Château Errant

De La Bibliothèque Impériale
Le ciel devenait plus sombre que la plus ténébreuse des tempêtes, tandis qu’un vent froid cinglait la terre. Il ne pleuvait pas, mais la poussière, des feuilles jaunies et des lambeaux de drapeaux tourbillonnaient.
Même si le ciel n’était pas à l’orage, le château que je vis alors ne pouvait être trouvé nul part sur la terre des hommes. J’ai souvent eu la vision de nuages ressemblant à des poissons, des arbres ou des montagnes. Et là, devant moi, la faiblesse de quelques pouvoirs sans nom lui avait donné l’apparence d’un nuage. C’était une île déchirée du monde humain, dérivant dans la brume, à la fois solide et évanescente. De tout ce qu’il m’a été donné de voir, cette vision fut la plus étrange de toute.
Le château était aussi vide qu’une ruine. Comme un animal empaillé et mis sous verre, il avait été conservé par une fantaisie du Chaos. Flottant et traînant dans le vent, tout était désolé et vide. Ses tours n’avaient plus connu le pas des hommes depuis longtemps, ses halls n’arboraient plus de nobles bannières, ses portes ne faisaient plus entrer de voyageurs, plus aucune sentinelle ne montait la garde, aucun porteur n’attendait derrière les portes closes. Les seuls visiteurs de ce lieu étaient les oiseaux de charogne, postés au-dessus du portail malsain, qui n’avaient qu’une hâte, celle de pouvoir remplir leur rôle d’hôte…
L’ombre du château me passa dessus, et je ne pus en voir plus.
- Extrait du Liber Malefic


La plupart des sites des Désolations du Chaos paraissent ne pas posséder de localisation réellement fixe, mais le Château Errant est réellement déraciné et mobile. Il s’agit d’un ensemble de bâtiments des plus étranges, maintenu en altitude sur un gigantesque aérolithe de pierre noire. C’est une citadelle puissamment armée, en suspension dans les airs, et qui paraît naviguer sans effort au milieu des nuages. Elle est entourée de remparts très épais, apparemment imprenables et conçus pour soutenir l’assaut de n’importe quelle armée. Elle est hérissée de tours et de castels superbes, démesurés, qui montent hardiment à l’assaut du ciel et qui deviennent de plus en plus grands à mesure que l’on se rapproche du centre de la cité. Dominant le sommet du Château Errant, on aperçoit une forteresse d’une taille phénoménale, devant laquelle n’importe quelle citadelle du Vieux Monde paraîtrait minuscule. Il semble évident qu’une cité de cette taille pourrait abriter des centaines de milliers de gens.

Pourtant, malgré son immensité et sa magnificence, le Château Errant est totalement vide de toute vie. On ne voit aucun soldat sur ses remparts. On n’entend pas le moindre marchand, vendant ses articles à la criée dans les rues. Nul noble ne le gouverne, siégeant dans une salle du trône ornée de dorures. À ce qu’il semble, le Château Errant fut créé par une puissance inconnue, puis abandonné, dérivant sans but pour l’éternité au-dessus des Désolations du Chaos. On ignore s’il eut un jour une population digne de ce nom, mais il n’y a pas le moindre signe d’activité dans les rues, bien qu’elles soient équipées de tout le nécessaire et bordées de boutiques et de maisons. Les bâtiments contiennent bien les marchandises et les meubles que l’on trouve ordinairement dans une cité prospère, mais tout y est soigneusement rangé, aligné, comme si personne ne s’en était jamais servi. Toutes les surfaces sont couvertes d’une fine couche de poussière et l’on peut voir les premiers signes de délabrement sur les murailles et les objets. Les quelques arbres de la cité perdent continuellement leurs feuilles, sans qu’aucun d’eux ne semble arriver à les perdre tout à fait. Des étendards en loques, portant les armoiries de maisons ou personnalités inconnues et oubliées, s’agitent mollement dans le vent qui produit les seuls sons audibles dans les rues désertées et les grandes galeries.

Arriver à se hisser jusqu’au Château Errant n’est pas un mince exploit. Il n’existe aucune route, corde, échelle ou escalier menant à sa grande porte, laquelle se situe à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Le seul moyen de l’atteindre est d’y aller par la voie des airs, par des moyens magiques ou grâce à une monture volante. Il est cependant intéressant de noter que, malgré ses fortifications impressionnantes, les portes du Château sont grandes ouvertes. Ainsi, toute personne capable de se hisser jusqu’à cette ville volante peut y parvenir sans être inquiétée.

Au premier abord, le Château Errant pourrait sembler être le paradis des voleurs de tout poil, car tout ce qui s’y trouve est intact et il n’y a pas de gardes pour les empêcher d’agir. Il est vrai que les boutiques et les maisons de la cité regorgent d’objets de valeur : armes, armures, œuvres d’art et bien d’autres choses encore. Le premier venu peut y remplir des sacs entiers de butin sans la moindre difficulté. Malheureusement, tous les objets pris au Château Errant commencent à rouiller, à se corroder ou à se désintégrer dès qu’ils quittent le roc volant. En l’espace de quelques jours, ils deviennent complètement inutilisables et finissent par tomber en poussière. Le plus étrange, c’est que si les voleurs y retournent, ils découvrent que ces mêmes objets sont réapparus, apparemment inchangés, à l’endroit où ils les avaient découverts à l’origine. En revanche, la poussière résultant de la désintégration de ces objets ne disparaît pas et elle est très prisée des sorciers pour ses propriétés destructrices. Utilisée comme ingrédient magique lors du lancement d’un sort offensif, quels qu’ils soient, la poussière du Château Errant augmente considérablement les dégâts provoqués.

Les érudits et les Magisters pensent que le Château Errant symbolise simplement les espoirs perdus, les plans auxquels il faut renoncer, la solitude complète et la sottise qui consiste à bâtir de grandioses monuments pour qu’ils traversent les âges. Personne ne sait vraiment laquelle des Puissances de la Déchéance est à l’origine de cette citadelle ni ce à quoi elle est supposée servir. Elle existe, tout simplement, et elle témoigne de l’indifférence des Dieux du Chaos et de la nature profondément désespérée de l’existence.


Source

Warhammer JdR - Le Tome de la Corruption