noirci, qui barre entièrement l’horizon. L’Escalier du Bastion est l’unique voie d’accès vers son domaine intérieur. Il est entouré de pics acérés, de colonnes et d’arches de sang solidifié et d’os sculptés, et il est bâti à la fois comme une forteresse et comme une prison. Des Démons sont enchaînés aux murs et aux marches, retenus par des chaînes de fer hérissées de pointes, impossibles à briser, et ils se débattent en hurlant contre leurs entraves, agonissant d’injures terribles tous ceux qui ont le malheur de passer à portée de voix. Ses marches énormes n’ont jamais été conçues pour être foulées par un mortel et leur ascension tient plus de l’alpinisme que de la marche à pied. A mesure que l’on monte vers des hauteurs de plus en plus vertigineuses, on découvre de plus en plus d’horreurs. Des bouches produisant des sons inarticulés apparaissent dans la pierre des marches et des murs, chantant les louanges de Khorne dans un jargon démoniaque. Partout où se pose le regard, on voit des runes blasphématoires et des pierres sacrificielles tachées de sang avec, sur certaines, le corps encore pantelant de victimes toutes récentes. La géométrie de cet escalier ne se conforme ni à la logique naturelle ni aux règles du bon sens et il semble onduler et se tordre sur lui-même en formant des configurations déconcertantes et des angles défiant toutes les lois de la gravitation.

Le Bastion est doté de paliers dont certains sont tellement vastes qu’un château y tiendrait sans difficulté et qu’il y aurait encore de la place pour y faire une vaste esplanade. Des Démons et d’autres créatures du Chaos dansent et cabriolent sur ces paliers, s’entre-tuant joyeusement dans une débauche sanguinolente de meurtres gratuits. En abordant les premières marches de cet escalier, le voyageur qui serait parvenu jusque-là n’y verrait aucun autre être vivant normal, ni homme, ni bête.

Il semble que même les oiseaux charognards évitent ce lieu, malgré la profusion de cadavres qui jonchent les marches et pendent accrochés aux murailles.

L’ascension de l’Escalier du Bastion semble durer une éternité : les règles qui régissent le temps, la causalité et ses effets, et celles qui gouvernent le mouvement, s’effondrent sous la pression de la monstrueuse perversité qui règne en ces lieux. Mais certains héros réussissent tout de même à atteindre le sommet des escaliers où ils retrouvent un terrain plat, cette fois dans le royaume intérieur du Dieu du Sang. Ici, les anomalies et les distorsions de l’Escalier du Bastion n’ont pas cours, mais les étendues qui se trouvent au delà de la Porte de l’Ire ne sont guère plus que des désolations ravagées et imbibées de sang.

Source

Warhammer JDR - Supplément Le Tome de la Corruption